Bertrand Saint-Sernin

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Bertrand Saint-Sernin est un professeur de philosophie et un spécialiste de l'histoire des sciences, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, ancien recteur d'académie.

Né en 1931 à Brest, il est agrégé de philosophie. Il a fait une carrière universitaire à Lille et à Paris, où il est professeur honoraire (Université Paris IV). Influencé par Simone Weil, Bergson et Malebranche, il est aussi spécialiste de la théorie des jeux et des philosophies de Cournot et Whitehead.

Le rationalisme qui vient[modifier | modifier le code]

Sur le modèle de l'investigation rousseauiste sur l'origine de l'inégalité entre les hommes, Saint-Sernin se propose d'identifier les causes de l'inégalité scientifique entre les nations, qui sont avant tout d'ordre social et historique (et non pas naturelles, étant donné que toute nation humaine a le même degré de probabilité de posséder des individus talentueux). Le Japon par exemple s'est montré très réceptif à l'enseignement européen qui a transité par les Hollandais, et s'est aussi doté d'une éducation démocratisée, répétant le geste de Jules Ferry[1]. En revanche, l'islam s'est montré moins ouvert et malgré une avance scientifique considérable prise au Moyen Âge, n'a pas connu de Renaissance de la même façon qu'en Europe, où la science s'est modernisée avec Galilée. Confessant son ignorance du Coran, Saint-Sernin identifie cependant quelques causes à l'absence de Renaissance en terre d'islam : les Croisades qui entraînèrent une « fermeture réciproque » de l'islam et de l'Occident ; le fait que les rapports entre la religion et la science n'ont pas été clarifiés ou nettement délimités, voire séparés ; la possible restriction de la liberté en comparaison avec le christianisme qui insiste sur la liberté de la personne individuelle ; le peu d'investissement économique dans les secteurs scientifiques et technologiques[2]. Saint-Sernin mentionne quelques tentatives de penseurs musulmans d'introduire de réformer la société et la philosophie, comme celle d'Ali Abderraziq qui interroge les fondements du pouvoir dans l'islam, à l'instar des Lumières. Saint-Sernin prend ainsi le contrepied de la démarche de Lévi-Strauss, qui insistait dans La Pensée sauvage sur l'incomparabilité des nations entre elles et le caractère arbitraire du choix d'un critère comme la technologie pour poser une « inégalité » (fut-elle sociale) entre les nations. Son concept de bricolage avait pour but justement de montrer que même les civilisations non occidentales ont développé une connaissance précise de leur environnement, en utilisant les symboles à leur disposition, comme toute civilisation.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les Mathématiques de la décision, PUF, Paris, 1973.
  • Le Décideur, Gallimard, Paris, 1979, préface de Raymond Aron.
  • L'Action politique selon Simone Weil, Éditions du Cerf, Paris, 1988.
  • Genèse et unité de l'action, Vrin, Paris, 1989.
  • Parcours de l'ombre. Les trois indécidables, Archives contemporaines, 1994.
  • La Raison au XXe siècle, Le Seuil, Paris, 1995.
  • Entretiens nocturnes sur la théorie des jeux, la poésie et le « nihilisme » chrétien, Le Cri, Bruxelles, 1997.
  • Cournot : le réalisme, Vrin, Paris, 1998.
  • Whitehead : un univers en essai, Vrin, Paris, 2000.
  • Philosophie des sciences I et II, avec Daniel Andler et Anne Fagot-Largeault, Gallimard, coll. « Folio », 2002.
  • La Raison, PUF, coll. « Que sais-je ? », Paris, 2003.
  • Le Rationalisme qui vient, Gallimard, Paris, 2007.
  • Blondel, Vrin, 2009.

Traductions et préfaces[modifier | modifier le code]

  • Quine, Logique élémentaire, tr. fr. J. Largeault et B. Saint-Sernin, Paris, Vrin, 2006.
  • Hempel, Éléments d'épistémologie, tr. fr. B. Saint-Sernin et préface d'A. Brenner, Paris, Armand Colin, 2012 (3è éd.).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Saint-Sernin, Le rationalisme qui vient, Gallimard, Paris, coll. « Tél », 2007, p. 174-177.
  2. Idem, p. 184-188.

Liens[modifier | modifier le code]