Psychanalyse

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

D'un point de vue historique, la psychanalyse est à l'origine une technique d'analyse, mise au point par Sigmund Freud, provenant de la cure cathartique de Josef Breuer appelée « talking cure »[1], du fait qu'elle repose essentiellement sur la parole.

La cure cathartique est dérivée de l'hypothèse de Jean-Martin Charcot sur l'étiologie traumatique de l'hystérie. Selon cette hypothèse, une personne devient hystérique lorsqu'elle est amenée à se dissocier à la suite d'un choc traumatique.

La psychanalyse consiste en l'explication de certains actes ou pensées en termes psychiques à partir de l'affirmation de l'existence du déterminisme psychique : une idée qui se présente à l'esprit ou un acte ne sont pas arbitraires, ils ont un antécédent et un sens que l'exploration de l'inconscient permet de mettre au jour. Certaines actions sont perçues comme « involontaires », « incohérentes » ou « absurdes » et ne sont pourtant pas dues au hasard : ce sont par exemple les rêves, les lapsus, les actes manqués, ou les symptômes sans cause physique (par exemple l'hystérie). Ainsi, des actes ou des paroles qui s'apparentent à des erreurs peuvent être compris comme étant des « actes réussis », déterminés, et sont un moyen pour la psychanalyse d’y repérer une expression de l’inconscient : ils peuvent, par exemple, être l'expression d’un compromis dans un conflit psychique sous-jacent (entre pulsions contradictoires) ou représenter la satisfaction d'un désir. Bien que ces processus restent essentiellement inconscients, la psychanalyse dispose d'une technique et d’une théorie à même de comprendre ces logiques inconscientes et d'aider éventuellement le sujet qui en souffre à résoudre ses problèmes.

À partir de son expérience de thérapeute, de ses lectures, échanges et réflexions, Freud a proposé deux modèles successifs du psychisme : la première topique (élaboré entre 1895 et 1905, environ) et la seconde topique (de 1920 à 1938).

La psychanalyse est devenue un vaste champ conceptuel fondée sur l'exploration de l'inconscient à l'aide de l'association libre, son principe est la levée des refoulements. Dans la définition qu'en donnait Freud, la psychanalyse est le nom :

  • d'un procédé d'investigation des processus psychiques, qui autrement sont à peine accessibles,
  • d'une méthode de traitement des troubles névrotiques ou psychotiques, qui se fonde sur cette investigation (cf.cure psychanalytique),
  • d'une série de conceptions ayant trait au psychisme, acquises par ces moyens et qui fusionnent en une discipline nouvelle (cf. Métapsychologie)[2].

Depuis ses premiers pas, la psychanalyse fait l'objet de multiples critiques, concernant tant son statut scientifique, la pertinence de sa description du psychisme, que son efficacité thérapeutique. Certaines de ces critiques sont dues à des psychanalystes proposant d'autres modèles du psychisme et d'autres méthodes de thérapies.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la psychanalyse.

L'histoire de la psychanalyse commence avec Sigmund Freud et se continue de nos jours, avec plusieurs écoles et théories concurrentes qui coexistent.

Du temps de Freud[modifier | modifier le code]

L'évènement fondateur de ce qui va devenir la psychanalyse a été la participation de Freud aux travaux du neurologue Jean-Martin Charcot sur l'hystérie (dysfonctionnement du corps sans origine physiologique), avec notamment l'utilisation de l'hypnose. La psychanalyse a été précédée de deux phases dans les recherches de Freud :

  1. la méthode cathartique, qui doit beaucoup à Josef Breuer, et qui consistait à mettre le patient sous hypnose afin de découvrir l'origine traumatique des symptômes hystériques. Symptômes qui, rapporte Freud, avaient tendance à s'estomper lorsque le médecin répétait au malade une fois réveillé ce qu'il avait révélé sous hypnose. La remémoration et la ré-actualisation émotionnelle des scènes traumatiques conduisaient alors, croyait-on, à la guérison. C'est cette méthode qu'Anna O. appelait aussi « talking cure ». Mais Freud reprochait à l'hypnose d'être « un procédé incertain et qui a quelque chose de mystique »[3] : mal dégagée du mesmérisme auquel elle est encore associée, elle ne permettrait de réduire que temporairement les symptômes;
  2. l'association libre, qui vise à pratiquer la méthode cathartique mais sans l'hypnose. Freud cherchait alors à favoriser la remémoration en invitant le patient à dire librement ce qui lui venait à l'esprit, et en travaillant sur les chaînes associatives. « Procédé pénible et épuisant à la longue », observe-t-il dans les Cinq leçons sur la psychanalyse, « qui ne pouvait s'imposer comme une technique définitive »[1].

Freud pratique l'hypnose au début de sa carrière de neurologue, mais la met ensuite de côté pour élaborer la pratique psychanalytique[1]. Avec Josef Breuer, dans leur ouvrage les études sur l'hystérie, ils concluent que l'hystérique souffre de «réminiscences», suivant l'exemple de Pierre Janet et «faisant du dédoublement mental et de la dissociation de la personnalité le pivot de notre théorie» (Cinq leçons sur la psychanalyse, Payot p. 23). Freud rompt avec la psychologie dynamique de Janet considérant qu'«elle repose sur les doctrines admises en France relative au rôle de l'hérédité et de la dégénérescence dans l'origine des maladies» (Cinq leçons sur la psychanalyse, Payot p. 24). Freud cesse de recourir à l'hypnose pour explorer le psychisme (remplacer par la pression des pouces sur le front puis l'association libre pure et simple). Il se démarque de Breuer en mettant en avant l'importance de la libido dans le développement de la psychopathologie.

Les premiers théoriciens de la psychanalyse contribuent à des débats très vifs et nombreux. Ainsi Carl Gustav Jung, Sándor Ferenczi

Sándor Ferenczi

sont entendus, lus, commentés par Freud qui critique les positions qui lui paraissent divergentes par rapport aux principes qu'il pense assurés par ses travaux antérieurs. Le passage de la première topique à la seconde topique est rendu nécessaire à la suite de l'élaboration de la seconde théorie des pulsions. En 1914, Freud fait paraître ses travaux sur le narcissisme qui préfigurent les changements qui interviendront dans la deuxième topique. Pour certains (André Green et René Roussillon entre autres), ce texte de 1914 est une topique en lui-même, ils parleront dès lors de trois topiques. Vers 1920, la théorie freudienne connaît des remaniements dans l'Au-delà du principe de plaisir qui sans renoncer aux théories antérieures montrent à la fois les limites et leur dépassement.

De nombreux psychanalystes juifs durent quitter l'Allemagne et l'Autriche nazies, ou encore la Hongrie et la Pologne, pour émigrer dans d'autres pays européens, notamment en Angleterre, aux États-Unis et en Amérique du Sud ou en Palestine (Max Eitingon). Lors de l'Anschluss, invasion de l'Autriche par les nazis, Anna Freud est brièvement arrêtée le 22 mars 1938 par la Gestapo et, bien qu'elle soit relâchée le soir même, cet événement décida Freud à quitter Vienne pour s'installer à Londres. Balint, Hanna Segal, Eitingon, Nicolas Abraham, l'ont précédé sur le chemin de l'exil.

Après Freud[modifier | modifier le code]

L'essentiel des débats internes à la psychanalyse porte sur l'enrichissement des concepts freudiens, tout en conservant les exigences de rigueur sur les principes essentiels, scientifiques dans l'exploration de ce champ d'études, et éthiques dans la pratique de la cure.

Méthode d'exploration du psychisme[modifier | modifier le code]

La psychanalyse n'est pas qu'un ensemble théorique, une métapsychologie qui peut être appliquée à l'étude des œuvres d'art, des philosophies, etc. C'est d'abord une méthode d'exploration du psychisme humain par diverses techniques, passant par la parole du sujet qui suit une analyse :

  • L'interprétation des rêves qui sont, selon Freud, « la voie royale de la connaissance de l'inconscient »[4].
  • Les lapsus : quand au cours d'une séance, le sujet commet un lapsus, l'analyste ou le sujet lui-même peuvent émettre l'hypothèse que l'inconscient s'exprime, et peuvent chercher à comprendre le sens de ce lapsus.
  • L'analyse des actes du quotidien et particulièrement à travers les actes manqués, les oublis, les négligences : ces actes traduisent un conflit psychique qui met en jeu une tendance consciente et une autre, pré-consciente ou inconsciente, qui vient troubler le déroulement normal de la première. L'observation de ces tendances contradictoires permet d'émettre l’hypothèse d'un conflit psychique refoulé.

Principe du déterminisme psychique[modifier | modifier le code]

Afin de remplacer l'hypnose, Sigmund Freud utilise un principe qu'il attribue à C.G.Jung, principe suivant lequel une idée qui se présente à l'esprit ne peut être arbitraire et doit donc avoir un antécédent à déterminer[5]. Le rêve n'est donc pas composé d'images hallucinatoires dépourvues de sens, le lapsus n'est pas un simple accident sans cause, pas plus qu'une idée ne traverse l'esprit sans raison. Une idée, avant d'arriver à la conscience, subit une déformation plus ou moins grande mais conserve toujours un rapport avec l'idée d'origine. Tous ces phénomènes peuvent donc faire l'objet d'une méthode d'interprétation qui révèle l'existence de tendances non-conscientes, refoulées dans l'inconscient de l'individu.

Sans doute faut-il voir dans l'affirmation de ce principe le souci de Freud de hisser la psychanalyse au rang de science. En effet le principe du déterminisme, qui est le réquisit de toute science expérimentale, est bien la « foi » du psychanalyste : pas plus dans le monde psychique que dans le monde physique, un phénomène ne peut se produire sans cause.

« Bien plus : il fait souvent appel à plusieurs causes, à une multiple motivation, pour rendre compte d'un phénomène psychique, alors que d'habitude on se déclare satisfait avec une seule cause pour chaque phénomène psychologique[6]. »

Interprétation du rêve[modifier | modifier le code]

Article détaillé : L'Interprétation des rêves.
L'Interprétation des rêves

Pour Freud, tout acte psychique a un sens ; le rêve doit donc posséder un sens susceptible d'interprétation. La méthode d'interprétation sera une transposition de la méthode pour le traitement des troubles psychiques, car, selon lui, il y a des analogies entre ces derniers et la vie onirique : la conscience perçoit des idées qui lui sont étrangères et dont elle ignore l'origine, tout comme dans certains symptômes psychiques. La méthode pour comprendre le rêve sera fondée sur le principe de déterminisme psychique : le patient énonçant librement une suite d'idées se rapportant à son rêve peut en comprendre le sens en fournissant lui-même, par association d'idée, des éléments extérieurs au rêve qui permettent de le relier au vécu. Cette procédure d'extériorisation des idées par le patient est techniquement appelée en psychanalyse la règle de libre association.

La thèse de Freud sur le rêve est que celui-ci est la réalisation d'un désir. Le rêve de l'adulte est en ce sens identique au rêve de l'enfant, mais il est déformé par les nombreux interdits qui résultent de l'éducation et de la culture, aussi le rêve peut-il être compris comme l'expression d’un compromis entre un désir et un interdit.

Le rêve est donc composé

  • du contenu «manifeste» du rêve, c'est-à-dire ce qu'on en retient, les images qui parviennent jusqu'à la conscience ;
  • du contenu latent : le sens inconscient, fruit du travail du rêve.

Le travail du rêve est un mécanisme psychique qui déforme le contenu latent ; le travail d'analyse consiste à interpréter le contenu manifeste pour retrouver le sens caché. Cette interprétation passe donc par le travail d'analyse du rêve.

Typologie des rêves de Freud[modifier | modifier le code]

Dans sa première théorisation Freud distinguait trois types de rêves suivant la relation des contenus :

  • les rêves simples et non voilés, c'est-à-dire que contenus manifeste et latent sont identiques : rêves d'enfants, réalisation de désirs (rêve de confort) ;
  • les rêves cohérents mais en apparence immotivés ;
  • les rêves incohérents, absurdes ; ce sont souvent les rêves les plus longs.

Mécanismes[modifier | modifier le code]

Freud distingue plusieurs mécanismes psychiques :

  • La dramatisation : la production du rêve se situe dans un contexte narratif (histoire, fable, mythologie) ou transformation d'une pensée en situation ;
  • La figuration : tout rêve est une expression métaphorique (imagée), sous forme de sensations visuelles accompagnées d'affects ou sous forme de rébus ;
  • La condensation : le rêve représente par un seul élément du contenu manifeste une multiplicité d'éléments (image, représentation…) du contenu latent. Inversement, un seul élément du contenu latent peut être représenté par plusieurs éléments du contenu manifeste. C'est un travail de « compression » dont Freud dit qu'il est différent d'un simple résumé. Par exemple, une personne peut tout à coup revêtir l'apparence d'une autre et prendre le caractère d'une troisième ;
  • Le déplacement : procédé par lequel un trait secondaire ou un détail insignifiant dans le récit acquiert dans l'interprétation une valeur centrale. Il n'y a pas de correspondance entre l'intensité psychique d'un élément donné du contenu manifeste et celle des éléments du contenu latent auquel il est associé.

Souvenirs d'enfance et souvenirs-écrans[modifier | modifier le code]

Freud a donné à quelques-uns des souvenirs d’enfance un nom plus précis, celui de « souvenirs-écrans ». C’est assez dire que ces souvenirs ne sont pas à prendre pour argent comptant, mais que, par contre, ils sont à prendre à la lettre, c'est-à-dire qu’ils sont à déchiffrer tout à fait comme le texte d’un rêve. Un souvenir-écran doit être interprété, car derrière des évènements apparemment anodins, sans intérêt, se cachent les évènements les plus importants de la vie du sujet, ce qu’on peut qualifier d’évènements traumatiques, à condition bien sûr de donner à ce qualificatif sa portée exacte. Freud écrit :

« Je suis parti de ce fait bizarre que les premiers souvenirs d’enfance d’une personne se rapportent le plus souvent à des choses indifférentes et secondaires, alors qu’il ne reste dans la mémoire des adultes aucune trace (je parle d’une façon générale, non absolue) des impressions fortes et affectives de cette époque[7]. »

Dans le déchiffrage de toutes ces petites formations de l’inconscient, Freud procédait comme un linguiste, alors que la linguistique était une science naissante[8],[9].

Parmi ces souvenirs d'enfance analysés par Freud, il est possible de mentionner celui de Goethe, qui est l'occasion pour Freud, à l'aide de son expérience analytique, d'expliquer un épisode où Goethe raconte dans sa biographie, qu'enfant il cassa un jour la vaisselle familiale : il s'agit d'une réaction à la naissance d'un petit frère, vu comme un intrus à l'égard de l'affection maternelle, désormais à partager. Mais Goethe ne se souvenait que de l'épisode de la vaisselle, que Freud identifie comme un souvenir-écran, souvenir dont « un certain travail d'interprétation était nécessaire, soit pour indiquer comment leur contenu pouvait être remplacé par un autre, soit pour démontrer leurs relations avec d'autres évènements d'une importance indéniable auxquels ils s'étaient substitués sous forme de ce qu'on appelle souvenirs-écrans[10]. »

Psychopathologie de la vie quotidienne[modifier | modifier le code]

Freud en vient, en 1905, à appliquer le principe du déterminisme psychique afin d'expliquer les comportements les plus habituels. À partir de la maladie, à partir des théories que lui inspirèrent la névrose, Freud analyse les comportements qui relèvent du commun : l'analyse va du pathologique vers le normal.

Si le rêve est un processus particulier réservé à une partie du vécu seulement, la psychopathologie de la vie quotidienne montre comment la psychanalyse peut interpréter la vie de tous les jours. Les erreurs de langage, les oublis, les mots d'esprit deviennent des révélateurs de tendances psychiques inconscientes chez tout un chacun.

Avec L'Interprétation des rêves et Le mot d'esprit et sa relation à l'inconscient, Psychopathologie de la vie quotidienne met en évidence la structuration de l'inconscient par le langage.

Concepts freudiens[modifier | modifier le code]

Première topique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Métapsychologie.

La psychanalyse modélise l'appareil psychique par des « topiques », qui indiquent des « lieux », non pas au sens propre, mais des systèmes structurés qui s'articulent entre eux selon une dynamique. Freud a défini un grand nombre de concepts « métapsychologiques » pour parvenir à décrire cet appareil psychique que nous savons complexe et dont nous n'avons encore que des aperçus partiels.

Dès 1895, Freud élabore une première topique : celle qui distingue le conscient, le préconscient (autrement dit, la mémoire accessible), et l'inconscient, comprenant notamment les souvenirs refoulés, inaccessibles.

Thèse de l'inconscient[modifier | modifier le code]

D'après Freud, il existe un inconscient psychique, une pensée et une volonté cachées, et différentes des pensées et volontés conscientes. Dans Cinq leçons sur la psychanalyse, Freud formule l'hypothèse que l'hystérie (ou névrose de transfert) est le résultat de l'impossibilité pour une personne de refouler entièrement un désir insupportable qui se présente à la conscience et qui produit un substitut, appelé symptôme, conservant les affects de malaise liés au désir rejeté de la conscience.

Or, ce refoulement pose plusieurs questions décisives pour l'interprétation psychanalytique :

  1. Quelle est la nature des désirs rejetés hors de la conscience ?
  2. Quelle est la nature du refoulement ?
  3. Comment prétendre connaitre ce qui, par définition, veut dire «non connu» ?

Origine et nature des pulsions[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pulsion.

La pulsion[note 1] est la composante dynamique de l’appareil psychique. Freud distingue dans la première topique les pulsions sexuelles des pulsion d'«autoconservation» — comme la faim, par exemple.

La pulsion est un mécanisme qui suppose que le psychisme est excité par des stimuli divers, dont la source est corporelle mais dont la représentation est psychique. Dans Les Trois essais sur la théorie sexuelle, Freud explique que c'est un concept limite se trouvant entre le psychique et le somatique. Justement, comment une pulsion existe-t-elle psychiquement ?

Une pulsion est représentée par une représentation et par un affect, ce qu'on appelle respectivement le représentant-représentation et le représentant-affect. L'essentiel des théories freudiennes de la pulsion est développé dans Pulsions et destins des pulsions[11].

Selon ce texte, la pulsion se définit selon quatre modalités :

  1. La source : D'où vient l'excitation corporelle ? De quelle partie du corps ?
  2. La poussée : La pulsion crée une tension constante. Elle est toujours, quoi qu'il arrive, active ;
  3. Le but : Le but de la pulsion est d'atteindre la satisfaction, ensuite le mode de satisfaction varie ;
  4. L'objet : C'est ce par quoi la pulsion va atteindre son but.

De plus, la pulsion a quatre destins :

  1. Le retournement en son contraire : par exemple l'amour se transforme en haine ;
  2. Le retour contre le moi propre : ce qui est rejeté à l'extérieur revient vers le moi du sujet ;
  3. Le refoulement : la représentation (représentant-représentation) associée à la pulsion devient inconsciente ;
  4. La sublimation : le dépassement du symptôme dans une demande qui peut être satisfaite.

Seconde topique[modifier | modifier le code]

Croisement des deux topiques freudienne.

En 1920, pour résoudre de nombreuses questions qui émergent dans les cures, Freud définit une seconde topique : elle distingue le ça, pôle pulsionnel inconscient de la personnalité, le Moi et le Surmoi. Le Moi doit assurer une adaptation à la réalité, là où le ça ne se préoccupe pas des contraintes extérieures. Mais, le Moi est aussi le responsable de nombreuses « défenses » pathologiques. Le surmoi est, entre autres, l'intériorisation de l'interdit parental. Freud voyait l'émergence du surmoi comme tardive dans la vie infantile, mais des psychanalystes comme Melanie Klein ont pensé le surmoi comme existant très précocement chez l'enfant. Le surmoi se constitue comme le pôle de l'auto-agression, l'autocritique.

La seconde topique peut être comprise en termes dynamiques, à travers le mécanisme des pulsions : elles naissent dans le ça, (en tant que désir inconscient, non confronté à la réalité) puis elles sont soit intégrées, soit remaniées, par le moi et enfin sous la pression du surmoi, le moi peut éventuellement refouler ces pulsions, menant au mécanisme de la névrose.

Le dualisme de Freud est transformé en 1920, lorsqu'il introduit une division entre pulsion de vie (Éros) et pulsion de mort (Freud n'a pas nommé cette dernière Thanatos, comme d'autres psychanalystes l'ont fait). La pulsion de vie inclut les pulsions sexuelles et d'autoconservation (comme dans la première topique), alors que la pulsion de mort représente la tendance innée à l'abaissement des tensions (principe de Nirvana), à la répétition et à la mort[12].

Névrose[modifier | modifier le code]

La névrose est issue d'un conflit psychique entre le ça et le moi, c'est-à-dire entre une attitude qui vise à la satisfaction pulsionnelle et une attitude qui tient compte de la réalité. Sa particularité réside dans le refoulement qui est la conséquence du conflit psychique et des symptômes qui s'ensuivent.

La psychanalyse en explique l'émergence du fait de l'impossibilité de satisfaire une pulsion dans la réalité. La pathologie apparaît alors comme un compromis : le symptôme. La guérison emprunte selon Freud trois voies :

  1. suppression de la maladie par la réflexion : le malade fait face et surmonte sa faiblesse, rejette ce qui est le résultat d'une période infantile du moi ;
  2. les pulsions retrouvent leur voie normale de développement;
  3. la sublimation, qui pour Freud serait la meilleure voie, permet à la personne d'investir l'énergie libidinale et/ou agressive dans des activités à contenus non sexuels ou non agressifs. C'est aussi un des quatre destins pulsionnels.

Plusieurs névroses sont distinguées :

Pour Freud, la vie en société, (la culture au sens large) implique des renoncements pulsionnels (à commencer par le complexe d'Œdipe) qui mènent à des névroses. La pulsion sexuelle ne peut faire l'objet ni d'un interdit absolu ni d'une satisfaction totale. Le compromis névrotique est alors une voie de dégagement mais il peut induire une grande souffrance selon le vécu du sujet et c'est ce qui conduit quelqu'un à souhaiter et à entreprendre un traitement psychanalytique.

Psychose[modifier | modifier le code]

À la différence des névroses, où il y a conflit entre instances internes au psychisme (entre le ça et le moi), dans la psychose, selon Freud, le moi est en conflit avec le monde extérieur, conflit qui se traduit par des hallucinations et des délires, autrement dit une perte de réalité.

Freud a mené trois cures avec des sujets psychotiques mais qui ont été publiées comme des cas de névrose (le cas Dora, l'Homme aux rats, et l’Homme aux loups), et la seule étude qu'il publia comme un cas de psychose a été le commentaire d'un livre Mémoire d'un névropathe écrit par Daniel Paul Schreber[13]. Le cas du « Président Schreber » qui lutte contre son désir homosexuel en construisant un délire à propos d'un lien intime avec Dieu par l'entremise des rayons, etc.

Freud considère plus tard que la psychose est difficilement accessible à la cure psychanalytique du fait d'un fonctionnement narcissique en circuit fermé : le psychotique est rétif — selon lui — au transfert sur un psychanalyste, et la cure est ainsi difficilement possible.

C'est dans les années 1950 et suivantes que des analystes s'essayeront au traitement des psychotiques : une des précurseurs a été la psychologue suisse Marguerite Sechehaye, qui a traité une patiente schizophrène, puis ce sont essentiellement les kleiniens (Herbert Rosenfeld, Donald Meltzer et, en France, Paul-Claude Racamier et autres) qui ont appliqué les théories psychanalytiques aux psychotiques. Harold Searles qui a publié L'Effort pour rendre l'autre fou[14] a, selon Pierre Fédida qui en a fait la préface pour la version fran4aise, marqué des générations d'analystes pour les traitements de psychotiques schizophrènes par la psychanalyse. Lacan et certains de ses élèves apporteront aussi des contribution théoriques à la compréhension et au traitement des psychoses.

Perversion[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Perversion.

La perversion est corollaire de la notion de sexualité infantile et de ses évolutions. Freud remarque qu'« il est intéressant de constater que l'enfant, par suite d'une séduction, peut devenir un pervers polymorphe et être amené à toutes sortes de transgressions. Il y est donc prédisposé »[15].

À partir de l'étude du fétichisme sexuel, en vient à décrire la perversion comme « solution » face à l'angoisse de castration, donc comme mécanisme de défense face à une angoisse de type névrotique, et qui provoque une fixation au stade de la sexualité infantile.

Ce modèle de la perversion en fait donc une structure distincte de la névrose et de la psychose.

Différentes associations de psychanalyses[modifier | modifier le code]

Symbole de l'Association psychanalytique internationale

Le terme psychanalyse est utilisé par plusieurs associations ou sociétés, nationales ou internationales se réclamant de la psychanalyse freudienne, la plus connue étant l'Association psychanalytique internationale créée en 1910.

Autour de Freud et à Vienne[modifier | modifier le code]

Jusqu'alors, on doit plutôt parler de cercles, dont le premier se réunit à Vienne, chez Freud, la Société psychologique du mercredi, dès 1902 avec Alfred Adler, Paul Federn, Max Graf, Max Kahane, Wilhelm Stekel, etc. En 1908, ce groupe s'institue sous forme d'une association, la Société psychanalytique de Vienne, historiquement la première association de psychanalyse.

À Zurich[modifier | modifier le code]

Clinique du Burghölzli

C'est à Zurich, grâce entre autres à l'instigation d'Eugen Bleuler qu'un deuxième épicentre favorable à la psychanalyse s'est constitué, au sein de la clinique psychiatrique universitaire du Burghölzli dès 1906, avec Carl Gustav Jung, Karl Abraham, Ludwig Binswanger et Eduard Hitzig notamment.

La psychanalyse dans le monde[modifier | modifier le code]

Le premier congrès international de psychanalyse se tient à Salzbourg, en 1908. Son succès conduit à la tenue d'un deuxième congrès, à Nuremberg (1910) durant lequel est créée l'Association psychanalytique internationale. D'autres sociétés psychanalytiques suivent, notamment la London Society of Psychoanalysis. C'est alors l'API qui organise les congrès internationaux. Les psychanalystes se disant freudiens et de l'API contemporains s'appuient à des degrés divers sur les travaux de Freud et de ses continuateurs, Mélanie Klein, de Wilfred Bion, d'Anna Freud, de Heinz Kohut, Donald Winnicott.

Les dissidences[modifier | modifier le code]

Carl Gustav Jung a été l'un des premiers à différencier sa pratique et celles de ses élèves, il récusera le nom psychanalyse à la faveur de celui de psychologie analytique mais il y a encore des jungiens qui préfèrent néanmoins parler de psychanalyse jungienne. C'est aussi Alfred Adler, puis Theodor Reik qui créent leur propre mouvement se démarquant de des théories de Freud souvent sur l'importance accordée par ce dernier à la sexualité ou, à l'opposé, Wilhelm Reich qui lui met sa théorie de l'orgasme au centre de sa propre théorie.

En France, dans un mouvement qui commence en 1953, à la suite de Jacques Lacan, la première société de psychanalyse, la Société psychanalytique de Paris, connaît des scissions, pour des raisons théoriques et de méthodes, qui divergent de manière plus ou moins radicale. Ainsi, les lacaniens prônent une durée variable des séances, de 5 minutes à une heure, alors que les directives de l'API recommandent une durée de 45 à 55 minutes. Par ailleurs, pour Jacques Lacan, la « levée de la séance » est utilisée à des fins d'interprétation (scansion), L'importance du langage (lapsus, assonances etc.) y est primordiale et la place et l'utilisation du transfert y sont tout à fait particulières (pour Lacan le contre-transfert n'existe pas), très différentes par exemple de celles que leur donnent les psychanalystes kleiniens, où les séances sont de durée égale, soit 45 minutes et où le jeu du transfert/contre-transfert est pris en compte)[16].

Des débats commencés du temps du Freud, existent sur la pertinence de l'emploi du terme 'psychanalyse' pour désigner certaines théories ou pratiques. Pour Alain De Mijolla par exemple, « le mot psychanalyse recouvre maintenant, comme une étiquette fallacieuse, trop de théories et de pratiques diverses, d'où ma suggestion d'en remplacer l'usage par la pensée de Freud[17]. ».

Psychanalyste[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Psychanalyste.
Institut psychanalytique de Berlin

La formation du psychanalyste, définie par Freud et telle qu'elle est recommandée par différentes sociétés de psychanalyse à la suite des règles édictées par l'Institut psychanalytique de Berlin, repose généralement sur une analyse didactique (le futur psychanalyste est lui-même en analyse), à laquelle peuvent succéder une ou deux psychanalyses contrôlées : tout en conduisant une cure analytique, le psychanalyste en cours de formation est supervisé par un analyste formateur, pour apprendre, notamment, à repérer les mouvements du transfert, et surtout à savoir reconnaître et analyser le contre-transfert afin de mieux comprendre la dynamique de la cure.

Le titre de psychanalyste n'est pas protégé, il ne donne pas lieu à la remise d'un diplôme. Ce titre est délivré par les associations psychanalytiques. Il est donc possible à chaque personne qui a suivi un parcours psychanalytique de se déclarer psychanalyste quand bien même elle n'appartient pas à une société de psychanalyse.

Psychothérapies[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Psychothérapie psychanalytique.

Il existe plusieurs types de psychothérapies d'inspiration psychanalytique, elles ont pour modèle la psychanalyse freudienne, mais en divergent parfois sensiblement.

Psychanalyse freudienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cure psychanalytique.

La demande de cure naît souvent d'une souffrance psychique reconnue par le patient ou d'une volonté de se connaître soi-même. Elle peut être travaillée et construite dans des entretiens psychanalytiques « préliminaires ». Freud précise que si la psychanalyse est « une méthode de traitement des désordres névrotiques », son but n'est pas de « guérir » en abrasant le symptôme, mais d'aboutir à « la récupération de ses facultés d'agir, de penser et de jouir de l'existence »[1].

Jacques Lacan, interprétant Freud, a quant à lui isolé quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse :

La cure psychanalytique classique comporte un cadre : un divan, un analyste (que le patient ne voit pas) ainsi que des règles fondamentales comme l'association libre (le patient est invité à dire tout ce qui lui passe par la tête), la neutralité bienveillante (neutre : ne pas juger le patient ni ses actes, bienveillant : considérer le patient) la régularité et le payement du prix des séances, etc. Le travail de l'analyste est d'écouter, interpréter le contenu latent (sens inconscient) à partir du contenu manifeste c'est-à-dire ce que dit le patient[18] et le guider dans une révision son histoire intime, y donner un sens nouveau et actualisé, se débarrasser de schèmes répétitifs[19]. Ceci se fait à travers le moteur de la cure psychanalytique qui est le transfert, réédition d'affects liés à ses relations infantiles et projetés sur l'analyste. Ce transfert est également à analyser et à interpréter. Pour sa part, l'analyste élaborera son contre-transfert, c'est-à-dire sa propre réaction au transfert du patient sur lui.

Le transfert est ensuite résolu et la phase intense de l'analyse se termine. Toutefois, une fois ce processus de compréhension de sa psyché enclenché par le patient, l'analyse ne cesse jamais vraiment : elle entre dans les processus habituels de réflexion de la personne affrontée à des difficultés intérieures ou extérieures.

Psychanalyse appliquée[modifier | modifier le code]

La psychanalyse appliquée aux institutions et à la psychothérapie, est une façon de travailler, s'orientant de la clinique analytique. La pratique à plusieurs en est un exemple. Elle consiste à ce que l'intervenant évite de se mettre dans une position de dualité avec l'« usagé ». Faire appel à un tiers (collègue, objet ou signifiant particulier), permet de ne pas se retrouver coincé, notamment avec une personne de structure psychotique[20]

Psychodrame analytique[modifier | modifier le code]

Le psychodrame de Moreno amena les psychanalystes à remanier ce procédé afin de créer le psychodrame analytique.

Individuel
Article détaillé : Psychodrame analytique individuel.
  • Le psychodrame analytique individuel regroupe un psychanalyste meneur de jeu, un patient et plusieurs analystes co-thérapeutes. Le meneur de jeu ne participe pas aux scènes. Le psychodrame comprend plusieurs temps :
    • Le temps de l'élaboration de la scène, discours entre le patient et le meneur de jeu ;
    • Le temps du jeu, dans lequel prime la figuration y compris gestuelle, l'association libre, et qui se comprend souvent comme « transitionnel » ;
    • Le temps de l'interprétation, dans lequel le meneur de jeu renvoie au patient ce qu'il a mis dans la scène.
  • Si le jeu permet une élaboration plus facile, et recommande le psychodrame pour des individus très inhibés ou souffrant de difficultés quant à la représentation, l'interprétation et le transfert latéralisé assurent une thérapeutique spécifiquement analytique.
  • Le jeu psychodramatique est souvent comparé aux restes diurnes d'un rêve.
Groupe
Article détaillé : Psychodrame analytique de groupe.

Il faut distinguer le psychodrame analytique de groupe et le psychodrame analytique en groupe ou un patient se retrouve dans un groupe de deux ou trois co-thérapeutes, c'est-à-dire que les participants sont en jeu avec les moniteurs et les interprétations se font sur le groupe et non pas sur l'individu (Didier Anzieu[21].

Le psychodrame psychanalytique de groupe se fonde sur les mêmes principes que le psychodrame individuel. Il y a « couple thérapeutique », c'est-à-dire un thérapeute homme et un thérapeute femme, et les patients eux-mêmes. Il y a, éventuellement, un observateur, spectateur hors des enjeux de la scène. Les phénomènes de groupe sont alors particulièrement pertinents (par opposition au psychodrame analytique individuel, dans lequel les phénomènes de groupe sont finalement restreints aux co-thérapeutes).

Enfants[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Psychanalyse des enfants.

Ethnopsychanalyse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ethnopsychanalyse.
Georges Devereux

Le terme ethnopsychanalyse renvoie principalement à l’œuvre de Georges Devereux, mais aussi à Géza Róheim dont l’œuvre constitue une partie essentielle de l’anthropologie psychanalytique et ainsi les prémices de l’ethnopsychanalyse[22].

Cette pratique se situe au croisement de plusieurs disciplines que sont l’ethnopsychiatrie, la psychanalyse, l’anthropologie culturelle, le culturalisme, la psychologie des peuples, la psychiatrie transculturelle, l’anthropologie psychanalytique, voire l’ethnomédecine.

Relaxation psychanalytique[modifier | modifier le code]

Julian de Ajuriaguerra et Michel Sapir ont chacun édifié une technique de relaxation psychanalytique qui sont utilisées, soit comme traitement proprement dit, soit comme préparation à une cure classique.

Influence sur d'autres disciplines[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Influence de la psychanalyse.

Au cours du XXe siècle, la psychanalyse imprègne peu à peu les différents domaines des sciences humaines, de la médecine, de la pédagogie, etc.

Critiques de la psychanalyse[modifier | modifier le code]

La psychanalyse a été, dès son origine, l'objet de vives critiques venues de tous horizons. Elles sont souvent distinctes des dissidences, C.J.Jung, son élève et biographe Pierre Janet, O.Rank et W.Reich se se sont écartés des théories de Freud sur l'étiologie sexuelle des névroses.

Le philosophe des sciences Karl Popper a considéré que la psychanalyse était une « pseudo-science ». Plus récemment, certains auteurs critiques ont avancé l'idée que l'histoire de la discipline avait été délibérément falsifiée par Freud ou par des fidèles comme Ernest Jones ou Anna Freud afin de dissimuler des lacunes, des faiblesses théoriques ou cliniques. Plus récemment, ce sont les neurosciences dont les recherches en plein essor sont reprises soit pour démontrer la non-validité des théories freudiennes, L. Naccache, par exemple à propos de l'inconscient, soit, au sein même du mouvement psychanalytique, pour proposer des rapprochements possibles, comme Bernard Golse. De nombreuses critiques, venues de milieux hors psychologie ou psychiatrie, se sont exprimées, depuis les premiers écrits de Freud jusqu'à aujourd'hui, alimentant des polémiques parfois très virulentes.

Article détaillé : Critique de la psychanalyse.

Psychanalyse et éthique[modifier | modifier le code]

La psychanalyse et la philosophie ont toujours entretenu un lien ambigu. Déjà Freud proclamait sa méfiance envers les conceptions et les systèmes philosophiques qui constituaient selon lui une vaine tentative, il reprenait en l'adaptant une citation de Heinrich Heine[23] : « Les philosophes sont comme cet homme qui se promène de nuit, muni de son bonnet et d'une bougie, tentant de boucher les trous de l'univers[24]. »

Au niveau éthique, Heinrich Racker a écrit  : « La psychanalyse partage, en tant que science, l'éthique de la science en général selon laquelle la valeur - « le bien » qui la régit - est la découverte de la vérité, son affirmation et sa défense. » Son commentateur Leon Grinberg ajoute  : « La psychanalyse doit rendre conscient autant « le bien » refoulé que « le mal » refoulé ». Racker se demande encore pourquoi on réprime « le bien » et il ajoute  : « Nous savons que le sentiment de culpabilité crée le besoin de punition. Mais nous savons moins que le contraire se produit également: que le besoin de punition crée entretient ou intensifie le sentiment de culpabilité. En sommes nous nous ressentons comme étant mauvais, et notre besoin de punition fait éloigner de notre conscience l'idée que nous sommes bons également. » Plus loin il ajoute  :

« il existe une loi de la nature qui pousse l'homme aussi bien à s'aimer lui-même et à s'unir (s'intégrer) à lui-même (Éros agissant en faveur du Moi) qu'à aimer son prochain et à s'unir avec lui (Éros agissant en faveur des objets, le poussant à s'identifier à eux). Et cette loi le pousse, enfin, à lutter avec cette force (Éros) contre Thanatos... Éros, notamment indique en tant que voie et fin :

sur le plan pulsionnel, l'union sexuelle ;
sur le plan des sentiments, l'amour ;
sur le plan mental, la connaissance, qui est également l'union entre le sujet et les objets ;
et sur le plan spirituel, volitif, éthique ou quelle que soit l'appellation qu'on veuille donner au plan spécifiquement humain, l'union entre la connaissance des lois de la nature et ce que l'homme fait, cette connaissance devant se transformer en loi de notre volonté et notre action[25]. »

Institution et État[modifier | modifier le code]

De récents débats ont eu lieu dans divers pays, parmi eux la France et le Royaume-Uni, à propos d'une éventuel contrôle de l'État sur la formation des psychanalystes et leur exercice professionnelle, dont la discipline serait considérée comme d'autres formes de psychothérapies. La communauté psychanalytique a réagi très violemment face à ces propositions, en avançant d'une part la spécificité de la psychanalyse, d'autre part la nécessaire indépendance de cette discipline qui, selon elle, a fait ses preuves.

Une mobilisation de la profession et des universitaires du champ s'est faite en France, à partir de 1997, à l'initiative notamment du psychanalyste René Major[26], qui permet la tenue d'États généraux de la psychanalyse, en juillet, à la Sorbonne, réunissant plus de mille deux cents psychanalystes de trente-quatre pays[27], et des invités parmi lesquels Jacques Derrida et Armando Uribe. Ces états Généraux ont abouti à une «Déclaration sur la spécificité de la psychanalyse»[28], réaffirmant en préambule « l'autonomie de leur discipline par rapport à toutes les formes de psychothérapie qui se pratiquent aujourd'hui », ainsi que la nécessité de conserver « leur indépendance par rapport aux pouvoirs publics et à une réglementation par l'État, quelle qu'elle soit, fût-ce par le biais des psychothérapies dites relationnelles ».

Ces états généraux ont proposé que soit créé pour encadrer la formation des psychanalystes, un Institut des Hautes Études en Psychanalyse, structure qui aurait été mi-privée mi-publique[29]. À cette occasion, les psychanalystes notaient alors que si, « depuis une trentaine d'années, la psychanalyse ait pris rang à l'université, elle n'a pas acquis la place qui lui revenait véritablement (...) Les hautes institutions, telles que le Collège de France ou l'École des hautes études en sciences sociales, n'ont, pour leur part, pas encore reconnu la psychanalyse comme une discipline devant figurer en tant que telle dans leurs programmes. Seul le Collège international de philosophie, créé en 1983, a pu le faire, progressivement, en lui consacrant l'une de ses intersections[29] ». Les psychanalystes réunis à cette occasion insistaient pour affirmer la double orientation de la psychanalyse, cure qui s'adresse au sujet singulier et discipline appartenant au champ des sciences sociales, et donc en dialogue avec d'autres disciplines de ce champ[29].

De nouveaux États généraux ont eu lieu à Rio de Janeiro en 2003[30].

Dans des œuvres de fiction[modifier | modifier le code]

Le nombre d'œuvres de fiction faisant allusion à la psychanalyse échappe à tout recensement par son importance. Des notions freudiennes ou assimilées telles que le refoulement, l'œdipe, l'acte manqué, l'inconscient, la névrose, etc., sont depuis longtemps devenues des lieux communs de la littérature, du cinéma et des séries télévisées. À leur tour, ces œuvres ont contribué à institutionnaliser les pratiques et les théories freudiennes.

Entre autres :

  • Alfred Hitchcock, très impressionné par les théories freudiennes, a utilisé le refoulement freudien comme dénouement dans deux de ses films :
    • La Maison du docteur Edwardes (Spellbound), dont l'approche de la psychiatrie est aujourd'hui considérée comme naïve, et qui n'est généralement retenu que pour sa scène de rêve, imaginée par Salvador Dalí. En son temps, le film a connu un grand succès et a contribué à faire entrer la psychanalyse dans la culture populaire.
    • Pas de printemps pour Marnie (Marnie).
  • Woody Allen, dont les films contiennent souvent une scène d'analyse, ou des références à la psychanalyse. Le cinéaste a lui-même été analysé pendant plus de trente ans.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

  1. Trieb en allemand, mal traduit dans les premières traductions par « instinct ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Introduction à la psychanalyse, Sigmund Freud (trad. S. Jankélévitch), Payot, 1922, (ISBN 2228894052)
  2. Sigmund Freud: 1923, Encyclopedia Britannica
  3. Sigmund Freud, Cinq leçons de psychanalyse (lire en ligne)
  4. Sigmund Freud, Cinq leçons sur la psychanalyse, (1909), Payot, Paris, 1966, p. 38. Dans le cours de la cure, l'analyse du rêve permet notamment de découvrir les mécanismes de travail de symbolisation du psychisme
  5. Dans les Cinq leçons sur la psychanalyse, il précise ainsi sa pensée : « Vous remarquerez déjà que le psychanalyste se distingue par sa foi dans le déterminisme de la vie psychique. Celle-ci n'a, à ses yeux, rien d'arbitraire ni de fortuit ; il imagine une cause particulière là où, d'habitude, on n'a pas l'idée d'en supposer. »
  6. S. Freud, Cinq leçons sur la psychanalyse, (1923), Paris, Payot, p. 43.
  7. S. Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne, Paris, Payot, 1967, p. 55
  8. « Freud envisage ce qui, depuis Saussure (1916-1972), est désigné comme signifiant » in Michel Arrivé « Langage et inconscient chez Freud : représentations de mots et représentations de choses », Cliniques méditerranéennes, 2/2003, n°68, p. 7-21, DOI:10.3917/cm.068.0007
  9. « On rencontre, littéralement, les mêmes mots et de pareils « rapprochements » dans les notes où Saussure essaie de saisir l’objet fuyant dont il avait besoin pour le fondement de la linguistique. Plutôt qu’à aucune réalité biologique, « l’intelligence supérieure en dehors du conscient des sujets » que Freud découvre à travers les « séries de mots en apparence dénuées de sens » fait donc penser au système de « la langue » tel que Saussure l’esquissa » in Johannes Fehr, «  »Boeuf, lac, ciel« — »concierge, chemise, lit«  », Linx, [En ligne], 7|1995, mis en ligne le 25 juillet 2012, consulté le 06 février 2013.DOI:10.4000/linx.1236
  10. Sigmund Freud, « Un souvenir d’enfance dans Fiction et Vérité de Goethe » in Essais de psychanalyse appliquée Paris, Coll. « Idées », NRF, n° 263, 254, Gallimard, 1933. Réimpression, 1971. (pp. 149 à 161). Comme l'écrit Goethe lui-même : « Quand on cherche à se rappeler ce qui nous est arrivé dans la toute première enfance, on est souvent amené à confondre ce que d'autres nous ont raconté avec ce que nous possédons réellement de par notre propre expérience »
  11. Sigmund Freud, Métapsychologie (1915), Gallimard Folio, 1986. (ISBN 2-07-032340-4)
  12. Au-delà du principe de plaisir, (1920) in Essais de psychanalyse, Payot-poche, 2004. (ISBN 2-228-89399-4)
  13. Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochothèque »,‎ 2011 (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7), p. 1255
  14. Harold Searles, L'effort pour rendre l'autre fou, Pierre Fédida (préface), Brigitte Bost (traduction), éd. Gallimard-poche, 2003. (ISBN 2-07-042763-3)
  15. S. Freud, Trois essais sur la théorie de la sexualité, Gallimard, 1962, p. 86
  16. Horacio Etchegoyen, Fondements de la technique psychanalytique, Daniel Widlöcher et Jacques-Alain Miller (préface), Éd. Hermann, 2005. (ISBN 2-7056-6517-X)
  17. Entretien avec Alain de Mijolla, in Le Point, Hors-série sur Freud, n°4, octobre-novembre 2009.
  18. Roger Perron : Une psychanalyse : pourquoi ?, Éd. InterEditions, 2000. (ISBN 2-10-005321-3)
  19. Sigmund Freud, Remémoration, répétition, et élaboration (1914), in La technique psychanalytique, Éd. Presses Universitaires de France, 2007, coll.: Quadrige Grands textes. (ISBN 2-13-056314-7)
  20. Judith Miller, Pertinences de la psychanalyse appliquée, Seuil, 2003. (ISBN 2020606836)
  21. [Le psychodrame psychanalytique de groupe], texte additionnel.
  22. Ethnopsychanalyse, repères pour aujourd’hui - Cet article, revu pour le web, est originellement un addenda d’un livre écrit conjointement avec Anne Vanesse : Figures hongroises - Geza Roheim - Viola Tomori -Lire en ligne
  23. Heinrich Heine, Le Retour, 1823-1824, p. 60. « Le monde et la vie sont par trop fragmentaires. Je m’en vais aller voir un professeur allemand qui sache coordonner tous les éléments de l’existence et en composer un système intelligible. Avec son bonnet de nuit et sa robe de chambre, il bouchera les trous de l’édifice cosmique. »
  24. Paul-Laurent Assoun, Freud, la philosophie et les philosophes, Presses Universitaires de France, Coll. Quadrige, 2009. (ISBN 2-13-057657-5)
  25. Heinrich Racker, Psicoanalisis y ética conférence donnée en Argentine en 1960 rapporté in Leon Grinberg, Culpabilité et dépression, Éd. Les belles lettres, 1992. (ISBN 2-251-33448-3)
  26. Appel de René Major du 17 juin 1997 pour la réunion d’États Généraux de la psychanalyse en l’an 2000 à Paris.
  27. Notice éditeur de l’ouvrage issu des États généraux de la psychanalyse, 2000.
  28. « Déclaration sur la spécificité de la psychanalyse » publiée en annexe dans René Major (dir.), États Généraux de la Psychanalyse, juillet 2000, Éd. Flammarion (Aubier), 2003, p. 247-248Version archive.org de la Déclaration.
  29. a, b et c René Major (dir.), États Généraux de la Psychanalyse, juillet 2000, Éd. Flammarion (Aubier), 2003, annexe IV, « Institut des Hautes Études en Psychanalyse », p. 252-266
  30. États généraux de la psychanalyse, Rio de Janeiro, 2003

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres de Freud et de ses contemporains
  • Œuvres Complètes de Freud – Psychanalyse [OCF-P], édition historique et critique aux P.U.F. : Paris, 1988 et suiv. Traduction collective sous la direction de Jean Laplanche.
  • Textes de Freud en ligne
  • Freud Par Les Textes
  • Quelques extraits ciblés fondamentaux des écrits de Freud
  • Sigmund Freud, Cinq leçons sur la psychanalyse, Paris, Payot, coll. "Petite Bibliothèque Payot", 2010 (ISBN 2-228-90495-3)
  • Sigmund Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne, Paris, Payot, coll. "Petite Bibliothèque Payot", 2001 (ISBN 2-228-89402-8)
  • Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse, Paris, Payot, coll. "Petite Bibliothèque Payot", 2001 (ISBN 2-228-89405-2).
  • Sigmund Freud, Au-delà du principe de plaisir (1920), Paris, Payot, coll. "Petite Bibliothèque Payot", 2010 (ISBN 2-228-90553-4)
  • Sigmund Freud, Le Mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient, Gallimard.
  • Sigmund Freud, Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci, Gallimard.
  • Sigmund Freud, "La question de l'analyse profane", Gallimard.
Dictionnaires, introductions, concepts
Œuvres d'autres analystes
Littérature critique
Autres
  • Sébastien Dupont, « L'autodestruction du mouvement psychanalytique », Le Débat, no 166, 2011, p. 174-192.
  • Gérard Bazalgette : La tentation du biologique et la psychanalyse. Le cerveau et l'appareil à penser, Éd.: Eres, 2006, (ISBN 9782749206905)
  • Jean-Michel Thurin et Monique Thurin: Évaluer les psychothérapies : Méthodes et pratiques, Dunod, coll. « Psychothérapies », 2007, (ISBN 2-10-050708-7)
  • Pascal Hachet, Promenades psychanalytiques, L'Harmattan, 2007 (ISBN 978-2-296-04758-7).
  • Antoine Fratini, La psychanalyse au bûcher, Le Manuscrit, Paris 2009

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]