Écu (monnaie)

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Le premier écu d'or, frappé sous Louis IX, en 1266.

L'écu est une monnaie française créée au Moyen Âge, d'abord en or puis en argent, et qui fut utilisée jusqu'à l'Époque moderne : à l'origine, elle était ornée d'un motif représentant les armes du royaume de France.

Étymologie[modifier | modifier le code]

En français, l'étymologie de ce mot est commune avec l′escudo que l'on trouve au Portugal et en Espagne, à savoir le bouclier, sur lequel étaient peintes les armes du prince, aussi bien qu'avec les mots français « écu », « écusson » ou « écuyer ».

En France, où ce type de pièce apparaît en 1263, le nom d'écu est initialement attribué à des monnaies en or d'une valeur de trois livres tournois puis, à partir de la fin du règne de Louis XIII, l'édit de 1640 institua le terme écu blanc pour désigner une grande pièce d'argent, toujours d'une contre-valeur de trois livres (ou soixante sols) et inspirée du thaler. En France, le terme de pistole désignait d'abord l'écu espagnol.

Une nouvelle série de réformations furent instituées sous Louis XV. La valeur de l'écu d'argent passa à quatre livres puis, sous Louis XVI, sa valeur monta à six livres. La refonte monétaire de 1795 garda à peu près le même module pour la pièce d'argent de cinq francs.

Par la suite, le terme écu se perpétua et désigna communément toutes les pièces de type cinq francs en argent (production arrêtée en 1878) et tomba en désuétude dans les années 1920.

Lors des discussions sur la création d'une monnaie fiduciaire européenne en 1979, le premier terme choisi, European Currency Unit, dont les initiales étaient ECU, rappela de vieux souvenirs aux francophones mais, finalement, à l'initiative du chancelier allemand Kohl, le nom de l'unité monétaire européenne retenu fut Euro car en Allemagne, le nom de cette monnaie se serait prononcée « ein Ecu », proche homophoniquement de « eine Kuh » (en français : « une vache »).

Histoire de l'écu[modifier | modifier le code]

En 1263, Louis IX fit frapper le denier d'or à l'écu dont le nom fut abrégé en écu. Avec sa représentation de l'écu de France, symbole de l'unification du royaume, cette monnaie devint l'étalon de référence. En effet, l'écu en or a continué à être frappé sous les différents rois de France (de Philippe VI jusque Louis XIII), mais aussi par de nombreux seigneurs français et étrangers (en Aquitaine par Édouard III, en Béarn par Gaston de Foix, en Navarre par Henri d'Albret, en Flandre par Philippe le Hardi, par Philippe le Bon, par les évêques de Cambrai, par les papes d'Avignon…).

Louis XIII décida de réformer le système monétaire en 1640. Ce nouveau système était basé sur trois pièces :

  • le louis d'or qui remplaça le franc en circulation depuis l'époque de Jean II le Bon,
  • le louis d'argent ou écu d'argent,
  • le liard, monnaie de cuivre, à partir de 1656 (démonétisation en 1856).

Ce système perdura globalement jusqu'à la Révolution.

Sur l'avers des écus, figurait le blason de France avec les fleurs de lis : d'abord un « semé » de fleurs de lis, sur l'écu d'or de Saint Louis, les écus d'or à la chaise de Philippe VI et de Jean le Bon, par après un blason aux trois lis sur l'écu d'or de Charles VI en 1385 puis des écus écartelés aux armes de France et de Dauphiné de Louis XI à Louis XIV.

À partir de 1610, Henri IV, les écus frappés en Béarn et en Navarre portaient un écu écartelé aux armes de France et de Béarn-Navarre ou Navarre seule. Dans le Dauphiné, le Dauphin. En Bretagne, à la fin du XVe siècle, l'hermine.

Sous Louis XIV apparaît la série d'écus d'argent « de Flandre », frappés à Lille après son annexion par Louis XIV, avec un écu aux armes de France et de Bourgogne et inspiré du thaler du Saint-Empire romain germanique. Pendant le XVIIIe siècle, les armes de France symbolisées par le motif en écu devinrent ronde ou ovale, ornées de palmes et de lauriers.

L'écu de France était initialement surmonté d'une couronne, parfois d'un heaume au XVe siècle, avec différents motifs, fleur de lis, moucheture d'hermine sur les pièces bretonnes, emblème du roi comme le porc-épic de Louis XII, la salamandre de François Ier, le croissant d'Henri II), attributs de la royauté (sceptre et main de justice à partir du règne de Louis XIV, initiale du roi, K au Moyen Âge (Karolus en latin médiéval, puis C au XVIe siècle).

Les différents types d'écu[modifier | modifier le code]

Description de l'écu d'or à la chaise de Philippe VI de Valois (1328 à 1350)[modifier | modifier le code]

L'écu réapparut près d'un siècle plus tard, en 1346. L'écu d'or à la chaise a connu six émissions de 1337 à 1349. Son poids resta stable 4,53 grammes, mais sa valeur passa de 20 à 25 sols tournois.

  • Sur son avers, Philippe VI assis dans une stalle gothique, couronné, vêtu du haubert et de la cotte d'armes, tenant de la main droite l'épée levée et de la gauche l'écu de France aux lis sans nombre, dans un polylobe cantonné de petits trèfles. Avec la légende « PHILIPPVS : DEI - .GRA. - FRANCORVM : REX », Philippe, roi des Francs par la grâce de Dieu.
  • Sur son revers, une croix quadrilobée et fleuronnée, dans un quadrilobe orné de feuilles et cantonnée de quatre trèfles sans queue. Avec la légende « XPC VInCIT XPC REGHAT XPC INPERAT », Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ commande.

Description de l'écu d'or à la couronne de Charles VI (1380 à 1422)[modifier | modifier le code]

L'écu d'or à la couronne fut créé le 11 mars 1385. Huit émissions sont connues. Le poids de ce écu en or était de 3,95 grammes et sa valeur de 22 sols tournois.

  • A l'avers, l'écu de France timbré d'un heaume couronné et la légende « KAROLVS DEI GRACIA FRANCORVM REX », Charles, roi des Francs par la grâce de Dieu.
  • Sur le revers, une croix fleurdelisée et feuillue, avec étoile à cinq rais dans un losange curviligne en cœur, le tout dans un quadrilobe cantonné de quatre couronnelles et la légende « XPC VINCIT XPC REGNAT XPC INPERAT », Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ commande.

Sous le règne de Charles VI, on frappa aussi le petit écu couronné et le demi-écu heaumé

Description de l'écu d'or à la couronne de Charles VII (1422 à 1461)[modifier | modifier le code]

L'écu à la couronne, ainsi qu'un demi-écu à la couronne du même type fut également fabriqué sous le roi Charles VII le Victorieux. Cette monnaie d'or pesait 3,47 grammes.

  • L'avers représente l'Écu de France couronné accosté de deux lis couronnés avec la légende « KAROLVS DEI GRACIA FRANCORVM REX », Charles, roi des Francs par la grâce de Dieu.
  • Le revers représente une croix feuillue avec quadrilobe anglé en cœur, cantonnée de quatre couronnes, dans un double quadrilobe. Avec la légende « XPC VINCIT XPC REGNAT XPC INPERAT », Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ commande.

Description de l'écu d'or au soleil de Louis XI (1461 à 1483)[modifier | modifier le code]

Louis XI créa l'écu au soleil ou écu sol. L'écu sol avait un poids de 3.45 grammes et valait 1 livre 13 sols tournois. Le 12 mars 1473, par ses lettres patentes, le roi ordonna la modification de valeur de neuf écu, pour 28 sols 4 deniers, au lieu de 25 sols auparavant[1]. Il modifia encore la valeur des monnaies, le 2 novembre 1475[2]. En effet, à cette époque-là, une meilleure qualité des monnaies françaises provoquait une considérable fuite des devises.

  • L'avers représente l'Écu de France couronné sommé d'un soleil avec la légende « LVDOVICVS DEI GRA FRANCORVM REX », Louis, par la grâce de Dieu, roi des Francs.
  • Le revers est composé d'une Croix fleurdelisée avec quadrilobe en cœur et la légende « XPC VINCIT XPC REGNAT XPC INPERAT », Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ commande.

Description de l'écu d'or au soleil de Charles VIII (1483 à 1498)[modifier | modifier le code]

L'écu d'or au soleil de Charles VIII connut deux émissions pendant son règne. Sur la première émission figure une couronne avec initiales, tandis que sur la deuxième figure un lis avec initiales. À signaler les écus du Dauphiné (avec un dauphin et initiales) et de Dijon (avec une coquille et initiales). Les deux émissions ont gardé le même poids (3,496 grammes) et la même valeur

  • L'avers représente l'Écu de France couronné sommé d'un soleil avec la légende « KAROLUS DEI GRA FRANCORVM REX », Charles, par la grâce de Dieu, roi des Francs.
  • Le revers est composé d'une Croix fleurdelisée avec quadrilobe en cœur et la légende « XPC VINCIT XPC REGNAT XPC INPERAT », Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ commande.

Description de l'écu d'or au soleil de Provence de Louis XII (1498 à 1515)[modifier | modifier le code]

écu de Louis XII

l'écu d'or au soleil de Provence a la particularité d'avoir été frappé à Aix-en-Provence (voir marque de maître) pendant la période 1506-1515. La légende reprend le numéro ordinal du roi Louis, à savoir XII et mentionne le titre de comte de Provence. La pièce pèse 3.496 grammes.

  • L'avers représente l'écu de France couronné sous un soleil avec la légende « LVDOVICVS XII D G F REX PVIE COME », Louis, par la grâce de Dieu, roi des Francs et comte de Provence.
  • Le revers est composé d'une Croix fleurdelisée avec quadrilobe en cœur et la légende « XPC VINCIT XPC REGNAT XPC INPERAT », Le Christ vainc, le Christ règne, le Christ commande.

Description de l'écu d'or de Béarn de François Phébus (1479 à 1493)[modifier | modifier le code]

  • L'avers est composé de l'écu de Béarn sommé d’un besant, accosté de deux épées, surmonté de la légende « FRANCISCVS FEBVS D G DNS BEARI », François Phébus, par la grâce de Dieu, seigneur de Béarn.
  • Le revers reprend une croix fleuronnée cantonnée au 2 d’une épée, au 3 d’une F avec la légende « DOMINVS ILLUMINATIO MEA ET SAL », Le Seigneur est ma lumière et mon salut.

Description de l'écu d'or au soleil de Charles IX (1560 à 1574)[modifier | modifier le code]

  • L'avers représente l'écu de France couronné avec la légende « CAROLVS VIIII D G FRANCO REX MDLXV », soit Charles IX, par la grâce de Dieu, roi des Francs
  • Le revers est composé d'une croix fleurdelisée avec différent d'atelier dans un losange incurvé en cœur avec la légende « + CRISTVS REGNAT VINCIT ET IMPERAT », soit Le Christ règne, vainc et commande

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L'écu blanc[modifier | modifier le code]

À partir de 1580[3], le Conseil des Monnaies décide la frappe d'un écu en argent qui valait le 1/4 de celui en or et qui valait 15 sols. Ces frappes durèrent jusque sous le règne de Louis XIV.

Le 23 décembre 1641, suite à la création du louis d'or, on appela les nouvelles pièces d'argent écu ou louis d'argent ou écu blanc d'une valeur de 60 sous soit 3 livres.

En 1689, le cours de l'écu blanc monta à 3 livres et 6 sols. En 1709, le cours passa à 5 livres, avant de se stabiliser aux alentours de six livres au milieu du XVIIIe siècle.

Sous la Révolution, la réforme monétaire de 1795 fit remplacer l'écu blanc, alors d'une valeur de six livres par la pièce de 5 francs de type Hercule.

Le terme écu continua à qualifier dans le langage courant les pièces de cinq francs en argent jusque dans les années 1930, avant de tomber en désuétude.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://books.google.fr/books?id=OJ-b2-CLz7EC&pg=PA563 Lettres patentes de Louis XI, Plessis-du-Parc-lèz-Tours, le 12 mars 1473 (1472 avant Pâques).
  2. http://books.google.fr/books?id=j3kUAQAAMAAJ&pg=143 Lettres patentes de Louis XI, Abbaye Notre-Dame-de-la-Victoire-lèz-Senlis, le 2 novembre 1475.
  3. Jean Dérens, « Ecu d'argent » in Encyclopaedia universalis, en ligne.