Françoise Dolto

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Françoise Dolto

Description de l'image  FrancoiseDolto.jpg.
Biographie
Naissance 6 novembre 1908
Décès 25 août 1988 (à 79 ans)
Nationalité Drapeau de la France Française
Thématique
Formation Médecin
Travaux L'image du corps, les castrations symboligènes, ...

Françoise Dolto, née le 6 novembre 1908 à Paris et morte le 25 août 1988 dans la même ville, est une pédiatre et psychanalyste française qui s'est consacrée à la psychanalyse des enfants, reconnue pour sa pratique spécifique dans ce domaine mais également pour son apport théorique à la psychanalyse, en particulier sur l'image inconsciente du corps. Elle a œuvré à la vulgarisation de ces connaissances dans les années 1960, au travers d'une émission de radio, ce qui a contribué à la faire connaître au grand public.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Françoise Dolto, née Marette, est issue d'une famille bourgeoise de conviction catholique et monarchiste du 16e arrondissement de Paris : sa mère Suzanne Demmler, de souche alsacienne, est fille de polytechnicien et son père Henri Marette est également ingénieur polytechnicien, devenu industriel. Quatrième enfant d'une fratrie de sept (elle est la sœur de Jacques Marette (1922–1984), ministre français des Postes de 1962 à 1967[1]).

Nourisson, elle est confiée à une nourrice irlandaise qui s'occupe beaucoup d'elle, au point que ses parents doivent lui parler anglais pour obtenir un sourire. Les parents renvoient brutalement la nourrice[2], et, alors âgé de huit mois, elle attrape une bronchopneumonie, dont elle guérit après que sa mère l'eut tenu contre elle vingt-quatre heures durant au plus fort de la maladie. [réf. souhaitée]

Enfance[modifier | modifier le code]

Françoise Dolto est élevée de manière très traditionnelle et selon Élisabeth Roudinesco « elle a eu une enfance catholique, d'extrême droite[3] », étant élevée selon les valeurs en cours dans une famille maurassienne[4].

Elle a une institutrice personnelle qui est formée à la méthode Fröbel.

À huit ans, elle parle de devenir « médecin d'éducation » selon ses propres termes : « Un médecin qui sait que quand il y a des histoires dans l'éducation ça fait des maladies aux enfants, qui ne sont pas des vraies maladies, mais qui font vraiment de l'embêtement dans les familles et compliquent la vie des enfants qui pourrait être si tranquille[5]. »

À l'âge de huit ans, elle perd son oncle et parrain (Pierre Demmler), qui meurt à la guerre. Lui ayant assigné une place d'époux symbolique, comme peuvent le faire les enfants de cet âge, elle l'appelle « son fiancé » et en porte le deuil comme une veuve de guerre[6].

À douze ans, elle est profondément marquée par la mort de sa sœur Jacqueline, âgée de dix-huit ans, préférée de sa mère[6]. Celle-ci tombe dans une grave dépression[6] et en tient rigueur à Françoise, en l'accusant de ne pas avoir su prier assez fort pour sauver sa grande sœur. Elle lui avait dit, la veille de sa première communion, que les prières d'un enfant très pur pourraient la sauver. Françoise Dolto rapportera plus tard :

« J'ai vu ma mère souffrir au point qu'elle ne pouvait pas tolérer de voir un enfant handicapé dans la rue, j'étais à côté d'elle, comme ça, rétrécie de souffrance pour elle et pour l'enfant qu'elle injuriait (avec la mère de cet enfant qui poussait la voiture) “si c'est pas malheureux de voir ça vivre et des beaux enfants qui meurent, quelle honte !” (…) J'ai éprouvé comme ça des choses tellement douloureuses, avec une telle compassion pour les gens qui souffraient parce que je ne pouvais pas faire autrement[7]. »

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Pour sa mère, une fille n'a d'autre horizon que le mariage et, forte de ce principe, elle lui interdira de poursuivre des études. À seize ans, elle doit affronter la volonté de sa mère qui ne veut pas la laisser passer son baccalauréat, car elle ne serait plus mariable. Néanmoins, elle va au lycée (en classe terminale, section « philosophie » de 1924 à 1925 au lycée Molière, à Paris) et passe son Bac. En 1930 elle passe son diplôme d'infirmière. Un an après, elle commence ses études de médecine avec son frère Philippe (« en payant ses études avec l'argent qu'elle gagne[8] »).

En 1932[9], sur la recommandation de Marc Schlumberger, elle rencontre le psychanalyste René Laforgue (qui avait déjà accueilli en cure son frère Philippe un an auparavant) et participe aux débuts du freudisme français en commençant une psychanalyse avec lui, à partir de février 1934[10]. Cette cure dure trois ans[10]. Laforgue trouvant à Françoise Dolto des aptitudes, lui conseille de devenir elle-même psychanalyste, ce qu'elle refuse d'abord, voulant se consacrer à la médecine. Cette cure la libéra de sa névrose, du poids de son éducation, de son milieu d’origine et de sa mère dépressive en faisant d’elle une autre femme[10].

Au cours de sa formation médicale, en stage dans le service du Docteur Georges Heuyer[10], elle rencontre Sophie Morgenstern[10], qu'elle assistera plus tard. Sophie Morgenstern fut la première à pratiquer la psychanalyse des jeunes enfants en France : celle-ci lui confie la tâche d'écouter, et seulement écouter, les enfants qu'elle devait soigner. Ses patients seront surtout des enfants et des psychotiques. « À la veille de la guerre, elle jette les bases d'une méthode psychanalytique de thérapie d'enfants centrée sur l'écoute de l'inconscient et débarrassée du regard psychiatrique[11]. »

En 1938, elle rencontre le docteur Édouard Pichon à l’hôpital Bretonneau. En 1939, elle soutient sa thèse intitulée Pédiatrie et psychanalyse[10], dans laquelle elle expose certaines base de sa méthode de psychanalyse des enfants qu'elle développera au long de sa vie, notamment le fait de parler directement aux enfants de la réalité de leur vécu à l'aide d'un langage qui leur est accessible[12].

En 1938, elle rencontre également Jacques Lacan, lit Les Complexes familiaux, suit son enseignement à Sainte-Anne et resta en lien étroit tout au long de son activité de psychanalyste et en lui reprenant, parfois à sa manière, de nombreux concepts[12]. Lacan et Dolto, firent selon Roudinesco « figure de couple parental pour des générations de psychanalystes français »[12]. Astrid Quemener rapporte que « les deux psychanalystes étaient amis et se vouaient une grande estime réciproque. Si Dolto disait parfois « ne pas comprendre ce qu'il écrivait », il lui rétorquait « qu'elle n'avait pas besoin de le comprendre puisqu'elle l'appliquait dans sa pratique », ce qui était plus qu'une politesse, puisque Lacan lui adressait ses cas les plus difficiles »[13].

En 1939, sur les conseils de Laforgue et après avoir été en contrôle avec Nacht et Lagache, elle devient membre adhérente de la Société psychanalytique de Paris.

Vie personnelle et professionnelle[modifier | modifier le code]

Françoise Dolto travaille en cabinet avec des adultes et en institution avec les enfants : à la polyclinique Ney à la demande de Jenny Aubry, à l'hôpital Trousseau (où elle assure des consultations gratuites de 1940 à 1978)[12], au Centre médico-psycho-pédagogique Claude-Bernard à partir de 1947, et enfin au centre médico-psycho-pédagogique (CMPP) Étienne-Marcel de 1964 à 1981[14].

En décembre 1942 elle fut embauchée par le Centre de la mère et de l'enfant, une institution dépendant de la Fondation pour l'étude des problèmes humains (fondée par Alexis Carrel)[15].

En février 1942, elle épouse Boris Ivanovitch Dolto, fondateur d'une nouvelle méthode de kinésithérapie en France[12], ainsi que d'une école de podologie : l'École française d'orthopédie et de massage. Ils s'intéressent tous deux aux rapports entre corps et psychisme ; leurs échanges seront très enrichissants.[réf. souhaitée] Ils ont trois enfants : Yvan-Chrysostome Dolto (19432008), devenu un chanteur populaire connu sous le nom de Carlos, Grégoire Dolto en 1944, devenu ingénieur, et Catherine Dolto en 1946, devenue pédiatre, passionnée d'haptonomie (elle écrit aussi des livres pour les enfants et leurs parents)[16].

Elle commence à publier des textes importants dans les années 1956 - 1957[17], expose en 1960 au colloque international d'Amsterdam, le rapport commandé par Lacan sur la sexualité féminine et devient au cours de cette période une « figure majeure du mouvement psychanalytique »[18].

En 1964, à la suite de la deuxième scission du mouvement psychanalytique français, elle participe, avec Jacques Lacan, à la création de l'École freudienne de Paris[12] et développera au cours des années suivantes son enseignement dans ce cadre, notamment son séminaire sur la psychanalyse des enfants[18]. En 1971 paraît Le Cas Dominique et une réédition de sa thèse Psychanalyse et Pédiatrie qui seront des succès en libraire et sont réédités jusqu'à aujourd'hui[19].

Les émissions de radio qui donnèrent du retentissement à ses idées eurent lieu de 1976 à 1978[19], année où elle arrête ses consultations à l'hôpital Trousseau qu'elle tenait depuis 1940 et arrête ses consultations privées l'année d'après mais en continuant d'assurer l'Aide sociale à l'enfance à la pouponnière d'Anthony[19]. En 1979, elle lance la première « Maison Verte »[19].

En 1980, l'École freudienne est dissoute par Lacan, qui décède en 1981 tout comme le mari de Dolto, Boris[20]. Elle fera ensuite encore paraître quelques ouvrages majeurs tels Au jeu du désir, L'Image inconsciente du corps, La Cause des enfants mais atteinte de fibrose pulmonaire depuis 1984, elle meurt le 25 aout 1988[20].

Inhumation[modifier | modifier le code]

Décédée le 25 août 1988, Françoise Dolto est inhumée au cimetière de Bourg-la-Reine aux côtés de son mari Boris ; cette sépulture est aussi celle de leur fils, le chanteur Carlos, décédé en 2008. Elle a demandé que soit inscrit sur sa pierre tombale : « N'ayez pas peur ! »[21].

Travaux et apport[modifier | modifier le code]

Idées majeures[modifier | modifier le code]

Françoise Dolto fut une fervente militante de la « cause des enfants », faisant de l'enfant en souffrance et de ses rapports avec la mère son domaine de prédilection.

Plusieurs idées majeures ressortent de ses œuvres :

  • l'enfant est une personne ;
  • tout est langage (gestes, regards…) ;
  • le « parler vrai » : ne pas mentir à un enfant car « on ne peut mentir à l'inconscient, il connaît toujours la vérité ». « L'enfant a toujours l'intuition de son histoire. Si la vérité lui est dite, cette vérité le construit »[22] ;
  • l'image inconsciente du corps : pour elle, les dessins des enfants représenteraient leur propre corps ; la prise de conscience de son propre corps est une étape de la structuration du sujet et de l'individuation.
  • le « complexe du homard » : métaphore employée par Dolto pour représenter la crise d'adolescence ; l'adolescence n'est pas simplement le travail de l’adolescent et les crises d'adolescence sont une étape nécessaire ; l’adolescence, c'est chuter pour mieux remonter.

L'enfant comme sujet à part entière[modifier | modifier le code]

La coutume lui prête volontiers[évasif] la phrase « le bébé est une personne » (qu'elle n'a en fait pas prononcée[23][réf. insuffisante]). Si en fait elle ne prête pas la conscience inhérente au principe de personne au bébé, elle n'en défend pas moins, tout au long de sa carrière, l'idée que l'individu est un sujet à part entière dès son plus jeune âge.

De ce fait, elle souligne l'importance de la parole que l'adulte peut adresser à l'enfant sur ce qui le concerne, parole qui peut l'aider à construire sa pensée.

Ainsi, pour Dolto, l'enfant peut être psychanalysé très tôt en tant qu'individu. L'enfance a ainsi un rôle fondamental dans le développement de l'individu.

Claude Halmos dans le documentaire Françoise Dolto dit : «  L'apport essentiel de Françoise Dolto est de dire que l'enfant est à égalité d'être avec un adulte et que ce faisant il est un analysant à part entière[24]. »

Elle considère qu'avant même que l'enfant possède un véritable « langage », l'être humain étant par essence communiquant, il communique déjà, à sa façon, par le corps. Par exemple : apprendre à marcher, ou même à se déplacer à quatre pattes, c'est commencer à vouloir s'affranchir des parents et exprimer un début de désir d'indépendance. Elle analyse les rapports enfants-parents, et notamment l'origine du complexe d'Œdipe et l'importance du rôle du père dès les premiers jours. À travers le père, l'enfant comprend qu'il n'est pas tout pour sa mère, ce qui entraîne un rapport de frustration et permet l'individuation.[réf. nécessaire]

Dans La Difficulté de vivre, elle explique comment répondre à un enfant qui pose des questions autour de sa naissance. Elle accorde une grande importance à la parole dans la construction des individus.[réf. insuffisante]

Sa thèse[modifier | modifier le code]

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Elle s'intéresse essentiellement à la psychanalyse de l'enfance et soutient sa thèse Psychanalyse et pédiatrie en 1939. Elle y explique le rôle de l'affect comme support de l'intelligence et porteur de l'expression des troubles. Elle détaille son développement en fonction des castrations « symboligènes » successives (castration des symboles d'états infantiles compensée par la maturation, par exemple l'échange verbal ou pré-verbal qui compense la têtée). Les séparations ont un effet symboligène : elles permettront aux zones érogènes de devenir des lieux de désir et de plaisir. Par exemple, le sevrage est la première castration orale ; celle-ci modifie la valeur symbolique de l'objet-mère, sans le faire disparaitre, à condition que la mère introduise aussi, par le langage, le bébé dans le monde social et qu'elle puisse devenir la mère que le bébé retrouve.

Elle y explique que la connaissance de cette maturation psychique est indispensable à la pédiatrie. Cette thèse soulève de vives réactions : elle est soit dénigrée avec force, soit profondément respectée, comme par Jean Rostand qui après l'avoir lue veut la rencontrer et lui déclare qu'il n'a jamais rien lu d'aussi intéressant depuis Freud. C'est chez lui qu'elle fera connaissance de son futur mari.

Le « complexe du homard »[modifier | modifier le code]

Le complexe du homard est une formule inventée par Françoise Dolto pour représenter la crise d’adolescence. «L’enfant se défait de sa carapace, soudain étroite, pour en acquérir une autre. Entre les deux, il est vulnérable, agressif ou replié sur lui-même». Mais «ce qui va apparaître est le produit de ce qui a été semé chez l’enfant», avertit Dolto. Il s'agit donc de l’évolution qui va se faire de l’adolescent vers l’adulte[25].

Les parents devraient donc voir les crises explosives comme une preuve qu’ils ont rempli leur contrat, les repères éducatifs s’avérant suffisamment souples pour « sauter » au bon moment. À l’inverse, si les parents sont trop rigides, l’adolescent restera prisonnier de sa carapace et désarmé face à la dépression[22].

Influences et engagements[modifier | modifier le code]

Elle eut une influence sur l’émergence du féminisme politique et l’évolution des mouvements féministes.[réf. nécessaire] Selon Dolto, le complexe d'Œdipe de la fille lui fait développer des qualités féminines, qu'elle peut utiliser dans la réussite sociale : son narcissisme est beaucoup plus vécu en surface que celui des garçons.[réf. nécessaire]

Françoise Dolto était opposée à une loi sur l'avortement[26].

Françoise Dolto a par ailleurs signé une « Lettre ouverte à la commission de révision du Code pénal », concernant la confusion des actes commis sur des moins de 15 ans par des adultes ou par des mineurs de 15 à 18 ans exigeant que cette « infraction » ne soit plus un crime et qu'on tienne compte « essentiellement du consentement du mineur »[27], à une époque ou les plus de quinze ans ne disposaient pas majorité sexuelle hors mariage[28]

Convaincue que psychanalyse et foi pouvaient faire ménage (voir son ouvrage La Foi au risque de la psychanalyse), elle a été la première psychanalyste à faire une conférence à Rome, à Saint-Louis-des-Français, sur le thème : « Vie spirituelle et psychanalyse ». En 1979, elle participe à l'ouvrage Dieu existe ? Oui avec Christian Chabanis.

Selon Gérard Guilleraut, Françoise Dolto a permis aux psychothérapeutes d’aujourd’hui — qu'ils le reconnaissent ou non — de s'occuper d'enfants[29].

Les sociétés de psychanalyses[modifier | modifier le code]

Membre adhérente de la Société psychanalytique de Paris depuis 1939, elle participe à une première scission en 1953 avec Daniel Lagache et Juliette Favez-Boutonier, mais pour des raisons différentes. Ces derniers s'opposent à la vision médicale de Sacha Nacht, alors que Françoise Dolto s'oppose au fait de considérer les futures psychanalystes comme des enfants, en référence au mode de transition préconisé apparenté à un enseignement. Ce point précis est développé par Georges Juttner qui explique : « en aucun cas elle ne formait des élèves (…) l'éthique de la psychanalyse, c'est qu'un sujet se déploie dans l'accomplissement de sa propre parole, c'est donc bien l'opposé du concept d'élève[30] » .

La Société française de psychanalyse est alors fondée dans son appartement (qui se situe rue Saint-Jacques comme l'était la Société psychanalytique de Paris). Jacques Lacan sera désigné comme président.

Cette société sera dissoute en 1964 au profit de deux autres. Françoise Dolto participe activement à la création de l’École freudienne de Paris, dans laquelle Lacan jouera un rôle plus central. Dolto quitte l’École Freudienne en 1980.

Médiatisation[modifier | modifier le code]

Dès 1950, elle anime, avec d’autres spécialistes, une série d'émissions sur l'éducation sexuelle des enfants dans le cadre de l'émission "La Tribune de Paris" de la RTF.

Puis, pendant toute l’année scolaire 1968/1969, sur Europe no 1, elle répond en direct aux questions des auditeurs sous le pseudonyme de "Docteur X.".

Sur France Inter, d'octobre 1976 à octobre 78, dans l'émission Lorsque l'enfant paraît animée par Jacques Pradel elle répond en différé aux courriers des auditeurs[31].

Le succès de cette dernière émission contribuera beaucoup à sa popularité. Françoise Dolto, tirera trois ouvrages à succès de ces émissions. Considérant toutefois cette notoriété incompatible avec sa pratique de psychanalyste, elle choisit, bien qu'il lui en coutât, de mettre fin à sa pratique (elle continua avec des enfants de la DAS).

L’école de la Neuville[modifier | modifier le code]

Fondée par Fabienne d'Ortoli, Michel Amram et Pascal Lemaître, l'école de la Neuville, un internat dont la pédagogie s'inspire du mouvement de la pédagogie institutionnelle (Anton Makarenko, A. S. Neill, Célestin Freinet, F. Deligny, F. Oury et Aïda Vasquez) fut ouverte en 1973, à la Neuville-du-Bosc, en Normandie, avant d'être transférée en Seine et Marne, au château de Tachy, en 1982. Le premier contact avec Dolto eut lieu fin 1975[32]. Jusqu’en 1979, année de l’arrêt de ses consultations en libéral, Dolto y adressa des enfants qu’elle suivait en thérapie. Ensuite, elle fit sentir son influence par des rencontres répétées avec les fondateurs, lors de « contrôles pédagogiques ».

La Maison verte[modifier | modifier le code]

La Maison verte, nommée au départ « Petite enfance et parentalité »[33], a été créée en 1979, à Paris, à l’initiative d’une équipe (cinq psychanalystes et éducateurs : Pierre Benoit, Colette Langignon, Marie-Hélène Malandrin, Marie-Noëlle Rebois et Bernard This) dont faisait partie Françoise Dolto. C’est un lieu d’accueil d’enfants de moins de quatre ans, accompagnés de leurs parents ou d’autres personnes chargées d’eux, et même les futurs parents.

Françoise Dolto souhaitait faire de la Maison verte « un lieu de rencontre et de loisirs pour les tout-petits avec leurs parents. Pour une vie sociale dès la naissance, pour les parents parfois très isolés devant les difficultés quotidiennes qu’ils rencontrent avec leurs enfants. Ni une crèche ni une halte-garderie, ni un centre de soins, mais une maison où mères et pères, grands-parents, nourrices, promeneuses sont accueillis… et leurs petits y rencontrent des amis[34] . » C'est « un lieu en partenariat avec les parents dans la sécurité de l'anonymat, qui n'a rien à voir avec un accueil anonyme, mais tout à voir avec l'idée de ne pas observer, ni évaluer les enfants[35] » .

Ce projet, auquel elle sera très attachée jusqu'à la fin de sa vie, perdure aujourd'hui. Chaque Maison verte est autonome, organisée en association loi 1901 et souvent financée par des fonds publics (DDASS, PMI, caisses d'allocations familiales, communes, régions, etc.).

Le concept fait florès (près de dix mille enfants et parents y passent chaque année) et se développe dans différentes villes de France, avant d'essaimer à l'étranger : on en trouve à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Barcelone, à Bruxelles, mais aussi en Suisse, en Argentine et au Canada. Chaque lieu invente son nom propre (Maison ouverte, à Bruxelles, Maisonnée, à Strasbourg) car la « Maison verte » et Françoise Dolto ont toujours refusé de « franchiser » leur création.

Critiques[modifier | modifier le code]

Pour Didier Pleux, docteur en psychologie du développement, psychologue clinicien comportementaliste et cognitiviste et auteur de De l'enfant roi à l'enfant tyran, il serait bon maintenant de refermer la « parenthèse » Dolto : certaines de ces idées de l'époque ne sont plus applicables et ne représentent plus la réalité de la société actuelle[36]. Aujourd'hui l'enfant n'est plus tant en danger d'être blessé par l'autoritarisme de ses parents, d'une société, que d'être affaibli par la permissivité et une « civilisation du plaisir » dans laquelle on ne saurait lui imposer de limites dès son plus jeune âge. Dans Françoise Dolto : la déraison pure (2013), il s'efforce de confronter le récit tardivement reconstruit de Dolto sur son enfance malheureuse notamment à sa correspondance qui montre une réalité toute différente[37]. Il critique également les analyses de Dolto concernant l'autisme, les psychoses ou encore l'anorexie[38]. Opposés à cette lecture, les psychanalystes Jean-Pierre Winter et Claude Halmos voient l’ouvrage comme étant ni « analytique, ni scientifique, ni critique » avec de nombreuses approximations ou inexactitudes, tandis que l'écrivain et journaliste Isabelle Lortholary qualifie l’ouvrage comme étant une interprétation à partir de citations incomplètes et hors contexte, un « pamphlet » aux dérives peu propices au débat[39].

Dans le Le Livre noir de la psychanalyse Jacques Van Rillaer tenant des thérapies cognitivo-comportementale affirme que Françoise Dolto pense à la suite de Freud que la conscience morale, en terme psychanalytique le surmoi, est moins forte chez les femmes que chez les hommes[40] « "Le Moi des femmes est la plupart du temps plus faible que celui des hommes" et "leur Sur-Moi est rudimentaire (sauf les cas de névroses)" [...] "C'est parce qu'elle n'a pas de Sur-Moi - parce qu'elle en a moins - que la femme apparaît pleine de grâce", c'est-à-dire de présence. Remarquez comment l'enfant qui n'a pas de Sur-Moi est lui aussi plein de grâce."[41] ». Dans le même ouvrage, Jean Cottraux, également défenseur des thérapies cognitivo-comportementale, avance que Dolto a imposé le « lacanisme » en France via ses émissions radiodiffusées[42].

Tombe de Françoise Dolto et de sa famille au cimetière de Bourg-la-Reine

Hommage[modifier | modifier le code]

Une salle de cours du nouveau pavillon Théodule Ribot de la faculté de psychologie de l'Université de Strasbourg porte son nom en hommage depuis 2009.

Son nom a inspiré de nombreux établissements scolaires tel que le collège Françoise-Dolto à Nogent (Haute-Marne).

Une des rues de la ville de Belfort porte son nom.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Psychanalyse et pédiatrie (le texte publié de sa thèse de médecine) éd. du Seuil (1971)
  • Le Cas Dominique, éd. du Seuil (1971)
  • L'Évangile au risque de la psychanalyse, éd. Jean-Pierre Délarge (1977) (Françoise Dolto, interpellée par Gérard Sévérin, philosophe, théologien, psychanalyste)
  • Au jeu du désir, éd. du Seuil (1981)
  • Séminaire de psychanalyse d’enfants (avec la collaboration de Louis Caldaguès), Éditions du Seuil, Paris, 1982, (ISBN 2-02-006274-7)
  • Sexualité féminine, éd. Scarabée/A. M. Métailié (1982)
  • L'image inconsciente du corps, éd du Seuil (1984)
  • Séminaire de psychanalyse d’enfants (avec la collaboration de Jean-François de Sauverzac), Éditions du Seuil, Paris, 1985, (ISBN 2-02-008980-7)
  • Solitude, éd. Vertiges, Paris, (1985), (ISBN 2-86896-026-X)
  • La Cause des enfants, éd. Robert Laffont, Paris (1985), (ISBN 2-221-04285-9)
  • Enfances, Paris (1986)
  • Libido féminine, éd. Carrère, Paris (1987)
  • L'Enfant du miroir (avec Juan David Nasio), Éditions Rivages, Paris, 1987, (ISBN 2-86930-056-5)
  • La Cause des adolescents, éd. Robert Laffont (1988)
  • Quand les parents se séparent (avec la collaboration de Inès de Angelino), Éditions du Seuil, Paris, 1988,(ISBN 2-02-010298-6)
  • L'Échec scolaire, éd. Vertiges du Nord (1989)
  • Autoportrait d'une psychanalyste, éd. du Seuil, Paris (1989)
  • Paroles pour adolescents ou le complexe du homard, éd. Hatier (1989)
  • Lorsque l'enfant paraît, éd. du Seuil, Paris (1990)
  • Les Étapes majeures de l'enfance, éd. Gallimard (1994)
  • Les Chemins de l'éducation, éd. Gallimard (1994)
  • La Difficulté de vivre, éd. Gallimard, Paris (1995)
  • Tout est langage, éd. Gallimard, Paris (1994)
  • Le sentiment de soi : aux sources de l'image et du corps, éd. Gallimard (1997)
  • Le Féminin, éd. Gallimard (1998)
  • La vague et l'océan : séminaire sur les pulsions de mort (1970-1971), éd. Gallimard (2003)
  • Lettres de jeunesse : correspondance, 1913-1938, éd. Gallimard ; rev. et augm. (2003) (ISBN 2-07-073261-4)
  • Une vie de correspondances : 1938-1988, éd. Gallimard (2005) (ISBN 2-07-074256-3)
  • Une psychanalyste dans la cité. L'aventure de la Maison verte, éd. Gallimard (2009) (ISBN 978-2-07-012257-8)

Médias[modifier | modifier le code]

Audio[modifier | modifier le code]

Vidéo[modifier | modifier le code]

  • Françoise Dolto, trois films documentaires d'Élisabeth Coronel et Arnaud de Mezamat (à l'origine diffusés sur France 3)  ; édition DVD Abacaris Films & Gallimard, 2005, avec en complément Maud Mannoni, évocations. La 1re édition de ces trois films (1994) reçoit le Grand Prix de l'Académie Charles-Cros en 1997. Le livret contient en outre une bibliographie commentée de l’œuvre de Françoise Dolto, des ouvrages qu'elle a préfacés, ainsi que des ouvrages qui lui sont consacrés.
    • Tu as choisi de naître ;
    • Parler vrai ;
    • N'ayez pas peur.
  • Les grands entretiens de Bernard Pivot, Françoise Dolto, coédition Gallimard et INA, 1987.
  • Françoise Dolto et l'école de la Neuville, un film de Fabienne d'Ortoli et Michel Amram, éditions Frémeaux et associés, 2008.
  • Françoise Dolto parle… :
    • de la psychanalyse ; (avec la participation du psychanalyste Georges Juttner),
    • de l'origine ; (avec la participation de la psychanalyste Michèle Montrelay),
    • de l'éducation ; (avec la participation de Fabienne d'Ortoli et Michel Amram),

trois films documentaires produits et réalisés par Arnaud de Mezamat, © Abacaris films, pour France 5, 2008. Édition DVD Abacaris Films, 2012, Collection "Psychanalyse et société".

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
  • Willy Barral, Françoise Dolto, c'est la parole qui fait vivre : une théorie corporelle du langage, 1999 (ISBN 2070754820)
  • Éric Binet, Françoise Dolto, Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol. XXIX, no 3, 1999, p. 505-514[43]
  • Élisabeth Brami et Patrick Delaroche, Dolto, l'art d'être parents - L'éducation, les paroles, les limites, Albin Michel, 2014
  • Catherine Dolto, Il y a dix ans la psychanalyste des enfants disparaissait. Catherine Dolto-Tolitch parle de l’après Dolto, éd. Lien social, numéro 467, 17 décembre 1998.
  • Michel H. Ledoux, Introduction à l'œuvre de Françoise Dolto, éd. Payot 1990, 1995
  • Michel H. Ledoux, Dictionnaire raisonné de l'œuvre de Françoise Dolto, éd. Payot 2006
  • Jean-Claude Liaudet, Dolto expliquée aux parents, éd. L’Archipel, Paris, 1998
  • Daniela Lumbroso, Françoise Dolto, la vie d'une femme libre, éd. Plon, Paris, 2007
  • Bernard Martino, Le bébé est une personne, éd. Balland, Paris, 1985
  • Élisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France, éd. du Seuil, Paris, 1986
  • Jean-François de Sauverzac, Françoise Dolto, itinéraire d'une psychanalyste, éd. Aubier, 1993
  • Françoise Dolto, aujourd’hui présente, in Actes du colloque de l’Unesco, p. 14-17 janvier 1999, éd. Gallimard, Paris, 2000

Bibliographie critique[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ayant été à l'origine de la création du « Père Noël de La Poste », sa sœur Françoise est chargée de rédiger la première carte-réponse envoyée à chaque enfant qui écrivait au Père Noël pour « passer commande » de ses cadeaux.[réf. insuffisante]
  2. En découvrant que, bien qu'elle s'occupât de l'enfant avec soin, elle se prostituait et s'approvisionnait en cocaïne y compris pendant ses heures de nourrice.
  3. Laurent Borredon, « "Dolto n'a pas mis en cause l'autorité de la famille" », Le Monde.fr,‎ 2008 (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  4. Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochothèque »,‎ 2011 (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7), p. 339
  5. Propos rapporté dans le documentaire vidéo Tu as choisi de naître ~ 3e minute. (exemple d'accès web)
  6. a, b et c Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de psychanalyse, Paris, Fayard,‎ 2011, p. 339
  7. Propos tenu oralement par Françoise Dolto dans le documentaire vidéo Tu as choisi de naître ~ 5e minute. (exemple d'accès web)
  8. Elisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France, Paris, Seuil, 1986, p. 169.
  9. Histoire de la psychanalyse en France.
  10. a, b, c, d, e et f Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de psychanalyse, Paris, Fayard,‎ 2011, p. 340
  11. Elisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France, éd. du Seuil, Paris, 1986, p. 170.
  12. a, b, c, d, e et f Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de psychanalyse, Paris, Fayard,‎ 2011, p. 341
  13. « FRANCOISE DOLTO » (consulté le 31 janvier 2014)
  14. Archives Dolto.
  15. (en) Joy Damousi et Mariano Ben Plotkin, Psychoanalysis and Politics: Histories of Psychoanalysis Under Conditions of Restricted Political Freedom, Oxford University Press, 2012, pages 42-43 . Les auteurs font remarquer que Dolto n'évoqua cet épisode de sa carrière dans aucun des textes autobiographiques qu'elle produisit, alors même que de cette seule affiliation on ne peut rien inférer de son engagement politique d'alors
  16. Gérard Guillerault, Comprendre Dolto : Une éthique positive du désir, Paris, Armand Colin,‎ 2008, p. 33
  17. Gérard Guillerault, Comprendre Dolto : Une éthique positive du désir, Paris, Armand Colin,‎ 2008, p. 34
  18. a et b Gérard Guillerault, Comprendre Dolto : Une éthique positive du désir, Paris, Armand Colin,‎ 2008, p. 35
  19. a, b, c et d Gérard Guillerault, Comprendre Dolto : Une éthique positive du désir, Paris, Armand Colin,‎ 2008, p. 36
  20. a et b Gérard Guillerault, Comprendre Dolto : Une éthique positive du désir, Paris, Armand Colin,‎ 2008, p. 37
  21. Gérard Guillerault, Comprendre Dolto : Une éthique positive du désir, Paris, Armand Colin,‎ 2008, p. 38
  22. a et b http://www.psychologies.com/Culture/Philosophie-et-spiritualite/Maitres-de-vie/Francoise-Dolto
  23. D'après Catherine Dolto, c'est en réalité le titre d'une série d'émissions consacrées aux bébés réalisée par un psychiatre, Tony Lainé, et un journaliste, Daniel Karlin, diffusées en 1984.
  24. Volume 2, env. à la 10e minute.
  25. http://www.20minutes.fr/article/270414/France-Ce-qu-il-faut-retenir-de-Francoise-Dolto.php
  26. Françoise Dolto, Les retentissements imperceptibles de l'avortement, « Sexualité féminine, libido, érotisme, frigidité », Livre de Poche, p. 349-357
  27. http://web.archive.org/web/20050404190912/http://www.decadi.com/dignaction/Fpetit.html
  28. http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000516232
  29. G. Guilleraurlt, Comprendre Dolto, Paris, Armand Collin, 2008, pp. 67-68
  30. Dans Françoise Dolto parle de la psychanalyse, un documentaire d'Arnaud de Mezamat, diffusé sur France 5, en novembre 2008.
  31. Une anthologie de l'émission parait sous forme de CD audio chez l'éditeur Frémeaux & Associés en 2004.
  32. A. Reis Monterio, « Éducation et reconnaissance chez Françoise Dolto » Enfances, Familles, Générations no 11, 2009, p. 80‐100 ‐ www.efg.inrs.ca http://www.erudit.org/revue/efg/2009/v/n11/044123ar.pdf
  33. http://www.erudit.org/revue/efg/2009/v/n11/044123ar.pdf
  34. La difficulté de vivre, Paris, Vertiges - Carrère, 1987.
  35. Marie-Hélène Malandrin, in Une psychanalyste dans la cité. L'aventure de la Maison verte, Gallimard, 2009.
  36. Critiquer Dolto est-il une preuve d'autoritarisme ?, Didier Pleux, lemonde.fr, 11 novembre 2008
  37. Dolto, une mise au point (final), Yann Kindo, mediapart.fr, 29 octobre 2013
  38. Livre / Françoise Dolto : la déraison pure, de Didier Pleux, Marie Delarue, bvoltaire.fr, 12 novembre 2013
  39. Françoise Dolto en question, Isabelle Lortholary, lexpress.fr, publié le 18 octobre 2013
  40. «Le livre noir de la psychanalyse.» article « Les mécanismes de défense des freudiens » par Jacques Van Rillaer p.420
  41. Françoise Dolto "Psychanalyse et pédiatrie". Paris. Seuil. 1971, p. 122.
  42. «Le livre noir de la psychanalyse.» article de Jean Cottraux «Comment la psychanalyse a pris le pouvoir en France» p.250
  43. Françoise Dolto