Pierre Legendre (juriste)

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Pierre Legendre

Naissance 15 juin 1930 (84 ans)
Nationalité Flag of France.svg Française
Profession historien du droit, psychanalyste

Pierre Legendre est un historien du droit et un psychanalyste français né le 15 juin 1930 en Normandie, directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section, sciences religieuses). Il a fondé et il dirige le Laboratoire européen pour l'étude de la filiation. Il est actuellement professeur émérite à l'Université de Paris I et directeur d'études honoraire à l'École Pratique des Hautes Études (section des sciences religieuses).

Biographie[modifier | modifier le code]

Après avoir été expert auprès d'institutions internationales (UNESCO), Pierre Legendre a soutenu, en 1957, une thèse en histoire du droit romain et du droit canonique. Poursuivant parallèlement à ses recherches juridiques et historiques une formation en psychanalyse dans la lignée de Jacques Lacan, il est amené à s'interroger sur les fondements langagiers de toute société humaine.[réf. nécessaire]

Historien du droit d'un côté, psychanalyste de l'autre, Pierre Legendre fonde, à travers son œuvre, les bases d'une discipline qu'il nomme anthropologie dogmatique, mais qui se rattache plutôt à la sociologie historique[réf. nécessaire].

Influence[modifier | modifier le code]

Parmi les penseurs qui ont fait application de l'anthropologie dogmatique initiée par Pierre Legendre figurent Alain Supiot, professeur au Collège de France [1], [2], Jacques Caillosse (professeur de droit public à l'université Paris-II Panthéon-Assas), Grahame Lock, professeur aux universités de Nimègue et d'Oxford [3], [4] et Luigi Doria, de l'université IUAV de Venise [5], Jean-Renaud Seba, professeur de philosophie et d'anthropologie philosophique à l'université de Liège[1].

D'autres auteurs s'appuient sur les travaux de Pierre Legendre pour construire leur cadre théorique et le citent régulièrement : Lucien Sfez[2], Jean-Pierre Lebrun, Olivier Rey, Gérard Guest, Jean-Claude Michéa[3], etc.

Pensée[modifier | modifier le code]

Pierre Legendre est perçu par le milieu intellectuel français comme un conservateur. Dans le droit fil de Lacan, il réhabilite le Nom-du-Père, qui dans son œuvre se trouve désigné sous le vocable du Tiers fondateur ou de la Référence. Selon lui, le Tiers par excellence, qui se trouvait être un quelconque totem dans les sociétés primitives, l'Empereur sous la Rome antique, et Dieu au Moyen Âge, prend la forme de l’État à partir de la Renaissance. Aujourd'hui, c'est-à-dire dans les sociétés post-hitlériennes, la techno-science-économie tend à faire concurrence à la construction étatique, si bien que nous assisterions à une reféodalisation planétaire. Quand Legendre parle de sociétés post-hitlériennes, il faut entendre par là que la révolution libérale-libertaire qui a suivi l'effondrement des régimes totalitaires n'en est que la continuation, sous un revers festif, de sorte que l'homme occidental vit depuis plus d'un siècle dans un environnement d'où le Tiers tendrait à s'effacer, cet effacement étant caractéristique de la psychose.

Homophobie et homosexualisme[modifier | modifier le code]

En 1997, Legendre ne critique pas selon lui l'homosexualité mais « l'homosexualisme », une idéologie de notre époque, qui aurait un sens politique controversé[4].

Pour Charles Mopsik, Pierre Legendre est « une illustration exemplaire de cette homophobie savante de type à la fois psychanalytique et juridique... »[5].

Selon Éric Fassin en 2003, Legendre fait partie des psychanalystes qui violemment hostiles, « font barrage à toute légitimation symbolique » de l'homoparentalité ou de la politique de l'homosexualité[6].

Depuis les débats sur le PaCS, Bruno Perreau analyse comme des fables les écrits de Pierre Legendre, comme ses positons d'autorité et sa transcription/transfert de la psychanalyse lacanienne dans le champ juridique[7].

Œuvres[modifier | modifier le code]

De l'auteur[modifier | modifier le code]

  • La pénétration du droit romain dans le droit canonique classique, thèse pour le doctorat, Imprimerie Jouve, 1964.
  • Histoire de l'Administration, de 1750 à nos jours, Paris, PUF, 1968.
  • L'Amour du censeur. Essai sur l'ordre dogmatique, Paris, Le Seuil, 1974.
  • Jouir du pouvoir. Traité de bureaucratie patriote, Paris, Minuit, 1976, coll. "Critique".
  • La Passion d'être un autre. Étude sur la danse, Paris, Le Seuil, 1978, coll. "Le champ freudien".
  • Leçons II. L'Empire de la vérité. Introduction aux espaces dogmatiques industriels, Paris, Fayard, 1983; nouvelle édition augmentée, 2001.
  • Leçons IV. L'Inestimable Objet de la transmission. Étude sur le principe généalogique en Occident, Paris, Fayard, 1985; nouvelle édition augmentée, 2004.
  • Leçons IV, suite. Le Dossier occidental de la parenté. Textes juridiques indésirables sur la généalogie, traduits et présentés par Anton Schütz, Marc Smith, Yan Thomas, Paris, Fayard, 1988.
  • Leçons VII. Le Désir politique de Dieu. Étude sur les montages de l'État et du droit, Paris, Fayard, 1988.
  • Leçons IV, suite 2. Filiation. Fondement généalogique de la psychanalyse, par Alexandra Papageorgiou-Legendre, Paris, Fayard, 1990.
  • Leçons VI. Les Enfants du texte. Étude sur la fonction parentale des États, Paris, Fayard, 1992.
  • Leçons VIII. Le Crime du caporal Lortie. Traité sur le Père, Paris, Fayard, 1994.
  • La Fabrique de l'homme occidental, Paris, Mille et une nuits, 1996.
  • Leçons III. Dieu au miroir. Étude sur l'institution des images, Paris, Fayard, 1997.
  • Leçons I. La 901e conclusion[8]. Étude sur le théâtre de la Raison, Paris, Fayard, 1998.
  • De la société comme texte. Linéaments d'une anthropologie dogmatique, Paris, Fayard, 2001.
  • Ce que l'Occident ne voit pas de l'Occident. Conférences au Japon, Paris, Mille et une nuits, 2004, coll. "Les Quarante piliers".
  • La Balafre. À la jeunesse désireuse… Discours à de jeunes étudiants sur la science et l'ignorance, Paris, Mille et une nuits, 2007, coll. "Les quarante piliers".
  • Dominium mundi. L'Empire du management, Paris, Mille et une nuits, 2007 (traduction allemande : Dominium mundi. Das Imperium des Managements, traduit par Jörg Mirtl, Turia + Kant, 2008).
  • Leçons IX. L'Autre Bible de l'Occident : le monument romano-canonique. Étude sur l'architecture dogmatique des sociétés, Paris, Fayard, 2009.
  • Le Point fixe. Nouvelles conférences, Paris, Mille et une nuits, 2010, coll. "Les quarante piliers".
  • Argumenta dogmatica, Paris, Fayard, 2012.

Sous sa direction[modifier | modifier le code]

  • Du pouvoir de diviser les mots et les choses. Travaux du Laboratoire européen pour l'étude de la filiation (2), Yves Gevaert éditeur, 1998.

Article[modifier | modifier le code]

  • « Ce que nous appelons le droit », Le Débat, 1993, p. 107-122.

Films documentaires[modifier | modifier le code]

  • La Fabrique de l'homme occidental, de Gérald Caillat, Pierre Legendre et Pierre-Olivier Bardet, Arte, 1996, 80 min.
  • Miroir d'une nation : l'ENA, de Gérald Caillat et Pierre-Olivier Bardet, sur un texte de Pierre Legendre, Arte, 1999, 83 min.
  • L'Empire du management (Dominium mundi), de Gérald Caillat, Pierre Legendre et Pierre-Olivier Bardet, Arte, 2007 (DVD, Idéal Audience International, automne 2007).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans son ouvrage Le partage de l'empirique et du transcendantal. Essai sur la normativité de la raison : Kant, Hegel, Husserl (éd. Ousia, Bruxelles, 2006), Jean-Renaud Seba consacre un long passage à présenter et mettre en perspective les thèses de Pierre Legendre (cf. p. 329-354).
  2. Dans sa Critique de la communication (Éditions du Seuil, 1988, rééd. « Points » Seuil, 1992), Lucien Sfez consacre un chapitre à présenter et analyser les travaux de Pierre Legendre.
  3. Dans L'Enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes (éd. Climats, 1999, p. 29) Jean-Claude Michéa écrit : « L'œuvre de Pierre Legendre est, en France, l'un des principaux monuments intellectuels de ces trente dernières années. »
  4. In « L’essuie-misères », entretien avec Marc Dupuis, Le Monde de l’éducation, décembre 1997.
  5. "Le sexe des âmes: aléas de la différence sexuelle dans la cabale." de Charles Mopsik, éditions de l’éclat, 2003, p.21
  6. Revue française de psychanalyse, 2003/1 (Vol. 67) L'inversion de la question homosexuelle par Éric Fassin http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=RFP_671_0263 « Le ton ne manque pas de violence, puisqu’il compare ce qu’il appelle l’ « homosexualisme » au nazisme ».
  7. http://www.vacarme.org/article1640.html Vacarme 25, automne 2003, pp. 62-68. par Bruno Perreau
  8. Dans le titre de cette œuvre qui introduit les "leçons" parues antérieurement, Legendre fait référence aux 900 conclusions philosophiques, cabalistiques et théologiques publiées par Pic de La Mirandole en 1486.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Pierre Legendre, la loi, le tabou et la raison », Télérama n° 2555, 30 décembre 1998, pp. 8-13.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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