Animisme

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Déguisement de Corvus Albus lors d'un combat de lutte sénégalaise (Dakar)

L’animisme (du latin animus, originairement esprit, puis âme) est un terme par lequel on désigne la croyance en l’âme et en les esprits. C'est "la croyance en une âme des choses, en un monde des esprits, en une force vitale". Il désigne ensuite un vaste ensemble de cultes « traditionnels » selon lesquels les éléments de la nature (les pierres, le vent, les animaux) seraient dotés d’âmes ou d’esprits. Ainsi défini, il peut caractériser des sociétés extrêmement diverses, situées sur tous les continents.

"Principes de l'animisme :

  1. Tout ce qui existe, et particulièrement ce qui est mobile, ce qui est vivant, recèle une âme.
  2. L'essence de cette âme est la force, douée de puissance variable et se localisant inégalement dans l'univers.
  3. A côté de ces forces-émanations, résultantes des vibrations créatrices, se placent les êtres-forces, les âmes personnifiées douées d'intelligence et de volonté.
  4. L'âme de l'homme, sur qui est centrée la création, constitue un exemple remarquable de ces êtres-forces personnifiées.
  5. L'âme désincarnée, nourrie par le viatique des sacrifices funéraires, sublimée et purifiée par les épreuves, se mue en force supérieure par la relation avec le minimum, centre de création ou de génération de toutes les forces existantes."[1]

"Cette pensée animiste a pu être décrite chez l'enfant (J. Piaget, La naissance de l'intelligence chez l'enfant, 1929), chez le mystique (W. Dennis, Animistic Thinking among College and University Students, Scientific Monthly, vol. 76, 1957) ou chez les jeunes adultes (William James, Les variétés de l'expérience religieuse, 1952), sans oublier les malades mentaux, notamment chez les schizophrènes."


Sommaire

[modifier] Edward Tylor

Edward Burnett Tylor (1832 - 1917) est le premier sociologue à avoir établi une théorie sur l’animisme, dans Primitive Culture (1871). Il fonde son analyse sur le sentiment, pour lui général dans les sociétés qu’il qualifiait alors de « primitives », que l’âme était distincte du corps car, lors des rêves, le dormeur semble atteindre un monde différent de celui où se trouve son corps.

C’est cette expérience qui aurait fondé la notion d’« âme ». [1]

Par analogie, des âmes auraient été prêtées à l’ensemble des éléments de la nature. Pour Tylor, l’animisme représentait le premier stade de religiosité humaine, celui des sociétés les plus primitives, et il devait être suivi par le fétichisme, plus le polythéisme et enfin, bien sûr, le monothéisme, qui caractérisait la religion de sa propre société.

La théorie de Tylor sur l’animisme eut un énorme succès. Le terme fut ensuite beaucoup repris, discuté et critiqué. Les anthropologues ont notamment reproché à Tylor sa perspective évolutionniste (comme si toutes les sociétés devaient évoluer de la même manière vers un même but), sa perspective psychologique (il est difficile d’expliquer une notion telle que l’âme par une simple référence à une expérience de dormeur – ou alors, cette notion devrait prendre un sens identique dans toutes les sociétés, ce qui n’est pas le cas), ainsi que le caractère imprécis du terme animisme (tous les éléments de la nature ne sont pas partout perçus comme ayant une âme, attribuer un esprit ou une âme à un élément n’est pas identique, etc.).

De plus, en dehors de quelques anthropologues qui reprennent ce terme dans leur analyse en lui donnant une signification précise (tel Philippe Descola), le terme d’animisme n’est plus employé que de manière très vague, pour finalement désigner toutes les religions qui ne sont pas universalistes (c’est-à-dire les religions de la conversion, telles le bouddhisme, le christianisme, l’islam) ou qui ne sont pas des religions de grands pays-civilisations (les religions chinoises, indiennes, etc.). Il est alors pris comme synonyme de « religion traditionnelle » (un terme qui ne signifie rien, en soi), ou d’autres termes à l’usage tout aussi vague, tels que le chamanisme.

[modifier] Philippe Descola

Parmi les anthropologues contemporains, Philippe Descola, dans une vision globalisante et, pourrait-on dire : universaliste, a remis la définition de l'animisme à l'ordre du jour dans un ouvrage qui fait date : Par-delà nature et culture (2005). Il se place dans la situation de l'Homme s'identifiant au monde suivant deux instances : celle de son "intériorité" et celle de la "physicalité" des autres : existants humains et non humains.

L'animisme correspondrait à la perception d'une identité commune des intériorités entre les existants humains et non humains mais à celle d'une identité distincte entre leurs physicalités.

Ainsi décrit-il trois autres "ontologies" suivant la perception d'une fusion ou d'une rupture entre intériorité et physicalité, ce sont : le totémisme, l'analogisme et le naturalisme, les quatre modes réunis ayant vocation universelle, tout en prenant diverses formes de cohabitation ou de dominance suivant les cultures, qu'elles soient archaïques, traditionnelles ou modernes.

[modifier] Animisme et religion

La théorie traditionnelle oppose habituellement l'animisme, ou le chamanisme qui prend source dans les mêmes principes de vie, aux religions, que celles-ci soient terrestres (bouddhisme, fétichisme, polythéisme) ou du ciel (hindouisme, Islam, Christianisme, Judaïsme) alors que toutes les religions reconnaissent l'existence de ces forces occultes, que certains appellent, esprits, ou démons, ou djinns, ou anges, etc, que ces entités soient "bénéfiques" ou "maléfiques". Les trois grandes religions monothéistes recèlent en leur sein plusieurs théories sur ces êtres de différentes formes. Chez les animistes, ces notions sont primitives car elles concernent des êtres simples: la pierre, le vent, le rocher, le sable, l'eau, la feuille...

L'animisme est une notion qui se confond avec le chamanisme, et finalement, au regard d'un pratiquant elles se fondent toutes les deux en une notion beaucoup plus vaste: les êtres créés. Le monde se divise alors en cinq mondes: le monde animal, le monde minéral, le monde des humains, le monde des djinns, le monde des anges et dans chacun de ses mondes on peut trouver des esprits.

[modifier] Citations

  • « l’animisme est le fondement de la religion, depuis celle des sauvages jusqu’à celle des civilisés » E.B. Tylor, Primitive Culture, 1903, I, p.426 ;
  • « l’animisme est la croyance que les êtres naturels ont des forces spirituelles qui les habitent et qui leurs donnent une puissance surhumaine ». E.B. Tylor, Primitive Culture, 1903, I, p.427 ;& 1924 [orig. 1871] Primitive Culture. 2 vols. 7th ed. New York: Brentano's.

[modifier] Homonyme dans la médecine du XVIIIe siècle

Le médecin Georg Stahl est à l’origine (en 1720) d’une théorie médicale appelée Animisme ; pour résumer à l’extrême, il s’agissait d’expliquer que l’âme avait une influence directe sur la santé.

[modifier] Bibliographie

  • Edward Tylor, Primitive Culture (1871), 2 t., trad. : La civilisation primitive, 1876.
  • Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des sciences humaines », 2005. (ISBN 2-07-077263-2)

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes

[modifier] Notes et références

  1. Anthropologie, Les dictionnaires Marabout Université, 1974, p. 22.
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