Dualisme (philosophie)

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Le dualisme est une doctrine posant deux principes irréductibles et indépendants, au contraire d'un monisme, qui n'en pose qu'un. Le terme a été introduit en français par Pierre Bayle en 1697, dans le Dictionnaire historique et critique, à propos de la religion manichéenne, qui oppose sans conciliation le Bien et le Mal. Il a ensuite été appliqué en 1734 à la philosophie par le professeur allemand Christian Wolff, pour qualifier le système de Descartes qui sépare la res extensa (l'étendue, ou matière mesurable, dont le corps) et la res cogitans (la pensée, ou âme découvrant Dieu) dans les Méditations métaphysiques.

Définition[modifier | modifier le code]

Le dualisme est un point de vue métaphysique affirmant que l'univers n'est formé que de deux constituants : le physique et le mental.

Concept[modifier | modifier le code]

Le concept peut qualifier beaucoup d'autres théories religieuses ou philosophiques : la nature et la grâce, les idées platoniciennes et les apparences mobiles. Un dualisme, qu'il soit particulier ou général, pose le problème logique de sa solution, comment concilier les deux entités distinguées. Plusieurs dualismes invitent à chercher des correspondances quant à savoir si certains sont-ils réductibles à d'autres. La dialectique des dualismes peut être un chemin pour parcourir l'histoire des idées (voir Hegel).

Dualisme en philosophie[modifier | modifier le code]

L'histoire de la philosophie peut se lire comme un tissu de dialectiques. Certaines réflexions sont par ailleurs dialectiques, c'est-à-dire proposent d'appréhender les choses à l'aide de l'éclairage de deux pôles antagonistes ou complémentaires, mais le propos ici est plus général. De fait, une méthode possible pour aborder un problème est souvent d'y introduire une dialectique. Cet outil d'analyse se retrouve aussi employé en physique.

Il ne s'agit pas de prétendre que la philosophie de tel ou tel auteur est un dualisme, mais plutôt, dans une approche méthodologique, d'inscrire la philosophie de certains auteurs dans un moment du développement d'une dialectique donnée.

Ces dimensions ne sont bien sûr pas orthogonales, et la liste n'est pas exhaustive.

Critique de la méthode[modifier | modifier le code]

L'inconvénient connu de l'approche dialectique est de soustraire au domaine de l'étude tout ce qui n'entre pas dans son discours. Une considération mâle/femelle peut faire passer à côté des êtres vivants qui ne sont ni l'un, ni l'autre. Une dialectique végétal/animal fera faussement croire qu'on s'occupe de tout le vivant, etc. Dans la pratique, la dialectique se révèle le plus souvent une arme à double tranchant, utile pour qui n'y voit qu'un outil à considérer à parité avec d'autres, dangereuse pour qui croit y voir une panacée. Elle a joué plus souvent dans le passé un rôle d'œillères que d'échasses.

Cet outil dialectique n'a pour objet que d'offrir une alternative à la chronologie, de permettre une analyse de l'histoire de la philosophie. Ces diverses dialectiques se chevauchent et n'ont pas la prétention d'offrir une partition du champ historique.

Dualismes dans la pensée chinoise[modifier | modifier le code]

Le jeu sur de termes opposés ou complémentaires formant dipôle est aussi très répandu dans la pensée chinoise. Quelques exemples peuvent donner une idée de la manière chinoise d'utiliser la dialectique. Confucius veut une société qui s'appuie sur les rites et la musique, il demande à ses auditeurs d'équilibrer étude et réflexion, mais il n'est pas friand de réflexions opposant symétriquement des termes deux à deux. C'est chez Lao Zi qu'on trouve une forme plus pure de dialectique : On peut voir le livre qui lui est attribué, dont le titre est la Voie et la Vertu, comme un traité sur les rapports du Tout cosmique en création perpétuelle (la Voie) et la fécondité différenciée de chacune de ses réalisations particulières (la Vertu). Le couple Yin-Yang est aussi un dipôle de type dialectique permettant de comprendre le monde, mais cette fois-ci avec un pouvoir descriptif très concret, et les Chinois se sont longtemps demandés comment l'Europe pouvait s'en passer. Une des discussions les plus reprises en Chine a été celle de la nature bonne ou mauvaise de l'homme. Enfin l'opposition entre individu et société peut se lire dans la différence de point de vue entre Taoïsme et Confucianisme, qu'on peut voir comme deux pôles de la même expérience chinoise, et qui d'ailleurs ne s'opposent pas tant qu'ils ne se complètent. Les penseurs chinois anciens, dans leur grande majorité, ne faisant que peu confiance à la logique et au raisonnement déductif, n'ont pas développé de dialectique au sens strict. Ils ont cependant eu à se servir de dipôles conceptuels et à se placer par rapport à eux, à mesurer l'espace intermédiaire qu'il décrit. Fuyant la confrontation et l'opposition, ils ont toujours cherché à renouer les fils et à proposer une vision unifiée du monde. La présence ou l'absence de telle ou telle divinité, la vérité ou la fausseté de telle ou telle doctrine leur importe peu, c'est l'efficacité qui compte.