Illusion

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Une illusion est une perception reconnue comme différente de la réalité.

Spectacle et divertissement[modifier | modifier le code]

Sur scène[modifier | modifier le code]

Im Reiche der Illusion (« Dans le domaine de l'illusion »), attraction au Prater de Vienne en Autriche, photographiée par Emil Mayer entre 1905 et 1914.
Im Reiche der Illusion (« Dans le domaine de l'illusion »), attraction au Prater de Vienne en Autriche, photographiée par Emil Mayer (de) entre 1905 et 1914.
Article détaillé : Illusionnisme.

Les arts du spectacle, par les décors, les costumes, les effets spéciaux, etc., permettent aux spectateurs de jouir d'un imaginaire fortement étalé.

Les prestidigitateurs, appelés aussi illusionnistes à partir du troisième tiers du XIXe siècle[1] cultivent l'art de l'illusion avec la complicité émerveillée de ceux qui les regardent.

À domicile[modifier | modifier le code]

Dans le spectacle musical, le son stéréophonique crée l'illusion auditive de sources de son entre les enceintes acoustiques.

Illusions sensorielles[modifier | modifier le code]

Objets d'étude[modifier | modifier le code]

« On considère généralement les illusions des sens comme des erreurs ou des fautes, de ce fait elles sont loin de représenter des données constitutives d'un savoir ou ayant valeur de vérité. C'est une volte-face que d'accepter les illusions comme des faits essentiels pour une appréhension scientifique de la nature de la science et de l'entendement »

— Richard Gregory De la représentation dans ses rapports avec les illusions sensorielles[2].

En ce qu'elles semblent prendre en défaut le fonctionnement des sens, les illusions, lorsqu'elles sont partagées par un grand nombre de personnes qui ne présentent aucune pathologie, fournissent aux chercheurs des questions intéressantes sur le système de la perception. Généralement, elles les obligent à se séparer d'une conception où la perception serait un enchaînement de causes et d'effets allant de la réalité physique à la conscience en passant par des organes spécialisés.

Dès les débuts des recherches psychophysiques, Helmholtz indique à propos de la perception visuelle la nécessité d'expliquer « comment l'expérience peut contredire l'expérience, et comment des éléments empruntés à l'expérience peuvent produire des illusions, bien qu'il semblerait que l'expérience ne pût nous enseigner que le vrai[3] ».

Sécurité[modifier | modifier le code]

Dans un avion, l'absence des repères habituels peut aboutir à des illusions persistantes.

Les illusions sensorielles sont, pour les personnes préoccupées de sécurité, un important objet d'études appliquées.

C'est particulièrement le cas dans les systèmes complexes comme l'aéronautique[4] où il est reconnu que des erreurs radicales et persistantes peuvent amener à des catastrophes. L'illusion sensorielle prospère en compagnie des erreurs radicales et persistantes qui mènent à la catastrophe : l'opinion erronée informe la perception illusoire, qui la renforce[5].

Selon une statistique américaine, en aviation légère, la désorientation spatiale par illusions sensorielles est responsable de 37% des accidents mortels, et en aviation commerciale, selon une étude britannique, ils sont à l'origine de 12% des accidents[6].

On trouve des préoccupations semblables dans la prévention des accidents de plongée sous-marine et même des accidents chirurgicaux[7].

Classification[modifier | modifier le code]

Richard Gregory, un neuropsychologue britannique spécialisé dans la perception, a donné un classement des illusions visuelles ; les critères de classement peuvent aisément se généraliser à l'audition et au toucher.

Le chercheur doit se garder de traiter identiquement deux phénomènes de nature différente. Le classement des illusions par origine permet d'éviter une explication embrouillée, là où un principe général simple, concernant une fonction du système, est plus satisfaisante. Par exemple, l'illusion lunaire peut susciter et a suscité des quantités d'explications extrêmement ingénieuses, et qui toutes contredisent une partie de l'expérience, si on en postule l'origine dans l'atmosphère, dans la rétine ou dans la perception de la distance, au lieu de considérer l'illusion comme une des nombreuses instances d'une perception des contrastes[8].

Classification des illusions selon Richard Gregory[9]
Genre d'illusion Origine
Physique Physiologique Cognitive
Ambiguïtés Brumes, ombres Chambre d'Ames
Mouvements apparents
Cube de Necker
Inversions figure/fond
Distorsions Stroboscopie
Déviation des rayons lumineux
Adaptations géométriques
Quinconces (Münsterberg)
Effets de contraste
Illusions géométriques
Paradoxes Miroirs Désaccords entre canaux
Effets consécutifs de mouvement
Constances
Figures impossibles
Fictions Arcs-en-ciels
Moirés
Images consécutives
Phosphènes
Contours subjectifs
Remplissage de la tache aveugle

Les limites entre les catégories sont sujettes à discussion. Particulièrement, celles entre le physiologique et le cognitif sont aujourd'hui indécises ; la psychologie s'intéresse à des systèmes très élementaires et la physiologie étend son aire aux systèmes complexes. Les deux disciplines se rencontrent dans les neurosciences, pour lesquelles les illusions constituent des indices du mode de fonctionnement des sens.

Classification des illusions selon Jacques Ninio[10]
Catégorie Prototype visuel Prototype auditif Classification de Gregory
Limites perceptives Disque de Benham Bruit du coquillage Physiologique - Fictions
Contrastes Bandes de Mach Physiologique - Fictions
Effet Rawdon-Smith Physiologique - distorsions
Ségrégations, fusions Illusion d'Ouchi Fission mélodique Cognitive - Ambiguïtés
Complétions Contours subjectifs Restitution auditive Cognitive - fictions
Adaptations Effet Mc Collough Effet Zwicker Physiologique -fictions
Constances Couleur de la lune Physiologique - distorsions
Négligence de la phase Cognitive - paradoxes
Repères, localisations La tête de pigeon Cognitive - paradoxes
Illusion de Deutsch Physiologique - paradoxes
Arbitrages entre canaux Illusions géométriques Cognitive - distorsions
Dominance de l'image Cognitive - paradoxes

Illusions mémorielles[modifier | modifier le code]

À ces illusions basées sur la reconnaissance erronée d'un phénomène présent, on peut ajouter les illusions où l'on conçoit le présent convenablement, mais on a l'impression d'un souvenir, pourtant impossible ; c'est le sentiment de « déjà vu ». Comme dans les illusions sensorielles, ce sentiment vient d'une confrontation problématique entre la mémoire et la réalité vérifiable[11].

Littérature et philosophie[modifier | modifier le code]

Sigmund Freud, définit l'« illusion » comme une croyance qui structure la perception, sans égard à sa capacité de produire des effets[12].

Certains philosophes se sont attachés à « détruire l'illusion »[13], impliquant par là même que la réalité, telle qu'ils la perçoivent, est objective, et que la description qu'ils en donnent n'est nullement l'objet d'une construction mentale. Cette tendance se retrouve chez des auteurs dont la pensée s'oppose par ailleurs en tout point : idéalistes et matérialistes, chrétiens et athées, scientistes et pragmatistes. Dans ces écrits polémiques, on peut considérer illusion, croyance, superstition, idéologie comme synonymes. Démasquer, dévoiler, montrer le caractère illusoire des apparences ou de la façon commune de les considérer est un ressort habituel de la rhétorique. C'est que ces « illusions » produisent des effets à condition qu'elles soient partagées. L'objet de la rhétorique est justement de leur faire substituer d'autres notions, plus favorables aux intérêts défendus par l'orateur.

Un autre courant, dont l'approche ressemble plus à celle des psychologues qui utilisent l'illusion sensorielle comme indice, étudie les croyances, superstitions, idéologies, comme reflets et instruments de maintien de la structure sociale[14]. Selon l'expression de James Sully (en) « l'illusion doit être considérée comme l'état naturel des mortels[15] ». Pour éviter l'aspect polémique lié à la figure rhétorique du dévoilement, l'anthropologie sociale peut désigner les illusions collectives comme « classifications communes »[16].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Richard Gregory, Seeing through illusions, Oxford U.P.,‎
  • Jacques Ninio, La science des illusions, Paris, Odile Jacob,‎ .

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, t. 17/suppl. 2,‎ 1867-1877 (lire en ligne) ; « mot de formation récente, peut-être même future », « À travers la politique », Gil Blas,‎ (lire en ligne).
  2. Richard Gregory, « De la représentation dans ses rapports avec les illusions sensorielles », dans Louis Roux (org.), Dénominateurs communs aux arts et aux sciences, Saint-Étienne (France), Centre Interdisciplinaire d'Études et de Recherche sur l'Expression contemporaine,‎ .
  3. Hermann von Helmholtz, Optique physiologique,‎ (lire en ligne), p. 574
  4. Gouvernement français, Ministère des transports, Illusions sensorielles 27 novembre 2013.
  5. Christian Morel, Les décisions absurdes, Paris, Gallimard/NRF,‎
  6. Dr. Christian Gomez, « Médecine aéronautique », s.d.
  7. « Les chirurgiens peuvent apprendre des pilotes: place du facteur humain en chirurgie », sur sciencedirect.com.
  8. Gregory 2009, p. 200-2003 ; discussion en détail : (en) Don McCready, « The Moon Illusion Explained », sur facstaff.uww.edu (consulté le 2 février 2015).
  9. Ninio 1998, p. 41.
  10. Ninio 1998, p. 44.
  11. James Sully, Les illusions des sens et de l'esprit, 2,‎ (1re éd. 1881) (lire en ligne).
  12. Sigmund Freud, L'Avenir d'une illusion,‎ .
  13. André Clair, « Détruire l'illusion. Note sur un thème kierkegaardien », Revue Philosophique de Louvain, vol. 70, no 5,‎ , p. 43-62 (lire en ligne)
  14. Émile Durkheim, Formes élémentaires de la vie religieuse,‎ .
  15. Sully1889, p. 2.
  16. (en) Mary Douglas, Natural Symbols,‎ .