Jean-Martin Charcot

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Jean-Martin Charcot

Description de l'image  Jean-Martin Charcot.jpg.
Naissance
Paris (Drapeau de la France France)
Décès (à 67 ans)
Montsauche-les-Settons
Champs Neurologie, anatomie pathologique, psychopathologie
Institutions membre de l'Académie de médecine et de l'Académie des sciences
Renommé pour ses travaux sur l'hypnose et l'hystérie

Signature

Signature de Jean-Martin Charcot

Jean-Martin Charcot, né à Paris le et mort à Montsauche-les-Settons le , est un clinicien et neurologue français, professeur d'anatomie pathologique, titulaire de la chaire des maladies du système nerveux, membre de l'Académie de médecine (1873) et de l'Académie des sciences (1883). Il est le fondateur avec Guillaume Duchenne de la neurologie moderne et l'un des plus grands cliniciens français. Il est le précurseur de la psychopathologie.

Il est également connu comme chef de file de l'École de la Salpêtrière pour ses travaux sur l'hypnose et l'hystérie dont Freud s'est inspiré pour fonder la psychanalyse.

Il est le père du médecin et explorateur Jean-Baptiste Charcot.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'un milieu modeste – son père Martin Charcot est charron[1]–, Jean-Martin Charcot grandit avec ses trois frères : Martin II, Émile (1830-1899) – qui fera carrière dans l'intendance des Armées, et Eugène – marin, qui s'engagera par la suite dans les spahis Sénégalais (mort en 1869, lors d'une mission).

Jean-Martin Charcot n'a pas laissé d'écrit biographique, et ce que l'on connaît de ses origines repose essentiellement sur ses travaux et le témoignage de ses collègues.

Parvenu par ses propres talents à suivre des études, et avec le soutien de son père, Jean-Martin réussit en 1848 le concours de l'internat des hôpitaux de Paris et finit son cursus à l'Hôpital de la Salpêtrière. Il soutient sa thèse, consacrée à la goutte et aux maladies inflammatoires, en 1853. Il est nommé alors chef de clinique et commence à se constituer une clientèle privée dans son cabinet de la rue Lafitte. En 1856, il passe avec succès le concours de médecin des hôpitaux, et il est reçu à l'agrégation à sa deuxième tentative en 1860.

Charcot commence alors à enseigner l'anatomie pathologique à l'université de Paris et, en 1862, il est nommé à la Salpêtrière, où il s'occupe d'un secteur de deux cents lits de grands infirmes et incurables.

Il se marie en 1864 avec une veuve fortunée, Augustine-Victoire Durvis[2], née Laurent-Richard, avec qui il aura deux enfants, Jeanne (1865-1940) et Jean-Baptiste Charcot, le célèbre explorateur. En 1868, il décrit la sclérose en plaques, avec son collègue et ami Alfred Vulpian et, l'année suivante, la sclérose latérale amyotrophique, une maladie dégénérative, à laquelle son nom restera attaché. Il effectue de nombreux travaux sur les affections de la moelle épinière, la sclérose en plaque, les atteintes de la syphilis (tabès), qui lui valent une renommée croissante. Il obtient la chaire d'anatomie pathologique en 1872. En 1873, il devient membre de l'Académie de médecine. À partir de 1878, il aborde l'étude des processus mentaux en étudiant l'hystérie, utilisant notamment l'hypnose comme mode d'étude.

Dès 1866, il donne ses « Leçons », qu'il ouvre au public à partir de 1879. Il y parle de sujets médicaux divers. En 1882, débutent ses « Leçons du mardi matin », qui contribueront à sa célébrité, exposant les cas cliniques de ses patients qu'il examine devant eux (c'est le sujet d'un tableau bien connu d'André Brouillet). On en retrouve une trace importante dans son ouvrage en trois volumes Leçons sur les maladies du système nerveux faites à la Salpêtrière (publiés de 1885 à 1887).

En 1882, la première chaire mondiale de neurologie est créée pour lui, et il crée une école de neurologie à la Salpêtrière. Il met en évidence le rapport entre les lésions de certaines parties du cerveau et les atteintes motrices.

Sigmund Freud est son élève d'octobre 1885 à février 1886. Il suit ses cours avec passion, le rencontre et obtient même le droit de traduire en allemand certains de ses travaux. Parmi ses élèves et collaborateurs, on compte également Joseph Babinski, Georges Gilles de La Tourette, Benjamin Ball, Gilbert Ballet, Eugen Bleuler, Valentin Magnan, Albert Pitres, Charles Féré, Nicolas Dahl, Alfred Binet, Paul Richer et Pierre Janet.

Charcot souffre d'une insuffisance coronarienne chronique sévère. Il meurt subitement d'un œdème du poumon dans une auberge près du lac des Settons (Nièvre). Il est inhumé dans le caveau familial, au cimetière de Montmartre.

Son fils Jean-Baptiste Charcot (1867-1936), médecin également, est explorateur et auteur de travaux océanographiques dans les régions polaires.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Les travaux de Charcot peuvent être classés en trois grandes catégories : études de médecine interne, études sur les maladies du système nerveux central et périphérique et études sur l'hystérie et l'hypnose[3]

Contributions en médecine interne[modifier | modifier le code]

Études des maladies neurologiques[modifier | modifier le code]

Hypnose et hystérie[modifier | modifier le code]

Jean-Martin Charcot (1825 - 1893) durant une leçon avec une patiente hystérique et Joseph Babinski à droite tenant la patiente, à l'Hôpital de la Salpêtrière.

En 1876, Charcot est membre d'une commission nommée par Claude Bernard pour étudier les expériences de métallothérapie du médecin Victor Burq. En 1878, il commence à étudier l'hypnose sous l'influence de Charles Richet et, en 1882, dans Sur les divers états nerveux déterminés par l'hypnotisation chez les hystériques, il réhabilite l'hypnose comme sujet d'étude scientifique en la présentant comme un fait somatique propre à l'hystérie. Pour Charcot, l'intérêt pour l'hypnose est inséparable de la méthode anatomo-clinique, c'est-à-dire de l'identification des altérations anatomiques susceptibles d'expliquer les maladies nerveuses organiques. Il a recours à l'hypnose dans une perspective expérimentale pour démontrer que les paralysies hystériques ne sont pas déterminées par une lésion organique, mais par ce qu'il appelle une « lésion dynamique fonctionnelle », qu'il est possible de recréer sous hypnose. Charcot n'utilise en revanche pas l'hypnose dans un cadre thérapeutique, pour tenter de « défaire » des symptômes qu'il avait d'abord provoqués de manière artificielle.

La publication du livre de Charcot marque le début de l'âge d'or de l'hypnose en France, et fait de Charcot le chef de file de ce que l'on a appelé l'École de la Salpêtrière. Charcot y décrit les quatre états du « Grand Hypnotisme » des malades hystériques :

  • La léthargie, obtenue en pressant sur les paupières du sujet, durant laquelle le sujet reste inerte tout en manifestant une « hyperexcitabilité neuro-musculaire » (le moindre contact provoque une contracture) ;
  • La catalepsie, obtenue en rouvrant les yeux du sujet (ou en faisant résonner un gong), durant laquelle le sujet prend les poses qu'on lui donne et « transfère » à volonté les contractures du côté du corps où l'on applique un aimant ;
  • Le somnambulisme, obtenu en frictionnant le sommet du crâne du sujet, durant lequel le sujet vous parle et bouge normalement ;
  • Le sujet fait preuve d'une amnésie totale au réveil.

Le travail de Charcot restitue également toute sa dignité au sujet de l'hystérie : la malade n'est plus une simulatrice, puisque Charcot, de toute son autorité, répond de l'authenticité et de l'objectivité des phénomènes hystériques. Les études cliniques de Charcot permettent aussi de découvrir, à la surprise générale, que l'hystérie n'est pas le privilège des femmes.

Dans les leçons 18 à 22 des Leçons sur les maladies du système nerveux, portant sur sept cas d'hystérie masculine, Charcot déclare que les symptômes hystériques sont dus à un « choc » traumatique provoquant une dissociation de la conscience, et dont le souvenir, du fait même, reste inconscient ou subconscient. Il pose là les bases de la théorie « traumatico-dissociative » des névroses, qui sera développée par Pierre Janet, Josef Breuer, Jean Leguirec et Sigmund Freud. Ces derniers, entre 1888 et 1889, entreprennent de « retrouver » sous hypnose les souvenirs traumatiques de leurs patients.

La cure cathartique de Josef Breuer est dérivée de l'hypothèse de Charcot sur l'étiologie traumatique de l'hystérie. Selon cette hypothèse, une personne devient hystérique lorsqu'elle est amenée à se dissocier suite à un choc traumatique.

L'école de Nancy, sous la direction d'Hippolyte Bernheim, va cependant s'opposer à ses conceptions.

Éponymie[modifier | modifier le code]

En son hommage, le nom de Charcot a été donné à des symptômes ou à des maladies, soit de son vivant, soit en son hommage (voir (en) Eponyms- Charcot):

  • La maladie de Charcot est l'autre nom de la sclérose latérale amyotrophique. Elle désigne également l'atteinte articulaire au cours de la syphilis (désignation plus utilisée dans le milieu anglophone).
  • Le signe de Charcot se voit en cas de paralysie des muscles cubitaux.
  • L'anévrisme de Charcot-Bouchard est une complication cérébrale de la tuberculose.
  • Les cristaux de Charcot-Leyden se voient dans certains crachats d'asthmatique.

Manuscrits, ouvrages et publications[modifier | modifier le code]

Charcot - Œuvres complètes, tome 1
  • Neurologie, [s.l.], [s.n.], [s.d.], manuscrit de 395 feuillets (Fonds : Manuscrits des leçons de J.M.Charcot).
  • Leçons cliniques sur les maladies des vieillards et les maladies chroniques, Paris, A. Delahaye, 1874.
  • Exposé des titres scientifiques, Impr. Cerf (Versailles), 1878.
  • Sur les divers états nerveux déterminés par l'hypnotisation chez les hystériques, 1882.
  • Leçons sur les maladies du système nerveux, 1885-1887.
  • Avec Paul Richer, Les Démoniaques dans l'art, Delahaye et Lecrosnier, 1887.
  • Avec Paul Richer, Les Difformes et les Malades dans l'art, Lecrosnier et Babé, 1889.
  • La foi qui guérit, Félix Alcan, Paris, 1897.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Augustine, un film français d'Alice Winocour (2012) narre la fiction d'une relation de Jean-Martin Charcot avec l'une de ses patientes atteinte d'hystérie. Il y est incarné par le comédien Vincent Lindon.

Hommages[modifier | modifier le code]

Décorations françaises[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. voir "Charcot, le gentleman des pôles", de Benoît Heimermann § Gérard Janichon, aux Éditions Ouest-France et du Pen-Duick – 1991.
  2. Sa fille aînée, Marie Durvis (1854-1936), née de son premier mariage, épousera en secondes noces, Pierre Waldeck-Rousseau (1846-1904), Président du Conseil (1899-1902).
  3. (en) Christopher G. Goetz, « Amyotrophic lateral sclerosis: early contribution of Jean-Martin Charcot », Muscle Nerve, vol. 23,‎ 2000, p. 336-343
  4. Notice sur culture.gouv.fr
  5. « Notice no LH/488/10 »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Victor Burq. Métallothérapie. 1871
  • Victor Burq. Des origines de la métallothérapie. 1882
  • Pierre Janet. J. M. Charcot. Son œuvre psychologique. Revue Philosophique, Vol. 39, 1895 (p. 569-604)
  • Jean Leguirec. La Salpêtrière. Lecrossier editeur, 1897
  • Léon Chertok et Isabelle Stengers. Le cœur et la raison. L'hypnose en question de Lavoisier à Lacan. Paris, Payot, 1989
  • Alain Lellouch. Jean-Martin Charcot et les origines de la gériatrie. Payot, 1992.
  • Michel Bonduelle, Tony Gelfand, Christopher G. Goetz. Charcot, un grand médecin dans son siècle. Éditions Michalon, 1996.
  • Marcel Gauchet et Gladys Swain, Le vrai Charcot : Les chemins imprévus de l'inconscient, Calmann-Lévy,‎ 1997, 284 p. (ISBN 978-2702127568).
  • Mikkel Borch-Jacobsen. Folies à plusieurs. De l'hystérie à la dépression. Empêcheurs de penser en rond, 2002
  • J.-C. Dupont, « Charcot, à la conquête du cerveau », in Les Génies de la science, 2008 no 37
  • Roger Teyssou, Charcot, Freud et l’hystérie, L’harmattan,‎ 2012, 188 p. (ISBN 978-2296994652, lire en ligne).
  • Catherine Bouchara : Charcot : Une vie avec l'image., Ed.: Philippe Rey, Collection : Beau livre, 2013, ISBN 2848763736

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Jean-Martin Charcot notice bio-bibliographique dans le site de la Biu Santé.
  • Jean-Martin Charcot dans la Banque d'images et de portraits de la Biu Santé.
  • (en) Notice biographique sur le site anglophone « Who Named It? »
  • Fonds Charcot, numérisé par la Bibliothèque universitaire Pierre et Marie Curie (BUPMC), comprenant les Manuscrits des leçons de J.M.Charcot, des atlas, les Leçons de Charcot, la Revue de l'hypnotisme, le Journal du Magnétisme, la Revue photographique des hôpitaux de Paris, l'Iconographie photographique de la Salpêtrière, des Albums des internes, les Photographies sur les aliénés de Bicêtre par D. M. Bourneville (1880-1881), des traités, les Archives de neurologie (1880-1907), la Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière (1888-1918) et Recherches cliniques et thérapeutiques sur l’épilepsie, l’hystérie et l’idiotie (1872-1907).
  • Le dossier La Migraine contient quatre textes de Jean-Martin Charcot textes numérisés par la BIUM (Bibliothèque interuniversitaire de médecine et d'odontologie, Paris) collection Medic@.



Précédé par Jean-Martin Charcot Suivi par
Création pour le titulaire
Professeur titulaire de la Chaire de Clinique des Maladies du Système nerveux de la Salpêtrière
1882 à 1893
Fulgence Raymond de 1894 à 1910)