Magnus Hirschfeld

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Magnus Hirschfeld
Description de l'image Magnus Hirschfeld.jpg.
Naissance
Kolberg (Prusse)
Décès
Nice, France
Profession

Compléments

Fondateur du Comité scientifique humanitaire

Magnus Hirschfeld, né le à Kolberg, aujourd'hui Kołobrzeg, mort le à Nice, est un médecin allemand, qui fut le premier à étudier la sexualité humaine sur des bases scientifiques et dans sa globalité. Il est l'un des pères fondateurs des mouvements de libération homosexuelle. Hirschfeld lutta contre la persécution des homosexuels allemands soumis au paragraphe 175.

Les débuts[modifier | modifier le code]

Magnus Hirschfeld est né dans une famille de confession juive et était le fils du médecin Hermann Hirschfeld. De 1888 à 1892, il étudie à Breslau puis à Strasbourg, Munich, Heidelberg et Berlin, où il obtient son doctorat en médecine. Puis, il ouvre à Magdebourg un cabinet en naturopathie et médecine générale. Deux ans plus tard, il s'installe dans le quartier de Charlottenburg à Berlin.

Le Comité scientifique-humanitaire[modifier | modifier le code]

En 1896, Hirschfeld publie sous pseudonyme la brochure intitulée Sappho et Socrate, sur l'amour entre personnes de même sexe.

Le 15 mai 1897, il fonde dans son appartement de Charlottenburg avec l'éditeur Max Spohr, l'avocat Eduard Oberg, l'écrivain Franz Joseph von Bülow et Adolf Brand venu avec d'autres personnes de la revue Der Eigene, le Comité scientifique-humanitaire (WHK, en allemand : Wissenschaftlich-humanitäres Komitee) dont il prend la direction. Le comité a été la première organisation au monde à avoir comme la dépénalisation les relations de nature homosexuelle. Ses membres espéraient parvenir à l'abolition du paragraphe 175 inscrite dans le code pénal allemand depuis 1871 qui prévoyait des peines de prison et la suspension des droits civils pour toute personne de sexe masculin convaincue d'avoir des relations « contre nature » avec une personne de son sexe, ou un animal. Le comité a montré que la loi encourageait des formes de chantage, et a recueillit au fil des années de nombreuses signatures dans le cadre de campagnes de pétition. La devise du comité était « per scientiam ad justiciam » (l'égalité de droit grâce à la science), elle reflète la conviction de Hirschfeld qu'une meilleure compréhension de l'homosexualité mènera à la disparition de l'hostilité à son égard. Hirschfled a lutté sans relâche pour cet objectif et est devenu un personnage public en Allemagne[1].

Afin de lutter pour la dépénalisation de l'homosexualité, il développe la théorie du « troisième sexe ». Il créé la théorie des « inter-marches sexuelles » (en allemand : sexuelle Zwischenstufen), il s'agissait d'une échelle allant de la masculinité à la féminité qui englobait les homosexuels, intersexué-e-s et transsexuels ou personnes transgenres (mais ces caractérisations n'existaient pas à l'époque). En considérant l'homosexualité comme innée et d'ordre médical, elle cessait dès lors d'être pénalement répréhensible.

Les positions de Hirschfled ne font pas l'unanimité au sein du comité et des conflits sont rapidement apparus. Certains comme Benedict Friedlaender désapprouvaient la comparaison de Hirschfeld entre homosexuels et handicapés. Ils estimaient également que les hommes gays ne sont pas nécessairement féminins. En 1903, une scission eu lieu et certains, avec Adolf Brand, ont créé le Geminschaft der Eigenen (GdE) ou « communauté de l'unique » (à comprendre comme « communauté des gens singuliers »).

Le combat contre le paragraphe 175[modifier | modifier le code]

Le comité lança une pétition pour l'abrogation du paragraphe 175 qui recueillit plus de 5 000 signatures dont celles d'Albert Einstein, Hermann Hesse, Richard von Krafft-Ebing, Thomas Mann, Stefan Zweig, Rainer Maria Rilke, Léon Tolstoï, Émile Zola, etc. Le projet de loi fut déposé au Reichstag en 1898, mais il ne fut pas adopté car soutenu seulement par une minorité du parti social-démocrate. Hirschfeld, désappointé, remit le combat à plus tard en envisageant d'adopter une autre tactique en s'appuyant sur les parlementaires qu'il savaient être homosexuels. L'idée portée par ce projet de loi continua sa progression, et à la fin des années 1920, il fut sur le point d'être adopté mais la montée du nazisme rendit la chose impossible.

Travestissement[modifier | modifier le code]

En 1910, paraît la première monographie s'appuyant sur l'étude de 100 cas de travestissement. Hirschfeld y évoque ces femmes soldats aux comportements héroïques. En 1930, dans un ouvrage sur l’histoire de la sexualité dans la guerre, il mentionne dans une vignette une jeune femme de vingt ans qui revêt l’uniforme et se dit prête à répondre à l’appel de l’armée et s'engager, les faits se déroulent lors entre 1914-1918 dans l'armée allemande. En 1947, dans un ouvrage publié à titre posthume ce cas est développé plus avant (Tréhel, 2013).

Travaux et engagements[modifier | modifier le code]

  • De 1899 à 1923, Hirschfeld publie la revue Jahrbuch für sexuelle Zwischenstufen, plus connue sous le nom Jahrbuch, dans laquelle contribuent activement Numa Praetorius, Paul Näcke, Marc André Raffalovich, Paul-Louis Ladame, Camille Spiess, Georges Saint-Paul, etc.
  • En 1903 et 1904, il entreprend une étude statistique auprès d'étudiants et de travailleurs par le biais de questionnaires anonymes. Ces études l'ont amené à conclure que la proportion d'homosexuels dans la population était de 1,5 %, tandis que le pourcentage de bisexuels serait de 3,5 %.
  • En 1907, il témoigne en tant qu'expert durant l'affaire Harden-Eulenburg.
  • En 1908, il publie le Journal de sexologie, qu'il arrête après un court laps de temps.
  • En 1910, il oriente ses travaux sur les personnes qui portent des vêtements du sexe opposé qu'il nomme indistinctement « travestis ».
  • Lors de la Première Guerre mondiale Hirschfeld cesse ses travaux de recherche et sert comme médecin dans un hôpital de campagne.
  • En 1918, il crée la Fondation du Dr Magnus Hirschfeld, et le 6 juillet 1919 il fonde l'Institut de sexologie (Institut für Sexualwissenschaft), qui est le premier au monde à se consacrer à l'étude des sexualités humaines.
  • En 1919, il participe au scénario et joue dans le film Différent des autres (Anders als die Andern) et participe aussi au scénario de Prostitution, autre film du même réalisateur, Richard Oswald.
  • En 1921, avec l'Institut de sexologie, il organise la première « conférence pour une réforme sexuelle basée sur la sexologie » qui conduit à la création d'une Ligue mondiale pour la réforme sexuelle. D'autres conférences ont lieu à Copenhague en 1928, à Londres en 1929, à Vienne en 1930 et à Brno en 1932.
  • En 1930, l'Institut effectue sur Lili Elbe la première opération connue de changement de sexe d’homme à femme.

Montée du nazisme et exil[modifier | modifier le code]

Parade d'étudiants du parti nazi devant l'Institut de sexologie de Magnus Hirschfeld.

Dans les années 1920, ses conférences sont de plus en plus chahutées. À Munich en 1920 il est grièvement blessé au crâne et certains journaux annoncent même sa mort. Juif et homosexuel, il devient une cible de choix pour les nazis[2] et, en 1930, il ne peut plus se sentir en sécurité dans son propre pays. Il accepte alors une série de conférences aux États-Unis en 1931 et, suivant les mises en garde de ses amis, choisit de ne pas rentrer en Allemagne. Il reste en exil, d'abord à Zurich et à Ascona en Suisse, puis à Paris et enfin à Nice.

Consécutivement à la prise du pouvoir par Adolf Hitler, les nazis attaquent et pillent l'Institut de sexologie le 6 mai 1933 ; ses bibliothèques alimentèrent les premiers autodafés nazis.

À Paris, il tente de refonder sans succès un nouvel institut de sexologie. En 1934, il déménage à Nice (au 63 Promenade des Anglais). Il y décède des suites d'une crise cardiaque le jour de son 67e anniversaire, en 1935. Sa tombe se trouve au cimetière Caucade de Nice.

Le 14 mai 2010, à l'occasion du 75e anniversaire de sa mort, l'association Mémorial de la déportation homosexuelle (MDH) et le Centre LGBT Côte d'Azur ont organisé une journée d'hommage et ont déposé sur sa tombe une gerbe portant la mention « Au pionnier de nos causes »[3].

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Berlins Drittes Geschlecht, bei H. Seemann, Berlin u. Leipzig 1904 — Nachdruck: Verlag Rosa Winkel, 1991, ISBN 3-921495-59-8 ; Réédition de l'édition française de 1908 : "Les Homosexuels de Berlin, 1908". Notes, préface et nb. annexes de Patrick Cardon. Inclus : Ruth Margarete Roellig, "Les Lesbiennes de Berlin", 1928. Lille (France) : QuestionDeGenre/GKC, 2001.
  • Vom Wesen der Liebe. Zugleich ein Beitrag zur Lösung der Frage der Bisexualität. Verlag Max Spohr, Leipzig 1906
  • Die Transvestiten: Eine Untersuchung über den erotischen Verkleidungstrieb, mit umfangreichem kasuistischem und historischem Material. Verlag Alfred Pulvermacher, Berlin 1910. L'édition de 1912 comporte des illustrations de Max Tilke[4]
  • Naturgesetze der Liebe: Eine gemeinverständliche Untersuchung über den Liebeseindruck, Liebesdrang und Liebesausdruck. Verlag "Wahrheit" Ferdinand Spohr, Leipzig, 1914
  • Die Homosexualität des Mannes und des Weibes. Verlag Louis Marcus, Berlin 1914
  • Sexualpathologie. Ein Lehrbuch für Ärzte und Studierende. Bonn, 1916—1920
    • Band I: Geschlechtliche Entwicklungsstörungen mit besonderer Berücksichtigung der Onanie
    • Band II: Sexuelle Zwischenstufen. Das männliche Weib und der weibliche Mann
    • Band III: Störungen im Stoffwechsel mit besonderer Berücksichtigung der Impotenz
  • Sexualität und Kriminalität. Überblick über Verbrechen geschlechtlichen Ursprungs. Vienne, Berlin, Leipzig, New York 1924
  • Geschlechtskunde, auf Grund dreißigjähriger Forschung und Erfahrung bearbeitet. Stuttgart 1926—1930
    • Band I: Die körperlichen Grundlagen
    • Band II: Folgen und Folgerungen
    • Band III: Ausblicke
    • Band IV: Bilderteil
    • Band V: Register
  • Préface à Ruth Margarete Roellig, "Les Lesbiennes de Berlin", 1928. Réédition Lille (France) : QuestionDeGenre/GKC, 2001.
  • Die Weltreise eines Sexualforschers. Bözberg-Verlag, Brugg 1933 — Neuausgabe: Martin Ebel (Hrsg.) Eichborn, Frankfurt a.M. 2006 (= Die Andere Bibliothek, 254). ISBN 3-8218-4567-8. Édition française : Le Tour du monde d'un sexologue. Gallimard, Paris, 1938 ; traduit de l'allemand par L. Gara.
  • Éducation sexuelle (avec Ewald Böhm). Éditions Montaigne, Paris, 1934 ; traduit de l'allemand par H. Scherdlin.
  • L'Âme et l'amour. Gallimard, Paris, 1935
  • Sex in Human Relationships. John Lane, The Bodley Head, Londres 1935
  • Le Sexe inconnu. Éditions Montaigne, Paris, 1936
  • Le Corps et l'amour. Gallimard, Paris, 1937
  • Racism. Victor Gollancz Ltd., édition posthume, Londres, 1938
  • Von einst bis jetzt: Geschichte einer homosexuellen Bewegung 1897 - 1922. Schriftenreihe der Magnus-Hirschfeld-Gesellschaft Nr. 1, Verlag rosa Winkel, Berlin 1986 (Nachdruck einer Artikelserie Magnus Hirschfelds für die Zeitschrift "Die Freundschaft")

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Représentations[modifier | modifier le code]

  • L'écrivain Christopher Isherwood raconte sa visite de l'Institut de sexologie dans son roman Christopher et son monde.
  • Le cinéaste Rosa von Praunheim a réalisé en 1999, un film librement inspiré de la vie de Magnus Hirschfeld intitulé L'Einstein du sexe. Le surnom d'« Einstein du sexe » lui avait été donné ironiquement par la presse allemande de son vivant.
  • Hirschfeld fréquentait à Berlin les cabarets homosexuels, en particulier l'Eldorado où se tenaient des spectacles de travestis. Il y était surnommé « tante Magnésie »[réf. nécessaire].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. F. Tamagne, Histoire de l’homosexualité en Europe. Berlin, Londres, Paris (1919-1939), Paris, Seuil, 2000.
  2. Voir Stéphane Corbin, « Hommage à Magnus Hirschfeld, l'homme du "troisième sexe" », sur tetu.com,‎ (consulté le 6 juillet 2012).
  3. http://www.tetu.com/actualites/france/magnus-hirschfeld-vedette-posthume-du-festival-espoirs-de-mai-a-nice-17136
  4. Charlotte Wolff, Magnus Hirschfeld: A Portrait of a Pioneer in Sexology, Quartet Books, 1986, page 107.
  5. Voir l'article en ligne depuis le 1er décembre 2007..