Antigermanisme

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Devanture d'un restaurant présentant une pancarte germanophobe le 18 mars 1939 à Somerville (Massachusetts).

L’antigermanisme (anti-germanisme, germanophobie, anti-allemand) est l'attitude d'hostilité envers l'Allemagne et les Allemands qui s'est développée particulièrement en France au XIXe siècle.

Ce sentiment connaît un essor particulier sous la Troisième République et est accentué par l'occupation du territoire français par les troupes nazies.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Caricature datant de la Première Guerre mondiale : un monstre à casque à pointe, aux mains tâchées de sang, essaie de s'emparer de la Terre.

Cette haine de l'Allemand ou de ceux qu'on surnommait les « boches », les « teutons », les « schleus », les « fritz » ou encore les « fridolins » ou les « frisés », s'explique notamment par l'annexion de l'Alsace et de la Moselle par la Prusse à la suite du conflit armé de 1870. Étroitement liée au revanchisme, cette idéologie est largement véhiculée par la presse, la littérature et les courants politiques nationalistes de l'époque. Elle trouve son point culminant avec le boulangisme, l'affaire Dreyfus (liée à une affaire d'espionnage allemand) et les accidents diplomatiques (Kiel, Tanger) qui ponctuent la première décennie du XXe siècle. Pour plusieurs, l'antigermanisme se confond également avec l'antisémitisme, l'anti-protestantisme et la haine des Lumières (Aufklärung). Le juif, le protestant et le philosophe (Kant en particulier) étant associés par stéréotype à la culture allemande.

L'approche imminente de la Première Guerre mondiale soulève à nouveau les passions anti-allemandes et des éditeurs parisiens comme la Nouvelle Librairie nationale et Bloud et Gay exploitent sans relâche cette forme de ressentiment en multipliant les publications haineuses envers l'ennemi (par exemple, la collection Pages actuelles 1914-1916 de Bloud et Gay propose des titres tels : Léon Daudet, Contre l'esprit allemand, 1916 ; Francis Marre, La Chimie meurtrière des Allemands ; Fernand Passelecq, Pour teutoniser la Belgique ; Jacques Bainville, La presse et la guerre. L'Action française ; Louis Arnould, Le duel franco-allemand en Espagne). L'illustrateur Jean-Jacques Waltz est également très connu pour ses dessins anti-allemands durant la Première Guerre mondiale.

Durant la guerre, l'antigermanisme touche également la Belgique. Après le Traité de Versailles, l'idéologie disparaît progressivement, mais les militants de l'Action française — Jacques Bainville en tête — restent insatisfaits du sort réservé à l'Allemagne après la guerre. Louis Dimier, par exemple, aurait souhaité un démantèlement systématique du pays en plusieurs provinces. Fidèle à leurs convictions revanchistes, Maurras et ses confrères poursuivront leur offensive en critiquant le Troisième Reich durant les années 1930.

Si l'attitude antigermaniste fut extrêmement répandue en France durant la Première Guerre mondiale, elle eut toutefois ses critiques. Elle fut rejetée par une bonne partie des militants socialistes qui défendaient des idéaux internationalistes et entretenaient des liens avec la social-démocratie allemande (Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg). Du côté des écrivains, Romain Rolland, favorable au socialisme, refusa fermement cette attitude et se réfugia en Suisse. Il fut d'ailleurs la tête de turc de nombreux polémistes français de l'époque.

S'il s'est surtout manifesté à droite et à l'extrême droite, l'antigermanisme a également été véhiculé par des personnalités de gauche qui se rallièrent à un certain nationalisme durant la guerre. Ce phénomène n'est pas étranger à l'Union sacrée de Clemenceau où plusieurs adversaires politiques suspendirent leurs hostilités « internes » pour se porter à la défense de la nation.

Maurice Barrès, Paul Déroulède, Charles Maurras (et Action française), Jacques Bainville, Léon Daudet ou Louis Dimier comptent parmi les plus célèbres représentants d'un antigermanisme lié à l'antisémitisme.

Au XXIe siècle en France[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, la germanophobie est liée au ressentiment durable vis-à-vis du IIIe Reich ; par ailleurs il affleure régulièrement lors de négociations dans le cadre de l'Union européenne, l’Allemagne, du fait de son rôle moteur dans l’économie européenne et de ses excédents commerciaux, étant parfois dénoncée pour imposer ses choix dans ce domaine.

En 2011, Arnaud Montebourg lorsqu'il critiquait la politique européenne d'Angela Merkel, la qualifiant de diktat, a été critiqué par l'UMP, Jean-François Copé notamment, qui l'accusait d'être germanophobe[1].

Germanophobie dans d'autres pays[modifier | modifier le code]

La germanophobie qui est également présente dans divers pays a des racines diverses :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Gautier, La Germanophobie, L'AENCRE, 1997.
  • Georges Valance, Petite histoire de la germanophobie, Flammarion 2014 244 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Germanophobie : Montebourg se lâche, le PS rétropédale, Francesoir

Article connexe[modifier | modifier le code]

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