Joyeuse Entrée

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Une Joyeuse Entrée est une cérémonie solennelle tenue, au Moyen Âge et pendant l'Ancien Régime, lors de la première visite d'un monarque régnant, prince, duc ou gouverneur dans une ville, au cours de laquelle les privilèges de la ville étaient confirmés ou octroyés. La tradition se perpétue de nos jours en Belgique.

Les joyeuses entrées sont une sorte de présentation des nouveaux souverains aux villes, qui donnaient lieu à des réjouissances et des fêtes. Les nouveaux souverains devaient prêter le serment de respecter la coutume de la ville. Ces fêtes se traduisaient par un parcours bien précis dans la ville, où toutes les corporations de métier, tous les organes administratifs, devaient se mettre en spectacle.

Cette cérémonie a été particulièrement importante dans le duché de Brabant et le comté de Flandre et plusieurs villes de Belgique ont ainsi de nos jours une avenue de la Joyeuse Entrée.

La Charte de Joyeuse Entrée (1356)[modifier | modifier le code]

La Charte de Joyeuse Entrée est un acte daté du 3 janvier 1356 qui confirme la Charte de Kortenberg et garantit l’indivisibilité du duché de Brabant et l’identité du Brabant face à un duc étranger. À l’époque, le nouvel an était fixé dans le Brabant au jour de Pâques, de sorte qu’il est parfois daté du 3 janvier 1355 (dans l’ancien calendrier julien et où l’année 1355 finit en mars). En effet, depuis cinq décennies, le gouvernement du duché de Brabant était régi par la Charte de Kortenberg, que le duc Jean II avait signée en 1312. Le 5 décembre 1355, le duc Jean III mourut en ne laissant que trois filles. Le duché de Brabant risquait d’être divisé entre les trois filles, situation qui risquait de mettre fin au Conseil de Kortenberg. Afin d’éviter cette situation, celui-ci élabora une charte, dite de Joyeuse Entrée, qu’il présenta à Jeanne de Brabant, la fille aînée de Jean III, et à son mari Venceslas Ier de Luxembourg, qui la signèrent. Cet acte de Joyeuse Entrée reprenait de nombreux articles de la Charte de Kortenberg et servit de base au droit public brabançon jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Il reprenait l’ensemble des privilèges accordés par les précédents ducs, ajoutant des clauses garantissant l’indivisibilité du duché et la spécificité brabançonne face à des ducs d’origine étrangère. De ce fait, c’était un document long, touffu et sans méthode. Son objet étant de limiter les pouvoir des ducs et de leurs officiers, elle était rédigée sous forme négative et limitative. Pour tout acte de politique étrangère (alliance, déclaration de guerre, cession de territoire et traité), le duc devait avoir le consentement de l’assemblée des trois ordres (noblesse, clergé et représentant des villes). La charte, comme celle de Kortenberg, garantissait à tous les Brabançons le bénéfice de la justice par droit et sentence. Tous les sujets étaient égaux devant la loi, mais celle-ci restait appliquée par quantité de tribunaux divers, selon les usages en cours au Moyen Âge. Aucune arrestation, sauf en cas de flagrant délit, ne pouvait être opérée sans décret judiciaire. De plus, aucun Brabançon ne pouvait être cité devant un tribunal étranger au duché. En politique intérieure, les représentants des trois ordres votaient les impôts, la frappe des monnaies et participaient à l’administration du duché. Des droits individuels (liberté personnelle, inviolabilité du domicile) étaient également garantis. Enfin, l’acte e question reprenait de la Charte de Kortenberg le droit de résistance au duc dans le cas où celui-ci ne respecterait pas ses engagements. En dépit de l’acte de Joyeuse Entrée, le seigneur du Comté de Flandre voisin, Louis II de Flandre, réclama le démembrement du duché, ce qui déclencha la Guerre de succession du Brabant (15 juin 1356 – 4 juin 1357), au cours de laquelle s’illustra le célèbre héros bruxellois Éverard t'Serclaes.

La charte de la Joyeuse Entrée de l'empereur Joseph II (1780)[modifier | modifier le code]

La chartre de la Joyeuse Entrée des provinces de Brabant et de Limbourg contient 59 articles reprenant les privilèges accordés depuis 1415[1]. Voici quelques articles de la Joyeuse Entrée de l'empereur Joseph II

Article 1er : Sa Majesté leur sera bon, équitable et léal Seigneur : elle ne les gouvernera pas par la force, ni par la volonté, ni autrement que par droit et sentence et devant les juges ordinaires.

III : Sa Majesté n'entreprendra pas de guerre pour causes concernant les pays de Brabant et de Limbourg, que du consentement des villes et pays de Brabant; elle ne prendra pas d'engagement tendant à rétrécir les limites ou à diminuer les droits, libertés ou privilèges du même pays.

IV : Sa Majesté prendra les titres et les armes de Lothier, de Brabant, de Limbourg et du Marquisat du Saint-Empire; d'après ces titres et armes, elle fera graver un sceau, distingué des autres par une marque notable, lequel devra toujours demeurer dans le Brabant, et dont on scellera toutes choses concernant les pays de Brabant et d'Outre-Meuse; sans en sceller d'autres; de puls, ces actes seront dépêchés par l'un des secrétaires de sa Majesté, ordonné pour les affaires de Brabant.

V : Sa Majesté composera son conseil de Brabant de sept personnes, dont l'une sera chancelier et scelleur, natif du Brabant, sachant les langues latine, wallonne et flamande, qui gardera le sceau de Brabant; quatre autres seront Brabançons, ou devront possèder une baronnie d'Estoc par eux-mêmes, ou du chef de leurs femmes; et deux autres pourront être étrangers, au choix de Sa Majesté, pourvu qu'ils sachent le flamand.

Par ce conseil, ainsi composé, et par les autres personnes que Sa Majesté trouvera bon d'y ajouter, Elle fera traiter et expédier toutes les affaires du pays de Brabant et d'Outre Meuse, concernant la justice, statuts, édits, ordonnances ou mandement; et ne sera ledit conseil soumis à d'autres ordres que ceux de Sa MAjesté ou de son gouverneur-général, ou gourvernante-générale.

Les conseillers et secrétaires, avant de prendre possession de leurs places, jureront aux Etats qu'ils ne concourront jamais à aucun acte tendant à aliéner ou à engager aucune partie des pays de Brabant ou de Limbourg sans le consentement des Etats.

LVIII : Sa Majesté confirme en général aux prélats, nobles, villes, et à tous ses sujets du pays de Brabant et d'Outre Meuse, tous les droits, franchises, privilèges, chartres, coutumes, usages et autres droits qu'ils ont, et qui leur ont été donnés par les Ducs et Duchesses de Brabant, ainsi que ceux dont ils ont joui et usé, nommément les additions à la Joyeuse Entrée du Duc Philippe-le-Bon, du 20 septembre 1451, et du 28 novembre 1457, ainsi que les additions de l'Empereur Charles V, des 12 et 26 avril 1515.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Par la suite, il est question des Joyeuses Entrées à Bruxelles, faites par les souverains du Brabant :

La Magna Carta anglaise, signée en 1215 est un équivalent contemporain de la Charte de Joyeuse Entrée.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Auguste Florent Gérard Essai sur les causes de la révolution brabançonne.

Liens externes[modifier | modifier le code]