Sexualité infantile en psychanalyse

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Selon Freud, un expérience de plaisir de l'enfant aussi banale que la tétée peut laisser une trace dans les pulsions adultes, par exemple dans le rapport entretenu avec l'envie de boire ou de fumer. C'est une conception élargie de la sexualité qui englobe les fait culturel et sociaux.

La sexualité infantile en psychanalyse est un concept élaboré par Sigmund Freud à la fin du XIXe siècle et formalisé en 1905, qui s'intéresse au « développement de la sexualité chez l'enfant» où « la libido suit lentement son développement, en passant par 6 stades provisoires »[1] dont l’un est associé au complexe d'Œdipe. Ces stades qui aboutissent à la sexualité adulte constituent aussi une théorie psychanalytique sur la maturation de l'appareil psychique dans une « conception élargie de la sexualité, englobant les faits culturels et sociaux »[2].

Cette conception qui consiste à tout sexualiser est critiquée, notamment à la même époque par Carl Gustav Jung qui la qualifie de pansexualisme, ou Eugen Bleuler qui la refuse pour définir l’autisme en évitant sciemment le radical eros de l'autoérotisme et la théorie de la sexualité élargie qui risque de « donner lieu à de nombreuses méprises »[3]. Mais elle est aussi une base des théorisations ultérieures en psychanalyses et en psychologie, encore enseignées dans les sphères médicales quand il est question de développement affectif de l'enfant[Note 1], bien que les thèses originales aient largement évolué.

Histoire[modifier | modifier le code]

Freud et son ami Wilhelm Fliess, à qui il explique dans une lettre pourquoi il abandonne sa première théorie
Article détaillé : Histoire de la psychanalyse.

Élaborée à partir de 1882, cette conceptualisation commence avec la théorie de la séduction, car dans le traitement des névroses il est question de façon récurrente d'un ou plusieurs traumatismes sexuels survenus durant l'enfance. Il va ensuite abandonner cette théorie (qu'il appelle aussi neurotica) et déclarer dans une lettre à W. Fleiss:

« Je ne crois plus à ma neurotica car dans chacun des cas il fallait accuser en général le père de perversion, une telle généralisation de ces actes envers des enfants semble peu croyable et puis surtout il n'existe aucun indice de réalité dans l'inconscient de telle sorte qu'il est impossible de distinguer la vérité et la fiction investie d'affect[4]. »

Il n'existait pas encore de données statistiques comme celle qui évalue en 2009 que 3% des Français (et même 5% des femmes) déclare avoir été victime d'inceste[5], et quoi qu'il en soit il est à la recherche de ce qui peut être déduit avec certitude à partir de l'inconscient. Il théorise alors le refoulement relativement à ces traumas exposés en séance et reconsidère cette première théorie de la séduction qui mettait donc en cause des abus sexuels sur mineur en ne gardant comme socle de réalité certaine que l'état du patient non seulement dans ces refoulements mais aussi dans ces attirances.

Il présente en 1905 Trois essais sur la théorie sexuelle où il expose dans le premier essai les racines des pulsions sexuelles et les perversions, ces dernière étant selon lui le résultat d'une régression ou d'un refoulement insuffisant autorisant alors un détournement de cette énergie sexuelle[6].

Dans le deuxième de ces essais il présente l'histoire psychique de ces pulsions sexuelles sous l'angle nouveau de la sexualité infantile[7],[8], où il défend qu' « une bonne part des déviations qu’on peut observer plus tard par rapport à la vie sexuelle normale est déterminée d’emblée, aussi bien chez les névrosés que chez les pervers, par les impressions de la période infantile. »[9]

Freud propose ainsi d'expliquer l'évolution de l'enfant par des caractères pulsionnels d'ordre sexuel qui vont muter et passant par plusieurs stades pour aboutir à la sexualité génitale, c'est d'ailleurs l'objet du troisième essai où il théorise cette dernière étape associée à la puberté ainsi que la notion de libido[10].

Principe[modifier | modifier le code]

Sigmund Freud a élaboré une théorie psychanalytique de la sexualité infantile, qui décrit les divers mécanismes pulsionnels élémentaires de l'enfant, dont les transformations aboutissent à la sexualité adulte (génitale) en passant par différents stades ou phases (stade auto-érotique, stade oral, stade anal). Cette notion est centrale, tant dans le cadre de la théorie de la sexualité que dans celui de la théorie psychanalytique qui en découle. Sigmund Freud l'introduit ainsi en 1905 : « Si nous approfondissions les manifestations sexuelles de l'enfant, nous découvririons les traits essentiels de la pulsion sexuelle ; nous comprendrions l'évolution de cette pulsion et nous verrions comment elle puise à des sources diverses » Sigmund Freud (Trois essais sur la théorie de la sexualité)[11] »

Présentation[modifier | modifier le code]

Freud, dans Les trois essais sur la théorie sexuelle, s'interroge sur les difficultés à admettre que les enfants aient des pulsions sexuelles (pulsions partielles et sexualité prégénitale) qui « s'assembleront », au cours du développement de l'être humain, sous le primat de la génitalité, pour aboutir à la sexualité telle qu'elle est définie hors champ de la psychanalyse (en effet pour la psychanalyse le terme de sexualité ne se réduit pas à la sexualité génitale. Ainsi, dans une lettre à Fliess écrit-il : « [...] l'hystérie résulte d'un effroi sexuel présexuel, la névrose obsessionnelle, d'une volupté sexuelle présexuelle transformée ultérieurement en sentiment de culpabilité. Le mot « présexuel » signifie « antérieurement à la puberté », avant l'apparition des produits sexuels. » (Freud, 1956[réf. souhaitée])... pour une définition du « sexuel » chez Freud voir par exemple : Freud, 1922[réf. souhaitée]).

Freud appellera prégénitales les « organisations de la vie sexuelle dans lesquelles les zones génitales n'ont pas encore pris leur rôle prédominant » (Freud - 1905[réf. souhaitée]), soit ce qu'il nommait auparavant : sexuel / présexuel. Freud définit, en 1905, la « libido » (terme qu'il choisit préférentiellement à Lust qui, dans la langue allemande, désigne aussi bien le besoin que la satisfaction ressentie, pour désigner l'« appétit sexuel »...) en comparaison à la faim. Selon Freud l'adulte a « oublié » cette partie de sa vie.

Stades[modifier | modifier le code]

La maturation de l'appareil psychique est donc présentée selon une suite de stades pulsionnels où l'organisation de l'affect est associée à une fonction incarnée par un organe sur lequel va se porter la charge émotive, affective, véhiculant la frustration ou le plaisir, et alors qualifié dans cette conception élargie de la sexualité comme érogène puisqu'associé à la pulsion de vie incarné par Éros.

Stade oral Stade anal
(+ oral)
Stade phallique
(+oral, +anal)
Période de latence
(+oral, +anal, +phallique)
Stade génital
Jusqu'à 18 mois De 18 mois à 3 ans De 3 ans à 7 ans
Situation œdipienne
Dès 7-8 ans Adolescence

La notion de sexualité s'entend pour Freud selon une conception extrêmement vaste de ce qui procure du plaisir, au sens le plus large en rapport avec la pulsion de vie. Il y inclus donc le rapport d'un bébé au sein en ce qu'il y trouve une satisfaction, aussi bien que celui persistant chez l'adulte qui entretient ce rapport oral en buvant ou en fumant, tout ça dessinant la trame de ce qu'il nome alors stade oral. Il explique ainsi :

« si… la signification érogène subsiste (à l’âge adulte) ces enfants deviendront de friands amateurs de baisers… ou, si ce sont des hommes, auront un sérieux motif pour boire et pour fumer[12] »

Autoérotisme[modifier | modifier le code]

Havelock Ellis est l'auteur de la notion d'autoérotisme reprise par Freud
Article détaillé : stade auto-érotique.

La notion d'autoérotisme est emprunté par Freud au sexologue anglais Havelock Ellis avec qui il a correspondu.

C'est aussi un stade de développement, selon Freud, associé à l'investissement affectif et désordonné du corps selon des pulsions partielles. Ces investissements de l'affect seront réunis, organisés relativement à l'individu dans sa totalité _ dans ce que la psychanalyse nomme le moi _ par le stade du narcissisme primaire.

Ainsi, l'activité sexuelle infantile se caractérise, toujours selon Freud, par le fait que l'enfant le porte sur son propre corps, en reproduisant et en déplaçant des affects. L'enfant cherche par exemple à reproduire le plaisir rythmique qu'il a éprouvé en tétant le sein maternel ou le biberon, et pour cela il utilise la lèvre, la langue, le gros orteil... pour répéter le "contact de succion" d'avec la zone orale qui a été satisfaite pendant la tétée (Freud, 1905[réf. souhaitée]). Il dit par exemple « il est clair…que l’acte de l’enfant qui suçote est déterminé par la recherche d’un plaisir déjà vécu…et désormais remémoré »[13].

L'activité au départ à finalité alimentaire (acte instinctuel) a permis au nourrisson d'investir d'une pulsion affective une partie du corps (pulsion partielle), la zone de la bouche (zone orale), lieu principal de l'activité du nourrisson. L'acceptation élargie de la sexualité à l'affect en général permet alors à Freud d'affirmer que l'activité sexuelle "s'appuie" (étayage) sur une des fonctions servant à la vie et ne s'en affranchit que plus tard (Freud 1905[réf. souhaitée]).

Pour Freud la sexualité infantile a donc trois caractéristiques :

  • elle s'étaie « sur des fonctions physiologiques essentielles à la vie »[réf. nécessaire] (l'alimentation, la défécation...)
  • elle n'est pas dirigée vers d'autres personnes, ne connaît pas d'objet sexuel autre que le corps propre de l'enfant, elle est donc essentiellement auto-érotique ;
  • « son but sexuel est sous la domination d'une zone érogène (pulsion partielle et objet partiel. »[réf. nécessaire]

Autisme, l'autoérotisme sans Éros[modifier | modifier le code]

La notion est aussi utilisée tout en refusant la notion élargie de sexualité. Bleuler précise ainsi que l'autisme est à peu près la même chose que ce que Sigmund Freud appelle l'auto-érotisme[14], mais il explique qu'il souhaite en supprimant le radical /éros/ se démarquer de la référence de Freud à une conception élargie de la sexualité qui risque de « donner lieu à de nombreuses méprises »[3]. De son coté Freud écrivait : « Il manque encore à Bleuler une définition claire de l'auto-érotisme et de ses effets psychologiques spécifiques. Il a cependant accepté la notion pour sa présentation de la démence précoce dans le manuel d'Aschaffenburg. Il ne veut toutefois pas dire auto-érotisme (pour des raisons connues), mais autisme ou ipsisme. Pour moi, je me suis déjà habitué à auto-érotisme. »[15]. Cette remarque se situe en 1907, donc avant la publication en 1911 par Bleuler de l'ouvrage intitulé démence précoce ou groupe des schizophrénies[16] qui marque l'apparition et de la notion de schizophrénie en plus de celle d'autisme.

Évolution[modifier | modifier le code]

Article détaillé : psychanalyse de l'enfance.

Ensuite beaucoup de médecins ou pédiatres par ailleurs psychanalystes vont faire évoluer cette première mise en image des pulsions infantiles et les théories du développement psychique de l'enfant. Karl Abraham va le faire en affinant les stades établis par Freud, mais d'autres disciples de la théorie freudienne vont élaborer sur ces bases des théories sur le développement psychique plus général, comme Mélanie Klein sur la relation d'objet élaboré à partir du rapport au sein, de René Spitz qui a mis en évidence le besoin relationnel de l'enfant dès le plus jeune âge, ou encore Donald Winnicott qui dans la suite de Mélanie Klein sera un des premiers à proposer une théorie du développement psychique depuis la naissance. Françoise Dolto va quant à elle travailler la notion d'image du corps, tout en défendant la reconnaissance de l'enfant en tant que personne (ou sujet) dès sa naissance.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Par exemple dans les cours à destination des infirmiers, comme ici ou de psychiatrie dans Internat, nouveau programme, psychiatrie G. Darcour p. 16 (ISBN 2-85385-142-7) (Texte en ligne)

Références[modifier | modifier le code]

  1. développement de la sexualité, p. 3
  2. Annie Roux dans la préface d'une traduction de la sexualité infantile de Sigmund Freud (Lecture en ligne p. 2)
  3. a et b Jacques Hocmann, Histoire de l'autisme : de l'enfant sauvage aux troubles envahissants du développement, Paris, Odile Jacob,‎ 2009 (ISBN 978-2-7381-2153-0) (Visualisation en ligne) p. 204
  4. source de la citation
  5. IPSOS - inceste 2009
  6. résumé des 3 essais sur la théorie sexuelle (section 1.1)
  7. Sigmund Freud, La Sexualité infantile (1905) ; traduction francophone : Payot, coll. "Petite Bibliothèque Payot", 2011, ISBN 9782228906494.
  8. Présentation du contenu : Petite lecture des « Trois essais sur la théorie sexuelle »
  9. selon le résumé de lecture proposé ici
  10. résumé des 3 essais sur la théorie sexuelle (section 3.2)
  11. Cette phrase programmatique, située dans la première page de la seconde partie des Trois essais intitulée La Sexualité infantile, résume l'ambition de Freud à l'époque où il écrit son livre (1905)
  12. source de la citation
  13. source citation
  14. étymologie (par CNRTL)
  15. Freud S., Jung C.G. (1907), Correspondance, vol. I, trad. fr. R. Fivaz-Silbermann, Paris, Gallimard, 1975, p. 93
  16. dementia praecox oder gruppe der schizophrenien, Leipzig : Deuticke, 1911, ( N° OCLC : 458570341 ) ; réédition 1988 9783892955252 ( N° OCLC : 23771605 )

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Textes de Freud
Études
Articles
Ouvrages de vulgarisation
  • Gabel M., Les Enfants victimes d'abus sexuels, PUF, 1992
  • Clerget S., Nos enfants aussi ont un sexe, Paris, Robert Laffont, 2002
  • Marcel Rufo,Tout ce que vous ne devriez jamais savoir sur la sexualité de vos enfants, Anne Carrière, 2003.

Liens externes[modifier | modifier le code]