Richard von Krafft-Ebing

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Le baron Richard de Krafft-Ebing et sa femme Marie-Louise

Richard Freiherr von Krafft-Ebing[1] (né le 14 août 1840 à Mannheim et mort le 22 décembre 1902 à Graz) est un psychiatre austro-hongrois, auteur d'une étude des perversions sexuelles intitulée Psychopathia sexualis, publiée en 1886, qui popularisa les termes masochisme et sadisme, passés depuis dans le langage courant, en référence aux œuvres respectives de Leopold von Sacher-Masoch et du Marquis de Sade.

Sommaire

[modifier] Vie

Krafft-Ebing est l’aîné des cinq enfants d’un haut magistrat du Grand-duché de Bade, Friedrich Karl Conrad Christophe von Krafft-Ebing.

Sa mère, Klara Antonia Carolina, est la fille du célèbre juriste Carl Joseph Anton Mittermaier.

Le titre de noblesse paternel, conféré en 1770 par l’impératrice Marie-Thérèse, est élevé au rang de baronnie par Franz Ier Joseph en 1805. Après des études de médecine, il se spécialise en psychiatrie et a été l’élève de Wilhelm Griesinger à Zurich Il a exercé dans plusieurs institutions psychiatriques, avant de conclure que leur mode de fonctionnement ne lui permettent pas de comprendre la nature des problèmes qu’il étudiait. Il décide alors de se tourner vers l'éducation. Il enseigne à Strasbourg, Graz et Vienne où il devient expert en médecine légale. Il contribue à vulgariser la psychiatrie en donnant des conférences et des démonstrations en public du pouvoir de l’hypnose.

[modifier] Œuvre

Krafft-Ebing écrit et publie nombre d’articles sur la psychiatrie, mais c’est son livre Psychopathia Sexualis ("Psychopathia sexualis : Étude médico-légale à l'usage des médecins et des juristes"), qui reste le plus connu de ses écrits. L'ouvrage, destiné à servir de manuel de référence aux médecins légistes et aux magistrats, est rédigé dans une langue universitaire et l’introduction insiste sur le choix d’un titre savant, destiné à décourager les profanes. Dans le même esprit, il rédige certains passages en latin. En dépit de ces précautions, le livre connaît un grand succès populaire. Il est maintes fois réédité et traduit. Une marque de la popularité de l'ouvrage est le fait que, dans les dernières éditions de l’ouvrage, on trouve des lettres de lecteurs homosexuels qui se sont reconnus dans les cas figurant dans les précédentes éditions.

L’ouvrage se présente comme une description tout à fait objective et scientifique de tout ce que la sexualité peut prendre de chemins, indépendamment de ce que Sigmund Freud appellera le but" et "l’objet" de la pulsion[2] : ce type de recherches est tombé en désuétude.

L’intérêt de l'œuvre est cependant incontestable en tant que témoignage de ce ce qui se faisait en psychiatrie à l'époque et de la façon dont on abordait la sexualité avant Freud. Pour Krafft-Ebing, ces perversions sont des déviations dues à une dégénérescence alors que pour la psychanalyse, elles constituent une phase de développement onto- et phylogénétique[réf. nécessaire].

L’intérêt de l'ouvrage réside également dans l’ensemble des observations (198 dans la huitième édition) où les patients racontent leur histoire, leur vie quotidienne et leurs souffrances (en particulier en ce qui concerne les homosexuels mariés).

[modifier] Présentation

Dans la première édition de Psychopathia Sexualis (1886), Krafft-Ebing classe les déviations sexuelles en quatre catégories :

  • paradoxia – libido intempestive chez le jeune enfant ou la personne âgée ;
  • anesthesia – absence de libido ;
  • hyperesthesia – libido exacerbée ;
  • paraesthesia – libido dévoyée. Il met entre autres dans cette catégorie l’homosexualité, le fétichisme, le sadisme, le masochisme et la pédérastie.

Pour Krafft-Ebing, la finalité de l’acte sexuel est la propagation de l'espèce et tout acte sexuel qui ne va pas dans ce sens entre dans la catégorie des perversions. Le viol, par exemple, est un acte répréhensible, mais non une déviance, puisqu’il peut provoquer une grossesse.

Les femmes, selon lui, sont essentiellement passives. Il ne cite d’ailleurs dans ses études, aucun cas de fétichisme ou de sadisme féminin. Des comportements qualifiés de masochistes chez l’homme deviennent de la soumission sexuelle chez la femme ce qui n’est pas une perversion puisque la pratique n’en exclut pas les grossesses. L’adultère féminin est d'ailleurs considéré, à l’époque, comme un trouble psychique et les "malades" sont internées et "soignées" (cf : Sophie-Charlotte en Bavière, ou Louise de Belgique).

Après de nombreux entretiens avec des patients ou des sujets homosexuels qu’il fréquente en tant que médecin légiste, et la lecture d’articles demandant la dépénalisation de l’homosexualité masculine dans l’empire austro-hongrois, Krafft-Ebing en vient à la conclusion que les homosexuels et les lesbiennes ne sont ni des malades mentaux ni des pervers (idée fortement enracinée dans les préjugés de l'époque), et décide d’approfondir le sujet.

Il élabore une théorie selon laquelle l’homosexualité résulterait d'une anomalie lors du développement du cerveau de l'embryon ou du fœtus, anomalie provoquant une inversion sexuelle du cerveau. Quelques années plus tard, en 1901, il amende cette hypothèse en publiant un article dans le de:Jahrbuch für sexuelle Zwischenstufen où il substitue le mot différenciation au terme anomalie. Mais ces conclusions restent méconnues pendant des années, en partie à cause du succès des théories de Sigmund Freud sur l'origine psychologique de la sexualité, mais aussi à cause de l’opposition de l’église catholique qui désapprouve ses positions sur l’homosexualité et qui, surtout, s’offusque de voir Krafft-Ebbing associer l’aspiration à la sainteté et au martyr à des formes d’hystérie et de masochisme.

Quelques années plus tard, d'autres spécialistes arrivent à des conclusions similaires et abordent le problème de la transexualité en termes de différenciation relevant de la chirurgie plutôt que du traitement psychiatrique ou de la thérapie analytique. L’œuvre de Krafft-Ebing comporte d’autres ouvrages, notamment :

  • Die Melancholie: Eine klinische Studie (La Mélancolie, étude clinique), 1874 ;
  • Grundzüge der Kriminalpsychologie für Juristen (Bases de la psychologie criminelle pour les juristes), seconde édition : 1882 ;
  • Die progressive allgemeine Paralyse (Paralysie générale progressive), 1894 ;
  • Nervosität und neurasthenische Zustände (Nervosité et états neurasthéniques), 1895.

[modifier] Notes et références

  1. Freiherr signifie baron ; on doit donc comprendre Baron Richard de Krafft-Ebing.
  2. Trois essais sur la théorie sexuelle (1905) (Ed: Folio-Gallimard, 1989, ISBN 2-07-032539-3)

[modifier] Voir aussi



[modifier] Liens internes

[modifier] Psychiatres contemporains de Krafft-Ebing qui l'ont influencé

[modifier] Liens externes

[modifier] Bibliographie

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