Sanatorium

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Icône de paronymie Cet article possède un paronyme ; voir : Sanitarium.
L'actuel grand hôpital maritime de Berck ou sanatorium de Berck initié par le pouvoir impérial napoléonien, et resté sans équivalent en France, a succédé en 1869 à un premier Hôpital maritime de Berck, ouvert 8 ans plus tôt.

Un sanatorium est un établissement médical spécialisé dans le traitement des différentes formes de la tuberculose.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot vient de la racine latine sanatorius signifiant propre à guérir.

Principes fondateurs[modifier | modifier le code]

Le sanatorium est basé sur :

  1. le traitement par la cure d'air, de lumière et de soleil.
    Le paysage nature (mer, forêt, montagne..) et l'éloignement de la pollution des villes et des industries étaient aussi supposés contribuer à un retour à la santé. Le bâtiment doit donc être adapté à l'entrée du soleil et du grand air. Les sanatoriums n'étaient donc pas seulement localisés en montagne[1].
  2. l'isolement des tuberculeux contagieux.
    La promiscuité étant un facteur de contagion, les sanatoriums sont souvent très vastes et conçus de manière à y faciliter l'hygiène. L'isolement avait aussi pour fonction de préserver les tuberculeux des sollicitations d'une vie sociale considérée comme source de fatigue ; le sanatorium se devait d'être un lieu de repos (quoiqu'il ait pu en exister où l'exercice d'un certain travail ait été considéré comme bénéfique)[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Premier sanatorium de France, l'Hôpital maritime de Berck a été construit dans le Pas-de-Calais, près de Calais, sur un littoral dunaire isolé, en 1861, initialement pour les enfants scrofuleux, rachitiques et « lymphatiques », dénominations qui recouvraient à l'époque de véritables tuberculoses (la scrofule étant une atteinte tuberculeuse ganglionnaire et cutanée), ainsi que d'autres pathologies liées à la malnutrition, aux pollutions et aux mauvaises conditions d’hygiène et d’habitat qui régnaient dans cette région industrielle minière.

En 1893, le 1er Congrès International sur la tuberculose à Paris et le second à Berlin en 1899 présentent les techniques allemandes de sanatorium au monde médical.

Les sanatoriums (parfois écrit sanatoria au pluriel au XIXe siècle et début XXe) ont été massivement construits au début du XXe siècle dans des régions isolées de la pollution, en montagne, sur des plateaux ensoleillés ou face à la mer pour bénéficier du grand air et des vertus désinfectantes et reconstituantes du soleil (architecture héliotropique).

Rien qu'en France, ce sont 250 sanatoriums qui ont été construits de 1900 à 1950, période à laquelle les antibiotiques ont permis de lutter contre ce fléau. À la fin du XXe siècle, des résistances aux antibiotiques et la résurgence de la maladie dans certains pays pauvres et dans l'ex-URSS laissent penser que les sanatoriums pourraient peut-être retrouver leurs anciennes fonctions.

Le premier hôpital entièrement dédié aux phtisiques (tuberculose pulmonaire) fut en France celui de Sainte-Marie de Villepinte (Seine-Saint-Denis) achevé en 1880, sur initiative de l’« œuvre des jeunes filles poitrinaires » crée en 1878. Un second hôpital de phtisiques fut achevé 8 ans plus tard (en 1888) à Ormesson (Val-de-Marne) uniquement destiné à soigner de jeunes garçons de 2 à 16 ans, géré par l’« Œuvre des enfants tuberculeux » également créé en 1888. Certaines sources en attribuent l'initiative à soeur Candice, qui aurait même acheté, grâce à des dons, deux pavillons de l’exposition universelle afin de les ajouter au corps du sanatorium d'Ormesson[2]. Une succursale en sera ouverte à Villiers-sur-Marne en 1893[3]. À cette époque, plusieurs dizaines de sanatoriums existaient déjà en Allemagne, et plusieurs étaient en activité en Suisse et aux États-Unis. Le retard français a été compensé notamment grâce à la diffusion par le médecin belge Moeller en 1894 d'une brochure illustrée sur les sanatoriums allemands et suisses [2], puis par deux thèses de médecine soutenues à Paris par Siegmund-Adolph Knopf (phtisiologue allemand pratiquant aux États-Unis), et le français Paul Beaulavon[4], respectivement en 1895 et 1896, sur les sanatoriums. Knopf[5] encourage les sanatoriums en chapelets de petits chalets, sur le modèle du « Adirondack Cottage sanitorium » (État de New York, États-Unis) du Dr Edward-Livingston Trudeau, minimisant le risque de contagion, modèle qui a préfiguré celui du « Muskoka Cottage sanatorium » (Ontario, Canada). En 1899 le Dr Frederick-Rufenacht Walters (anglais) produira aussi un ouvrage illustré sur les divers modèles existants de sanatoriums[6].

Les adultes rechignant à se faire hospitaliser en sanatorium, quelques projets ont cherché à permettre aux couples ou familles de loger près des malades. L'un de ces projets a vu le jour en France en 1904 à Montigny-en-Ostrevent (Département du Nord), à l'initiative du professeur Albert Calmette de l'Institut Pasteur de Lille sur le modèle du sanatorium de Saranac Lake aux États-Unis, promu par Knopf comme modèle d'excellence[7], mais sans pouvoir fonctionner à cause de la guerre (réquisition par les Allemands, puis sabotage par ceux-ci avant réquisition par les Anglais) ; il sert aujourd'hui à la rééducation des grands blessés.

En 1919 la loi Honnorat impose la création d'un sanatorium par département.

Architecture[modifier | modifier le code]

Certains architectes ont marqué de leur empreinte l'histoire de la conception et des formes des sanatoriums, Jan Duiker (Pays-Bas), Alvar Aalto (Finlande), Louis Sainsaulieu, André Lurçat, et Pol Abraham ou Henry Jacques Le Même en France. Cette architecture a principalement été influencée par des modèles allemands, suisses, hollandais, et nord-américains[8].

Ils sont souvent associés à une végétation de pins et/ou sapins (dont les essences étaient réputées favoriser la guérison des maladies pulmonaires et respiratoires)

Au début du XXe siècle où la tuberculose, surnommée « Peste Blanche » fait des ravages, la construction des sanatoriums a été un des investissements publics programmés pour lutter contre la tuberculose qui faisait alors environ 100 000 victimes par an.

Les sanatoriums ont aussi soigné de nombreux blessés, dont les brûlés à l'ypérite durant la Première Guerre mondiale ou après celle-ci.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_1991_num_30_1_2373
  2. Sur les traces des expositions universelles, Paris,1855 - 1937 Par Sylvain Ageorges aux éditions Parigramme. http://www.expositions-universelles.fr/1889-pavillon-ambulances-francaises.html
  3. - Rochard J.-E. Traité d’hygiène publique et privée. Paris : Octave Doin, 1897. Hôpitaux pour les tuberculeux, p. 369-371.
  4. Paul Beaulavon, A.-M.-P. Contribution à l’étude du traitement de la tuberculose pulmonaire dans les sanatoria. Thèse de médecine, Paris, 1896.
  5. Knopf, S.-A. Les sanatoria. Traitement et prophylaxie de la phtisie pulmonaire. Thèse de médecine, Paris, 1895.
  6. WALTERS, Fr.-R. Sanatoria for consumptives in various parts of the world... London : Swan Sonnenschein and Co, 1899.
  7. Le sanatorium familial de Montigny-en-Ostrevent (Nord) : échec d’une tentative de création d’un établissement antituberculeux modèle, de caractère national
  8. Jean-Bernard Cremnitzer, « Architecture et santé : Le temps du sanatorium en France et en Europe », Ed : A et J Picard, Collection : Architectures contemporaines, 1 octobre 2005, ISBN 978-2-7084-0749-7

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]