Névrose obsessionnelle

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La névrose obsessionnelle (ou névrose de contrainte) est une forme majeure de névrose. C'est un terme utilisé en psychanalyse. Il n'est plus utilisé dans les classifications internationales actuelles. Elle ne doit pas être confondue avec le trouble obsessionnel compulsif reconnu dans ces classifications.

Histoire[modifier | modifier le code]

Selon Chantal Brunot, des traits nosologiques de la névrose obsessionnelle se retrouvent sous l'expression de « folie raisonnante » chez Pinel et des monomanies ou « délires partiels » chez Esquirol mais ce sont Jean-Pierre Falret et surtout Bénédict Augustin Morel qui mirent en évidence l'obsession comme un syndrome à part entière, Morel étant considéré comme le père « du concept nosographique d'obsession »[1]. Krafft-Ebing avec son concept de swagsvorstellungen (« représentations qui s'imposent ») et George Miller Beard par la notion de neurasthénie ont également participé à l'établissement de cette catégorie psychique[2].

Selon Jacques Postel, la notion de névrose obsessionnelle est une reprise par Freud de la notion de psychasthénie de Pierre Janet[3]

Selon Chantal Brunot, « Freud apparaît comme étant l'instigateur d'une rupture épistémologique profonde à l'égard de ses prédécesseurs » en s'opposant notamment à l'explication par l'affaiblissement des capacités intellectuelles avancée par Janet dans sa notion de psychasténie[4].

Théorie[modifier | modifier le code]

Freud a théorisé la névrose obsessionnelle comme résultant d'un conflit inconscient entre les composantes pulsionnelles érotiques et les tendances destructrices (amour-haine), avec prédominance de ces dernières. Le refoulement de la destructivité est mis en échec, et c'est ce mécanisme qui produit l'angoisse et qui se traduit, entre autres, mais pas seulement et pas toujours, par des conduites obsessionnelles autour de la propreté. Il s'agit de s'assurer de l'intégrité de l'objet qui pourrait avoir été détruit par la destructivité du sujet. Cette dialectique repose sur des mécanismes complexes de toute-puissance de la pensée.

La clinique peut révéler que des conduites de contraintes ou obsessionnelles reposent sur des mécanismes plus archaïques, voire psychotiques.[réf. souhaitée] Elles peuvent s'apparenter à des stéréotypies psychotiques, qu'il s'agit alors de traiter en fonction du trouble primaire. « Le symptôme ne signe pas la structure », dit Jean Bergeret (psychanalyste) dans ses écrits.[réf. insuffisante]

Dans l'approche psychanalytique, elle est la deuxième grande maladie nerveuse de la classe des névroses après l'hystérie[5].

Les cas d'école de névroses obsessionnelles sont notamment L'homme aux loups et L'homme aux rats. Dans la psychopathologie psychanalytique moderne, leur diagnostic a été remis en cause, notamment par Bergeret.

L'hystérie telle que définie par Freud, est la manifestation « positive » du complexe d'Œdipe (prépondérance de l'Eros) (désir inconscient d'entretenir un commerce sexuel avec le parent du sexe opposé), la névrose obsessionnelle au contraire exprime avant tout la composante « négative », c'est-à-dire la haine inconsciente envers le rival. Cette dimension « négative » connote une névrose plus difficile à traiter parce que plus tournée vers les désirs inconscients de destruction.

[réf. nécessaire]

Modèle[modifier | modifier le code]

Première topique[modifier | modifier le code]

Le modèle de la névrose l'assimile d'abord à un traumatisme psychique inconscient provenant de l'enfance, et lié à la sexualité infantile. Le traumatisme n'est pas actuel, il fut soumis à l'élaboration, mais son refoulement n'a pas permis de décharger l'affect qui lui est lié.

Bien après le trauma, dans l'après-coup, le traumatisme prend d'autres significations. C'est là qu'il y a régression et formation de symptômes. La théorie du trauma infantile est ensuite abandonnée par Freud, qui développera sa théorie du fantasme. Ainsi, le trauma sexuel infantile (la neurotica) supposait que tous les pères sont des pervers, de plus Freud nous dit : « il n'y a pas d'indices de réalité dans l'inconscient ».

Seconde topique[modifier | modifier le code]

Le névrosé obsessionnel s'accuse d'avoir commis quelque chose ; la culpabilité consciente semble totalement injustifiée, car aucun acte réel ne semble correspondre à la violence du remords, en fait à l'auto-agression. Le surmoi de l'obsessionnel se montre assez puissant ; il peut être un surmoi archaïque tel que le décrit Melanie Klein. Mais cette culpabilité devient claire, si elle est rapportée à des pensées que le névrosé ne connaît pas lui-même, qu'il refoule : le névrosé s'en veut pour un acte qu'il n'a pas commis, mais que la toute-puissance lui présente comme tel.

À noter que Freud ne parle pas seulement d'une culpabilité qui a ses racines dans le vécu inconscient, mais bien d'une culpabilité en elle-même inconsciente. Le névrosé c'est l'homme du désir impossible en raison de sa culpabilité. En effet, pour pouvoir désirer le névrosé attend la mort (symbolique) de l'autre. Donc son désir est toujours teinté de culpabilité.

Régression[modifier | modifier le code]

Stade anal[modifier | modifier le code]

Le stade génital se voit effacé par une régression à l'analité : l'anus est la région la plus érotisée, et la satisfaction anale est investie indépendamment de l'orgasme génital. La névrose obsessionnelle est le négatif de cette perversion, elle est une défense contre ce stade anal si dérangeant. Le sadisme est particulièrement marqué : il peut être compris comme concomitant de l'emprise sur les sphincters, garants de la propreté.

Toute-puissance[modifier | modifier le code]

La toute-puissance de la névrose obsessionnelle est régression au stade de toute-puissance de la pensée. Le névrosé ne se satisfait pas dans l'hallucination (le principe de réalité demeurant plus ou moins actif), ni à l'aide de gestes magiques, mais sa pensée est investie comme toute-puissante.

La pensée est fortement érotisée, assimilée à un pouvoir, à une emprise sur le monde extérieur. Ce qui est pensé est pensé comme se réalisant vraiment (pensée magique). Le névrosé a donc tendance à la rumination, qui se comprend comme satisfaction sexuelle, mais également au doute en tant que recherche de compromis.

Symptômes[modifier | modifier le code]

La névrose obsessionnelle exprime des formations névrotiques mais normales, comme le rêve, des symptômes présents dans d'autres névroses, comme l'isolation, le déplacement, la condensation, la dénégation, mais aussi des symptômes qui lui sont propres, comme la formation réactionnelle et l'annulation rétroactive.

Isolation et déplacement[modifier | modifier le code]

L'affect, représentant-représentation, délégation psychique d'une pulsion, est séparé de la représentation à laquelle il était jusque là lié. L'affect isolé peut conduire à de l'angoisse. Il peut aussi être déplacé sur une autre représentation auparavant anodine, ce qui provoquera la formation d'une obsession semblant totalement injustifiée.

Condensation[modifier | modifier le code]

Plusieurs éléments latents, provenant à la fois de l'inconscient, vont être à l'origine d'une même représentation consciente. Le symptôme, en particulier, est surdéterminé (et l'interprétation devra considérer plusieurs registres).[réf. nécessaire]

Dénégation[modifier | modifier le code]

La dénégation se comprend comme l'art, subtil, d'offrir la vérité tout en la niant. Le névrosé présente son inconscient comme ce qui est faux, mais il le présente néanmoins. Freud expose le cas suivant : un patient lui dit qu'il a rêvé d'une femme. Freud lui demande donc de quelle femme il a rêvé. Ce à quoi le patient répond : « je ne sais pas, tout ce que je sais, c'est que ce n'est pas ma mère ».[travail inédit ?]

Traits de caractère[modifier | modifier le code]

Si la névrose de caractère n'est pas le sujet de cet article, Freud reconnaît néanmoins des traits de caractère propres au névrosé obsessionnel :

  • Avarice (selon l'équation inconsciente argent = fèces)
  • Timidité
  • Entêtement
  • Colère
  • Religiosité
  • Terreur de formuler une demande
  • Soumission à toute autorité (loi, police…)
  • Scrupulosité (souvent caractérisée par une hygiène excessive qui, comme l'avarice, exprime la tentative de maîtrise des pulsions)

Formation réactionnelle[modifier | modifier le code]

La formation réactionnelle pourra être obsession de propreté ou égard au désir anal ; on peut la comparer au renversement en son contraire de la pulsion.

Sándor Ferenczi considère que beaucoup (mais pas tous) de membres d'associations caritatives sont névrosés. Les bonnes œuvres auxquelles ils participent révéleraient leur intentions refoulées : non pas que l'altruisme soit simplement faux, mais il cache bien souvent une haine démesurée.

Annulation rétroactive[modifier | modifier le code]

L'annulation rétroactive est une forme de croyance magique : ce qui a été accompli de mal peut être défait. L'annulation rétroactive n'est pas toujours présente, elle correspond à un stade avancé de la névrose. Le névrosé cherche à réparer ce qu'il a commis.

Freud dit que le névrosé obsessionnel peut avoir une très grande plasticité dans ses symptômes, plus encore que l'hystérie.[réf. nécessaire]

Complexe d'Œdipe[modifier | modifier le code]

Le complexe d'Œdipe est caractérisé par une grande ambivalence pour le père : à la fois aimé, respecté, structurant de la vie fantasmatique, et profondément haï et craint. C'est pourquoi la mort du père est toujours une question centrale : comme fantasme, elle représente une intention lourdement investie – comme réalité, elle marquera alors profondément le névrosé, qui pourra peut-être se dégager de certains interdits.

Le désir pour la mère demeure important, structurant, fondateur de l'autorité parentale, puis de la culture comme répression pulsionnelle et sublimation.

Pour Lacan, c'est la fonction paternelle qui permet la mise en place de la névrose, qui est nécessaire pour ne pas basculer dans la psychose. Cette fonction paternelle est permise par le complexe d'Œdipe. La fonction peut s'incarner dans la figure du père, mais elle est aussi portée par la tradition (on ne fait pas ceci ou cela, cela ne se fait pas…) par des personnes extérieures porteuses d'une certaine loi symbolique.

Traitements[modifier | modifier le code]

En tant que psychonévrose (ou névrose de défense), la névrose obsessionnelle est indiquée pour la psychanalyse (sous condition d'une demande incidente du sujet).

La névrose obsessionnelle serait un modèle de la névrose que le psychanalyste peut traiter. Néanmoins, la psychanalyse de la névrose obsessionnelle pose des difficultés : la cure peut se rallonger, sans paraître avancer ; certains névrosés présentent peu de matériel, développent un transfert négatif, etc.

Autres pathologies[modifier | modifier le code]

Cette névrose fut reliée à d'autres pathologies. Un symptôme obsessionnel ne suffit pas à diagnostiquer une névrose obsessionnelle, et que le statut du diagnostic en psychanalyse se veut un outil de pensée plutôt qu'une méthode suffisante.

La dépression ne constitue pas une des catégories psychopathologiques de la psychanalyse, à l'opposé de la mélancolie. Elle peut donc se retrouver dans toutes les pathologies. La dépression obsessionnelle est par excellence le deuil du père, ou d'un objet assimilé au registre paternel.

Il existe dans la névrose obsessionnelle un noyau hystérique : les mêmes caractéristiques de bisexualité psychique, de fantasme de séduction, etc., s'y retrouvent.

La névrose obsessionnelle est souvent comprise comme rempart contre la psychose. La régression au stade sadique anal visant la rétention (stade servant de modèle à l'introjection) protège donc de la psychose, laquelle vise l'expulsion, la projection (psychanalyse) du mauvais à l'extérieur. La psychanalyse n'admet pas de glissement possible entre les structures (névrose, psychose et perversion). Cependant, c'est au cours des stades de développements de la petite enfance que se détermine la structure. C'est avec le cas du Petit Hans que Lacan, après Freud, établit que c'est la phobie (symptôme de la névrose obsessionnelle) qui est un rempart contre la psychose. Le névrosé ne souffre pas de délire, mais il ne reconnaît pas son agressivité et réagit en se rigidifiant, en œuvrant pour le bien sans reconnaître son ambivalence (ou : pour ne pas la reconnaître), en s'isolant (et en défaisant des liens associatifs, liens de pensée), en adoptant des attitudes compulsives (et des réactions face à ces attitudes), etc.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Chantal Brunot, La névrose obsessionnelle : histoire d'un concept, L'Harmattan, Paris, 2006, p. 11
  2. Chantal Brunot, La névrose obsessionnelle : histoire d'un concept, L'Harmattan, Paris, 2006, pp. 11-12
  3. « Janet isole, en particulier, une nouvelle entité morbide, la psychasthénie, dont Freud fera la névrose obsessionnelle. » article Pierre Janet de l'encyclopaedia Universalis
  4. Chantal Brunot, La névrose obsessionnelle : histoire d'un concept, L'Harmattan, Paris, 2006, p. 19
  5. Dictionnaire de la psychanalyse de E. Roudinesco et M. Plon.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie sommaire[modifier | modifier le code]

Psychologie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Janet,
    • Les Obsessions et la psychasthénie. Avec Fulgence Raymond, Paris, Alcan, 1903, 2 Vol.
    • Les Névroses. Paris, Flammarion, 1909.

Psychanalyse[modifier | modifier le code]

  • Sigmund Freud, L'Homme aux rats. Un cas de névrose obsessionnelle (1909), suivi de Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense (1896), Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2010 (ISBN 2-228-90554-2). Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle : L'homme aux rats (1909), in Cinq Psychanalyses, P.U.F Bibliothèque de psychanalyse
  • Sigmund Freud, Le journal d'une analyse, l'homme aux rats, PUF.
  • Sigmund Freud, Caractère et érotisme anal (1908), in Névrose, psychose et perversion PUF, 1974
  • Sigmund Freud, La disposition à la névrose obsessionnelle, in Névrose, psychose et perversion PUF, 1974
  • Sigmund Freud, Obsessions et phobies - leur mécanisme psychique et leur étiologie 1895 in Névrose, Psychose et Perversion, P.U.F Bibliothèque de Psychanalyse 1974
  • Sigmund Freud Actions compulsionnelles et exercice religieux (1907) in Névrose, Psychose et Perversion, P.U.F Bibliothèque de Psychanalyse (1974)
  • Sigmund Freud La disposition à la Névrose Obsessionnelle, Une contribution au problème du choix de la Névrose(1913) in Névrose, Psychose et Perversion, P.U.F Bibliothèque de Psychanalyse (1974)
  • Sigmund Freud Parallèle mythologique à une représentation obsessionnelle plastique in L'inquiétante étrangeté, Folio Essais (1985)
  • Sigmund Freud : Œuvres complètes vol. 9 : Analyse de la phobie d'un garçon de cinq ans (petit Hans) ; Remarques sur un cas de névrose de contrainte (L'homme aux rats),  éd. PUF, 1998, (ISBN 2-13-049653-9)
  • Anna Freud : Le normal et le pathologique chez l'enfant, NRF Gallimard
  • Bernard Brusset, Catherine Couvreur et coll. : La Névrose obsessionnelle, Éditeur : Presses universitaires de France, 1993, coll. « Monographies de la Revue française de psychanalyse », (ISBN 2-13-045531-X)
  • André Green, La névrose obsessionnelle, in Revue française de psychanalyse, 1967
  • Alain Vanier, Psychanalyse, Psychiatrie : objets perdus, objets présents. Aujourd'hui, la névrose obsessionnelle, in L'Évolution psychiatrique, vol. 70, Issue 1, janvier-mars 2005, pages 87-91.
  • Chantal Brunot, La névrose obsessionnelle : histoire d'un concept, L'Harmattan, Paris, 2006