Ernest Jones

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Ernest Jones

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Ernest Jones (2e rang, au centre)
Université Clark (1909)

Biographie
Naissance
Gowerton (Pays de Galles)
Décès (à 79 ans)
Londres
Nationalité Britannique
Thématique
Formation Médecine
Psychiatrie
Psychanalyste
Approche Psychanalyse
Intérêts Fondateur de l'American Psychoanalytic Association (1911), de la London Psychoanalytic Society (1913) et de la Société britannique de psychanalyse (1919)
Travaux Premier biographe de Sigmund Freud
Œuvres principales La vie et l'œuvre de Sigmund Freud
Auteurs associés
Influencé par Sigmund Freud
Melanie Klein

Ernest Jones, né le à Gowerton, au Pays de Galles et mort le (à 79 ans) à Londres, est un psychiatre et psychanalyste britannique. Il a introduit et institutionnalisé la psychanalyse au Royaume-Uni, en créant la Société britannique de psychanalyse dès 1919. Il est également le premier biographe de Sigmund Freud.

Parcours de vie et formation[modifier | modifier le code]

Ernest Jones est le fils d'un ingénieur des mines. Il étudie à l'université de Cardiff puis à l'University College de Londres où il obtient son diplôme de médecine et d'obstétrique en 1901 et se qualifie en 1903 comme membre du Royal College of Physicians. Il devient praticien hospitalier, spécialisé en neuropsychiatrie. Il rencontre Carl G. Jung en 1907 au Burghölzli, puis participe en 1908 au congrès international de psychanalyse, où il rencontre Freud pour la première fois. Il séjourne à Vienne, à Munich avec Emil Kraepelin et à Bicêtre dans le service du professeur Pierre Marie. Il occupe durant plusieurs années un poste de professeur assistant de psychiatrie à Toronto, puis rentre définitivement à Londres en 1913.

Après avoir vécu avec Loe Kann (qui est analysée par Freud)[1], il épouse en 1916 en premières noces la pianiste et compositeur Morfydd Llwyn Owen décédée d'une complication d'appendicite six mois après le mariage. En 1919, Jones rencontre et épouse Katherine Jokl, une viennoise amie d'école des filles Freud. Ils ont quatre enfants, dont une fille Gwenith (1921-1928), et un fils, l'écrivain Mervyn (en) (1922-2010.

Psychanalyse[modifier | modifier le code]

Il a écho des œuvres de Sigmund Freud et apprend l'allemand afin de lire L'Interprétation des rêves. En 1906, il se met à pratiquer spontanément la psychanalyse. Il rencontre Carl Gustav Jung en 1907 et Freud l'année suivante à Salzbourg.

En 1911, Jones fonde l'American Psychoanalytic Association. Il exerce un contrôle avec l'appui de Freud lors de la création de l’Association Américaine de Psychanalyse[2]. En 1913, il rentre à Londres. Il séjourne deux mois à Budapest afin de suivre une formation didactique avec Sándor Ferenczi.

Il fonde la première société de psychanalyse britannique, la London Psychoanalytic Society (1913). En 1919, il la dissout, car elle est sous l'influence de jungiens, et il participe à la fondation de la Société britannique de psychanalyse, dont il prend la présidence.

Durant la Première Guerre mondiale, il poursuit sa pratique de la psychanalyse, alors que les Britanniques sont séparés des analystes continentaux, du fait de la guerre. Il est l'analyste de Joan Riviere, à partir de 1916. Jones ne peut se rendre au Ve congrès international qui se tient à Budapest, peu avant la fin de la guerre, en 1918, alors qu'il est toujours membre de la Société de psychanalyse de Budapest, mais Freud décide d’inclure la contribution prévue par Jones dans les actes du Ve Congrès international de psychanalyse de Budapest : il indique ainsi la place importante qu'il reconnaît à Jones, en ce qui concerne la diffusion des théories psychanalytiques dans le monde anglo-saxon, celui-ci ayant également fait partie du groupe de psychanalystes qui avait accompagné Freud lors de sa tournée de conférences à l'université Clark, en 1909[3].

N’étant pas médecin militaire, ni soumis aux obligations hiérarchiques, Ernest Jones dispose de conditions lui permettant de réaliser des psychanalyses avec des névrosés de guerre. Il est le premier à le faire dans le mouvement psychanalytique ce qui donne du poids à ses théorisations[4].

Jones théorise le concept de rationalisation qui sera retenu par Freud au titre de mécanisme de défense. Il a aussi élaboré le concept d'aphanisis concernant la sexualité féminine. Selon Jones, « l’aphanasis serait, dans les deux sexes, l’objet d’une crainte plus fondamentale que la crainte de la castration »[5].

En dehors de ses multiples activités pour la psychanalyse, Jones était aussi un joueur d'échecs renommé et il a aussi été champion de patinage artistique[6].

Les relations de Jones avec Melanie Klein[modifier | modifier le code]

Jones a invité Melanie Klein à Londres, à la demande de celle-ci dont la position au sein de la Société psychanalytique de Berlin était contestée à la mort de Karl Abraham. Le fils de Jones, Mervyn Jones, est analysé par Melanie Klein, dès l'arrivée de celle-ci à Londres, en vertu d'un accord préalable établi entre Jones et elle[7]. Sa fille, Gwenith Jones et son épouse Katherine Jones-Jokl, furent elles aussi analysées, jusqu'au décès prématuré de Gwenith, en 1928.

D'après Phyllis Grosskurth, malgré sa proximité et sa fidélité à Freud, il a su garder son indépendance d'esprit en défendant M. Klein et son intégration au mouvement psychanalytique anglais[8]. Dans sa recension critique de deux biographies de Jones, Henriette Michaud évoque en 2004 son « fanatisme prosélyte »[9].

Jones et les menaces des années 1930[modifier | modifier le code]

Ernest Jones a exhorté un certain nombre de psychanalystes à quitter l'Europe continentale, dans les années 1930, du fait des circonstances politiques menaçantes pour les Juifs et pour l'exercice de la psychanalyse. Il a contribué avec Marie Bonaparte et Abraham Arden Brill au départ et permis l'accueil par ses collègues britanniques des analystes allemands, hongrois et viennois. Au moment de l'Anschluss, en mars 1938, Jones fait lui-même le voyage à Vienne, pour négocier et organiser le départ de la famille Freud, bénéficiant pour cela du soutien du Home Secretary britannique, Samuel Hoare[10]. Un certain nombre des analystes concernés ont poursuivi leur exil en Amérique.

Relation avec Freud[modifier | modifier le code]

Correspondance[modifier | modifier le code]

Jones voyage beaucoup entre Munich, Genève et Toronto et entame une longue correspondance avec Freud, sa première lettre du 13 mai 1908, concerne le traitement qu'il délivre à l'épouse d'Otto Gross et la dernière de 1939 est un adieu reconnaissant[11].

Le biographe freudien[modifier | modifier le code]

Il devient un proche de Freud et son biographe avec La Vie et l’œuvre de Freud. Les trois tomes sont une source pour comprendre notamment, le contexte socio-politique de l’époque, les influences intellectuelles, médicales, philosophiques et culturelles de Freud, l'épistémologie de la psychanalyse et le développement du mouvement psychanalytique à Vienne et dans le monde.

Commentaires et critiques[modifier | modifier le code]

Ce premier livre sur Freud et la psychanalyse présente des défauts qui n'ont pas manqué d'être relevés par des historiens et des psychanalystes notamment Paul Roazen[12], Max Schur[13], Didier Anzieu[14], André Haynal[15], Alain de Mijolla[16], Élisabeth Roudinesco[17] et par Henri Ellenberger qui tout en s'appuyant beaucoup sur son travail pour ses recherches, en a révélé les nombreuses imperfections voire les contre-vérités[18]. Souvent critiquée, la biographie de Freud par Jones est pour le polémiste Michel Onfray[19] ou pour Pierre-Henri Castel[20], l'exemple même de l'hagiographie freudienne.

Cimetière de Cheriton, la tombe de Jones, recouverte d'herbe, est dans le quart inférieur gauche.

Ernest Jones meurt à Londres. Il est enterré à Cheriton, dans la péninsule de Gower (Pays de Galles).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Autres textes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens extérieurs[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. "Correspondance 1904-1938", préface de Roudinesco, Fayard, p. 13
  2. Nathan Hale : Freud et les Américains : l'implantation de la psychanalyse aux États-Unis (1876-1917), Éd.: Les Empêcheurs de penser en rond, 2002, ISBN 2846710236
  3. Gilles Tréhel. Ernest Jones (1879-1958) : psychanalyse et choc de guerre. L’Information psychiatrique, 2006, 82, no 7, p. 611-621.
  4. Gilles Tréhel.
  5. Jean Laplanche et J.-B. Pontalis : Vocabulaire de la Psychanalyse (sous la direction de Daniel Lagache), p. 31, Paris, Puf, coll. « Quadrige », 2011, ISBN 978-2-13-056050-0.
  6. Jean-Pierre Bourgeron : Marie Bonaparte et la psychanalyse. À travers ses lettres à René Laforgue et les images de son temps, Éd. Champion-Slatkine, 1993 (ISBN 2051009090)
  7. Selon Phyllis Grosskurth, il s'agit alors d'une invitation pour une année, cf. Melanie Klein, p. 199.
  8. Phyllis Grosskurth Mélanie Klein : Son monde et son œuvre, Éd. : Presses universitaires de France, Coll. : Quadrige, ISBN 2130523641.
  9. « Freud a su s’appuyer sur l’engagement exceptionnel de ce Gallois quasiment fanatique » et « […] Jones choisit de présenter de lui-même dans son autobiographie : l’identification ambivalente à Freud, l’emballement pour une cause, le fanatisme prosélyte » par Henriette Michaud « Autobiographie et biographie d'Ernest Jones », Le Coq-héron 2/2004 (no 177), p. 107-123.
  10. Brenda Maddox, Freud’s Wizard: The Enigma of Ernest Jones. London: John Murray, 2006.
  11. Sigmund Freud et Ernest Jones, Correspondance complète 1908-1939, Éd. Presses universitaires de France, coll. Histoire de la psychanalyse, 1998, ISBN 2130486363
  12. Paul Roazen : Sigmund Freud, Éd. : Da Capo Press Inc, 1987, ISBN 0306802929
  13. Max Schur : La Mort dans la vie de Freud, Éd.: Gallimard, Coll.: Tel, ISBN 2070257940
  14. Didier Anzieu, L'auto-analyse de Freud et la découverte de la psychanalyse, Paris, Puf, 3e édition 1998, Coll.: Bibliothèque de psychanalyse, ISBN 2130420842
  15. André Haynal: La psychanalyse 100 ans déjà, Éd.: Georg, 1997, ISBN 2825705349
  16. Alain de Mijolla : Freud, fragments d'une histoire : Qui êtes-vous Sigmund Freud ?, Paris, Puf, « Le fil rouge », 2003, ISBN 2130533604
  17. Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Le Livre de poche, 2011, ISBN 2253088544
  18. Jones est cité une trentaine de fois dans l'ouvrage d'Henri Ellenberger, Histoire de la découverte de l'inconscient,Paris, Fayard 2001, ISBN 2213610908
  19. Michel Onfray, Le Crépuscule d'une idole, p. 583-584
  20. La psychanalyse depuis les années 80 : crises, dévoiements et replis