Galère (navire)

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Galère de l'Ordre de Malte, reconstitution du Musée d'histoire navale de Venise (it).
Autre galère présentée au Musée d'histoire navale de Venise.

Une galère (du grec médiéval γαλέα / galéa) est un type de navire à voiles et rames, d'abord à usage commercial puis à fonction essentiellement militaire. Elle est mue par des galériens généralement esclaves ou repris de justice. Leur force musculaire est employée à actionner les rames, lorsque le vent ne souffle pas dans la bonne direction et lors de manœuvres d'attaques ou de parades.

Différents types de galères[modifier | modifier le code]

On distingue le nombre d'étages de rames (monère, un étage ; dière, deux étages ; trière, trois étages) et le nombre de rameurs par rame (quadrirème, quatre rameurs, quinquérème, cinq rameurs). Mais ce n'est pas aussi simple :

  • les pentécontères, premières galères construites, sont des monères birèmes (un niveau, deux rameurs par rame) ;
  • les birèmes sont en fait des dières « monorèmes » (deux niveaux, un rameur par rame) et sont donc l'opposé des pentécontères ;
  • les trirèmes sont en fait des trières « monorèmes » (trois niveaux, un rameur par rame) ;
  • les quadrirèmes sont en fait des dières « birèmes » (deux niveaux, deux rameurs par rame)[1] ;
  • On ignore quel était l'agencement exact au-delà des quadrirèmes. Les niveaux au-dessus (qui vont jusqu'à des « décirèmes ») sont nommés collectivement « polyrèmes ». On pense qu'il n'y eut jamais plus de trois niveaux (ce qui aurait complexifié la construction et aurait été moins stable)

D'autres galères plus récentes furent construites : dromons, fustes, galéasses, galiotes, liburnes

Les principales dispositions offensives et défensives que l'on peut trouver sur une galère sont le château, l'éperon et le corbeau.

Le vocabulaire maritime sur les galères est très différent du vocabulaire standard.

Galères par Pierre Puget- vers 1655

Histoire[modifier | modifier le code]

La galère a été, pour l'essentiel, employée en Méditerranée, par exemple à la bataille de Lépante, mais également sur les côtes de l'océan Atlantique et de la Manche à l'Époque moderne.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Dès le VIIe siècle av. J.-C., les Grecs construisent des vaisseaux de combat à voile et à rame. La trière développée à partir du pentécontère, devient dès le Ve siècle av. J.-C. le vaisseau de combat le plus efficace. Durant l'époque hellénistique a lieu une course au gigantisme avec les quadrirèmes puis les quinquérèmes, se faisant, Alexandre le Grand les équipera de catapultes.

Durant la première guerre punique, la flotte carthaginoise est équipée de quinquérèmes, que les Romains copient. Rome, qui préfère les trirèmes, réussit à en construire cent en deux mois en 261 av. J.-C.. Ils utilisent le corbeau, sorte de pont volant qu'on pouvait laisser tomber sur le bord du bateau ennemi pour lancer un abordage. Le nombre de rangs de rames a pu varier de 2 à 3. Ils démontrent la supériorité des trières sur les navires plus gros. Ces bateaux construits pour la Méditerranée, ont connu quelques succès également dans l'Atlantique.

À la bataille d'Actium, la flotte d'Auguste est équipée de liburnes, bateaux plus légers et dérivés des navires pirates de la côte dalmate avec deux rangs de rameurs faiblement décalés. Ces liburnes étaient spécialisés dans la lutte contre les pirates, seule menace maritime pour l'empire aussi bien en Méditerranée, dans Atlantique, la Manche, sur le Rhin et le Danube.

Si, au Ve siècle av. J.-C. à Athènes les rameurs étaient tous des citoyens libres, éventuellement renforcés par des métèques rémunérés, les Romains eux, utilisaient des marins, main-d'œuvre spécialisée, qui sont des hommes libres ou des esclaves.

Galères byzantines et turques[modifier | modifier le code]

À la chute de l'empire romain d'Occident, l'Empire byzantin assure sa suprématie sur la Méditerranée en faisant évoluer la galère vers le Dromon, un autre bâtiment léger. Les Arabes après avoir conquis la Syrie sont aussi à même de construire ces bâtiments. En 653, la flotte arabe, après s'être emparée de Chypre, infligeait une sévère défaite à la flotte byzantine sur les côtes de Lycie. Les Byzantins regagnent leur hégémonie maritime face aux Arabes en inventant le feu grégeois et en faisant grossir leurs vaisseaux. Au IXe siècle, celui-ci a deux rangs de rames largement séparées.

À la même époque, il existait d'autres types de dromons plus légers : le pamphyle, l'ousiakos et la galaia (qui allait donner son nom aux navires de combat), qui se caractérisent tous par l'usage de rameurs, de voiles et d'un éperon.

Byzance affaiblie par les Arabes laisse les Cités-États maritimes d'Italie se développer et acquérir leur propre flotte de birèmes puis de trirèmes. C'est à ce moment que la voile alla trina d'origine arabe remplace la voile carrée.

Époque classique[modifier | modifier le code]

La Galère amirale La Réale, gravure de 1697.
Vue arrière d'une galère, probablement de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem en 1765. (Marine au soleil couchant (détail), par Charles-François Grenier de Lacroix)

Vers 1290, Benedetto Zaccaria, un Génois, inventa la sensile. Une nouvelle technique de maintien des rames qui permet d'asseoir trois hommes sur un même banc. Ainsi, quelque 70 galères génoises à sensile écrasèrent une flotte de plus de 100 galères classiques vénitiennes au large de Curzola en 1297, sans presque aucune perte du côté génois. Cette technique allait rapidement s'imposer et seulement quelques changements mineurs, comme le remplacement des avirons de gouverne latéraux par le « timon à la bayonnaise » et l'apparition à l'avant d'un second mât, « l'arbre[2] de trinquet », eurent lieu avant la disparition des galères.

Vers 1450, on embarque de l'artillerie. Vers 1540, toutes les « réales » et toutes les « capitanes » étaient des quadrirèmes à quatre hommes et quatre rames par banc. Les techniques de rames évoluent et les galères s'alourdissent. Des galères imposantes appelées galéasses sont construites. Les galères françaises allaient souvent combattre les Anglais en Manche et en mer du Nord. Ceux-ci tentèrent alors de créer un type de navire mieux protégé mais capable de marcher à l'aviron, les « rowbarges » qui n'eurent que peu de succès face aux Français.

Durant le Moyen Âge les rameurs des galères étaient des volontaires[3] — comme dans presque toutes les flottes européennes — on était « marinier de rame » à bord d'une galère comme « marinier de voile » à bord d'un navire. À la fin de la guerre de Cent Ans (milieu du XVe siècle), Marseille installe un commerce régulier avec les « échelles du Levant » en Méditerranée orientale, le nombre des galères augmente alors considérablement ; parallèlement elles sont allongées pour transporter un maximum de marchandises, ce qui implique plus de rameurs et rapidement la pénurie. On va alors prélever des condamnés dans les prisons, et comme chacun y trouve son compte, cette ponction se transforme en peine de justice : dès le XVIe siècle on condamne directement aux galères. Il faut alors empêcher les évasions en enchaînant les condamnés à leur banc : avec l'apport d'un uniforme rouge, le galérien est né.

Les seigneurs provençaux propriétaires de leurs galères se sont fédérés en un « Corps des galères » à la fin du XVe siècle pour se mettre au service du roi de France dans ses Guerres d'Italie. À leur tête un Général des galères qui monte la plus belle des galères, la Réale. Ce Corps des galères fonctionne ainsi tout au long du XVIe siècle. Lorsque Richelieu crée vers 1626 la Marine de guerre, les galères opposent un refus absolu à leur intégration dans cette flotte de combat. Et ceci jusqu'en 1748.

À son apogée, entre 1690 et 1700, le corps des galères comprend quarante galères, douze mille rameurs, trois mille officiers et matelots, quatre mille soldats.

Les galères ne servaient guère que sur la Méditerranée et la Baltique au XVIIe siècle. Pour la France, elles avaient pour quartier général Marseille où se trouvait un arsenal des galères et où résidait l'intendant des galères. Elles allaient en même temps à la voile et à la rame. Les rames, très longues (douze mètres), étaient manœuvrées par cinq rameurs. Il y avait 51 bancs de rame sur une galère « ordinaire » (26 à droite et 25 à senestre), soit 255 rameurs.

Au XVIIe siècle, la domination s'effaça devant l'apparition du grand navire de guerre à voiles (nave, galion puis vaisseau) inattaquable par les galères, qui continuaient de garder leur avantage propre, à savoir, naviguer avec peu de vent ou de tirant d'eau et la rapidité en cas de vent contraire.

En 1748, le corps des galères disparaît en France et en Espagne. Les dernières galères russes participèrent pour la dernière fois à des combats dans le conflit de 1808 entre la Russie et la Suède.

Réplique d'une galère[modifier | modifier le code]

La réplique d'une galère lancée sur le Léman.

En 1258, les comptes de la châtellenerie de Chillon (Suisse) mentionnent l’existence d’une galère appartenant au comte de Savoie. Du XIIIe siècle jusqu’en 1720, des galères naviguent sur le Lac Léman pour le compte de la Savoie, de Genève et de Berne[4].

En référence à cette histoire, le 23 juin 2001 après cinq années de construction, la réplique simplifiée d'une galère du XVIIIe siècle a été lancée sur le Lac Léman à Morges (Suisse). Baptisé "La Liberté", ce navire effectue des croisières sur le Léman depuis cette époque[5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Age of the Galley: Mediterranean Oared Vessels since pre-Classical Times, John S. Morrison, 2004, Conway Maritime Press
  • La Science des galères, Barras de la Penne, 1667, musée de la marine.
  • Didier Chirat, Vivre et mourir sur les galères du Roi-Soleil, L'Ancre de Marine, 2007.
  • Jean Merrien, La vie quotidienne des marins au Moyen Âge, des vikings aux galères, Hachette, 1969.
  • « La Fleur de Lis », Galère 1690, Gérard Delacroix, 2008, monographie exhaustive sur la conception et la construction d'une galère ordinaire de Louis XIV illustrée de nombreuses figures et de 26 plans.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Morrison (2004)
  2. Dans le langage des galères, un mât se dit « arbre ». Le grand-mât est l'« arbre de mestre », le mat d'artimon l'« arbre de méjane ». Maurice Duron, Des mots de voile et de vent, Autrement (2003).
  3. On appelle « bonnevoglie » ces galériens volontaires. Maurice Duron, Des mots de voile et de vent, Autrement (2003).
  4. Voiles latines du Léman : Galère La Liberté, Cabédita 1998
  5. Site de la Liberté : http://www.galere.ch/