Michel de Ghelderode

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Michel de Ghelderode

Activités Dramaturge, poète, écrivain, conteur
Naissance Le
Drapeau de la Belgique Ixelles
Décès Le (à 63 ans)
Drapeau de la Belgique Schaerbeek
Langue d'écriture français
Mouvement Théâtre de la cruauté, fantastique
Genres théâtre, conte

Œuvres principales

  • Sortilèges
  • Escurial
  • La Balade du Grand Macabre

Michel de Ghelderode, pseudonyme d'Adémar Adolphe Louis Martens, est un auteur dramatique, chroniqueur et épistolier belge d'origine flamande et d'expression française. Il est né à Ixelles le et mort à Schaerbeek le . Il a habité 71 rue Lefrancq à Bruxelles. Il est enterré au cimetière de Laeken.

Auteur prolifique, il a écrit plus de soixante pièces de théâtre, une centaine de contes, de nombreux articles sur l'art et le folklore. Également auteur d'une impressionnante correspondance de plus de 20 000 lettres, il est le créateur d'un univers fantastique et inquiétant, souvent macabre, grotesque et cruel.

Biographie[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative à la maison Michel de Ghelderode.

Bien que né dans une famille flamande de Bruxelles, le jeune Adémar fait toutes ses études en français, dans un but de promotion sociale. De son père, employé aux Archives du royaume, il hérite du goût pour l'histoire, en particulier pour les époques du Moyen Âge, de la Renaissance et de l'Inquisition.

« Je me sens vraiment le contemporain de ces gens du Moyen Âge ou de la pré-Renaissance. Je sais d’eux comment ils vivent et connais chacune de leurs occupations. Je suis familier de leur cerveau et de leur cœur comme de leur logis et de leur boutique. »

De sa mère, il retient les légendes et histoires des petites gens racontées au coin du feu.

Élevé dans un collège catholique de Bruxelles, l'Institut Saint-Louis, il vit dans une ambiance religieuse qui le terrifie et, lorsqu'il perd la foi à l'adolescence, il continue à croire aux puissances du mal.

Il écrit :

« On m'a trop menacé naguère, mes parents et les prêtres, et ma vie s'est édifiée sur la peur […] Le prêtre clamait dans l'oratoire où l'on nous rassemblait le soir, pareils à des coupables. Et nous baissions le front. Un vent glacial nous frôlait la nuque et nous redoutions que la porte s'ouvrît et que quelqu'un d'invisible vînt appréhender l'un de nous. »

Ou encore :

« L'existence du diable est certaine, il suffit de regarder autour de soi. Dieu se manifeste rarement. »

Mais, de son éducation religieuse, il retient les aspects rituels et magiques, théâtraux, pourrait-on dire, qui continueront à nourrir son œuvre et à le fasciner :

« Le « Merveilleux » de la Bible : Les épées fulgurantes de la gloire divine dans l'Ancien Testament - et l'élégie tragique de Jésus dans le Nouveau ! La « Magie » de la messe : l'encens, la musique, la prière, l'enveloppement des chants et des orgues ; les fêtes : Noël, Pâques…, les processions. Le Mystère de la Transsubstantiation, les splendeurs du martyrologe… »

Son père l'emmène à l'opéra, au théâtre de marionnettes, le théâtre royal de Toone (à la défense duquel il participera plus tard et pour lequel il écrira plusieurs pièces), il passe du temps aussi à parcourir la foire du Midi. Les fastes de l'opéra, le caractère populaire des marionnettes et de la foire seront, avec l'Histoire, des sources d'inspiration.

Il effectue son service militaire de 1919 à 1921 et épouse civilement, en 1924, Jeanne-Françoise Gérard (1894-1980) rencontrée dans une librairie où il a travaillé comme commis.

C'est en 1931 qu'il abandonne définitivement son nom d'Adémar Adolphe Louis Martens pour devenir officiellement Michel de Ghelderode.

Ses premières pièces, écrites en français, sont jouées tout d'abord en traduction flamande par le Vlaamsche Volkstooneel, une compagnie à la fois populaire et d'avant-garde, avant qu'elles ne connaissent après la guerre un succès tel à Paris qu'on parle de Ghelderodite aiguë. Elles seront ensuite supplantées par celles de Beckett ou de Ionesco.

Mais Ghelderode sera joué un peu partout dans le monde : Bruxelles, Rome, Milan, Amsterdam, La Haye, Dublin, Cracovie, en Allemagne, Autriche, Angleterre, Espagne, Norvège, Danemark, Pologne, comme sur d'autres continents, à New York, Chicago, Buenos Aires, Rio de Janeiro, Bogota, Montréal, Tel Aviv, et aussi au Japon.

1943 est une année favorable et prolifique pour Ghelderode qui, rompant les liens qu’il avait établis avec l’Ordre nouveau, se voit éditer par La Renaissance du livre, maison d'édition qui, bien qu’elle ne contienne aux yeux de l’auteur que des « travaux mineurs choisis par Wilmotte qui n’aimait pas le caractère flamand de son art », lui confère tout de même ses premières lettres de noblesse grâce à une préface de Franz Hellens. C’est aussi la période de ses derniers chefs-d’œuvre théâtraux, L’École des bouffons et Le soleil se couche, pièces testamentaires, témoins de la puissance artistique et esthétique de Ghelderode qui met en exergue les personnages de Charles Quint et de Philippe II, à travers les mythes du XVIe siècle, sur fond de morts et de cérémonies funéraires. À cette époque, Ghelderode est marqué par des problèmes de santé et, pour Le soleil se couche, par la décrépitude et la mort de son père qui survient le .

L'œuvre théâtrale[modifier | modifier le code]

Ghelderode situe son théâtre dans les traditions théâtrales hispaniques et anglo-saxonnes des époques de la pré-Renaissance et de la Renaissance ; il insiste sur la rupture qu’il tient à marquer avec le théâtre français classique ou contemporain.

En juillet 1951, à Ostende, il enregistre une série d'entretiens pour le Club d'essai de la Radiodiffusion télévision française. Constituant une source de première importance pour la connaissance de l'auteur et de son œuvre, ils sont publiés en 1956 sous le titre Les Entretiens d'Ostende.

Ghelderode et la cruauté[modifier | modifier le code]

Auteur profondément baroque, sensible à l'art flamand et aux influences bouffonnes tenant parfois de la pantomime, de la marionnette et de la mascarade, il développe l'idée, précédemment théorisée par le dramaturge Antonin Artaud dans son livre Le Théâtre et son double, d'un théâtre de la cruauté : Ghelderode en fait le thème central d'une pièce en un acte, L'École des bouffons, écrite en 1942, et il utilise ce thème dans nombre de ses pièces comme Escurial, Barabbas, La Farce des ténébreux, Hop Signor !, La Balade du Grand Macabre

Œuvre[modifier | modifier le code]

Les dates mentionnées sont celles de la rédaction des œuvres.

Pièces de théâtre[modifier | modifier le code]

  • La Mort regarde à la fenêtre, 1918 (inédit)
  • Piet Bouteille (ou Oude Piet), 1920
  • Le Cavalier bizarre, 1920 ou 1924
  • Les Vieillards (ou Jeudi Saint), 1923
  • Le Cavalier bizarre, 1920 ou 1924
  • Le Miracle dans le faubourg, 1924 (inédit)
  • Têtes de bois, 1924
  • La Mort du docteur Faust, 1925
  • Don Juan ou les Amants chimériques, 1928
  • Images de la vie de saint François d'Assise, 1926
  • Christophe Colomb, 1927
  • Escurial[1], 1927, prix triennal du théâtre 1938
  • Vénus, 1927
  • La Transfiguration dans le Cirque[2], 1927
  • Barabbas[1], 1928
  • Noyade des songes, 1928
  • Un soir de pitié, 1928
  • Trois acteurs, un drame…, 1928
  • Pantagleize, 1929
  • La Nuit tombe, 1929 (inachevé)
  • Atlantique, 1930
  • Celui qui vendait de la corde de pendu, 1930
  • Godelieve, 1930 (inédit)
  • Le Ménage de Caroline, 1930
  • Le Sommeil de la raison, 1930
  • Le Club des menteurs[3], 1931
  • La Couronne de fer-blanc, 1931
  • Magie Rouge, 1931
  • Le Voleur d'étoiles, 1931
  • Le Chagrin d'Hamlet, 1932
  • Vie publique de Pantagleize, 1932 (?)
  • Les Aveugles, 1933
  • Adrian et Jusemina, 1934
  • La Balade du Grand Macabre[4], 1934
  • Masques ostendais, 1934
  • Petit Drame, 1934
  • Sire Halewyn, 1934
  • Mademoiselle Jaïre, 1935
  • Sortie de l'acteur, 1935
  • La Farce des Ténébreux, 1936
  • Hop Signor !, 1936
  • Fastes d'Enfer, 1937
  • La Pie sur le gibet, 1937
  • Pantagleize est un ange, 1938 (projet)
  • L'École des bouffons, 1942
  • La Légende de la sacristine, 1942 (projet)
  • Le Papegay triomphant, 1943
  • Le Soleil se couche…, 1943
  • Car ils ne savent ce qu'ils font, 1950
  • Marie la Misérable[5], 1952, prix triennal du théâtre 1953
  • La Touchante et très Morale Tribulation céleste…[6], 1960 (inachevé)

Pièces pour marionnettes[modifier | modifier le code]

Contes[modifier | modifier le code]

  • L'Histoire comique de Keiser Karel, 1918
  • La Halte catholique (recueil), 1922
  • L'Homme sous l'uniforme (recueil), 1923
  • Pantagleize qui trouvait la vie belle, 1925
  • Sortilèges (recueil), 1941
  • Voyages autour de ma Flandre, 1947

Œuvres lyriques[modifier | modifier le code]

  • Songe d'une nuit de cuite, 1930, ballet-cantate
  • La Grande Tentation de Saint Antoine, 1932, cantate burlesque, musique de Louis de Meester
  • Swane, 1933, d'après un récit de Stijn Streuvels, musique de Maurice Schoemaker
  • Le Vieux Soudard, 1937, cantate
  • Arc-en-ciel, 1937, opéra-bouffe en un acte, musique de Maurice Schoemacker
  • Les Choraux à plumes, 1962, cantate

Divers[modifier | modifier le code]

  • La Corne d'abondance, recueil de poèmes, 1924
  • L'Homme à la moustache d'or, roman, 1931
  • Les Entretiens d'Ostende, série d'entretiens, L'Arche, 1956 & L'Ether Vague - Patrice Thierry, 1992.

Commentaires[modifier | modifier le code]

« Ghelderode, c'est le diamant qui ferme le collier de poètes que la Belgique porte autour du cou. Ce diamant noir jette des feux cruels et nobles. Ils ne blessent que les petites âmes. Ils éblouissent les autres. »

— Jean Cocteau

« Avant Ghelderode, la scène était devenue tribune politique, chaire sorbonnante pour dialecticiens, vitrine aux mains de décorateurs, laboratoire pour faux psychiatres, mais les poètes l'avaient désertée. »

— Roger Iglésis

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roland Beyen, Michel de Ghelderode ou la hantise du masque. Essai de biographie critique, Palais des académies, Bruxelles, 1971
  • Roland Beyen, Ghelderode, Seghers, Paris, 1974
  • Roland Beyen, Ghelderode et la troupe du Vlaamsche Volkstooneel dans Revue de littérature comparée, no 299 2001/3, Klincksieck, p. 411-427 [lire en ligne]
  • Roland Beyen, Michel de Ghelderode entre deux chaises dans Romaneske, 33e année, juin 2008, no 2, p. 9-23 [lire en ligne]
  • Élisabeth Deberdt-Malaquais, La Quête de l'identité dans le théâtre de Michel de Ghelderode, Éditions universitaires, Paris, 1967
  • Marinus Franciscus Elling, L'Œuvre dramatique de Michel de Ghelderode, Amsterdam, 1974
  • Jean Francis, L'Éternel Aujourd'hui de Michel de Ghelderode. Spectrographie d'un auteur, L. Musin, Bruxelles, 1968
  • Pol Vandrome, Ghelderode
  • Lecture de Marc Quaghebeur, Le Dramaturge, le vieil empereur et le grand bouffon

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Édité dans la collection Babel.
  2. Ou Circus, ou Zirkous ou la Transfiguration dans un cirque.
  3. Ou Le Club des mensonges.
  4. Adaptée par György Ligeti pour son unique opéra, Le Grand Macabre (1975-1977. Créé en 1978).
  5. Spectacle joué sur le parvis de l'Église Saint-Lambert de Woluwe-Saint-Lambert, dont la musique fut composée par Ernest-Bernardin Van Eeckhout.
  6. Titre complet : La Touchante et très Morale Tribulation céleste de Petrus in Eremo, curé d'une paroisse maigre au gras pays de Flandre.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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