Juan Ginés de Sepúlveda

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Sepulveda.
Juan Ginés de Sepúlveda

Juan Ginés de Sepúlveda (Cordoue, 1490 - id., ) était un humaniste et homme d'Eglise espagnol du XVIe siècle. Il est également connu pour avoir été historiographe de Charles Quint.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sepulveda commence ses études à Cordoue puis à partir de 1510 les continue à Alcala de Henares où il obtient son baccalauréat des beaux-arts. Il poursuit ses études à Bologne en 1515, se spécialisant dans la philologie. Il se lie avec l'humaniste Luis de Lucena ainsi que, à Rome dans les années 1520, Jules de Médicis et le pape Adrien VI.

Son intérêt pour Aristote l'amène à traduire La Politique. La possibilité qu'y défend le philosophe grec d'encadrer des civilisations dès lors qu'elles sont moins développées, l'influencera et l'amènera à soutenir la légitimité de la conquête espagnole de l'Amérique à partir du moment où cela permettra d'inspirer aux Indiens des valeurs chrétiennes et humanistes qu'ils n'auraient pas.

Après le sac de Rome en 1527, Sepulveda part pour Naples aux côtés du cardinal Cajetan qui le charge de la révision du texte grec du Nouveau Testament. Il rencontre Charles Quint et plaît à l'empereur qui le nomme son chroniqueur. Il combat les idées d'Erasme, réfute Luther et se prononce en faveur de Catherine d'Aragon, tante de Charles Quint et épouse d'Henri VIII d'Angleterre qui a demandé l'annulation du mariage.

Revenu en Espagne, Sepulveda est nommé précepteur du prince Philippe, futur Philippe II d'Espagne. Il devient prêtre en 1537. Les années de maturité de Sepulveda sont consacrées à la controverse sur la conquête et l'exploitation des Indiens. Après la Controverse de Valladolid, Sepúlveda se retire en 1577 dans son village natal de Pozoblanco où il meurt après avoir consacré ses dernières années à l'écriture d'ouvrages historiques.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Le débat sur la légitimité de la conquête et de l'asservissement des Indiens, commencé dès 1511, est un élément majeur dans l'oeuvre de Sepulveda. Chroniqueur de l'empereur Charles Quint, son œuvre De rebus gestis Caroli Quinti revêt un caractère aussi panégyrique. Son Histoire de la conquête du Nouveau Monde (De rebus hispanorum gestis ad Novum Orbem Mexicumque) l'amène à devenir le défenseur quasi officiel de la conquête, de la colonisation et de l'évangelisation des populations autochtones de l'Amérique.

Influencé par la philosophie d'Aristote, il y justifie, par le but de les élever au même niveau, un droit des peuples de civilisations plus développées à soumettre les autres et s'oppose en cela aux idées du théologien dominicain Francisco de Vitoria. Il s'oppose également au dominicain Bartolomé de las Casas et publie en 1544 le Democrates secundus, sive De justis causis belli apud indium dit aussi Democrates alter, pour répliquer aux Trente propositions très juridiques de ce dernier. Dans cet ouvrage, se fondant sur Aristote qu’il considère comme entièrement compatible avec la doctrine chrétienne, Sepulveda défend la thèse que la guerre de conquête menée en Amérique est juste et que les Indiens sont esclaves par nature. Il pose ainsi les fondements de l’impérialisme espagnol en analysant les droits et les responsabilités de la couronne en la matière. Sepulveda fait des Indiens des esclaves « par nature », radicalement inférieurs aux Espagnols. Affirmant l’infériorité des sociétés indigènes, il condamne leurs pratiques contre nature (cannibalisme, sacrifices humains) et proclame la nécessité de veiller au bien des vaincus en leur enseignant des « modes de vie justes et humains ». Il tire son information de l’Historia general de las Indias de Gonzalo Fernández de Oviedo (1478-1557), publiée en 1535. Ces considérations, pourtant partagées par de nombreux contemporains, soulevèrent un tollé. Le traité n’a pu être imprimé en Espagne et a été censuré en 1547 par les universités d’Alcala et de Salamanque.

En 1548, des théologiens sont chargés d'examiner le traité de Sepulveda. Las Casas parvint à faire censurer l'impression des oeuvres de Sepulveda et à bloquer le tirage de l'Historia de Gonzalo Fernández de Oviedo. la confrontation lui inspire également la grande Historia apologetica[1], comparaison entre les civilisations indigènes et celles de l'Antiquité. Sepulveda riposte par une apologie du Democrates alter[2], ouvrage qui est condamné. Ces divergences conduisent la réunion de théologiens à Valladolid (Controverse de Valladolid) en 1550 [3]. L'école de Salamanque et Francisco de Vitoria s'étaient déjà opposées à ces arguments en distinguant Loi naturelle et Droit naturel déclarant que l'établissement d'une société, d'une civilisation est une chose naturelle à l'Homme et que toutes les sociétés étant égales en dignité, nul ne peut se fonder sur l'infériorité de leur développement pour les soumettre. Dans cette perspective, le rival de Sepulveda, Las Casas, défend l'égalité générique des êtres humains en marge de toute position politique et la nécessité de se limiter à envoyer des prédicateurs pour évangéliser, sans aucun appui militaire.

Il n'y a pas eu de conclusion à ses travaux et chacun des concurrents s'est considéré comme vainqueur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Mahn-Lot, Marianne, Bartolome de Las Casas et le droit des Indiens, Paris, Payot, 1982.
  2. Apologia pro libro de justis causis, Rome, 1550.
  3. Angel LOSADA, « La polémica entre Sépulveda y Las Casas y su impacto en la creacion del moderno derecho internacional », Autour de Las Casas, actes du colloque du Ve centenaire 1484 - 1984, Paris, Tallandier, 1987, p. 165 - 193.

1. Angel Losada, « La polémica entre Sépulveda y Las Casas y su impacto en la creacion del moderno derecho internacional », Autour de Las Casas, actes du colloque du Ve centenaire 1484 - 1984, Paris, Tallandier, 1987, p. 165 - 193.

2. Marianne Mahn-Lot, Bartolome de Las Casas et le droit des Indiens, Paris, Payot, 1982.

Liens externes[modifier | modifier le code]