Julius Wagner-Jauregg

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Julius Wagner-Jauregg

Julius Wagner-Jauregg est un médecin neurologue et psychiatre autrichien, né le 7 mars 1857 à Wels (Haute-Autriche) et mort le 27 septembre 1940 à Vienne (Autriche)), lauréat en 1927 du prix Nobel de physiologie ou médecine[1] pour sa mise au point de la malariathérapie dans le traitement de la syphilis. Il est également connu pour ses contributions à l'étude du crétinisme et de la prophylaxie du goitre, ainsi qu'à une réforme de la législation psychiatrique. Sa pratique du traitement électrique des névrosés de guerre l'exposa à des poursuites judiciaires. Il eut des relations complexes avec Sigmund Freud.

La découverte récente de ses sympathies nazies ont créé une vive émotion en Autriche.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît d'Adolf Johann Wagner et de Ludovika Jauernigg Ranzoni[2]. Sa mère meurt quand il est très jeune. Son père, haut fonctionnaire fait chevalier en 1883, prend le nom de von Jauregg, ajoutant à son patronyme une particule à laquelle Julius renoncera en 1919, à la chute de l'Empire. Après une scolarité au Schottengymnasium (de), il fait ses études de médecine à Vienne de 1874 à 1880. Sa thèse de médecine porte sur « L'origine et la fonction du cœur accéléré ».

Ne trouvant pas de situation comme médecin généraliste, il accepte en 1883 un poste d'assistant à la clinique psychiatrique universitaire, et le conserve jusqu'en 1887. En 1893, il regagne Vienne où il occupe un poste de professeur. En 1899, il devient professeur de psychiatrie à l'université de Graz. Il devient directeur d'une clinique psychiatrique.

En 1903, il divorce d'avec sa première femme, Balbine Frumkin, dont il a eu deux enfants, Julia en 1900 et Théodore en 1903. Il se remarie avec Anna Koch[3].

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Wagner-Jauregg occupa un poste de professeur à l'université de Vienne de 1893 à 1928. Parmi ses élèves, on compte Constantin von Economo, qui se distingua en décrivant l'encéphalite léthargique dans les années 1920.

Ami de Sigmund Freud, qu'il avait connu dans le laboratoire de Salomon Stricker, Jauregg émit pourtant des réserves à l'égard de la psychanalyse.

Pendant la Première Guerre mondiale, il préconisa le traitement par électrochocs des soldats traumatisés. De fait, ces soldats préféraient retourner sur le théâtre des combats plutôt que de continuer à subir le traitement infligé, avec cruauté mais probablement sans son aval, dans certaines cliniques viennoises. En 1920, à la suite de plaintes de soldats autrichiens, il fut donc accusé de pratiques barbares. Freud témoigna en sa faveur lors du procès qui s'ensuivit. Il fut finalement disculpé et un autre médecin fut condamné à sa place. Les deux hommes vont se retrouver dans des prises de position sur l'analyse pratiquée par des non-médecins (Tréhel, 2013).

Ayant remarqué que l'état des patients atteints de paralysie générale causée par la syphilis s'améliorait lors des accès de fièvre, il conçut un traitement de cette paralysie par inoculation du paludisme, maladie qu'il choisit parce qu'elle était contrôlable par la quinine. C'est l'invention de cette méthode, la malariathérapie (que lui-même appelait thérapie Wagner-Jauregg), utilisée jusqu'à la découverte des antibiotiques, qui lui valut en 1927 le prix Nobel de physiologie ou médecine « pour sa découverte de la valeur thérapeutique de l'inoculation de la malaria dans le traitement de la dementia paralytica[1] ».

Jauregg avait également expérimenté les effets de la tuberculine et du vaccin contre la typhoïde[4].

Un sympathisant nazi[modifier | modifier le code]

À cause de l'émoi provoqué, notamment, par les démarches d'un conseiller municipal[5], une commission officielle a été constituée en 2004 pour examiner les engagements politiques et éthiques de Wagner-Jauregg. Elle est arrivée aux conclusions suivantes. Sans doute Wagner-Jauregg n'a-t-il jamais été membre du parti nazi. Cependant, il a demandé à y entrer peu de temps avant sa mort et cette demande n'a été refusée que du fait que sa première femme était juive. D'autre part, la commission n'a trouvé aucune phraséologie nazie dans ses écrits concernant l'eugénisme. Elle s'est contentée de les juger comme reflétant des préoccupations et des préjugés largement partagés à l'époque[6]. Le fait est cependant que Wagner-Jauregg a appelé, en 1935, à la stérilisation forcée des malades mentaux et des criminels, et qu'il a présidé la Ligue autrichienne pour la régénération raciale et l'hérédité[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) W. D. Nicol, « Obituary Julius Wagner von Jauregg, M. D., 1857-1940: An Appreciation », Brit. J. vener. Dis., vol. 33,‎ 1957, p. 125 (lire en ligne)
  • (en) Magda Whitrow, « Wagner-Jauregg and Fever Therapy », Medical History, vol. 34,‎ 1990, p. 294-310 (lire en ligne)
  • (en) Magda Whitrow, Julius Wagner-Jauregg (1857-1940), Smith-Gordon & Co Ltd, août 1993 (ISBN 978-1-85463-012-4)
  • (en) Edward M. Brown, « Why Wagner-Jauregg Won the Nobel Prize for Discovering Malaria Therapy for General Paresis of the Insane », History of Psychiatry, vol. 11,‎ décembre 2000, p. 371-382 (lire en ligne)
  • (en) Clare Chapman, « Austrians Stunned by Nobel Prize-Winner's Nazi Ideology », Scotland on Sunday,‎ janvier 2004 (lire en ligne)
  • (en) Tréhel G., « Sigmund Freud, Julius Wagner von Jauregg, Arnold Durig, Julius Tandler », l'Information psychiatrique, vol. 89, no 7, 2013, p. 587-598[résumé [archive]].

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « for his discovery of the therapeutic value of malaria inoculation in the treatment of dementia paralytica » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physiology or Medicine 1927 », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 25 novembre 2010
  2. Il eut un frère, Fritz, et deux sœurs, Adolfine et Rosa.
  3. (en) Elizabeth H. Oaks (dir.), Encyclopedia of World Scientists, Facts on File Science Library, 1re édition révisée, avril 2007 (ISBN 978-0-8160-6158-7)
  4. (en) Leonard G. Ginger, William F. Windle et Ione E. Johnson, Bacterial Pyrogens (Particularly Pyrogenic Polysaccharides of Bacterial Origin) : An Annotated Bibliography, Morton Grove, Illinois, Baxter Laboratories Inc.,‎ mai 1952 (lire en ligne)
  5. (en) Clare Chapman, « Austrians Stunned by Nobel Prize-Winner's Nazi Ideology », Scotland on Sunday,‎ 25 janvier 2004 (lire en ligne)
  6. (en) Wolfgang Regal, Michael Nanut, Vienna, a Doctor's Guide : 15 Walking Tours through Vienna's Medical History, Springer-Verlag/Wien, New York, 2007.
  7. (en) Marius Turda, Paul Weindling, "Blood and homeland": Eugenics and racial nationalism in Central and Southeast Europe, 1900-1940, Central European University Press, 2007, 467 p.