Ordre de Saint-Jean de Jérusalem

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Ordre de Saint-Jean de Jérusalem
Image illustrative de l'article Ordre de Saint-Jean de Jérusalem
Type Ordre militaire
Création 1080
Reconnaissance canonique 1113
Bulle pontificale
Fondateur(s) Frère Gérard
Spiritualité Règle de saint Augustin
Liste des ordres religieux

L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem est l'appellation de l'ordre religieux catholique connu généralement dès le XIIe siècle sous le nom d’ordre hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem (en latin : Ordo Hospitalis sancti Johannis Ierosolimitani) ou La Religion, mais aussi sous le nom d’ordre de l'Hôpital, d’ordre Hospitalier ou plus simplement les Hospitaliers.

Son origine remonterait au XIe siècle dans l'installation de marchands amalfitains à Jérusalem puis dans la création d'hôpitaux en Terre sainte (d'où le nom d'Hospitalier). À l'image des Templiers, il devient militaire en plus d'être hospitalier pour défendre d'abord les pèlerins malades dans les hôpitaux de l'Ordre puis combattre les Sarrasins.

Après son expulsion de Terre sainte, l'Ordre s'installera à Chypre avant de conquérir l'île de Rhodes. Avec la disparition des Templiers, l’Ordre devient alors une puissance maritime pour continuer à être le rempart de la chrétienté contre les sarrasins.

Expulsé cette fois-ci de Rhodes, l'Ordre deviendra Prince de Malte par le plaisir de Charles Quint. Avec ses chevaliers, l'Ordre se transforme en une puissance souveraine qui prend de plus en plus d'importance en Méditerranée centrale.

Le général Bonaparte expulsera encore le grand maître et les chevaliers de l'île de Malte au nom de la République française.

D'expulsion en expulsion, l'Ordre se place sous la protection de Paul Ier de Russie en 1798. Mais avec l'abdication du grand maître Ferdinand de Hompesch en 1799 et la mort de Paul Ier en 1801, s'ouvre une période noire pour l'Ordre qui ira jusqu'à son éclatement en ordres concurrents.

Historiographie[modifier | modifier le code]

Les ordres militaires tardèrent, en général, à commémorer leur histoire à la différence des Bénédictins ou des Mendiants. À l'origine les textes historiques se limitaient à l'obituaire, qui incorporera progressivement, à partir du XIVe siècle, des détails sur la vie des membres de l'Ordre. Mais au fil du temps, l'obituaire se complète souvent de développements légendaires.

Les premiers textes à caractère historique des Hospitaliers sont l’œuvre de Guillaume de Saint-Estène, frère commandeur de Chypre. Il est le premier à faire une recension des textes législatifs de l'Ordre[1]. Vers 1303, il entreprend une compilation qui regroupe la règle et les statuts de l'Ordre, une chronologie des grands maîtres, un recueil des décisions diciplinaires, les Miracula et une étude critique sur les origines de l'Hôpital, l'Exordium Hospitalis[2].

Confronté à la critique, ou plus simplement pour valoriser leurs actions et favoriser les donations, l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem va susciter des annales. Au milieu du XVe siècle, Melchiore Bandini, chancelier de l'Hôpital, est à l'origine d'un texte historique, peut-être le premier pour les Hospitaliers, perdu depuis, mais dont Giacomo Bosio avait encore la mémoire[3].

Un document, rapidement célèbre, même encore aujourd'hui, est l’œuvre de Guillaume Caoursin, la Descriptio obsidionis Rhodie urbis dont les éditions et les traductions se multiplièrent entre 1480 et 1483 servant à la propagande de l'Hôpital[4]. Un document intéressant pour l'histoire des ordres militaires est un texte écrit vers la fin XVe par un frère de l'ordre Teutonique, la Chronik des vier Orden von Jerusalen. Cette chronique met en lumière, dans sa première partie, l'origine hiérosolomytaine des ordres militaires mais aussi des chanoines du Saint-Sépulcre. Si l'origine des Teutoniques et des Chanoines est quelque peu anticipée, celle des Templiers et celle des Hospitaliers sont relativement bien cernées[5].

Histoire de l'Ordre[modifier | modifier le code]

Ordre de Saint-Jean de Jérusalem en Terre sainte[modifier | modifier le code]

Le signe de la croix sur la poitrine du bienheureux frère Gérard

L’Ordre a son origine au monastère bénédictin de Sainte-Marie-Latine, fondé à Jérusalem au milieu du XIe siècle par des marchands amalfitains. Le supérieur, Frère Gérard (appelé par erreur de traduction Gérard Tenque), crée vers 1080, à côté du monastère, une nouvelle « hostellerie » (ou hospice) et une église dédiées dans un premier temps à saint Jean l'Aumônier puis lors de la militarisation de l'Ordre, à Jean le Baptiste. Son rôle est d’accueillir et de soigner les chrétiens venus accomplir un pèlerinage en Terre sainte.

Jérusalem est, à cette époque, sous domination musulmane. Lors de la première croisade en 1099, Jérusalem passe sous domination chrétienne.

Le bienheureux Gérard demande la reconnaissance de son « hostellerie » comme ordre monastique. Le pape Pascal II promulgue une bulle en ce sens le 15 février 1113[6]. Le bienheureux Gérard devient leur premier chef et le pape précise qu'à la mort de ce dernier, les membres de l'Ordre choisiront eux-mêmes son successeur[7].

En 1123, Raymond du Puy, succédant à un ou deux frère intérimaires qui dirigèrent l'Ordre après le décès de frère Gérard, dote les Hospitaliers d'une règle reposant sur celles de saint Augustin et de saint Benoît. La confrérie de l'Hôpital de Jérusalem devient un ordre militaire, à l'image de celui des Templiers[7]. Cette règle organise l'Ordre en trois fonctions, les frères clercs, les frères laïcs et les frères convers qui tous doivent les soins aux malades. Sous Alfonso de Portugal en 1205, ils étaient frères chapelains, frères chevaliers et frères servants. Cette organisation en trois classes sans subdivision restera toujours celle des Hospitaliers[8].

Comme les Templiers, les Hospitaliers vont alors jouer un rôle de premier plan sur l'échiquier politique du royaume de Jérusalem. En 1137, ils reçoivent de Foulques Ier, roi de Jérusalem, la garde de la forteresse de Bath-Gibelin ; en 1142 celle du krak des Chevaliers. Leur structure militaire et leurs places fortes en font une armée très efficace, même si elle n'hésite pas à s'ingérer dans la conduite du royaume de Jérusalem[9]

L'0rdre suit les vicissitudes des États latins d'Orient en Terre sainte et leur recul progressif vers la côte. En 1187, Saladin prend Jérusalem définitivement et les Hospitaliers s'installent à Saint-Jean-d'Acre. Le 28 mai 1291, les croisés perdent Acre à l'issue d'une bataille sanglante durant laquelle le grand maître hospitalier, Jean de Villiers, est grièvement blessé. Les Templiers et les Hospitaliers, avec les dernières forces franques, sont alors obligés de quitter la Terre sainte. Les Hospitaliers s'installent alors à Chypre[10].

Ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Chypre et à Rhodes[modifier | modifier le code]

L'Ordre se replie à Chypre où se trouve déjà le roi titulaire de Jérusalem, Henri II de Lusignan, lequel voit d'un mauvais œil une organisation aussi puissante s'installer sur son royaume. Là, l'Ordre instaure, en 1301, une structure élaborée pour ses possessions en Occident fondée sur les « Langues ». Les Hospitaliers sont répartis en fonction de leurs origines en « Langue » de Provence, d'Auvergne, de France, d'Aragon, de Castille, d'Italie, d'Angleterre, d'Allemagne[11]. Chaque langue élit à sa tête un bailli conventuel, appelé pilier.

En 1306, le pape Clément V autorise les Hospitaliers à armer des navires. Les Hospitaliers développent la grande flotte qui fait leur réputation et qui, associée à leur organisation, exemplaire pour l'époque, leur permet de tirer un grand profit de leurs possessions en Occident, cela les autorisant à entretenir l'espoir d'une reconquête de la Terre sainte[10].

Entre 1307 et 1310, l’Ordre, dont la rivalité avec le roi de Chypre ne cesse de croître, décide la conquête de l’île de Rhodes (alors sous souveraineté byzantine[12]) qui devient le nouveau siège de l'Ordre. En 1311, ils renouent avec leurs origines en créant le premier hôpital de l'île de Rhodes[13].

Siège de Rhodes en 1480

Le 2 mai 1312, la richesse de l'Ordre s'accroît encore par le transfert ad providam des biens des Templiers, (à l'exception de leurs possessions d'Espagne et du Portugal, où deux ordres naissent des cendres de l’ordre du Temple, l’ordre de Montesa et l’ordre du Christ). L’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem transforme son action militaire en guerre de course, alors peu différente de la piraterie. Signe d'un enrichissement des Hospitaliers en même temps que d'une conquête de souveraineté, l'Ordre se met à battre monnaie à l'effigie de ses grands maîtres[14].

Mais, pendant que les Hospitaliers exercent un contrôle maritime sur la mer Égée, la dynastie ottomane conquiert peu à peu les territoires riverains. En 1396, une croisade soutenue par l'Ordre essuie un échec sanglant à Nicopolis. Après cet échec, tout espoir de reconquête des lieux saints est définitivement perdu. En 1440 et en 1444, l'île de Rhodes est assiégée par le sultan d'Égypte, mais les chevaliers de Rhodes repoussent ces deux attaques[13].

En 1453, le sultan Méhémet II s'empare de Constantinople ; le grand maître Jean de Lastic se prépare à un siège. Celui-ci ne survient qu'en 1480[15] et le grand maître Pierre d'Aubusson repousse à trois reprises l'assaut des troupes du pacha Misach, ancien prince byzantin converti à l'Islam, grâce à des secours en provenance de France, conduits par le propre frère du grand maître, Antoine d'Aubusson.

Le siège décisif a lieu en 1522[16]. Le sultan Soliman le Magnifique assiège pendant cinq mois la ville de Rhodes avec 200 000 hommes et ne parvient à la prendre qu'à la suite de la trahison du grand chancelier d'Amaral. Impressionné par la résistance héroïque du grand maître Philippe de Villiers de L'Isle-Adam, il accorde libre passage aux chevaliers rescapés. Emportant dans trente navires leur trésor, leurs archives et leurs reliques, dont la précieuse icône de la Vierge de Philerme les chevaliers quittent définitivement la Méditerranée orientale le [13].

Ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte[modifier | modifier le code]

Siège de Malte en 1565

Les Hospitaliers entament, en 1523, une errance de sept années qui les conduit d'abord à Civitavecchia, en Italie. En 1528, le pape Clément VII, ancien Hospitalier, les héberge à Viterbe ; mais, finalement, ils partent pour Nice peu de temps après[17].

L'empereur Charles Quint, comprenant l'utilité que peut avoir un ordre militaire en Méditerranée face aux avancées ottomanes (Alger est conquis par le célèbre Barberousse en 1529), confie à l'Ordre l'archipel de Malte, dépendance du royaume de Sicile, par un acte du 24 mars 1530, faisant du grand maître de l'Ordre le prince de Malte. Ainsi les Espagnols leur cède la forteresse de Tripoli (qui sera prise par les Ottomans en 1551).

L'Ordre se transforme alors en une puissance souveraine qui prend de plus en plus d'importance en Méditerranée centrale.

Le général Bonaparte débarque à Malte au nom de la République française et s'empare de l'île. Il expulsera le grand maître et les chevaliers de l'île de Malte . À la suite de cette expulsion, l'Ordre se place sous la protection de Paul Ier de Russie.

Ordre de Saint-Jean de Jérusalem en Russie[modifier | modifier le code]

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Éclatement de l'Ordre[modifier | modifier le code]

À la mort de Paul Ier, s'ensuit une période noire pour l'Ordre jusqu'à son éclatement.

C'est l'ordre souverain de Malte qui prend en 1961 la suite de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem[18]. L'ordre souverain de Malte ne reconnait comme issus de l'ancien Ordre que quatre ordres « non catholiques »[19].

L'Ordre des chevaliers hospitaliers réclame, lui aussi, une filiation légitime avec l'Ordre en Russie. Il a été créé en 1963 par Pierre II, ex-roi de Yougoslavie en exil. Comme l'Union Mondiale des Prieurés Autonomes Unis qui a vu le jour en 1908 aux Etats-Unis qui a fait valoir en justice une descendance remontant aux Ardennes-Lorraine, comme fondateur du Royaume de Jérusalem, et protecteur et grand maître, "jus sanguinis, Magestatis ethonorum", des prieurés et des commanderies de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Organisation de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Règle de l'Ordre[modifier | modifier le code]

Organisation hiérarchique[modifier | modifier le code]

Grands maîtres de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Depuis le Frère Gérard (dit par erreur de traduction Gérard Tenque), le fondateur de l'Ordre[20], l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem a à sa tête un supérieur nommé à vie. C'est en 1267, sous la magistrature de Hugues de Revel, que le titre de grand maître est accordé au supérieur de l'Ordre par un bref du pape Clément IV[21]

Organisation administrative[modifier | modifier le code]

Organisation territoriale[modifier | modifier le code]

L'organisation territoriale de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem va se construire au fil du temps, souvent en conséquence d'importants évènements historiques, en cinq niveaux territoriaux :

  • premier niveau : le territoire sur lequel les Hospitaliers possèdent ou détiennent la souveraineté - Rhodes ou Malte - sous la responsabilité du grand maître ;
  • deuxième niveau : les langues sous la responsabilité d'un bailli appelé aussi pilier  ;
  • troisième niveau : les grands prieurés sous la responsabilité d'un prieur ou grand prieur ;
  • quatrième niveau : les commanderies sous la responsabilité d'un commandeurs ;
  • cinquième niveau : les maisons périphériques (fermes, granges, moulins, vignes, etc.) qui relèvent d'une commanderie.

Après la perte de la Terre sainte et l'installation des Hospitaliers sur l'île de Chypre, le nouveau grand maître Guillaume de Villaret (1300–1305) crée sept zones territoriales pour regrouper les commanderies. Ces sept territoires sont alors calqués sur l'organisation en « langues » créées par décret capitulaire en 1301. Cette division administrative et organisationnelle de l'Ordre est confirmée par le grand maître Hélion de Villeneuve (1325-1345) lors du chapitre de Montpellier de 1327. Ces entités territoriales correspondaient plus ou moins à des zones linguistiques homogènes, les Espagnols et les Portugais se retrouvent au sein de la langue d'Aragon, les Polonais et les Slaves dépendent de la langue d'Allemagne sans pour autant parler la langue allemande[22].

Article détaillé : Langue hospitalière.

Avec la disparition de l'ordre du Temple en 1312 et la dévolution de leurs biens aux Hospitaliers, il devient nécessaire de généraliser une autre entité territoriale, les prieurés. Les langues territorialement étendues ou disposant d'un nombre important de commanderies pour être correctement gérées, sont divisées en prieurés. En juillet 1317, le grand maître Foulques de Villaret étant contesté, c'est le pape Jean XXII qui décide le démembrement de la langue de France, devenue trop importante, en trois prieurés en créant, en plus du grand prieuré de France, deux autres prieurés, celui d'Aquitaine et celui de Champagne.

Signes distinctifs de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Vêture[modifier | modifier le code]

Héraldique[modifier | modifier le code]

Armes de La Religion

Vexillologie[modifier | modifier le code]

Drapeau de l'Ordre

Sigillographie[modifier | modifier le code]

Sceau de La Religion

Numismatique[modifier | modifier le code]

30 Tari du grand maître Pinto

L'Ordre commence d'émettre sa propre monnaie vers 1310 en même temps qu'il acquiert la souveraineté avec son installation sur l'île de Rhodes[23]. C'est le moment où l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem s'enrichit fortement. Ces pièces sont frappées aux portraits des grands maîtres de l'Ordre sur le verso tandis que sur le recto se trouve une croix qui ne sera la croix à quatre branches bifides typique de la croix de Malte qu'à partir de 1520[23].

Le système monétaire maltais trimétallique est constitué de pièces en cuivre, en argent et en or selon un acte interne datant de 1530[23]. Au XVIIIe, ce système est remis en question par une forte émission de pièces en argent[23]. La monnaie maltaise était constituée de scudi (écus), de tari (tares) et de grani (grains) avec pour valeur : scudo = 12 tari = 240 grani[23].

Le rayonnement de l'Ordre[modifier | modifier le code]

L'Ordre, nouvelle puissance maritime[modifier | modifier le code]

bateau de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem

Arrivés dans l'île de Chypre et installés à Limassol, les Hospitaliers se rendent compte que la ville est ouverte à tous vents aux saccages des corsaires arabes. Le chapitre général ayant refusé l'installation en Italie pour rester au plus près de la Terre sainte à reconquérir, il devient évident qu'il faille armer une flotte capable de défendre l'île mais aussi d'attaquer sur mer. En Terre sainte, l'Ordre armait quelques bâtiments qui permettaient aux membres de l'Ordre de se déplacer et de convoyer des pèlerins. Un certain nombre de ceux-ci se retrouvent à Chypre ayant ramené les réfugiés et les frères de Palestine et d'autres amené d'Europe les participants au chapitre général[24].

« Bientôt on vit sortir des différents ports de l'île plusieurs petits bâtiments de différentes grandeurs, qui revenaient souvent avec des prises considérables, faites sur les corsaires infidèles » écrit l'historien de l'Ordre Giacomo Bosio (1594-1602)[25]. Établis sur une île, ils n'ont pas d'autre moyen pour continuer le combat que d'aller sur mer et le combat naval permettait de se payer sur l'ennemi. Si des corsaires infidèles sillonnaient les mers pour enlever des pèlerins, le prétexte était parfait pour justifier une guerre de course. Ces deux nouvelles activités de l'Ordre, la marine et la course, vont donner les moyens d'une nouvelle puissance aux Hospitaliers[26].

Le pape Clément V autorise en 1306 le nouveau grand maître Foulques de Villaret (1305–1319) à armer une flotte sans l'autorisation de Henri II roi de Chypre. L'Ordre dispose alors de deux galères, une fuste, un galion et deux dromons. Dans cette région de la Méditerranée orientale, les côtes très découpées, peu accessibles par terre, et la présence de nombreuses îles procurent de nombreux repaires aux corsaires favorisant tous les trafics commerciaux mais aussi humains. À cette période, l'île de Rhodes est un refuge sûr pour tous ces trafics[27].

L'Ordre et la culture[modifier | modifier le code]

Portrait d'Alof de Wignacourt, 54e grand maître de l'ordre, peint par Le Caravage qui fut un éphémère chevalier de Malte

Le rayonnement de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem fait de l'île au XVIe et XVIIIe siècle un lieu de rencontre et de raffinement où se croisèrent de nombreux artistes[28] tel Le Caravage, Rubens, Baccio Bandinelli, ou encore Mattia Preti.

De plus, l'Ordre accumule de très nombreux trésors baroques au XVIIIe siècle : on y trouve en particulier des tapisseries exécutées par les Gobelins entre 1708 et 1710[28].

La grande bibliothèque de Malte construite entre 1786 et 1796[28] selon les plans de Stefano Ittar, est inaugurée après le départ des Chevaliers en 1812 par les Anglais. Elle recélait en 1798, 80 000 livres[28] et toutes les archives de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

L'Ordre et la médecine[modifier | modifier le code]

Du XVIe au XVIIIe siècle, les Hospitaliers vont développer de manière très importante les techniques de médecine et de chirurgie comme des éponges imbibées d'opium que les malades suçaient jusqu'à s'évanouir[29].

Mais tout commence réellement avec l'Hospital de Jérusalem, puis avec celui de Rhodes. En 1523 les Hospitaliers innovent dans la médecine d'urgence en créant le premier navire hôpital avec la caraque Santa Maria[30] ; ils inventent les infirmeries de campagne sous des tentes afin de pouvoir soigner les militaires blessés durant la guerre contre le corsaire ottoman Dragut en 1550[30].

Parallèlement, entre 1530 et 1532, le grand maître Villiers de L'Isle-Adam crée une « Commission de santé » composée de deux chevaliers et de trois notables[30] et recrée un grand hôpital la Sacra Infermeria (la Sacrée Infirmerie) et une apothicairerie à Malte[30].

En 1595, une école de médecine est créée[31] puis en 1676, c'est l'école d'anatomie et de chirurgie[31], puis l'école de pharmacie de Malte en 1671[31] et enfin en 1687, la bibliothèque médicale[31]. Mais c'est en 1771 qu'est créée la célèbre université de médecine[31] qui ajoutera au rayonnement des hospitaliers dans toute la Méditerranéenne mais aussi dans tout le monde occidental[31].

On peut également noter la création de l'école de mathématiques et des sciences nautiques au sein de l'université de Malte en 1782[31] ; puis, en 1794, la création de la chaire de dissection[31].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. document manuscrit conservé aux Archives vaticanes sous la cote Vat. Lat. 4852
  2. Alain Beltjens, in Prier et Combattre, p. 416
  3. Alain Demurger et Philippe Josserand in Prier et Combattre, p. 438
  4. Nicolas Vatin, in Prier et Combattre, p. 416
  5. Jürgen Sarnowski, in Prier et Combattre, p. 227
  6. Bertrand Galimard Flavigny, Histoire de l’ordre de Malte, Perrin, Paris, 2006, (ISBN 2-262-02115-5), p. 13.
  7. a et b B. Galimard Flavigny, op. cit., p. 28.
  8. Bertrand Galimard Flavigny, 2006, p. 32
  9. B. Galimard Flavigny, op. cit., pp. 36-37.
  10. a et b B. Galimard Flavigny, op. cit., p. 20.
  11. B. Galimard Flavigny, op. cit., pp. 50-54.
  12. B. Galimard Flavigny, op. cit., pp. 109-126.
  13. a, b et c B. Galimard Flavigny, op. cit., p. 331.
  14. Demurger, 2005, p. 467.
  15. Nicolas Vatin, L'Ordre de Saint-Jean-de Jérusalem, l'Empire ottoman et la Méditerranée orientale entre les deux sièges de Rhodes (1480–1522), coll. « Turcica » no 7, Paris, 1994. (ISBN 2-87723-161-5)
  16. Eric Brockman, The Two Sieges of Rhodes, 1480–1522, Londres, 1969.
  17. B. Galimard Flavigny, op. cit., p. 332
  18. L'ordre souverain de Malte, de son nom complet ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, date officiellement du 27 juin 1961 au moment de la promulgation et de la reconnaissance papale de la Charte constitutionnelle qui énonce dans son paragraphe 1 De l'origine et de la nature de l'Ordre, article 1 « L'Ordre Souverain Militaire et Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, dit de Rhodes, dit de Malte, issu des Ospitalarii de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem […] est un Ordre religieux laïque, traditionnellement militaire, chevaleresque et nobiliaire. » (cf. Charte constitutionnelle de l'ordre souverain de Malte sur son site (1961) p. 9).
    Nota : il est clairement indiqué « issu », cela ne veut pas dire « est »
  19. Les ordres de Saint-Jean sur le site officiel français de l'ordre souverain de Malte
  20. B. Galimard Flavigny, op. cit., p. 17
  21. B. Galimard Flavigny, op. cit., p. 50
  22. B. Gallimard Flavigny, 2006, pp. 50–52
  23. a, b, c, d et e B. Galimard Flavigny (2006) p. 291.
  24. B. Gallimard Flavigny, 2006, p. 141
  25. B. Gallimard Flavigny, 2006, pp. 71-72
  26. B. Gallimard Flavigny, 2006, p. 72
  27. B. Gallimard Flavigny, 2006, p. 142
  28. a, b, c et d B. Galimard Flavigny (2206) pp. 198–210.
  29. Paul Cessar (2005) La Sacra Infermeria The Mediterranean Conference Centre Publisher, Malta
  30. a, b, c et d B. Galimard Flavigny (2006) pp. 211–225.
  31. a, b, c, d, e, f, g et h B. Galimard Flavigny (2006) p. 332.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (fr) Bertrand Galimard Flavigny, Histoire de l’ordre de Malte, Perrin, Paris, 2006 (ISBN 2-262-02115-5) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (fr) Bertrand Galimard Flavigny, Les chevaliers de Malte. Des hommes de fer et de foi, Découvertes Gallimard, 1998
  • (fr) Gilles d'Aubigny et Bernard Capo, Les Hospitaliers de Malte, neuf siècles au service des autres, Ordre de Malte-France, 1999
  • (fr) Antoine Calvet, Les Légendes de l’hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, Ceroc no 11, 2000
  • (fr) Alain Demurger, Chevaliers du Christ, les ordres religieux-militaires au Moyen Âge, Seuil, 2002 ISBN 2-02-049888-X
  • (fr) Claire Éliane Engel, Histoire de l'Ordre de Malte, Nagel, 1968
  • (fr) Olivier Matthey-Doret, du Moine hospitalier du XIes. au Citoyen engagé au XXIes., Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon, commission héraldique et numismatique ;
  • (de) Robert Prantner, Malteserorden und Völkergemeinschaft, Duncker und Humblot, Berlin 1974, IS ;
  • (fr) Robert Serrou, L'Ordre de Malte, Éditions Guy Victor, 1963 ;
  • (de) Adam Wienand (Hrsg.), Der Johanniter-Orden, der Malteser-Orden. Der ritterliche Orden des hl. Johannes vom Spital zu Jerusalem, seine Geschichte, seine Aufgaben, Cologne 1988, ISBN 3-87909-163-3
  • (fr) Les Statuts de l'Ordre de l'Hôpital, Bibliothèque de l'École des chartes, Paris 1887
  • (fr) Eugène Mannier, Ordre de Malte: les commanderies du grand prieuré de France, Paris : Auguste Aubry & Dumoulin, 1872, 808p. [1]

Articles connexes[modifier | modifier le code]