Encomienda

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L'encomienda était un système appliqué par les Espagnols dans tout l'empire colonial espagnol lors de la conquête du Nouveau Monde à des fins économiques et d'évangélisation. C'était le regroupement sur un territoire de centaines d'indigènes que l'on obligeait à travailler sans rétribution dans des mines et des champs : il s'agissait d'un « pseudo-servage »[1], d'une « forme rajeunie de régime seigneurial »[2]. Ils étaient « confiés » (« encomendados »), c'est-à-dire placés sous les ordres d’un « Encomendero », colon espagnol ainsi récompensé de ses services envers la monarchie espagnole[3] ; dans la pratique, celui-ci disposait librement des terres des indigènes, bien qu'elles appartinssent toujours à la Couronne[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premières répartitions eurent lieu en l'absence de Christophe Colomb, qui en accepta le principe en 1498. La Couronne ratifia l'état de fait en 1503 : les colons imposèrent leur choix ; les premiers bénéficiaires réduisirent les indigènes non pas à l'esclavage, sort qui sera plus tard réservé aux Noirs, mais au travail forcé.

Les indigènes, dans la mesure du possible, cherchèrent à fuir les mines et les champs car leurs conditions de travail étaient très difficiles et ils subissaient de mauvais traitements. Ceux-ci firent l'objet de critiques au sein même de la population des colons.

La recherche de l'or réclamait une importante main d'œuvre pour l'orpaillage. À partir de 1495, le fait d'imposer un tribut en métal précieux aux Arawaks donna une base juridique aux exigences de la colonisation. Les indigènes n'ayant pas d'or durent pratiquer l'orpaillage et l’encomienda apparut comme un moyen de les y contraindre.

En Espagne diverses tentatives de réformes visant à réglementer l'action des colons, renforcer l'autorité de la couronne et préserver certains droits aux indigènes furent menées. Les Lois de Burgos de 1512 furent une première tentative[4], qui s'avéra peu fructueuse. Vers le milieu du siècle, la lutte engagée par le dominicain Bartolomé de Las Casas pour défendre les indigènes et dénoncer des excès commis par les colons espagnols en Amérique (Brevísima relación de la destrucción de las Indias[5]) et la promulgation des Leyes Nuevas de Indias (1542) donnent lieu à la Controverse de Valladolid (1550-1551). Néanmoins la tentative de mise en application de ces dernières provoqua un soulèvement des encomenderos entre 1544 et 1548, menés par Gonzalo Pizarro. Pour rétablir son contrôle sur la région, Charles Quint n'eut d'autre choix que rétablir l’encomienda.

Le phénomène se généralisa au XVIIe siècle et détourna à son profit une bonne partie de la population qui se consacrait à la polyculture. Les cultures, surtout de manioc, se répartissaient sur de petits champs autour des villages et exigeaient des soins constants. Les Espagnols n'appréciaient pas le manioc et décidèrent donc d'importer d'Europe des produits alimentaires (vin, blé, animaux). De plus, il acclimatèrent sur le sol de Saint-Domingue du bétail, notamment des ovins, qui proliféra et dévasta la polyculture locale. On assista donc à un déclin des cultures vivrières. Une chute brutale de la population des Arawaks s'ensuivit.

Avec l'épuisement des ressources minières l'encomienda s'est peu à peu transformée pour ne reposer plus que sur l'agriculture, aboutissant à une concentration des propriétés terriennes en Haciendas[4], qui caractérisent encore aujourd'hui dans une large mesure le profil territorial agricole de nombreux pays d'Amérique hispanique.

L’encomienda fut officiellement abolie en 1791.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, tome 3 : Le temps du monde, Paris, Armand Colin, LGF-Le Livre de Poche, (ISBN 2253064572), 1993, p. 490.
  2. Joseph Pérez, Histoire de l'Espagne, Fayard,‎ 1996, 921 p. (ISBN 978-2-213-03156-9), p. 211
  3. Article Encomienda de l'Encyclopédie Universalis. Version en ligne consultée le 2 février 2012.
  4. a, b et c Article « Encomienda » de l'Encyclopædia Britannica, version en ligne consultable au 27 août 2010.
  5. « Le miroir de la cruelle et horrible tyrannie espagnole perpétrée au Pays-Bas par le tyran duc d'Albe et autres commandants du roi Philippe II », sur World Digital Library,‎ 1620 (consulté le 2013-08-25)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]