Subconscient

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Le subconscient est un concept relativement récent[1] qui appartient à plusieurs domaines. Étymologiquement, le terme signifie « sous la conscience » ; il est aussi utilisé et discuté en philosophie[2].

En psychologie[modifier | modifier le code]

Le mot « subconscient » a d'abord été utilisé en philosophie et en psychologie au XIXe et faisait l'objet d'un débat vif entre différents courants. Morton Prince a par exemple proposé le terme « coconscient » pour l'opposer à l'emploi de subconscient en métaphysique chez Myers notamment[2],[3]. C'est Pierre Janet, créateur[4],[5] du mot d'après Ellenberger, qui en a donné la première définition claire dans l'Automatisme psychologique en 1889[4],[6]. Janet écrit :

« L'idée de subconscience est née chez les philosophes, mais elle a pris corps dans la clinique psychiatrique : “Elle n'est pas assez mûre pour en sortir”[7]. »

Il est aussi repris par Théodule Ribot[8].

Le subconscient correspond aux processus psychiques non accessibles au sujet conscient. Ces processus relèvent de l'automatisme (psychologie). Selon lui, le subconscient provient d'un défaut de synthèse des éléments constitutifs du « champ de la conscience ». Il résulte d'une désagrégation psychologique, ou dissociation, entraînée par une pathologie psychogène dont la plus fréquente est l'hystérie.

Subconscient et psychanalyse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : inconscient.

Sigmund Freud a utilisé le terme[9] dans les Études sur l'hystérie (1895), il a ensuite récusé le terme et condamné son usage concomitant avec celui d’inconscient[10],[11],[12].

D'autres courants psychanalytiques[réf. nécessaire] (jungiens, reichiens…) utilisent parfois les termes « subconscient » ou « subconscience ».

Psychologie cognitive[modifier | modifier le code]

La psychologie cognitive considère des processus de pensée explicites, conscients et les oppose aux processus implicites, non-conscients. Dans la psychologie cognitive et adaptative, l'implicite s'apparente le plus souvent au psychique de bas-niveau[13]. Il s'agit pas là d'une évaluation morale, éthique ou sociale, mais seulement d'une appréciation quantitative cognition et binaire. Les processus conscients engageraient plus de ressources psychiques, seraient plus complexes, de plus haut niveau — en termes de calcul combinatoires.

Subconscient et neurosciences[modifier | modifier le code]

Les neurosciences considèrent[réf. nécessaire] que ce que connaît un hémisphère cérébral peut être ignoré de l'autre. Les hémisphères, spécialisés dans certaines tâches, ne sont pas équivalents. Des patients atteints présentent des lésions entravant la communication intrahémisphérique.

Mysticisme et religions[modifier | modifier le code]

Le terme a parfois aussi été utilisé dans des théories mystiques ou religieuses, celle de Joseph Murphy par exemple par qui il est vu comme une partie de l'esprit qui agit à la place du sujet. Carl Gustav Jung a lui aussi utilisé le terme, notamment pour se distinguer de Freud et pour lui donner une dimension mystique et religieuse.

Subconscient dans le bouddhisme[modifier | modifier le code]

Le bouddhisme décrit un courant mental qui n'est pas conscient, mais dépend de la conscience. Il s'agit, pour le bouddhisme theravāda, d'un « courant de conscience », bhavaṅga sota, qu'on peut traduire par subconscience et interconscience (voir Viññāṇa-kicca). Pour le Mahāyāna, c'est l'Ālayavijñāna, réceptacle des traces karmiques, qui correspond à l'aspect inconscient de l'esprit. Dans les deux cas, c'est la purification de l'esprit des souillures mentales (pâli : kilesa ; sanskrit : kleśa), plus ou moins comparables aux pulsions freudiennes, qui conduit à l'Éveil.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Premières apparitions en 1895 et 1890, Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-1935.
  2. a et b André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Éd.: - PUF - Coll.: Quadrige Dicos Poche (ISBN 9782130585824).
  3. Édouard Claparède, Quelques remarques sur le subconscient, Archives suisses de neurologie et de psychiatrie, T. XIII, 1923.
  4. a et b Henri F. Ellenberger, Histoire de la découverte de l'inconscient. Paris, Fayard, 1994.
  5. « Le sixième congrès international de psychologie se tint à Genève, du 2 au 7 août, sous la présidence de Claparède. Le principal thème du congés fut le subconscient, et Janet, créateur du mot, présenta la communication la plus importante. Il prit soin de distinguer le subconscient, notion clinique, de l'inconscient, notion philosophique. Le terme de subconscient avait été forgé pour résumer les traits singuliers que présentaient certains troubles de la personnalité dans une névrose particulière, l'hystérie. Aucun psychanalyste n'était présent pour contester cette définition, mais, plus tard, certains disciples de Freud - et Freud lui-même - interprétèrent de façon erronée les dires de Janet et prétendirent qu'il avait renié ses conceptions antérieures et nié l'existence de l'inconscient. » p. 819.
  6. « Pierre Janet revendiquait la paternité du mot “subconscient”. » (Ellenberger p. 384). « Il avait plus tard admis que le subconscient n'était pas tout à fait “psychologique” et qu'il était reliée au corps. » (cit. : Claude M. Prévost Janet, Freud et la psychologie clinique Payot, PBP, no 228, 1973 p. 180.)
  7. Pierre Janet, « Les problèmes du subconscient », Sixième congrès international de Psychologie. Genève, 2-7 août 1909. Rapports et comptes rendus. Ed. Claparède, éd. Génève, Kündig, 1910.
  8. Annick Ohayon, in Alain de Mijolla : Dictionnaire international de la psychanalyse, éd. Hachette, 2005, (ISBN 2-01-279145-X).
  9. S. Freud, 1893, « Quelques considérations pour une étude comparative des paralysies organiques et hystériques ». Archives de neurologie, cité dans Psychanalyse (fondamental de psychanalyse freudienne), sous les directions d'Alain de Mijolla et de Sophie de Mijolla Mellor. Paris, P.U.F, 1996, p. 50.
  10. Freud : « Nous devons éviter la distinction entre supraconscience et subconscience qu'affectionne tant la littérature contemporaine sur les psychonévroses, car une telle distinction semble insister précisément sur l'équivalence du psychisme au conscient » in L'Interprétation des rêves (1900), PUF, 2005 (ISBN 2-13-052950-X).
  11. Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, Le Dictionnaire de la psychanalyse, Ed. : PUF, Coll. : Quadrige Dicos Poche, 2007 (ISBN 2130560504).
  12. Freud : « Nous serons également en droit de récuser l'appellation subconscience comme incorrecte et induisant en erreur », « L'inconscient », in Métapsychologie, PUF-OCF, 1988, p. 210, (ISBN 2130418090).
  13. Et réciproquement, selon les cas. C'est ce qu'on appelle de la psychologie cognitive et adaptative de cas-niveau.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Janet, « Les problèmes du subconscient », Sixième congrès international de psychologie. Genève, 2-7 août 1909. Rapports et comptes rendus. Ed. Claparède, éd. Genève, Kündig, 1910 (p. 57-70)
  • Joseph Jastrow, La Subconscience (traduction de l'anglais). Paris, Alcan, 1908 (380 p.), préface de Pierre Janet (p. I-X)