Moïse et le monothéisme

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Moïse et le Monothéisme
Auteur Sigmund Freud
Genre Psychologie
Pays d'origine Drapeau de l'Autriche Autriche
Lieu de parution Vienne
Date de parution 1937
Chronologie
Précédent Un mot à propos de l’antisémitisme

Moïse et le Monothéisme est le dernier ouvrage de Sigmund Freud, paru en 1939, année de sa mort. Non seulement c'est le dernier ouvrage de Freud mais son histoire et sa composition le particularise parmi les plus importants livres de son auteur.

Histoire de la publication[modifier | modifier le code]

Freud achève son dernier ouvrage Der Mann Moses und die monotheistische Religion[1] commencé à Vienne dès 1934, alors que les deux premiers articles (sur trois) sont parus dans la revue "Imago" en 1937, durant l'exil à Londres en juin 1938. Moïse et le Monothéisme paraît alors en anglais en mars 1939. Il sera publié en français par Gallimard en 1948 (traduit de l’allemand par Anne Berman) et on trouve au dos du livre : « Dans ce dernier ouvrage, le fondateur de la psychanalyse examine les origines du monothéisme en Égypte au moment de la révolution religieuse et esthétique du pharaon Akhenaton et expose une théorie nouvelle sur les origines de Moïse et de la religion juive.»

Traduction française[modifier | modifier le code]

Dans un article daté de 1978 et publié par l'AMIF (Association des Médecins Israélites de France) sous le titre "Une science du caché" (article repris par la revue Sillages en 1995, puis publié sous la forme d'un petit livre par les Editions du Cercle en 1995[2]), le docteur Claude Taïeb a signalé que la traduction d'Anne Berman, seule référence du Moïse pour la psychanalyse francophone pendant près de 40 ans, présente la particularité d'avoir supprimé la fin de la première phrase. Là où on lit dans le texte français : « Déposséder un peuple de l'homme qu'il célèbre comme le plus grand de ses fils est une tâche sans agrément et qu'on n'accomplit pas d'un cœur léger. »", Freud a écrit en réalité : « Déposséder un peuple de l'homme qu'il célèbre comme le plus grand de ses fils est une tâche sans agrément et qu'on n'accomplit pas d'un cœur léger, surtout quand on appartient soi-même à ce peuple. »

Préhistoire de l'ouvrage[modifier | modifier le code]

Les organes éditeurs[modifier | modifier le code]

Dans son témoignage (1935) à Lou Andreas Salomé, Freud rapporte l'idée qu'il développe dans Moïse et le Monothéisme à son texte Totem et Tabou (1913) en expliquant que "la solution de ce problème (...) l'a poursuivi tout au long de ma vie". La préface de Totem et Tabou parut en 1912-13 dans Imago, revue faisant partie des organes de publication périodique dirigés par Freud et qui renseignent sur la trame chronologique de ses idées.

Le premier périodique - Zentralblatt - est fondé en 1910 (Freud en est directeur, Adler et Stekel rédacteurs en chef), mais après les discordes avec Adler puis Stekel, à la fin 1912 Freud demande à ses collaborateurs et amis de faire disparaître leurs noms du Zentralblatt (qui subsistera quelque temps). A cette occasion les biographes relèvent l'évanouissement de Freud que beaucoup attribuent à une discussion sur l'effacement du nom du père d'Akhenaton. Le Zentralblatt est alors remplacé par l'international Zeitschrift für Psychoanalysis dirigé par s. Ferenczi, O. Rank et E. Jones - tandis qu'en parallèle débute la revue Imago, consacrée aux applications extra-médicales de la psychanalyse, dont Freud assume la direction avec O. Rank, et Sachs. C'est dans Imago (Imago, vol. XXIII, nos 1 et 3) que sont publiés en 1937 les deux articles "Un Égyptien : Moïse" et "Si Moïse fut égyptien". En 1938 à Londres, Freud ajoute à ces deux articles un troisième ("Moïse, son peuple et le monothéisme") pour constituer l'ensemble Moïse et le monothéisme achevé en mars 1939. Tandis que six mois plus tard, suite à l'entrée des Allemands en Pologne le 3 septembre, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Allemagne, Freud, épuisé par le cancer contre lequel il lutte depuis 1923, meurt d'une injection létale le 23 septembre 1939.

Les approches complexes de la question de Moïse[modifier | modifier le code]

La revue Imago eut un destin fondamental puisqu'elle aboutit en 1938 à la Fondation de l’Imago Publishing Company qui assure la publication des périodiques psychanalytiques et entreprend la publication des Œuvres complètes de Freud en allemand. D'autres auteurs y sont intervenus concernant l'étude sur Moïse, sur la religion monothéiste et sur la révolution du pharaon Akhenaton.

En 1909, sur l'impulsion de Freud, son disciple Karl Abraham rédige une Contribution à l'étude de la psychologie collective (1909), puis rédige pour le premier numéro d'Imago une étude sur Amenhotep IV (Echnaton). Contribution psychanalytique à l'étude de la personnalité et du culte monothéiste d'Aton. C'est un fait notable dans l'historique de Moïse et le monothéisme, en accord précisément avec la méthode de la psychanalyse - puisque selon celle-ci, un élément manquant peut être essentiellement significatif. Or les exégèses de Moïse et le Monothéisme relèvent l'absence de toute allusion à l'étude antérieure de Karl Abraham sur le sujet du culte monothéiste. Avec cet indice une piste est certainement ouverte en suivant les épisodes biographiques d'un second 'disciple' : le psychiatre Immanuel Velikovsky qui fréquenta Vienne dès 1912. Sa correspondance avec Freud de 1922 à 1933, ainsi que sa présence dans la revue Imago, expliquent son lien avec Karl Abraham. Au moment de la publication à Londres de Moïse et le Monothéisme en 1939, Velikovsky s'établit à New York où il propose à l'édition l'ouvrage qui complète et formule le point de vue de Karl Abraham, concernant le rapport que Freud n'a pas nommé entre Œdipe et Akhenaton (Echnaton/Akhenaton).

État des connaissances sur Akhenaton au début du XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le nom et l'existence d'Akhénaton étaient ignorés des historiens jusqu'à la mise au jour, à compter de 1887, des tablettes d'Amarna qui en révélaient l'existence. Dans sa thèse parue à Berlin en 1894, le jeune égyptologue américain, James Henry Breasted souligne l'importance de l'étude de la révolution monothéiste d'Akhenaton pour la compréhension du monothéisme biblique. En 1910, Arthur P. Weigall associe plus étroitement encore Akhenaton et le récit biblique[3].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Après Moïse et le monothéisme, la seconde traduction française révisée porte le titre de L'homme Moïse et la religion monothéiste - Freud ayant employé en allemand dans son titre le mot der Mann qui désigne « l'homme » de sexe masculin.
  2. Freud et l'hébreu
  3. Jan Assmann, Moïse l'Égyptien, 1997, trad. française, Flammarion, Coll. Champs, 2003, p.52