Sciences humaines et sociales

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Les sciences humaines et sociales sont un ensemble de disciplines qui se donnent pour objet d'étude divers aspects de la réalité humaine. On les met en opposition avec les sciences dites « exactes » (parfois dites « sciences dures », en raison de leur statut épistémologique spécifique (bien que nulle science ne soit exempte de scepticisme et véritablement « exacte » au sens de la seule réalité, et bien que les sciences qui ne sont liées qu'à l'immatérialité dont la linguistique et la philosophie du langage aient pu faire l'objet de tentatives formalistes[citation nécessaire]).

Selon les dictionnaires, les sciences humaines et sociales étudient ce qui concerne les cultures humaines, leur histoire, leurs réalisations, les modes de vie et les comportements individuels et sociaux, tandis que les sciences sociales auraient pour objet d'étude les sociétés humaines.

Aujourd'hui, les sciences humaines et sociales ont une interface avec les sciences de la nature dans le domaine des sciences de l'environnement: l'homme faisant partie des espèces vivantes, entre désormais en ligne de compte l'empreinte écologique. L'anthroposystème [1] créé interagit fortement avec les écosystèmes[2].

D'une certaine façon, l'écologie remettrait en question l'ancienne opposition classique entre la philosophie naturelle et la philosophie morale (qui incluait aussi l'ethnologie, la sociologie, la politique, les sciences économiques, etc.).

L'expression anglaise de « science sociale » serait apparue en 1824, dans un livre du coopératiste William Thompson[3].

Les sciences dites humaines et sociales ont à résoudre une difficulté méthodologique de recherche d'objectivité dans l'étude de l'espèce humaine et des anthroposystèmes: dans la mesure où l'objet étudié coïncide avec la culture du sujet qui l'analyse.

La relativité retrouvée de l'objet d'une science au sujet qui l'observe n'est pas sans renvoyer dans le passé à la « révolution copernicienne » du « sujet transcendantal de la science » kantien, donc à l'Aufklärung en Allemagne, aux Lumières en France, au tournant occidental de la Raison « éclairée » du XVIIIe siècle en Europe. À l'importante réserve près que la culture opposée à la « nature » serait au temps de Kant et des philosophes postkantiens une notion anachronique. L'homme du XVIIIe siècle parle davantage d' « humanité ». Le structuralisme appliqué à l'ethnologie a mis la culture en exergue au vingtième siècle aux dépens d'une « nature » devenue un « mythe » (culturel) dans l'acception du mot « mythe » chez Claude Lévi-Strauss, surtout en France.

Ce problème épistémologique amène de nombreux débats concernant les critères de scientificité et d'objectivité, à supposer qu'on puisse identifier les deux[4]. Cette objectivité des sciences humaines et sociales est structurée autour de plusieurs principes fondamentaux : la neutralité axiologique, théorisée par Max Weber pour les sciences sociales ; la distinction faits-valeurs et le vérificationnisme, théorisés par le Cercle de Vienne et formulées précisément par Alfred Ayer et Rudolf Carnap.

Karl Popper a introduit ensuite le critère de réfutabilité, qui demeure débattu aujourd'hui: une théorie serait scientifique si elle est réfutable.

Définition[modifier | modifier le code]

Ce qui se rapporte à l'être humain : hors médecine. Sachant que la psychologie, la « psychologie des profondeurs » (Tiefenpsychologie pour la psychanalyse) et bien d'autres disciplines (l'histoire, la philosophie...) vont poser un problème de définition sur le plan épistémologique par rapport aux sciences de la nature que le vingtième siècle au moment du structuralisme opposent aux sciences de la culture, notamment en France avec l'importance que prennent la linguistique et l'ethnologie (autour de Claude Lévi-Strauss ).

La réflexion sur le concept d' « espace » en sciences sociales[modifier | modifier le code]

Les sciences sociales se rapportent à l'intelligence humaine dans les contextes sociaux, sociétaux et environnementaux[2].

La réflexion épistémologique sur le concept d’espace en sciences sociales commence dans les années 1960 et 1970, bien qu'elle ne parvienne pas, à l'époque, à maturité. En effet, les écoles géographiques réfléchissant sur le sens de la notion d’espace n’étaient parvenues à voir l'espace que sous la forme d'un substrat, secondaire, soutenant d’autres processus : réalités sociologiques, économiques, historiques, représentations… C’était dire que les processus économiques, sociologiques et historiques prenaient forme dans l’espace et que l'espace était un « lieu » absolu où se réalisait la société. La réflexion prenait donc la forme d'une tautologie, puisque la définition de l'espace était celle d'un espace où se développait la réalité socio-culturelle. Un espace, qu'il soit celui des échanges économiques ou celui de la lutte des classes (en histoire et philosophie économique marxiste), est bien un espace. Rien de neuf n'était dit à propos de l'espace lui-même et l'espace demeurait impensé.

Perspective historique des différents champs des sciences humaines et sociales[modifier | modifier le code]

La position « positiviste »[modifier | modifier le code]

Le XIXe siècle fut l'âge du positivisme, qui désigne, au sens strict du terme, le système d'Auguste Comte. Ce dernier affirmait en effet que la société traversait trois étapes ascendantes et progressives, l'âge théologique, l'âge métaphysique et enfin l'âge scientifique. Cette vision évolutionniste, qui considère l'histoire comme ayant un sens unilinéaire, a été très largement partagée au XIXe siècle (Hegel, Spengler, etc.), bien que la détermination du « sens » en question ait été matière à débat.

Marx et Engels, qui formulent le projet d'un « matérialisme scientifique », ont eu une influence décisive dans le développement des sciences sociales, bien que la genèse de certaines d'entre elles, dont l'économie, ait précédé la formation théorique du marxisme. Tocqueville, Montesquieu (et sa théorie des climats), Rousseau, ou Al-Biruni [5] et Ibn Khaldoun[6] ont été tour à tour considérés[réf. nécessaire] comme des ancêtres des sciences sociales (Lévi-Strauss a attribué[réf. nécessaire] en particulier un rôle fondamental à Rousseau et Montaigne[réf. nécessaire] dans sa théorie de l'ethnologie).

Vers la fin du XIXe siècle, les tentatives visant à recourir à des équations pour rendre compte du comportement devinrent de plus en plus communes [réf. nécessaire]. Parmi ces premières tentatives, figurent le cas des « lois » de la philologie qui visaient à cartographier les changements sonores d'une langue à travers le temps [réf. nécessaire].

Le positivisme logique : vérification et distinction faits-valeurs[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle, le positivisme logique émerge dans le Cercle de Vienne. Le projet de Bertrand Russell, Rudolf Carnap, Alfred Ayer, etc., consiste à tenter de réduire la philosophie à la logique afin d'en faire une « science dure ». Par-delà la critique du kantisme, et en particulier de l'existence des jugements synthétiques a priori, il s'agit en fait de reconduire, par d'autres moyens, le projet kantien de faire de la métaphysique une science. Tandis que Kant voulait faire cela en imitant la révolution copernicienne, le Cercle de Vienne comptait faire cela en éradiquant les énoncés métaphysiques des sciences elles-mêmes, et par un réductionnisme logiciste affirmé. Le Cercle de Vienne pose ainsi les fondements de la philosophie analytique, qui, par sa méthode, tente de s'affirmer comme science rigoureuse. Dans le même temps, Husserl tente, avec la phénoménologie, de bâtir lui aussi une « méthode rigoureuse ». Ces développements de la philosophie consistent ainsi à essayer de trouver ce qui serait une alternative aux méthodes en œuvre dans les sciences de la nature.

Ils influencent nombre de projets théoriques portés par les sciences humaines et sociales, dont le behaviorisme ou le positivisme juridique. De plus, en imposant la distinction faits-valeurs d'un côté, et de l'autre le vérificationnisme, c'est-à-dire l'idée selon laquelle seul peut être validé scientifiquement un énoncé empiriquement testé par l'expérience (au sens large, et non au sens restreint d'expérimentation scientifique), ils conduisent à une certaine conception de la science qui engendrera de nombreux débats en épistémologie. Karl Popper y jouera un rôle majeur, en substituant le critère de réfutabilité au critère vérificationniste, permettant selon lui d'obtenir enfin un critère de scientificité valable. Cela lui permet notamment d'exclure le marxisme et la psychanalyse du champ scientifique.

On peut toutefois se demander s'il est possible d'obtenir un critère unique de scientificité, et si la définition du critère de réfutabilité par Popper ne procède pas d'une volonté préalable d'exclure du champ scientifique marxisme et psychanalyse. La recherche d'un tel critère demeure, aujourd'hui encore, un sujet de recherche problématique pour la philosophie des sciences et l'épistémologie.

Du behaviorisme aux sciences cognitives[modifier | modifier le code]

Sous l'influence du positivisme logique, le behaviorisme devient la tendance dominante de la psychologie aux États-Unis pendant toute la première moitié du XXe siècle, critiqué par un renouveau de la philosophie du langage et de l'esprit, il fut supplanté par le modèle des sciences cognitives. Celles-ci font rejoindre autour d'un même objet d'étude, le fonctionnement du cerveau et de l'esprit, un ensemble de disciplines hétérogènes, telles que les mathématiques ou la philosophie.

La neutralité axiologique[modifier | modifier le code]

Outre le positivisme, c'est le principe de neutralité axiologique, formulé par Max Weber dans Le Savant et le politique (1919), qui préside à l'ambition scientifique de la sociologie. Ce principe, qui rejoint partiellement la distinction faits-valeurs (théorisée en particulier par Alfred Ayer dans Langage, Vérité et Logique, 1936), est le réquisit (le présupposé) de l'objectivité des sciences humaines et sociales.

Le retour à une certaine « subjectivité » dans la méthode?[modifier | modifier le code]

Depuis la fin du XXe siècle, la subjectivité retrouverait-elle droit de cité dans les sciences humaines et sociales ?

En histoire,l'éditeur Pierre Nora a introduit la notion d' « égo-histoire » (1987), qui permet aux historiens de se faire les « historiens d'eux-mêmes »[7].

Le chercheur Ivan Jablonka a proposé la notion de « je de méthode » pour faire de la subjectivité du chercheur un outil épistémologique, accroître la réflexivité et introduire dans le texte une dimension littéraire[8].

Quelques institutions[modifier | modifier le code]

Diverses institutions de recherche, consacrées aux sciences dites plus spécifiquement « sociales » et à leur extension dans d'autres domaines (économie, politique, religions, histoire...), ont été créées dans la première moitié du XXe siècle : la New School for Social Research à New York, en 1919 ; l'Institut international d'histoire sociale à Amsterdam, en 1935 ; en France, depuis 1869 l'École pratique des hautes études possède une section consacrée à l'économie, et la VIe section de l'École deviendra l'École des hautes études en sciences sociales. L'École libre des sciences politiques a été créée en 1872, et deviendra en 1945 Sciences Po. À partir de 1963, Fernand Braudel a dirigé la Fondation Maison des sciences de l'homme, qu'il a contribué à créer.

La Fondation Rockefeller a créé le Département des relations industrielles, visant à mieux comprendre les mouvements sociaux, après le massacre de Ludlow (avril 1914). Le département a été présidé par William Lyon Mackenzie King, qui sera à plusieurs reprises Premier ministre du Canada. Dans les années 1930, la Fondation Rockefeller, qui avait commencé à financer de plus en plus d'infrastructures liées aux sciences sociales en créant entre autres le Social Science Research Council, a racheté le Centre de documentation sociale (CDS), créé en France par le mécène Albert Kahn, et situé rue d'Ulm, dans les locaux de l'École normale supérieure (ENS)[9]. Mais le CDS a cessé ses activités en 1941, et ses fonds ont été dispersés (la plupart étant conservés à la BDIC de Nanterre).

Tendances, prospective[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. notion notamment définie par Christian Lévêque et al. (Lévêque C., Pavé A., Weill A., Abbadie L., Vivien F.-D. [2000]
  2. a et b Groupe de travail d’interface SHS et Environnement de l’Alliance Athena (2013), SHS et environnement, Panorama et prospective ; état de l'art sur la recherche en SHS sur l'environnement..., Rapport écrit sous la présidence de Lionel Ragot, Athena, avril 2013, PDF, 44 pages
  3. William Thompson, An Inquiry into the Principles of the Distribution of Wealth Most Conducive to Human Happiness; applied to the Newly Proposed System of Voluntary Equality of Wealth, London, Longman, Hurst Rees, Orme, Brown & Green, 1824, p. IX-X et sq. (en ligne) :
    « Social science, the science of morals, including legislation as one of its most important sub-divisions, requires not only a knowledge of what is technically called morals and political economy, but of the outlines of all that is known, with a capacity for following up any particular branch that may be, on particular occasions, conductive to the general end. None of these speculators have confined themselves to their own peculiar province, but have adventured, without appropriate knowledge, on the direct application of their isolated speculations to social science. »
  4. Hilary Putnam considère en effet que l'objectivité est plus large que la seule objectivité scientifique. Voir Fait/Valeur : la fin d'un dogme - et autres essais (2002, trad. 2004) et Antoine Corriveau-Dussault (Université Laval), Putnam et la critique de la dichotomie fait/valeur, Phares, vol. 7, 2007.
  5. Akbar S. Ahmed (1984). "Al-Biruni: The First Anthropologist", RAIN 60, p. 9-10.
  6. H. Mowlana (2001). "Information in the Arab World", Cooperation South Journal 1.; Salahuddin Ahmed (1999). A Dictionary of Muslim Names. C. Hurst & Co. Publishers. ISBN 1-85065-356-9.; Dr. S. W. Akhtar (1997). "The Islamic Concept of Knowledge", Al-Tawhid: A Quarterly Journal of Islamic Thought & Culture 12 (3).;Akbar Ahmed (2002). "Ibn Khaldun’s Understanding of Civilizations and the Dilemmas of Islam and the West Today", Middle East Journal 56 (1), p. 25.
  7. Pierre Nora, Essais d'égo-histoire, Gallimard, 1987.
  8. Ivan Jablonka, L'histoire est une littérature contemporaine, Seuil, 2014.
  9. Claude Viry, La documentation un outil pour la paix. Albert Kahn, banquier philanthrope, revue Inter CDI n°97
  10. Index savant, Présentation de la revue "Natures Sciences Sociétés", consulté 2013-09-10
  11. Groupe de travail d’interface SHS et Environnement de l’Alliance Athena (2013), SHS et environnement, Panorama et prospective ; état de l'art sur la recherche en SHS sur l'environnement..., Rapport écrit sous la présidence de Lionel Ragot, Athena, avril 2013, PDF, 44 pages voir notamment les tableaux 5, 6 et 7 page 17 et suivantes)

Bibliographie[modifier | modifier le code]


Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]