Tobie Nathan

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Tobie Nathan[1], né en 1948 au Caire en Égypte, est un universitaire, diplomate et écrivain de nationalité italienne. Professeur émérite de psychologie à l’université de Paris VIII, il est le représentant le plus connu de l'ethnopsychiatrie en France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en Égypte, au Caire, en 1948 de parents juifs de nationalité italienne (son grand-père maternel est pharmacien, son père industriel dans le parfum comme il le raconte dans ses mémoires Ethno-roman[2]), Tobie Nathan doit quitter Le Caire avec sa famille en 1957 suite à la révolution égyptienne et l'expulsion des Juifs. Il gagne l'Italie puis fait ses études en France où il obtient sa naturalisation à l'âge de 21 ans et obtient un doctorat en psychologie (1976) sous la direction de Georges Devereux — qu'il rencontre en 1969[3]— puis un doctorat d'État ès lettres et sciences humaines (1983). Il devient successivement assistant, puis maître-assistant à l'Université de Paris XIII, et depuis 1986, professeur de psychologie clinique et pathologique à l'Université de Paris VIII[4].

Tobie Nathan s'est intéressé à la psychanalyse, puis aux psychothérapies et à l'ethnopsychiatrie. Au cours de ses recherches, il a étudié les dispositifs techniques de nombreux guérisseurs, en Afrique, au Moyen-Orient comme celui de Madame Visnelda à La Réunion. Toujours concerné par les liens entre psychopathologie, pratiques cliniques et environnement social, il a également une pratique d'expertise — il est expert près la cour d'appel de Paris. Il a créé la première consultation d'ethnopsychiatrie en France, en 1979, dans le service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent de l'hôpital Avicenne (Bobigny), alors dirigé par le professeur Serge Lebovici, psychanalyste et pédopsychiatre — consultation dont les principes ont été adoptés par de nombreuses consultations en France et à l'étranger (Québec, Italie, Belgique, Suisse, Brésil, Israël, Tahiti, Réunion).

Il a fondé en 1993 le Centre Georges-Devereux[5], centre universitaire d'aide psychologique aux familles migrantes, au sein de l'UFR « Psychologie, pratiques cliniques et sociales » de l'Université de Paris VIII – centre qu'il a dirigé de 1993 à 1999. Ce centre est en France le premier lieu universitaire de clinique psychologique accueilli au sein d'une UFR ou d'un département de psychologie. Il regroupe dans un même espace, sur le campus de l'université à Saint-Denis, une clinique spécifique, des recherches universitaires en psychopathologie et en psychothérapie et la formation des étudiants de troisième cycle.

Sous l'égide de Georges Devereux, il a fondé, en 1978, la première revue francophone d’ethnopsychiatrie, Ethnopsychiatrica, qui a paru de 1978 à 1981. Puis il a fondé en 1983 la Nouvelle Revue d'ethnopsychiatrie qui a livré 36 numéros de 1983 à 1998 (éditions La Pensée sauvage, Grenoble). Depuis février 2000, il dirige une nouvelle revue, Ethnopsy / Les mondes contemporains de la guérison (éditions Les Empêcheurs de penser en rond).

De 1996 à 2000, il a dirigé l'UFR « Psychologie, pratiques cliniques et sociales » de l'Université de Paris VIII, et de 2000 à 2003, l'Institut d'enseignement à distance (IED) de la même université.

De février 2003 à août 2004, il a dirigé la délégation de l'Agence universitaire de la Francophonie pour l'Afrique des Grands Lacs, à Bujumbura (Burundi).

De 2004 à 2009, il a été conseiller de coopération et d'action culturelle près l'ambassade de France en Israël à Tel Aviv.

De septembre 2009 à août 2011, il a occupé la même fonction à Conakry en Guinée.

Il est aussi écrivain et a publié sept romans et des essais — dont Ethno-roman (2012) qui obtient le prix Femina essai[6] — ainsi qu'en collaboration une pièce de théâtre.

Il est Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres.

Ethnopsychiatrie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ethnopsychiatrie.

Tobie Nathan est l'un des principaux représentants de l'ethnopsychiatrie, discipline fondée par Georges Devereux, anthropologue et psychanalyste.

L'ethnopsychiatrie propose une nouvelle vision de la psychothérapie et du patient, considéré dans son univers familial et culturel.

Dans les termes de l’époque, le mot « ethnopsychiatrie » rejoignait « ethnobotanique », « ethnozoologie » ou « ethnomathématiques». Toutes ces disciplines à préfixe « ethno » qui ont fleuri dans les années d’après-guerre aboutissaient le plus souvent à la conclusion que des peuples n’ayant pas de tradition écrite étaient néanmoins riches de savoirs véritables, comparables à notre « science ». Ce sont précisément ces savoirs, sans représentants savants, sans académie, sans revues à comité de lecture, sans comités de sélection, que l’on appelait « ethnosciences ».

L'aspect le plus visible de cette pratique est la réhabilitation des « thérapies traditionnelles ». Pour faire face aux problèmes rencontrés par les populations immigrées l'ethnopsychiatre prend au sérieux les explications « traditionnelles » du mal, de la maladie et du malheur - imputés, dans la culture d'origine, à des invisibles non humains (tels les djinns). De sa pratique clinique, mais aussi d'observations anthropologiques des thérapies traditionnelles, Tobie Nathan généralise ses observations et sa pratique à l'ensemble du champ des psychothérapies. Une telle théorie permet d'accorder la même légitimité aux pratiques ayant cours dans des sociétés industrielles avancées et à celles issues des sociétés traditionnelles.

Mais l'ethnopsychiatrie n'est pas seulement une discipline destinée à la prise en charge des migrants. Elle s'intéresse aux attachements des personnes et à leurs investissements sociaux. Récemment, l'ethnopsychiatrie a beaucoup insisté pour mettre en valeur les groupes d'usagers tels que Mediagora (groupes de patients souffrant de phobie), Autisme France (parents d'enfants atteints d'autisme infantile), AFTOC (Association de patients souffrant de troubles obsessifs et compulsifs), etc. Elle a souligné l'importance de telles associations pour aider les thérapeutes à affiner leurs méthodes et pour les évaluer avec l'aide des patients. Une série de textes rendant compte de cette démarche novatrice[7].

L'œuvre de Tobie Nathan a fait débat en France. Son approche a donné lieu à des discussions et à des critiques de plusieurs ordres. Les critiques ont porté sur la technique psychothérapique, les présupposés politiques de son approche et sa critique de la psychanalyse. Sa vision de la psychothérapie n'est pas acceptée par certains psychanalystes à cause de ce qu'ils considèrent comme un retour à la suggestion – ce qu'il conteste – et surtout, selon eux, par sa non-prise en compte du transfert tel que sa dynamique a été mise en évidence par Sigmund Freud. Cependant, le sens du mot « transfert », la fonction qu’on lui attribue dans la cure ont évolué[8] et il est difficile d’en proposer une version acceptable par tous les thérapeutes. Son attachement au respect de la diversité des cultures humaines peut également entrer en conflit avec une tendance européenne, héritée des Lumières, qui privilégie une vision universelle de la condition humaine, via notamment la notion de droits de l’homme. On[Qui ?] lui a ainsi parfois reproché un certain relativisme culturel, dont la dérive serait une sorte d'assignation des personnes à leur culture d'origine. Le débat est toujours vif, en France, dans un moment où l'intégration des immigrés est une question à la fois sociale et politique.

Sa contribution au Livre noir de la psychanalyse a aussi donné lieu à querelles même s'il se défend d'y avoir écrit un texte polémique.[réf. nécessaire] On peut lire ici son texte : « Ceci n'est pas une psychothérapie ».

Il a aussi écrit des textes importants qui sont devenus des références en psychologie et en psychopathologie tels L'influence qui guérit (1994) ou La Nouvelle Interprétation des rêves (2011).

Les travaux de Tobie Nathan ont souvent été bien accueillis à l'étranger — en Italie où son œuvre est largement traduite, au Québec, en Suisse et en Belgique où nombre de dispositifs cliniques se sont appuyés sur l'expérience française[réf. nécessaire].

Œuvres majeures[modifier | modifier le code]

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Textes littéraires :

  • Les nuits de Patience, roman,  éd. Rivages, Paris, 2013.
  • Ethno-roman, roman,  éd. Grasset, Paris, 2012 - Prix Femina essai[6] 2012.
  • Qui a tué Arlozoroff ?, roman,  éd. Grasset, Paris, 2010.
  • Mon patient Sigmund Freud, roman,  éd. Perrin, Paris, 2006.
  • Serial Eater, roman, éd. Rivages, Paris, 2004.
  • 613, roman, Paris,  éd. Odile Jacob, 1999, et Rivages/Noir, Paris, 2004.
  • La Damnation de Freud (avec Isabelle Stengers et Lucien Hounkpatin),  éd. Les Empêcheurs de penser en rond, Paris, 1997.
  • Dieu-Dope, roman,  éd. Rivages, Paris, 1995.
  • Saraka Bô, roman, éd. Rivages, Paris, 1993.

Textes scientifiques[9] :

  • Coécrit avec Nathalie Zajde, Psychothérapie démocratique, éd. Odile Jacob, Paris, 2012.
  • Tobie Nathan, La Nouvelle Interprétation des rêves, éd. Odile Jacob, Paris, 2011.
  • Sous la direction de Tobie Nathan, La Guerre des psy. Manifeste pour une psychothérapie démocratique, éd. Les Empêcheurs de penser en rond, Paris, 2006.
  • « Ceci n'est pas une psychothérapie… L'ethnopsychiatrie au Centre Georges-Devereux » (en collaboration avec Émilie Hermant), in Le Livre noir de la psychanalyse (sous la direction de Catherine Meyer), éd. Les Arènes, 2005.
  • Du commerce avec les diables, éd. Les Empêcheurs de penser en rond, Paris, 2004.
  • Nous ne sommes pas seuls au monde, éd. Les Empêcheurs de penser en rond, Paris, 2001.
  • « Éléments de psychothérapie », in Psychothérapies (en collaboration avec Alain Blanchet, Serban Ionescu et Nathalie Zajde), éd. Odile Jacob, Paris, 1998.
  • « Manifeste pour une psychopathologie scientifique », in Tobie Nathan et Isabelle Stengers, Médecins et sorciers, éd. Odile Jacob, Paris, 1998.
  • L'Influence qui guérit, éd. Odile Jacob, Paris, 1994.
  • Psychanalyse païenne. Essais ethnopsychanalytiques, éd. Bordas, Paris, 1993 ; 3e édition, Odile Jacob poche, Paris, 2000.
  • Fier de n'avoir ni pays ni amis, quelle sottise c’était ! Principes d'ethnopsychanalyse, éd. La Pensée sauvage, Grenoble, 1993.
  • Le Sperme du Diable. Éléments d'ethnopsychothérapie, éd. Presses universitaires de France, Paris, 1988.
  • La Folie des autres. Traité d’ethnopsychiatrie clinique, éd. Dunod, collection « Psychismes », Paris, 1986.
  • Psychanalyse et copulation des insectes,  éd. La Pensée sauvage, Grenoble, 1983.
  • Sexualité idéologique et névroses. Essai de clinique ethnopsychanalytique, préface de Georges Devereux,  éd. La Pensée sauvage, Grenoble, 1977.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Né Aïd Nathan au Caire. Lors de sa naturalisation en 1961, il choisit le prénom de « Théophile », pour l'état-civil de Gaulle et moi…
  2. Gilles Anquetil, « Tobie Nathan : « Je préfère les esprits à l'inconscient» », sur Le Nouvel Observateur,‎ 5 novembre 2012
  3. Georges Devereux, père de l'ethnopsychiatrie avec Tobie Nathan dans La Tête au carré sur France Inter le 10 septembre 2013.
  4. biographie
  5. Centre Georges-Devereux
  6. a et b Patrick Deville reçoit le prix Femina par Thierry Clermont dans Le Figaro le 5 novembre 2012.
  7. La psychothérapie à l'épreuve de ses usagers
  8. Par exemple : Serge Viderman, Épître aux Zélotes, PUF, 2007 ; ou Contribution à une lecture de La construction de l'espace analytique de Serge Viderman)
  9. Textes scientifiques cf. liste détaillée

Lien externe[modifier | modifier le code]