Georges Humann

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Jean-Georges Humann
Portrait de Jean-Georges Humann par Gabriel-Christophe Guérin (1790-1846).
Portrait de Jean-Georges Humann par Gabriel-Christophe Guérin (1790-1846).
Fonctions
Ministre des Finances
29 octobre 184025 avril 1842
Monarque Louis-Philippe Ier
Gouvernement Soult III
Prédécesseur Joseph Pelet de la Lozère
Successeur Jean Lacave-Laplagne
18 novembre 183418 janvier 1836
Gouvernement Mortier, de Broglie
Prédécesseur Hippolyte Passy
Successeur Antoine Maurice Apollinaire d'Argout
11 octobre 183210 novembre 1834
Gouvernement Soult I, Gérard
Prédécesseur Joseph-Dominique Louis
Successeur Hippolyte Passy
Pair de France
3 octobre 183725 avril 1842
Député du Bas-Rhin
23 juin 18302 octobre 1837
Député de l'Aveyron
22 mai 182816 mai 1830
Député du Bas-Rhin
13 novembre 18205 novembre 1827
Biographie
Date de naissance 6 août 1780
Lieu de naissance Strasbourg
Date de décès 25 avril 1842
Lieu de décès Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession financier
Religion catholique
Résidence Strasbourg

Georges Humann (Strasbourg, le 6 août 1780 - Paris, le 25 avril 1842), est un financier et homme politique français. Il fut plusieurs fois ministre des Finances sous la Monarchie de Juillet.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et ascension sociale[modifier | modifier le code]

Jean-Georges Humann est né le 6 août 1780 à Strasbourg, ville où son père — d'humble origine paysanne — était un modeste employé municipal. Il est frère de Jean-Jacques Humann, futur évêque de Mayence et de Louise Humann[1]. Apprenti dans une fabrique de tabacs à 14 ans, il devint bientôt épicier puis, à 19 ans, commissionnaire en roulage. Négociant en denrées coloniales (coton et produits alimentaires) sous le Premier Empire, période pendant laquelle il semble s'être livré à la contrebande[2], Humann amassa en quelques années une des premières fortunes strasbourgeoises, faisant de lui un notable incontournable ainsi que le modèle même du bourgeois parvenu.

Partisan du libéralisme économique, il fut nommé « député » (lobbyiste dirait-on de nos jours) par la chambre de commerce de Strasbourg (1814). Il fit alors campagne auprès des ministres et des parlementaires pour obtenir la libéralisation du tabac et la levée des restrictions au transit strasbourgeois. Malgré l'échec de ses démarches, cette mission lui donna l'occasion de se familiariser avec le monde politique de la Restauration.

Les années 1820 virent Humann se lancer dans de nombreuses affaires : il créa ainsi une compagnie d'assurances, développa une raffinerie de sucre et participa à la création d'une compagnie rhénane de navigation à vapeur. Il créa également une compagnie pour l'achèvement du « canal Monsieur » (1821) et participa à la création de la compagnie des Forges d'Audincourt (1824) et à celle des Salines de l'Est (1825), avant de devenir le second actionnaire (après Decazes) de la Société des houillères de l'Aveyron (1826). Il devint, à la même époque, le conseiller financier et l'ami de Victor Cousin.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Libéral modéré sous la Restauration[modifier | modifier le code]

Libéral sur le plan économique, Humann l'était aussi par ses idées politiques. Élu député du Bas-Rhin en 1820, il prit part aux débats parlementaires en tant que libéral modéré, défendant les acquis de la Révolution contre les idées réactionnaires des Ultras. Il condamna ainsi les mesures entravant la liberté de la presse et s'opposa à l'expédition d'Espagne (1823).

Réélu à Strasbourg (1824), il délaissa bientôt les polémiques politiques au profit des questions financières et adopta une attitude de plus en plus pragmatique, en prenant notamment ses distances avec le libéralisme de gauche incarné par Benjamin Constant, évoluant ainsi vers le centre-gauche et les doctrinaires menés par Royer-Collard. Cette tiédeur (jugée complaisante à l'égard du gouvernement Villèle, dont il avait soutenu le projet de conversion de la rente de 5 à 3 %) et sa réputation d'affairiste lui firent perdre les élections de 1827.

Il récupéra néanmoins un siège à la Chambre l'année suivante (1828), à la faveur d'une élection partielle dans l'Aveyron, département dans lequel il avait d'importants intérêts (en tant qu'actionnaire et président du conseil d'administration de la Société des houillères). S'il resta dans les bancs de l'opposition à la veille de la Révolution de 1830, signant notamment l'adresse des 221, sa modération et son goût de l'ordre lui firent craindre l'épreuve de force et l'amenèrent même à vouloir organiser le retour de Villèle[3]. Mais cette tentative de conciliation échoua et, au mois de juillet, les Trois Glorieuses portèrent la famille politique de Humann au pouvoir.

Partisan du Juste Milieu sous la Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Réélu député du Bas-Rhin, Humann fit partie de la commission parlementaire chargée de réviser la Charte (1830). Fidèle à sa ligne politique modérée, le député alsacien prit position pour le parti — alors majoritaire — de la « résistance » (conservateur) contre celui du « mouvement » (progressiste). Le mécontentement suscité par le nouveau régime (suffrage censitaire trop étroit, crise économique et sociale) se traduisit bientôt à Strasbourg par une manifestation d'hostilité envers Humann. En effet, le 4 juin 1831, des étudiants progressistes orchestrèrent un « charivari » qui tourna à l'émeute : la maison du député fut attaquée aux cris de « À bas Humann ! À bas le juste milieu ! » et la troupe dut intervenir pour disperser les manifestants. Réélu à la Chambre (1831), il participa à toutes les discussions financières et fut désigné rapporteur du budget de 1832.

Ministre des Finances[modifier | modifier le code]

Malgré ses problèmes de santé, Humann fut plusieurs fois ministre des Finances dans les gouvernements Soult I (1832-1834), Gérard (1834), Mortier (1834-1835), de Broglie (1835-1836) et Soult III (1840-1842). Il prônait un strict équilibre budgétaire qu'il pensait pouvoir obtenir par une combinaison harmonieuse de crédit et d'imposition, en évitant autant que possible d'avoir recours à des expédients : « L'abus de l'impôt tue le présent, l'abus du crédit dévore l'avenir ». Un autre de ses principes était de « faire rendre à l'impôt tout ce qu'il peut rendre ».

La question de la conversion des rentes[modifier | modifier le code]

Désireux d'alléger le poids de la dette publique, il proposa de sa propre initiative un nouveau projet de conversion des rentes. Or, le duc de Broglie, chef du gouvernement, et le roi craignaient de mécontenter la bourgeoisie rentière — assise sociale du régime — et acculèrent Humann à la démission (janvier 1836). La question de la conversion des rentes ayant finalement provoqué la chute du duc de Broglie et de ses autres ministres, le roi demanda à Humann de former un nouveau gouvernement. Peu enclin aux intrigues politiques et attaché au principe de solidarité ministérielle, Humann refusa. Élevé à la pairie en 1837, il fut rappelé au ministère des finances en octobre 1840.

Le recensement et l'« été rouge » de 1841[modifier | modifier le code]
Tombe de Jean-Georges Humann au Cimetière Sainte-Hélène de Strasbourg

Afin de redresser les finances publiques obérées par les dépenses militaires du gouvernement Thiers, Humann décida de faire appliquer avec plus de rigueur le prélèvement des contributions directes et, plus particulièrement, de l'Impôt sur les portes et fenêtres. À cette fin, il ordonna un recensement général des habitations et confia cette tâche aux agents du fisc plutôt qu'aux autorités municipales ordinairement chargées de la répartition de cet impôt. Ce projet et sa mise en œuvre provoquèrent, durant l'été 1841, une série de révoltes populaires mues par la crainte (abondamment relayée par des rumeurs) de l'oppression fiscale et le rejet de l'étatisme. Malgré ces émeutes, qui se cristallisèrent surtout autour de Toulouse, Bordeaux, Clermont et Lille, le recensement fut efficacement effectué dans la plupart des communes, révélant qu'un demi-million de propriétés bâties ne payaient pas l'impôt.

Atteint d'un anévrisme au cœur, Humann — que l'on surnommait le « Necker alsacien » — mourut le 25 avril 1842, alors qu'il était, assis à son bureau, en train de rédiger un document budgétaire.

Il est inhumé auprès de son fils Théodore au Cimetière Sainte-Hélène de Strasbourg.

Guizot a dit de lui : « C'était un homme d'un esprit élevé, de mœurs graves, d'une grande autorité financière, laborieux, ombrageux, susceptible, inquiet en silence, très soigneux de sa condition personnelle, portant dans la vie publique plus de dignité que de force et plus de prudence que de tact, conservateur par goût comme par position, trop éclairé pour ne pas être libéral autant que le comportaient les intérêts de l'ordre, et tenant bien partout sa place sans se donner nulle part tout entier.» (Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, Paris, Lévy, t.6, 1864, p. 383)

Famille[modifier | modifier le code]

Louise Humann (1766-1836), sœur de Georges Humann

Frères et sœurs[modifier | modifier le code]

Les parents de Georges Humann eurent treize enfants, dont :

Enfants[modifier | modifier le code]

Georges Humann eut, de son épouse Madeleine Heiligenthal, huit enfants dont :

Évocations et avatars littéraires[modifier | modifier le code]

  • Balzac se serait inspiré d'Humann (et, entre autres, du baron de Rothschild) pour construire, en 1834, le personnage du baron de Nucingen[4] : cet acteur de La Comédie humaine et le ministre des Finances, tous deux originaires d'Alsace, partagent également une même condition de parvenu trop vite enrichi sous l'Empire, de financier implacable élevé à la pairie sous le règne de Louis-Philippe.
  • Alexandre Dumas a glissé, au chapitre XXXIX (« Les Convives ») de son Comte de Monte-Cristo (1844), une allusion à la réputation d'ancien contrebandier et au passé d'ancien représentant des manufacturiers de tabac d'un ministre rendu impopulaire par sa volonté de réforme fiscale.
    Dans le passage en question, Albert de Morcerf reçoit son ami Lucien Debray, secrétaire au ministère de l'Intérieur :

« En attendant, mon cher Lucien, voici des cigares de contrebande, bien entendu ; je vous engage à en goûter et à inviter votre ministre à nous en vendre de pareils, au lieu de ces espèces de feuilles de noyer qu'il condamne les bons citoyens à fumer.
Peste ! je m'en garderais bien. Du moment où ils vous viendraient du gouvernement vous n'en voudriez plus et les trouveriez exécrables. D'ailleurs, cela ne regarde point l'intérieur, cela regarde les finances : adressez-vous à M. Humann, section des contributions indirectes, corridor A, no 26

Cette scène ayant lieu en mai 1838, Dumas commet un anachronisme : à cette date, Humann n'était pas au gouvernement.

  • Dans Les Misérables (1862), Victor Hugo nous présente le personnage de M. Gillenormand, grand-père de Marius. Ce vieux légitimiste n'a que mépris envers la Monarchie de Juillet et ses ministres : « Il se scandalisait de tous les noms qu’il voyait dans la politique et au pouvoir, les trouvant bas et bourgeois. Il lisait les journaux, les papiers nouvelles, les gazettes, comme il disait, en étouffant des éclats de rire. Oh ! disait-il, quelles sont ces gens-là ! Corbière ! Humann ! Casimir-Perier ! cela vous est ministre. Je me figure ceci dans un journal : M. Gillenormand, ministre ! ce serait farce. Eh bien ! ils sont si bêtes que ça irait !» (T. III, Livre 2, Chap. III).

Hugo commet ainsi à son tour un anachronisme : Humann ne fut nommé ministre qu'au mois d'octobre 1832, alors que l'action de la dernière partie du roman se déroule au mois de juin de cette année.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [Yves Marie Hilaire], Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine: Tome 2 L'Alsace de 1800 à 1962, Éditions Beauchesne, p. 215, 1987
  2. L'Alsace était effectivement une plaque tournante de la contrebande à l'époque du blocus continental. Humann aurait quant à lui tiré bénéfice d'un trafic de sucre (cf. Pierre-Joseph Proudhon, Qu'est-ce que la propriété ?, premier mémoire, Paris, Garnier, 1849, p. 31). Cette image de contrebandier est associée à Humann au moins depuis les années 1830 (cf. « Un discours », article du Courrier de Lyon, 30 octobre 1833, et « Le plus honnête homme du royaume », article de La Tribune, 8 février 1834).
  3. Inquiet de l'imminence d'une révolution qui pourrait déborder les libéraux sur leur gauche et causer de graves troubles sociaux, un groupe de députés centristes décida de déléguer Humann (centre-gauche) et Jean Félix du Marhallac'h (centre-droit) auprès de Villèle (dont Humann avait apprécié la politique financière) pour l'assurer de leur soutien et de la constitution d'une majorité parlementaire en cas de retour aux affaires de l'ancien chef de gouvernement. Cette rencontre, qui eut lieu le 31 mars, fut cependant sans effet, les scrupules de Villèle à l'égard de Polignac l'ayant dissuadé de mettre fin à sa retraite politique. Cette démarche est rapportée dans les Mémoires de Villèle, citées par Félix Ponteil (p. 73-75, cf. bibliographie).
  4. Selon Hans Bäckvall, « Le charabia « tudesque » dans l'œuvre de Balzac », Moderna Språk, 1970, p.392.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Adolphe Robert, Dictionnaire des parlementaires français..., Bourloton, Paris, 1889, vol. 3, p. 372-373.
  • Félix Ponteil, Un Type de grand bourgeois sous la monarchie parlementaire. Georges Humann, 1780-1842, Ophrys, Paris, 1977. (ISBN 2708004514)
  • Jean-Claude Caron, L'Été rouge. Chronique de la révolte populaire en France (1841), Aubier, Paris, 2002. (ISBN 270287858X)
  • André Humm, « Jean Georges Humann », in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 18, p. 1708
  • Notice biographique de Georges Humann, extrait de l'ouvrage Les ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, 2007, 624 p. (ISBN 9782110948076)

Liens externes[modifier | modifier le code]