Après-coup

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L’après-coup (en allemand : « Nachträglichkeit ») est un concept psychanalytique émergent dans l'œuvre de Freud, que Jacques Lacan va mettre en exergue pour ce qui concerne la temporalité et la causalité psychique. Freud emploie ce terme pour marquer le remaniement après coup par le psychisme d'événements passés, ce qui leur confère « un sens et même une efficacité ou un pouvoir pathogène[1] ».
L'apport de la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche marque une troisième étape de l'évolution du concept.


Problèmes de traduction[modifier | modifier le code]

Nachträglich et Nachträglichkeit en allemand[modifier | modifier le code]

L'après-coup est une traduction dans le texte freudien de l'adjectif-adverbe nachträglich et du substantif Nachträglichkeit. Adjectif-adverbe et sustantif sont formés sur le verbe composé nachtragen qui signifie littéralement « porter [quelque chose] derrière [quelqu'un] ».

Freud a parfois utilisé le terme dans le sens courant et parfois dans son sens élaboré[réf. souhaitée]. En France, avant l'intervention de Lacan, les psychanalystes utilisaient plutôt le terme dans son sens courant. [réf. nécessaire]

La traduction en français par « l'après-coup » (Lacan)[modifier | modifier le code]

On[Qui ?] peut donc l'interpréter, ce qui se fait "après coup" ou, comme un concept métapsychologique refaçonné par Lacan.[réf. nécessaire] Ce dernier introduit en effet une dimension de la temporalisation propre au « sujet », qui est celui de « l'inconscient »[réf. souhaitée]: dans l'acception lacanienne de ce mot - celui de « l'inconscient structuré comme un langage » - conception lacanienne structuraliste des années 1950, celles du « Symbolique » et du grand Autre.[travail inédit ?]

Dans une note en bas de page, Lacan jugeait lui-même sa traduction de nachträglich « faible » [2], alors que les psychanalystes en général la trouvent au contraire plutôt « forte » [3].

Deferred action en anglais ou afterwardsness ?[modifier | modifier le code]

En anglais, la situation est plus compliquée et a parfois déterminé une vision très différente de la psychanalyse qui a aussi été l'objet des controverses entre la France et l'Outre-Manche, et plus avant entre kleiniens et freudiens.[réf. souhaitée]

La traduction anglaise deferred (adj.), deferred action (en) qui signifie tout simplement qu'une action est différée, est proche de l'acception commune contenue dans la dénomination française de « l'après-coup ».[travail inédit ?]

Jean Laplanche a suggéré que cette première traduction anglaise pourrait ou devrait être avantageusement remplacée par le couple afterwards - afterwardsness (en) « avec toute la théorie qu'il suppose » [4] (Proposition de Jean Laplanche: il s'agit alors précisément de l'apport laplanchien au concept d'après-coup que suppose toute la théorie de la séduction généralisée).

Apparition et évolution du concept[modifier | modifier le code]

Introduction de la notion d' « après coup » par Freud[modifier | modifier le code]

Sigmund Freud introduit le mot en 1896 pour désigner un processus de réorganisation ou de réinscription par lequel des événements traumatiques ne prennent une signification pour un sujet que dans un après-coup, c'est-à-dire dans un contexte historique et subjectif postérieur, qui leur donne une signification nouvelle[5]. Ce concept fait sortir la vision métapsychologique de Freud d'une conception traumatique linéaire telle qu'elle a été héritée de la neurologie et celle de Charcot en particulier.[réf. souhaitée]

Le cas Emma (dans L'esquisse): le traumatisme en deux temps[modifier | modifier le code]

Le cas Emma [6] expose une "phobie" anxieuse d'entrer dans les magasins. Adolescente, elle avait été traumatisée par le rire de deux jeunes hommes dans un magasin, dont l'un lui plaisait. En poursuivant l'association d'idées, on tombe sur un deuxième traumatisme: un abus d'un marchand alors qu'elle avait huit ans. La connotation sexuelle de la scène I apparaît à la jeune femme qui la refoule et forme alors son symptôme hystéro-phobique. Dans la scène II, il y a une excitation non métabolisable psychiquement qui est connotée sexuellement dans la scène d'adolescence. L'après-coup repose sur une vision temporelle dynamique - interactive entre le premier traumatisme et le deuxième. Freud sort de la simple idée d'un trauma originel à retrouver puis à abréagir qui est l'idée qui domine encore la plupart des interventions psychothérapeutiques modernes.[réf. nécessaire]

L'après-coup, dans le « retour à Freud » de Jacques Lacan et dans la vision moderne[modifier | modifier le code]

Dans le contexte de son « retour à Freud » des années 1950, Jacques Lacan a introduit la traduction française de « l'après-coup » en donnant à ce terme en 1953, une extension dans le cadre de sa théorie du signifiant et d'une conception de la cure fondée sur le « temps pour comprendre »[7].

L'apport de la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche[modifier | modifier le code]

La théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche apporte une dimension plus large de l'« adresse » (du message « à traduire ») donnée « par l'autre », soit dans le concept freudien de « la Nachträglichkeit dans l'après-coup »: son « avant-coup »[8] de la situation de « séduction originaire » entre l'adulte (pourvu d'un inconscient) et l'enfant de la sexualité infantile (le sexual).

L'« avant-coup » dans l'après-coup[modifier | modifier le code]

Les Problématiques VI de Jean Laplanche furent publiées par l'auteur en 2006, seize ans après le prononcé des conférences du psychanalyste à l'université de fin novembre 1989 à février 1990 [9].

Le prononcé de l'enseignement du Professeur Jean Laplanche en 1990 s'intitulait: « La Nachträglichkeit dans l'après-coup ». Laplanche consacre un certain nombre de pages au début de son ouvrage aux « mots de Freud »[10] nachträglich et Nachträglichkeit, au verbe composé nachtragen, au Nachtrag, « supplément » ou « complément » après coup à un écrit, ajout ou addendum.

L'apport de Jean Laplanche au concept d'après-coup est résumé à la quatrième couverture des Problématiques VI, publiées en 2006 :

« On a beaucoup glosé sur l'après-coup, notion freudienne, et ceci pour mettre l'accent sur la seule dimension rétroactive, celle de la soi-disant "resignification". Ainsi est laissée de côté la double orientation du processus, d'une part dans le sens de la "flèche du temps", d'autre part à l'opposé de celle-ci. après une étude minutieuse de l'ensemble des textes freudiens concernant la question, il est proposé une interprétation qui, dans le sens de la théorie de la séduction généralisée, articule l'avant-coup du message de l'autre et l'après-coup de la traduction de ce message par le sujet. »

— Quatrième de couverture de Problématiques VI de Jean Laplanche

Une explication du travail de recherche sur le concept freudien que Laplanche « fait travailler » avec la théorie de la séduction généralisée se trouve dans des « Notes sur l'après-coup » (1992)[11]. En relation avec les Problématiques VI, ces « Notes », basées sur une conversation de Jean Laplanche avec Martin Stanton (en), ont d'abord été publiées dans Jean Laplanche: Seduction, Translation and the Drives, London, ICA, Éd. John Fletcher & Martin Stanton, en 1992; elles furent ensuite augmentées et révisées par Jean Laplanche. On y trouve en conclusion une définition plus précise de ce que Laplanche entend apporter, par la théorie de la séduction généralisée et la catégorie du message énigmatique, au concept de Freud de la « Nachträglichkeit dans l'après-coup », traduit en anglais par afterwardsness:

« le concept de Freud d'après-coup contient à la fois une grande richesse et une certaine ambiguïté, en ce qu'il combine une direction rétrogressive et une direction progressive. Je veux rendre raison de ce problème des directions différentes, vers l'avant et vers l'arrière, en argumentant que, dès le début, il y a quelque chose qui va dans la direction du passé vers le futur, de l'autre à l'individu en question, de l'adulte vers le bébé, que j'appelle l'implantation du message énigmatique. Ce message est alors retraduit, en suivant une direction temporelle tour à tour rétrogressive et progressive (en accord avec mon modèle de traduction-détraduction-retraduction). »

— J. Laplanche, Entre séduction et inspiration: l'homme, p. 66

Psychanalyse et philosophie: « une pensée du temps »[modifier | modifier le code]

Pour Jean Laplanche, la théorie de la séduction a été négligée par Lacan[12] :

« Mais il manque chez Lacan, je le regrette, au moment même où nous commencions, Pontalis et moi, à en élaborer la pensée, il y manque une simple connaissance (et à plus forte raison une réflexion) sur la "théorie de la séduction". La théorie de la séduction est, au moins en un premier repérage, absente de l'abord lacanien de Freud, et c'est à mon sens une grande lacune. »

— Jean Laplanche, Problématiques VI — L'après-coup, 2006, p. 21

La théorie de la séduction généralisée renoue avec la première théorie de la séduction abandonnée par Freud en 1897 dans les débuts de la psychanalyse.

La traduction des messages énigmatiques compromis avec l'inconscient de l'autre (adulte: dans la sexualité infantile) élargit considérablement la notion d' après-coup à celle du message adressé par l'autre - alors que « l'après-coup  » lacanien comportait encore un sens interprétatif rétroactif de l'adresse à l'Autre, selon une conception de la « vérité » d'ailleurs assez influencée, à cette époque française de la psychanalyse, par l'idée de finitude, provenant de Heidegger[13].

La traduction du message énigmatique à l'adresse donnée « par l'autre » n'est jamais « finie ». D'où cette « pensée du temps »[14] qu'est, selon son auteur et au croisement avec la philosophie, la théorie de la séduction généralisée.

« La théorie de la séduction est une pensée du temps. C'est une pensée, permettez-moi ce néologisme, "traductive" du temps. »

— J. Laplanche, Problématiques VI L'après-coup — La Nachträglichkeit dans l'après-coup (1990-1991), 2006, p. 11

Conclusion[modifier | modifier le code]

D'une définition temporelle linéaire tirée de la neurologie, Freud et ses successeurs ont tiré une conception de la vie psychique qui déborde largement ce cadre dans une vision dynamique.[réf. souhaitée] De la simple remontée dans le temps pour retrouver l'origine d'un symptôme - un traumatisme sexuel - à l'après-coup, ce concept devient pierre angulaire de la métapsychologie freudienne. Les faits ne sont pas fixés une fois pour toutes et de manière rigide dans l'appareil psychique, mais subissent les avatars du traitement intrapsychique des contingences existentielles d'un sujet en cours d'historicisation.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Laplanche - Jean-Bertrand Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, 1967, éd. 2004 PUF-Quadrige, no. 249, (ISBN 2-13-054694-3), p. 34.
  2. Cf. Jacques Lacan, « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse — Rapport du congrès de Rome tenu à l'Instituto di psicologia della universita di Roma les 26 et 27 septembre 1953 », dans Écrits, Paris, Seuil, p. 256 note 1.
  3. Y compris Jean Laplanche: cf. J. Laplanche, Problématiques VI — L'après-coup, PUF/Quadrige, 2006, p. 19, 27 et suiv.
  4. Jean Laplanche, Problématiques VI: L'après-coup, Paris, PUF, 2006, (ISBN 213055519-5). p. 32.
  5. Dictionnaire de la Psychanalyse E. Roudinesco et M. Plon
  6. chapitre « Psychopathologie de l'hystérie » dans « L'Esquisse», Naissance de la psychanalyse. Ancienne traduction: S. Freud, Naissance de la psychanalyse, Paris, P.U.F., 1956, 5e éd. 1985, p. 364-366.
  7. Dictionnaire de la Psychanalyse E. Roudinesco et M. Plon, page 57.
  8. Cf. Jean Laplanche , Problématiques VI — L'après-coup, p. 171 : « Le message énigmatique de l'adulte (qui est lui-même habité par le propre inconscient de celui-ci) constitue " l'avant-coup " de ce processus, instituant chez le récepteur un déséquilibre premier qui le pousse à traduire, en un second temps, dans l'après-coup, et de façon toujours imparfaite. Cet avant-coup est celui des premiers messages concrets véhiculés à l'enfant par l'adulte dans le cadre inéluctable de la "situation anthropologique fondamentale" ».
  9. Jean Laplanche. Problématiques VI: L'après-coup - La "Nachträglichkeit" dans l'après-coup (1990-1991), Paris, PUF, 2006, (ISBN 213055519 5). Les dates 1990-1991 sont celles données par Jean Laplanche au tout début de l'ouvrage et en quatrième de couverture. Les dates des conférences du premier semestre universitaire de 1989-1990 sont indiquées à chaque cours dans le corps du texte.
  10. J. Laplanche, Problématiques VI — L'après-coup, 2006, p. 22-24.
  11. Jean Laplanche, « Notes sur l'après-coup », entre séduction et inspiration: l'homme, Paris, PUF/Quadrige, 1999, p. 57-66 (ISBN 2-13-049994-5)
  12. Jean Laplanche, Problématiques VI - L'après-coup, 2006, p. 21.
  13. cf. Jean Laplanche, Problématiques, t. 6 : L'après-coup, Paris, PUF,‎ 2006, 175 p. (ISBN 2130555195 et 978-2130555193), p. 16-18.
  14. Jean Laplanche, Problématiques VI L'après-coup — La "Nachträglichkeit" dans l'après-coup (1990-1991), Paris, PUF / Quadrige, 2006, p. 11.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]