André Green

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André Green

Naissance
Le Caire
Décès
Paris
Nationalité Française
Pays de résidence France
Diplôme
Psychiatre
Profession
Psychanalyste

André Green, né le au Caire et mort le (à 84 ans) à Paris est un psychiatre et psychanalyste français d'origine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Quatrième et dernier d'une fratrie dont l'aînée a quinze ans de plus, André Green est né au Caire le , à l'époque coloniale de l'entre-deux guerres, en Egypte. Sa première langue est le français, l'anglais sa seconde et il parle arabe dans les rapports quotidiens.

Enfance d'un intellectuel[modifier | modifier le code]

Bien qu'il n'échangera pas intellectuellement avec un père assez distant, il dira avoir eu avec celui-ci une proximité affective qu'il fut, semble-t-il, le seul de sa fratrie à entretenir, reconnaissant à son géniteur indulgence et tolérance ; il le perd alors qu'il a quatorze ans. Sa mère meurt lorsqu'il a vingt-trois ans.

Élève du Lycée français du Caire, il suit un double cursus, philosophie et sciences. Ses bacs obtenus, il s'oriente vers des études médicales et prépare un certificat d'études supérieures propédeutiques en médecine PCB. En 1945, il a 18 ans, il quitte l'Égypte pour la France et poursuit ses études à Paris.

Années de formation[modifier | modifier le code]

Il fait ses années d'internat à l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne . Cette expérience lui permet d'être en contact à la fois avec la réalité hospitalière de la maladie mentale et avec les grands talents des disciplines connexes de la psychologie et de la psychanalyse.

Alors qu'il est interne dans différents hôpitaux de la région parisienne, il rencontre Henri Ey, figure marquante de la psychiatrie française de ces années-là. Grâce aux conférences et colloques interdisciplinaires, comme les Journées de Bonneval, que Henri Ey organise à l’hôpital psychiatrique de cette ville, dont il est médecin-directeur, sur des thème liés à la psychiatrie. A. Green poursuit et enrichit sa formation intellectuelle.

En 1955, à Sainte-Anne, sa route croise pour la première fois celle de Jacques Lacan. En 1957, au 20e Congrès de l'Association psychanalytique internationale, à Paris, il rencontre Donald Winnicott et Wilfred Bion. À leur suite et grâce à leurs contributions, il enrichit la notion d'état-limite. En 1956-1960, il fait une première psychanalyse avec Maurice Bouvet. En 1961, il commence à assister aux séminaires de Lacan. En 1962-1963, il donne des conférences sur Lacan, dans le cadre des séminaires de Roland Barthes, à l'École pratique des hautes études.

En 1965, il est reçu membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris. En 1966, il tient un séminaire à l'Institut de psychanalyse de Paris où il invite Jacques Derrida, Marcel Detienne, Girard, Michel Serres, Denis Vernant. Entre 1970 et 1977, il dirige l'Institut de psychanalyse de Paris, y promeut sa nouvelle constitution et sa réforme démocratique. Au cours de sa carrière, André Green accède à plusieurs fonctions : vice-président de l’Association psychanalytique internationale, professeur à la Freud Memorial Chair de l’University College London et président de la Société psychanalytique de Paris. Ainsi, il est amené à présider ou animer différents regroupements, sociétés et congrès de psychanalyse.

L'engagement du psychanalyste[modifier | modifier le code]

André Green[1] avoue avoir voulu entretenir la « machine intellectuelle » en assurant, en même temps, les fonctions cliniques et thérapeutiques à plein temps pour gagner sa vie. Les particularités du mouvement psychanalytique français, d'une part, l'ont poussé à l'ouverture internationale et interdisciplinaire et, d'autre part, « après la lourde astreinte du travail psychanalytique, le travail intellectuel a quelque chose de détendant »[2].

En 2006, il s'oppose à la pratique analytique lacanienne « Mais jamais la pratique lacanienne n'a été acceptée hors des sociétés lacaniennes. Une telle technique, qui ignore les problèmes de cadre (constantes de la pratique), qui laisse au psychanalyste un arbitraire insupportable (pratique de la scansion et des séances courtes), l'amenant à imposer au patient un mutisme systématique, à interrompre brutalement la séance sans prendre en considération son degré de régression, sa souffrance, et son analysabilité, parfois à lui faire violence au sens propre, est toujours considérée par les autres psychanalystes comme inacceptable. Certains n'ont pas hésité à la qualifier d'escroquerie. »[3]. Il s'oppose nommément aux « Lacaniens » et plus particulièrement aux groupes autour de Jacques Alain Miller qu'il qualifie de « millériens » et d'« institutions milléro-lacaniennes[4]. »

Conceptions[modifier | modifier le code]

Hallucination négative : par des processus de défense archaïques, préalable au refoulement, un double retournement pulsionnel (contre soi et en son contraire) aboutit à la différence primaire entre l'enfant et sa mère.

Ce concept est fondamental dans la théorie analytique actuelle, il a ouvert la voie au soin des pathologies narcissiques.

Green propose de considérer des «processus tertiaires», agents de liaison entre les processus primaires et secondaires. Là où Sigmund Freud proposait que le but de l'analyse s'apparente à une rationalisation des représentations et affects, donc une domination des processus primaires par les processus secondaires, Green suggère qu'un heureux résultat serait plutôt l' «usage le plus créatif de leur coexistence»[5].

Ils l'ont poussé à des connexions avec la cybernétique des processus tertiaires régulateurs et à réveiller l'affect, la moitié occultée au profit de l'autre moitié langagière. André Green a transformé, en s'appuyant sur la pensée de Freud, Melanie Klein, Wilfred Bion et Donald Winnicott, le cas-limite (border line) en état-limite, qui est une catégorie en soi : folie latente, virtuelle ou privée, dont un déclencheur, ou peut-être le "décompensateur", pourrait la rendre manifeste, réelle ou publique. Tout au long, apparait une étiologie pré-œdipienne de l'état-limite chez Green.

Bibliographie commentée[modifier | modifier le code]

André Green est connu (par qui?) pour être l'homme de l'affect et l'homme de l'état-limite. Dans le cadre de l'économie du savoir, ces cinq livres sont fondamentaux : trois pour connaître l'homme et son œuvre afin de dresser le décor du contexte des travaux et les deux autres pour connaître l'affect et l'état-limite.

  • André Green, Le discours vivant. La conception psychanalytique de l'affect, coll. Le fil rouge, PUF, Paris, 1973.

364 pages de développement de l'idée d'affect, faisant de Green "le psychanalyste de l'affect" en France. Ce livre, clair et clarifiant, est composé de trois parties, chacune découpée en deux chapitres. La première partie se rapporte à l'affect dans l'œuvre de Freud au chapitre I et le chapitre II est consacré à l'affect dans la littérature psychanalytique après Freud. La deuxième partie couvre le champ de l'affect dans les structures cliniques au chapitre III, tandis que le chapitre IV situe l'affect dans le processus psychanalytique et dans le complexe d'Œdipe. La troisième partie est une étude théorique, en contraste à la clinique psychanalytique de la deuxième partie. Finalement, ce livre est de facture classique en trois parties, comme un concerto en trois mouvements : lent-rapide-lent (largo-allegro-largo). Le premier mouvement (117 pages) dresse un panorama de l'affect dans l'œuvre freudienne et dans la littérature psychanalytique post-freudienne. Le deuxième mouvement (69 pages) présente le tableau de l'affect dans les structures cliniques. Le troisième mouvement (91 pages) est une étude théorique de l'affect dans les deux topiques. La conclusion est une postface en forme de préface qui ouvre sur de nouvelles perspectives et de nouvelles hypothèses.

  • André Green, Un psychanalyste engagé. Conversations avec Manuel Macias, Calmann-Lévy, Paris, 1994.

C'est une présentation de l'homme et son œuvre en 232 pages, de l'enfance cairote à la maturité parisienne. Ce livre constitue le contexte qui donne sens aux travaux de Green sur l'affect exposé dans l'ouvrage précédent et sur le concept de limite présenté et explicité dans l'œuvre suivante.

  • André Green, La folie privée. Psychanalyse des cas limites, Gallimard, Paris, 1990.

Le titre éclairant de "folie privée" mettrait en contraste le latent ou virtuel au manifeste ou réel, en parallèle avec le privé et le public et la folie privée latente par rapport à la folie publique manifeste. Alors, le "cas-limite" serait une pathologie en soi ou une forme de pathologie virtuelle. Le sous-titre est encore plus éclairant, en annonçant une "psychanalyse des cas limites", une étude psychanalytique de ce phénomène posé comme problème. Le cas-limite y est présenté comme un état stationnaire homéostatique oscillatoire entre névrose et psychose, à la manière de l'oscillation de la température d'une pièce autour de la température affichée, réglée ou régulée par le thermostat domestique.

  • John E. Jackson, De l'affect à la pensée. Introduction à la pensée d'André Green, Mercure de France, Paris, 1991.

En complément à la présentation de l'homme et son œuvre par lui-même dans les conversations d'André Green avec Manuel Macias, ce livre présente bien plus un regard critique de l'extérieur sur le parcours intellectuel et une perspective théorique des dialectiques, des dialogues et des dialogiques de l'affect et de la représentation chez André Green.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Un psychanalyste engagé, p. 95, Calmann Levy, Paris, 1994
  2. op. cit. 1994, p. 95
  3. « Un mythe : la psychanalyse française » par André Green
  4. "Un mythe : la psychanalyse française" par André Green
  5. Green, La folie privée

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1964 : « Névrose obsessionnelle et hystérie, leurs relations chez Freud et depuis. Étude clinique, critique et structurale » Revue française de psychanalyse, Paris, PUF, nos 5-6, 1964.
  • 1969 : Un œil en trop. Le complexe d'Œdipe dans la tragédie, Paris, Minuit.
  • 1973 : L'enfant de ça. Pour introduire la psychose blanche, avec Jean-Luc Donnet, Paris, Minuit, (ISBN 2-7073-0399-2).
  • 1974 : « L'expérience antipsychiatrique » in collectif sous la direction de Colette Chiland, Traitement au long cours des états psychotiques (avec Philippe Paumelle), Toulouse, Privat, 1974, 1988, (ISBN 2-7089-2298-X).
  • 1983 : Narcissisme de vie, Narcissisme de mort, Paris, Éditions de Minuit ; éd. poche, Paris, Éditions de Minuit, 2007, (ISBN 2-7073-2013-7).
  • 1984 : « Le langage dans la psychanalyse » in Langages, Paris, Les Belles-Lettres, (ISBN 2251334262)
  • 1990 : La folie privée, psychanalyse des cas-limites, Paris, Éditions de Minuit, réed. Paris, Gallimard coll. "Folio essais", 2003, (ISBN 2-07-042831-1)
  • 1990 : Le complexe de castration, Paris, PUF, collection "Que sais-je ?", (ISBN 2-13-056017-2).
  • 1992 : La déliaison, Paris, Les Belles-Lettres, 1992, (ISBN 978-2-251-33449-3).
  • 1992 : Révélations de l'inachèvement. À propos du carton de Londres de Léonard de Vinci, Paris, Flammarion.
  • 1993 : Le travail du négatif, Paris, Éditions de Minuit, (ISBN 2-7073-1459-5).
  • 1995 : La causalité psychique, Paris, Éditions Odile Jacob, (ISBN 2738103022).
  • 1995 : Propédeutique. La métapsychologie revisitée, Paris, Champ Vallon, coll. "L'Or d'Atalante", (ISBN 2876732149).
  • 1997 : Les Chaînes d'Éros : actualité du sexuel, Paris, Odile Jacob, (ISBN 2738104436).
  • 2000 : La Diachronie en psychanalyse, Paris, Éditions de Minuit, collection "Critique", (ISBN 2707317063).
  • 2000 : Le temps éclaté, Paris, Éditions de Minuit, 2000, (ISBN 2-7073-1705-5)
  • 2002 : Méconnaissance et reconnaissance de l'inconscient. Idées directrices pour une psychanalyse contemporaine, Paris, PUF, (ISBN 2-13-053212-8).
  • 2002 : La Pensée clinique, Paris, Éditions Odile Jacob, collection "Sciences Humaines", (ISBN 2738111300).
  • 2003 : Hamlet et Hamlet : une interprétation psychanalytique de la représentation, Paris, Bayard éditeur, 2003, (ISBN 2-227-47136-0).
  • 2004 : La lettre et la mort. Promenade d'un psychanalyste à travers la littérature : Proust, Shakespeare, Conrad, Borges Entretiens avec Dominique Eddé, Paris, Denoël éditeur, collection "L'Espace analytique".
  • 2004 : Le discours vivant : la conception psychanalytique de l'affect, Paris, PUF, collection "Quadrige", 2004, (ISBN 2-13-054679-X).
  • 2005 : Sortilèges de la séduction : lectures critiques du Songe d'une nuit d'été ; Antoine et Cléopâtre ; La Tempête ; Le Phénix et la Colombe de William Shakespeare, Paris, Éditions Odile Jacob, (ISBN 273811573X).
  • 2007 : Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ?, Paris, Éditions du Panama, 2007, collection "Cyclo", (ISBN 2755701447) ; nouvelle édition revue, Paris, Ithaque, 2010, (ISBN 978-2-916120-201).
  • 2008 : Joseph Conrad : le premier commandement, Paris, Éditions In Press, (ISBN 2848351462).
  • 2009 : L'aventure négative, Paris, Éditions dHermann, (ISBN 9782705669157).
  • 2010 : Illusions et désillusions du travail psychanalytique, Paris, Éditions Odile Jacob, (ISBN 978-2-7381-2468-5).
  • 2011 : Du signe au discours. Psychanalyse et théories du langage, Paris, Éditions Ithaque, (ISBN 978-2-916120-23-2)
  • 2012 : La Clinique psychanalytique contemporaine, Paris, Éditions Ithaque.
  • 2013 : Penser la psychanalyse avec Bion, Lacan, Winnicott, Laplanche, Aulagnier, Anzieu, Rosolato, Paris, Éditions Ithaque.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Duparc, André Green, Paris, PUF, 1997, coll. "Psychanalystes d'aujourd'hui", 2e édition, (ISBN 2-13-047772-0).
  • César Botella (sous la dir.), Penser les limites : écrits en l'honneur d'André Green, Paris, Delachaux et Niestlé, 2002, (ISBN 2-603-01306-8).
  • Maurice Corcos, Alejandro Rojas-Urrego, Associations (presque) libres d'un psychanalyste (A.Green), Paris, Albin Michel, 2006, (ISBN 2-226-17096-0).
  • G. Kohon (sous la dir.), Essais sur la Mère morte et l'œuvre d'André Green, Paris, Ithaque, 2009, extrait du livre, EAN 9782916120072.
  • Dominique Cupa (sous la dir.), Image du père dans la culture contemporaine. Hommage à André Green, Paris, PUF, 2008, (ISBN 2-13-056580-8).
  • Dominique Cupa, Gérard Pirlot, A. Green. Les grands concepts psychanalytiques, Paris, PUF, 2012.
  • Fernando Urribarri, Dialogue avec A. Green. La psychanalyse contemporaine, chemin faisant, Paris, Ithaque, 2013.

Lien externe[modifier | modifier le code]