Gradiva

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La Gradiva, celle qui marche.

Gradiva est une nouvelle publiée en 1903 par l'écrivain allemand Wilhelm Jensen, qui connut une grande postérité au sein de la culture européenne, particulièrement auprès de Sigmund Freud et des surréalistes.

Résumé[modifier | modifier le code]

Ce court roman raconte comment un archéologue allemand, Norbert Hanold, se procure un moulage en plâtre d'un bas-relief qu'il a beaucoup admiré dans un musée romain et, qu'ayant accroché celui-ci dans son bureau, il cherche à percer le mystère de la marche de la femme représentée sur la sculpture, qu'il surnomme Gradiva - en latin, « celle qui marche en avant », forme féminine du surnom Gradivus donné au dieu Mars. Norbert Hanold rêve une nuit qu'il se trouve à Pompéi lors de l'éruption du Vésuve en 79, et qu'il rencontre Gradiva, sans toutefois parvenir à l'avertir de l'imminence du danger. Profondément perturbé par ce rêve, il décide de voyager en Italie, à Rome puis à Pompéi où il fait une rencontre inattendue.

Interprétation et postérité[modifier | modifier le code]

Freud[modifier | modifier le code]

En 1906, Freud lit le roman de W. Jensen et acquiert, lors d'une visite au musée Vatican, une reproduction du bas-relief, qu'il suspend dans son bureau[1]. Son analyse du récit, qu'il publie sous le titre Der Wahn und die Träume in Jensens Gradiva (Le délire et les rêves dans la « Gradiva » de Jensen), inaugure la série des commentaires sur cette œuvre. Dans cet essai pionnier pour les études psychanalytiques appliquées à la littérature, Freud s'efforce de montrer l'importance des rêves dans la psychanalyse, il théorise la notion de refoulement en la comparant à l'archéologie qui s'efforce de restituer le passé lors des fouilles[2]. Et surtout, il tente de mettre en valeur les buts communs de la littérature et de la psychanalyse[3].

Surréalisme[modifier | modifier le code]

Salvador Dalí utilisa l'image de Gradiva notamment dans Gradiva trouve les ruines de Antropomorphos.

André Masson lui a consacré un tableau.

Le surréaliste André Breton fonda une galerie du nom de Gradiva.

Barthes[modifier | modifier le code]

Roland Barthes a consacré à Gradiva un chapitre de ses Fragments d'un discours amoureux (1977).

Jean Bellemin-Noël[modifier | modifier le code]

En 1983, Jean Bellemin-Noël reprend l'analyse de cette nouvelle dans Gradiva au pied de la lettre. Tout en rendant hommage à Freud, il se sert de concepts psychanalytiques postérieurs à 1907 qui lui permettent d'explorer les réseaux de connotations rattachées à la lettre du texte et qui avaient échappé au père de la psychanalyse. Il évite l'erreur de traiter les personnages de cette fiction comme des patients sur un divan et a plutôt recours à une méthode originale qu'il baptise textanalyse, et qui repose sur le postulat qu'il existe un « inconscient du texte »[4] qu'il incombe au critique de savoir faire parler et écouter. Son ouvrage contient une traduction nouvelle de la nouvelle de Jensen.

Leiris[modifier | modifier le code]

En 1986, Michel Leiris et Jean Jamin fondèrent une revue d'anthropologie du nom de Gradhiva (l'ajout d'un « h » est une modification volontaire) ; cette revue est aujourd'hui la revue savante du Musée du quai Branly, à Paris.

Robbe-Grillet[modifier | modifier le code]

Robbe-Grillet a rendu hommage à Gradiva en réalisant une adaptation cinématographique très libre avec Arielle Dombasle sous le titre C'est Gradiva qui vous appelle, sortie en 2007.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. J.B. Pontalis, p. 202.
  2. René Major et Chantal Talagrand, Freud, Gallimard, coll. « Folio biographies »,‎ 2006 (ISBN 2-07-032090-1), p. 102-104
  3. Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochothèque »,‎ 2011 (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7), p. 309-310
  4. Jean Bellemin-Noël, Gradiva au pied de la lettre, Presses Universitaires de France, 1983, p. 28

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédérick Tristan, Gradiva rediviva, in Un Infini singulier, 2004.
  • Jean Bellemin-Noël, Gradiva au pied de la lettre, Presses Universitaires de France, 1983, 279 p. ISBN 2130379273.
  • J.-B. Pontalis, Avec la Gradiva, in E. Gómez Mango & J.-B. Pontalis Freud avec les écrivains, Paris, Gallimard, 2012, p. 201-222.
  • Nicholas Rand & Maria Torok, La psychanalyse appliquée. Face à la Gradiva, de Jensen, in Questions à Freud, Paris, Les Belles Lettres, p.  61-127.

Liens externes[modifier | modifier le code]