Inconscient

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L'inconscient ou inconscience (de in-, préfixe privatif, et conscient, composé du préfixe con-, « avec », et de scientia, « le savoir ») est un concept de psychologie qui désigne l'activité psychique se déroulant hors de la sphère consciente dans l'esprit d'un individu.

Suivant les domaines et les points de vue théoriques, un désir subconscient, une perception subliminale, une attitude ou un préjugé implicite, un apprentissage procédural, pourraient être désignés comme « inconscient ».

L’inconscient est le concept central de la psychanalyse, son objet d’étude et de pratique.

Histoire[modifier | modifier le code]

Occurrence du terme[modifier | modifier le code]

La première occurrence du terme — en tant que non-conscient — que l'on puisse relever est en langue anglaise. Elle vient d'un juriste anglais, Henry Home Kames, en 1751[1]. Puis, c'est un écrivain suisse qui l’introduit dans la langue française, Henri-Frédéric Amiel aux alentours de 1860 au sens de vie psychique inconsciente[1].

Conceptualisation du terme : de la philosophie aux neurosciences[modifier | modifier le code]

La philosophie s'était dès l'Antiquité intéressée à une activité qui puisse échapper à la conscience mais c'est au XVIIe siècle Descartes qui, à travers le cogito, conceptualise l'opposition entre la conscience comme fondement de la raison et ce qui y échappe[2] — relégué par lui dans le domaine de la folie[3]. Leibniz, avec un texte concernant les « petites perceptions confuses » (ou théorie des petites perceptions) s'approche également d’un concept d'inconscient qui s'oppose à la conception cartésienne de la conscience. Il constate que nos pensées humaines sont continues à l'insu de nos consciences[4]. Dans le même temps, Pascal et Spinoza remettront en cause l’autonomie de la conscience à travers notamment l’importance des automatismes et des affects.

Au XVIIIe siècle siècle apparaît sur ce présupposé la « première psychiatrie dynamique »[5] qui pratique une « thérapeutique fondée sur le magnétisme »[5] comme chez Franz Anton Mesmer, ce qui amène à voir l’inconscient « comme une dissociation de la conscience: subconscience ou automatisme mental »[5] et accessible à l'hypnose.

Au XIXe siècle siècle, avec Schelling et Arthur Schopenhauer apparaît l'idée d’une psyché présente dans l’âme humaine et qui échappe au rationalisme. Nietzsche utilise le mot "inconscient"[6]. Et c'est à partir de là que se développe une « psychologie expérimentale », médicale et physiologique, avec Johan Friedrich Herbart, Hermann von Helmholtz, Gustav Fencher, Wilhelm Wundt ou Carl Gustav Carus qui fut le premier à noter le rôle éminent des fonctions sexuelles dans la vie psychique[5].

Von Hartmann publie en 1868, « la philosophie de l'inconscient » qui a fait autorité, il est traduit en français en 1877 et en anglais en 1884[7]. À partir de 1872, les philosophes Léon Dumont, Charles Renouvier, puis Ernest Lesigne, Adolphe Franck et Elme Caro font connaître et débattent de l'ouvrage et des thèses de Von Hartmann. En 1880, Edmond Colsenet soutient à la Sorbonne, une thèse de philosophie portant sur l'inconscient[8]. Elie Rabier et Alfred Fouillée effectuent des synthèses sur l'inconscient « à une époque où Freud ne s'interesse pas encore à ce concept[9]. »

Théodule Ribot donne « une interprétation explicite de l'inconscient en termes physiologiques[10] » Pour Jacques Van Rillaer, « Contrairement à ce que croit le grand public, l'inconscient n'a pas été découvert par Freud. En 1890, alors qu'on ne parlait pas encore de psychanalyse, William James, dans son monumental traité de psychologie (1400 pages), examinait la façon dont Schopenhauer, von Hartmann, Janet, Binet et d'autres avaient utilisé les termes "inconscient" et "subconscient"[11] ». Théodore Flournoy mène des recherches sur les fonctions de l'inconscient[12]

Puis au tournant du siècle, Sigmund Freud qui, s'il n'est pas le découvreur de l'inconscient ou l'inventeur du mot[1], en développe une nouvelle conception, à partir de la synthèse de l'enseignement de Charcot, Bernheim et Breuer dans un premier temps puis de l’interprétation du rêve dans un second[13], donnant par là naissance à la psychanalyse où cette notion est centrale[13].

Au cours du XXe siècle, les différents courants de la psychanalyse donneront des interprétations variables du rôle et de la nature des phénomènes inconscients. Ainsi, Jung en proposera une lecture sociale à travers la notion d'inconscient collectif. Mélanie Klein conservera l’inconscient freudien mais en insistant sur la relation archaïque avec la mère. Puis Jacques Lacan exposera une nouvelle conception de l'inconscient, d’après sa théorie du signifiant.

Dans le même temps, de nombreux travaux en psychologie sociale et en psychologie cognitive aborderont expérimentalement les processus inconscients et, plus récemment, les bases cérébrales de ces processus font l'objet de nombreux travaux de recherche en neurosciences cognitives, notamment grâce aux informations fournies par les études neuropsychologiques de phénomènes comme la « vision aveugle » ou la négligence, ainsi que par les études en neuroimagerie. Suivant les auteurs, ces travaux se placent dans une perspective compatible ou au contraire relativement disjointe des approches psychanalytiques mentionnées précédemment[14].

Théorie psychanalytique[modifier | modifier le code]

Pour la psychanalyse, et d'après Freud, l'inconscient est l’objet même de son étude et de sa pratique. Il peut-être conçu comme un maillage d'idées, de perceptions, d'émotions, de mots, de signifiants, de pulsions constituant le psychisme, influant sur nos conduites, et inaperçues par la conscience. Il ne s'agirait pas ici simplement de l'opposition à la notion de conscience mais d'une structure réactive et dynamique. Par exemple, un changement dans l'une des mailles provoqué par une perception pourrait entraîner des modifications sur une plus grande partie du psychisme. Ce qui se déroule dans l'inconscient n'est, en ce sens, pas soumis aux lois de la logique[15] bien que susceptible de compréhension : nos actes manqués (y compris les représentations, qui sont des « actes psychiques » selon Freud) répondent à des raisons, des désirs non formulés de façon intelligible, sans conscience de ces motifs. À partir de là, la psychanalyse se présente comme une méthode d'investigation des processus psychiques inconscients.

L’inconscient freudien[modifier | modifier le code]

Au travers de la correspondance entre Biswanger et Freud, on constate diverses influences philosophiques et épistémologiques[16],[17]. Freud dit « l'inconscient est métapsychique et nous le prenons simplement pour réel »[18],[19].

Freud, dans ses conférences de 1932/1933, « propose d'abandonner la notion d'inconscient qu'il juge ambiguë »[20].

Hypnose et association libre[modifier | modifier le code]

La pratique de l'hypnose, avait depuis longtemps mis en évidence l'existence de processus psychiques inconscients (Bernheim, Janet...) : « Je me souvins alors d'une expérience étrange et instructive que j'avais vue chez Bernheim, à Nancy ; Bernheim nous avait montré que les sujets qu'il avait mis en somnambulisme hypnotique et auxquels il avait fait accomplir divers actes n'avaient perdu qu'apparemment le souvenir de ce qu'ils avaient vu et vécu [...] Si on les interroge, une fois réveillés, sur ce qui s'est passé, si on les assure qu'ils le peuvent alors les souvenirs oubliés reparaissent sans manquer »[21].

Lorsque Freud abandonne l'hypnose et invente la technique d'association libre, il aboutit aux mêmes conclusions. L'inconscient n'existe pas seulement pour les personnes atteintes de pathologies psychiques, mais chez tout être humain. Cette hypothèse permet de rendre compte, selon lui, du rêve, des actes manqués et des mots d'esprit. Dans le rêve, le mot d'esprit ou les actes manqués, ce sont les lacunes ou les déformations du discours qui renseignent sur des désirs inconscients. Les psychanalystes peuvent donc dire que : l'inconscient dénote tout ce qui n'est pas conscient pour un sujet, tout ce qui échappe à sa conscience spontanée et réfléchie. Reste que, parmi eux, beaucoup diront que ceci est une définition pré-freudienne de l'inconscient, car Freud, comme il le montre pour le rêve, ne se préoccupe pas des processus dit cognitifs subconscients (comme la résolution d'un problème pendant le sommeil).[réf. nécessaire] L'inconscient, pour Freud, est lié au désir ou à la pulsion, et par voie de conséquence à l'interdit, au tabou, à la transgression[n 1].

Pour Freud, il existe des moyens privilégiés d’accès à l'inconscient :

  • Les rêves : « la voie royale de connaissance de l'inconscient »[22]. Le fait que tout homme rêve est une preuve de l'existence d'un inconscient. L'analyse du rêve participe de la découverte des mécanismes de symbolisation d'un psychisme, et des mécanismes de déformations de la censure. Le rêve a donc un sens à déchiffrer en tant qu'il est la satisfaction déguisée d'un désir inconscient.
  • Le lapsus : des mots qui se substituent involontairement à d'autres sont entendus comme une expression de l'inconscient et compris comme n'étant pas dus au hasard mais à un sens refoulé qu'il est possible de comprendre.
  • L'acte manqué : Il existe des phénomènes quotidiens qui viennent rompre la continuité de nos actes (des oublis, des pertes d'objets, etc.). C'est également un des moyens pour la psychanalyse de pouvoir repérer des désirs ou des conflits inconscients.

Mécanismes[modifier | modifier le code]

  • La condensation : « Cela consiste à représenter par un seul élément du contenu manifeste une multiplicité d'éléments (image, représentation...) du contenu latent. Inversement, un seul élément du contenu latent peut être représenté par plusieurs éléments du contenu manifeste. » [23][réf. insuffisante]. Il s'agit d'un travail de « compression » dont Freud dit qu'il est différent d'un simple résumé. Par exemple, une personne peut tout à coup revêtir l'apparence d'une autre et prendre le caractère d'une troisième. Il est possible de voir la condensation à l'œuvre dans le symptôme et d'une façon générale dans les diverses formes de productions de l'inconscient (lapsus, oublis...). Mais c'est dans le rêve qu'elle serait la mieux mise en évidence.
  • Le déplacement : « Fait que l'accent, l'intérêt, l'intensité d'une représentation est susceptible de se détacher d'elle pour passer à d'autres représentations originellement peu intenses, reliées à la première par une chaine associative. » :(Laplanche et Pontalis)[réf. insuffisante]. C'est le procédé par lequel un trait secondaire ou un détail insignifiant dans le récit prend dans l'interprétation psychanalytique une valeur centrale. Il n'y a pas de correspondance entre l'intensité psychique d'un élément donné du contenu manifeste et celle des éléments du contenu latent auquel il est associé.
  • Le refoulement : Il s'agit d'un mode de défense privilégié contre des pulsions. Le refoulement est l'opération par laquelle le Moi repousse et maintient à distance du conscient des représentations considérées comme désagréables, car inconciliables avec le réel.
  • La formation de compromis : C'est un conflit entre deux tendances, l'une inconsciente et d'ordinaire refoulée qui lutte pour la satisfaction d'un désir, et l'autre consciente qui désapprouve et réprime cette satisfaction. L'issue de ce conflit est une formation de compromis dans laquelle les tendances trouvent une expression complète. Un bon exemple de formation de compromis est l'acte manqué.

Appareil psychique : les topiques[modifier | modifier le code]

L'idée d'une « topique » psychique est présente dans la pensée de Freud dès 1895. Il élabore un appareil psychique constitué de systèmes doués de fonctions différentes et disposés dans un certain ordre les uns par rapport aux autres. On peut les considérer comme des lieux (topos =lieu en grec).

Première topique[modifier | modifier le code]

Il existe quatre systèmes décrits par Freud dans sa première topique. La première est le conscient (Cs) ; il est situé à la périphérie de l'appareil psychique, recevant à la fois les informations du monde extérieur et celles provenant de l'intérieur. C'est le lieu d'accès direct des représentations à la conscience et en lui ne s'inscrit aucune trace durable des excitations. Ce système respecte des règles (logique, temporalité...) pour se protéger et garantir sa survie en refoulant tout ce qui pourrait menacer l'adaptation du sujet.

La seconde est le préconscient (Pcs) ; il est situé entre le système inconscient et conscient. Il est le plus souvent rattaché au conscient et il est alors question de système perception-conscience, traduction littérale de l'allemand freudien « Wahrnehmungsbewusstsein », plus correctement traduit par : « la conscience dans sa fonction perceptive ». Il est séparé de l'inconscient par la censure qui cherche à interdire aux contenus inconscients la voie vers le conscient.

Troisième système, l'inconscient (Ics), est le siège des pulsions innées, des désirs et des souvenirs refoulés ; c'est la partie la plus archaïque de l'appareil psychique. Ce système ne comprend que des représentations de choses, il ne peut pas les verbaliser. Ces représentations ne connaissent ni négation ni doute, elles ne respectent ni les règles de la logique, ni de la temporalité ordonnée. Elles sont régies par le principe de plaisir. L'inconscient peut être représenté comme la partie immergée de l'iceberg.

La quatrième et dernière, la censure, est une instance particulière qui laisse passer uniquement ce qui lui est agréable et retient le reste. Ce qui se trouve alors écarté par la censure se trouve à l'état de refoulement et constitue le refoulé. Dans certains états comme le sommeil, la censure subit un relâchement de sorte que le refoulé puisse surgir dans la conscience sous forme d'un rêve. Mais comme la censure n'est pas totalement supprimée, le rêve devra subir des modifications. En effet le contenu latent (le sens caché du rêve) sera déformé par la censure pour devenir le contenu manifeste (c'est-à-dire le rêve tel qu'il apparaît au rêveur ou, au moins, le souvenir que le rêveur en a).

Seconde topique[modifier | modifier le code]

Freud restera fidèle à sa conception de la théorie première de l'appareil psychique. Il va cependant introduire la seconde topique en 1923. Cette seconde topique se superpose à la précédente et introduit trois nouvelles instances : le ça, le Surmoi et le Moi.

  • Le ça : Il est dans l'inconscient et il est immuable. C'est l'instance la plus primitive. Le ça est le réservoir de la libido, du désir sexuel mais aussi d'autres désirs tels que : le désir de domination, de maîtrise, de jouissance et de savoir. Le « ça » cherche des satisfactions immédiates.
  • Le Surmoi : Il est la plupart du temps inconscient et immuable. Il refoule et censure de façon archaïque et infantile. C'est en partie l'intériorisation des désirs parentaux.
  • Le Moi : Il est en grande partie dans le conscient mais il n'est pas entièrement immuable. Le Moi s'efforce d'établir un équilibre entre les interdits et les refoulements du Surmoi, les désirs du ça et les nécessités de l'action sur le monde extérieur et de la vie sociale.

Il convient notamment de mentionner que Freud, dans son « Introduction à la psychanalyse », conçoit l’appareil psychique comme étant formé d’une grande antichambre qui est l’inconscient et où toutes les tendances prennent naissance. Quelques-unes d’entre elles arrivent à passer la censure, à quitter cette antichambre et à s’acheminer vers le conscient, encore faut-il que ce dernier s’y intéresse. Toutes les tendances commencent donc par être inconscientes.

Autres conceptions de l'inconscient[modifier | modifier le code]

Carl Gustav Jung[modifier | modifier le code]

L’inconscient est également un concept de la psychanalyse jungienne, ou psychologie analytique. Dans ce cadre il a sa définition propre. Ici, l'inconscient se composerait d'un inconscient personnel, d'un inconscient collectif et d'un inconscient spirituel qui nous préviendrait de dangers et trouverait la solution de certains conflits. Jung donne des exemples de rêves qui auraient une fonction d’avertissement[24]. Selon Carl, « la complexité de la psychanalyse jungienne tient au fait que toutes les instances psychiques sont en étroites relations les unes avec les autres. Décrire isolément un concept donne de lui une vision forcément partielle car ne tenant compte ni des rapports dynamiques avec les autres instances ni de l'ensemble du système psychique. Tout est lié, tout est en mouvement »[25].

Le concept moderne d'inconscient, peut être attribué à Freud. Celui-ci l'a appliqué à des cas individuels et a inventé des méthodes d'investigation pour des patients atteints de troubles psychiques.[réf. nécessaire] Le point de vue de Sigmund Freud se rapporte à l'idée d'un inconscient individuel et il s'est, à ce sujet aussi, opposé à l'idée du suisse Carl Gustav Jung d'un inconscient collectif. Cette idée a été développée par Jung. Dans un premier temps proche de la psychanalyse freudienne, il a par la suite créé sa propre école de psychologie analytique[26],[27].

Jacques Lacan[modifier | modifier le code]

L'hypothèse de Jacques Lacan est que l'inconscient ne serait pas qu'un ensemble « structuré comme un langage » (selon sa formule) mais, dans les symptômes par exemple, il parle à un locuteur présumé, qu'il nomme le grand autre (noté Autre). Ce grand Autre prend sa source dans la philosophie hégelienne. L'analyste, supposé savoir, en position de grand Autre auquel s'adresse le sujet dit « patient » permet à Lacan d'avancer, phénoménologiquement, que l'inconscient est le discours de l'Autre. Mais ce supposé sujet de l'inconscient, ne fait pas que parler, comme Freud l'a énoncé, en ce sens Lacan pourra dire que « ça pense »[28], ça désire, aussi là où il ne semble pas y avoir de pensée, dans les rêves, les symptômes, etc. Là est la marque de l'inconscient, de l'insu, l'Ubw (Unbewusst). Néanmoins, ce qui caractériserait au mieux l'inconscient serait la scission et le conflit qu'il convoquerait là où l'homme verrait une unité moïque avec quelques obscurités à l'intérieur. Freud fait du conscient (Lacan y verra le sujet du cogito cartésien) une particularité du psychisme perdu au milieu de l'arbitraire des processus primaires et secondaires et obligé d'y apporter un peu de sens. Cette scission du psychisme serait quasi consubstantielle à l'existence d'une loi par là révélée (qui peut être nommé interdit de l'inceste accessoirement, interdit de la jouissance...). Elle serait universelle et relative parce que, nous dit Lacan, liée aux effets du langage sur l'homme et peut donc prendre différentes formes (il posera différents discours, hystérique, du maître). Cette scission amenée par le langage permettrait aussi la parole, mais aussi la distinction entre moi et l'autre, entre réalité psychique et réalité physique : elle est donc constitutive de la psyché, dans sa forme « névrotique-standard ».

Les emprunts à la linguistique par la psychanalyse permettent d'ailleurs à Lacan de résoudre l'impasse mentionnée plus haut d'un conscient inconscient. Elle se résout dans la plurivocité de la langue. Aussi un « signifiant » ne possède-t-il aucun signifié et aucune référence stable et déterminée. Ainsi le mot « signifiant » n'a-t-il pas le même signifié que le « signifiant », disons saussurien (puisque pour commencer, Lacan en inverse la place). La conclusion est que personne ne peut échapper à l'inconscient, que toute analyse est interminable et que les individus savent rarement ce qu'ils disent. Les critiques qui peuvent être énoncées concernent cet axiome lacanien ; l'inconscient est structuré comme un langage. Certains auteurs (Viderman par exemple) considèrent qu'il est structuré parce que traduit et filtré par le moi et le langage.

Critiques philosophiques de l'inconscient freudien[modifier | modifier le code]

L'inconscient, pour Alain, n'est pas la sur-interprétation freudienne mythologique[29].

Pour Karl Jaspers, le pansexualisme de l'inconscient freudien est une psychologie littéraire critiquable[30].

Jean-Paul Sartre considère que l'inconscient freudien n'est pas autonome et psychique. Pour lui, l'inconscience est une modalité de la conscience qu'il nomme le « pour-soi » dans le langage phénoménologique.

Selon Michel Onfray, l’inconscient freudien est idéal, idéel, nouménal, immatériel et « phylogénétique »[31], c'est-à-dire lié à l’évolution de l'espèce. Freud a pour théorie l'évolution par transmission des caractères acquis, largement réfutée depuis que le darwinisme et la théorie synthétique de l'évolution se sont imposés, que l'inconscient psychique serait un caractère qui se transmettait de génération en génération depuis les premiers temps de l'espèce humaine[32].

Selon Michel Plon et Élisabeth Roudinesco, la phylogenèse chez Freud relève d'« hypothèses qu'il considère comme autant de "fantaisies"[33],[34] ».

Didier Eribon note le caractère hétérocentriste et homophobe de l'inconscient légitimé par la psychanalyse comme fondement à prétention scientifique qui est un principe idéologique hétéronormatif[35].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce que Lacan appellera la Loi

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochotèque »,‎ 2011 (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7) p. 731
  2. « S’instaure alors une dichotomie essentielle : conscience, raison, intuition, intellect, psychique sont mis d’un côté tandis qu’inconscient, sensibilité, imagination, physique, demeurent de l’autre. Cette conception cartésienne de la rationalité fondée sur la conscience établit et pose le statut du savant. Purgé de tout ce qui encombre le psychisme connaissant — « anticipations, préjugés, idoles » —, il est alors à même de questionner la nature et d’obtenir des réponses directes. La genèse de la raison réduite à la pure intellectualité doit nous ramener à des vérités premières. On peut parler de rationalité désincorporée. Le « cogito », la première de toutes les vérités, le lieu de la vérité et son modèle » in Hélène Mialet « À propos d'invention : reconfiguration d'un sujet philosophique saisi dans ses pratiques », Rue Descartes, 1/2001 (no 31), p. 87-103, DOI:10.3917/rdes.031.0087
  3. « Descartes dans la première des Méditations métaphysiques qui ne peut douter que « ces mains et ce corps-ci soient à [lui] », « si ce n’est peut-être [qu’il se] compare à ces insensés (« insanis »), de qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noires vapeurs de la bile », ceux-là dont il faut dire : « Mais quoi ? Ce sont des fous, et je ne serais pas moins extravagant, si je me réglais sur leurs exemples » cf. Méditations métaphysiques, Paris, Librairie générale française, 1990, p. 14, cité dans Pierre Sauvêtre, « Folie / non-folie », Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], 6 | 2004, mis en ligne le 22 janvier 2009, consulté le 13 avril 2013. DOI:10.4000/traces.2993
  4. L'inconscient de Descartes à Freud: Redécouverte d'un parcours. Par Michel Parahy, L'Harmattan, 2010 [présentation en ligne]
  5. a, b, c et d Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochotèque »,‎ 2011 (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7) p. 732
  6. « Le travestissement inconscient de besoins physiologiques sous les masques de l’objectivité, de l’idée, de la pure intellectualité, est capable de prendre des proportions effarantes - et je me suis demandé assez souvent si, tout compte fait, la philosophie jusqu’alors n’aurait pas été uniquement une exégèse du corps et un malentendu à propos du corps. » Nietzsche, Préface à la deuxième édition du "Gai savoir", 1886
  7. "Histoire de la psychologie", de Évelyne Pewzner et Jean-François Braunstein, Armand Colin, 2000
  8. "Un débat sur l'inconscient avant Freud: la réception de Eduard von Hartmann chez les psychologues et philosophes français". de Serge Nicolas et Laurent Fedi, L'Harmattan, 2008, p. 8
  9. "Un débat sur l'inconscient avant Freud: la réception de Eduard von Hartmann chez les psychologues et philosophes français". de Serge Nicolas et Laurent Fedi, L'Harmattan, 2008, p.8
  10. La psychologie scientifique est-elle une science ? critique de la raison en psychologie. de Emile Jalley, Harmattan, 2007, p.103
  11. "La mythologie de la thérapie en profondeur." de Jacques Van Rillaer dans "Le livre noir de la psychanalyse. Vivre penser et aller mieux sans Freud." éditions les arènes, Paris, 2005, p 216 à 233.
  12. Histoire de la découverte de l'inconscient. Par Henri F. Ellenberger, Fayard 2001
  13. a et b Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochotèque »,‎ 2011 (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7), p. 733
  14. Lionel Naccache, Le nouvel inconscient, Odile Jacob, 2006 (ISBN 978-2-7381-1828-8)
  15. « Les règles de la pensée logique ne jouent pas à l’intérieur de l’inconscient et l’on peut appeler ce dernier le royaume de l’illogique.» S.Freud, Abrégé de psychanalyse. Puf, 2001.
  16. « Perspectives épistémologiques et historiques dans la correspondance Freud-Binswanger. » de Franca Madioni, revue Topique no 98, 2007.
  17. Marceau Jean-Claude, « Freud, Binswanger, Foucault : la psychanalyse à l'épreuve critique de la phénoménologie » , Cliniques méditerranéennes, 2001/2 no 64.
  18. première rencontre 15 et 26 janvier 1910.
  19. voir aussi le récit de la troisième visite entre le 17 et le 18 mai 1913, pour le rapprochement de l'idée d'inconscient à la « chose-en-soi » (Noumène) de Kant
  20. Une histoire des sciences humaines, sous la direction de J.-F. Dortier, éditions Sciences humaines, 2006, ISBN 9782912601360 - partie 1900-1950 Le temps des fondations ; chapitre sur Freud.
  21. Freud.S, Cinq leçons de psychanalyse, Payot 1924, p. 25
  22. Sigmund Freud, Cinq leçons sur la psychanalyse, (1909), Payot, Paris, 1966, p. 38
  23. Laplanche et Pontalis
  24. Jung C. G. L’homme à la découverte de son âme, 1987, Albin Michel, Paris, p. 219 et 261
  25. La psychanalyse jungienne, Collection Essentialis, ED. Bernet-Danilot, avril 2002
  26. C.G. Jung, L'homme et ses symboles, Robert Laffont,‎ 1964, p. 31 :

    « La psychologie est une science des plus jeunes et parce qu'elle s'efforce d'élucider ce qui se passe dans l'inconscient, elle se heurte à une forme extrême de misonéisme. »

  27. C.G. Jung, Sur l’Interprétation des rêves, Albin Michel,‎ 1998, p. 218 :

    « ...la psychologie n’est pas uniquement un fait personnel. L’inconscient, qui possède ses propres lois et des mécanismes autonomes, exerce sur nous une influence importante, qui pourrait être comparé à une perturbation cosmique. L’inconscient a le pouvoir de nous transporter ou de nous blesser de la même façon qu’une catastrophe cosmique ou météorologique »

  28. « Ça pense, ça pense que ça pense [...] Il faudra commencer à penser quelque chose qui rende compte de ceci qu’il peut y avoir des pensées inconscientes. Ça ne va pas de soi » in Mon Enseignement, Seuil, 2005, p. 9-73
  29. « Un animal redoutable », Alain, Éléments de philosophie, Livre 2.
  30. Jaspers, La Situation spirituelle de notre temps.
  31. Michel Onfray, Les Freudiens hérétiques : contre-histoire de la philosophie, volume 8, chapitre 13 : Misère de la psychanalyse, Grasset, Paris, 2013.
  32. Michel Onfray. "Apostille au crépuscule. Pour une psychanalyse nonfreudienne." Grasset et Fasquelle, 2010. Chapitre 4 partie 2. L'ontogenèse contre la phylogenèse. p. 117 et suivantes
  33. Freud parle de « fantaisie phylogénétique » ; voir S. Freud et S. Ferenczi, Correspondance, 1914-1919, Paris, Calmann-Lévy, 1996, p. 79.
  34. Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochotèque »,‎ 2011 (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7), p. 997.
  35. Didier Eribon, Réflexions sur la question gay, Paris, Fayard, 1999. (ISBN 2213600988) p.129-130.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie de Freud[modifier | modifier le code]

Autres auteurs[modifier | modifier le code]

Auteurs critiques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Inconscient : « L’inconscient psychanalytique ne se laisse nullement confondre avec l’inconscient psychologique ou philosophique, ni même avec le sens courant que l’on peut parfois lui attribuer » (Christophe Bormans, article « Inconscient »).