Joseph-Marie de Gérando

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Joseph-Marie de Gérando

Joseph-Marie Degérando ou de Gérando, baron de l'Empire, né à Lyon le et mort à Paris le [1], est un linguiste, pédagogue et philanthrope français. Il compte également parmi les précurseurs de l'anthropologie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Originaire de Lyon, d'une famille de notables[2], il fait ses études chez les Oratoriens de la ville[1] et se destine à entrer dans les ordres, mais sa participation au mouvement fédéraliste lyonnais[2] l'oblige à fuir en Suisse puis à Naples pour avoir résisté contre les troupes de la Convention[1].

Revenu en France il s'engage dans l'armée du Rhin, à Colmar, où grâce à l'entremise de son ami lyonnais Camille Jordan (1771-1821), il se retrouve dans un cercle qui comprend les fils de Claude Perier, Augustin et Scipion, placés par leur père sous l'égide des frères Pfeffel, Théophile Conrad et Christian Frédéric, férus de pédagogie moderne. De Gérando se trouve ainsi dans un milieu où circulent à la fois les idées des lumières françaises et celles de l'Aufklärung allemande[2].

En 1795, l'amnistie du 4 brumaire an IV lui permet de s'établir à Paris. Il se fait connaître en participant à un concours de l'Institut de France dont il remporte le premier prix grâce à un essai sur le sujet suivant : De l'influence des signes sur la génération des idées[1]. Il y oppose les limites et les inexactitudes du langage naturel avec la rigueur formelle du langage mathématique, notamment algébrique[3].

Bien qu'il ait quitté Lyon, il conserve des liens avec Pierre-Simon Ballanche, Louis Furcy Grognier, Juliette Récamier et André-Marie Ampère, et reste administrateur de l'Hôtel-Dieu de Lyon.

Auteur d'un des premiers guides d'enquête ethnographique publié en 1800 par la Société des observateurs de l'homme, il dresse un grand tableau du domaine d'observation de l'ethnologie qu'il définit comme une science en posant les principes de ce qu'on a appelé depuis " l'observation participante" des peuples primitifs. Il rédige notamment des Considérations sur les diverses méthodes à suivre dans l'observation des peuples sauvages à l'intention des membres de l'expédition scientifique qui accompagnent le capitaine Baudin dans son exploration des terres australes. Ces instructions seront reprises dans le compte-rendu du voyage publié par François Péron et Louis de Freycinet en 1808[4].

Proche de Frédéric Ozanam, autre Lyonnais, il publie Le Visiteur du pauvre en 1824. Gérando fait de l'observation la condition même de l'étude des indigents et la mesure de la compréhension des "maladies morales" dont souffre la société. La "visite" n'a plus seulement une fonction de "charité", mais d'investigation ; la philanthropie devient une science empirique qui annonce la Méthode sociale et la sociologie des Ouvriers européens de Frédéric Le Play.

Par la suite, il devient vice-président du Conseil supérieur de la santé et administrateur de la Charité du XIe arrondissement de Paris.

Il participe en 1802 à la fondation de la Société d'encouragement pour l'éducation industrielle du peuple et à celle de la Société pour l'instruction élémentaire en 1815 aux côtés de Jomard. Gérando est alors proche des francs-maçons et s'implique auprès des partisans de l'éducation mutuelle comme le philanthrope Alexandre de Laborde. De Gérando voit dans la lecture un facteur d'intégration sociale et de lutte contre l'indigence, et non une voie d'accès au savoir et à la culture et se révèle proche de l'école sensualiste dans sa façon de concevoir l'émergence de la pensée et des idées. Le fonctionnement des écoles mutuelles révèle dès 1817 l'importance de l'analphabétisme, poussant De Gérando à rechercher des solutions propres à conserver les connaissances acquises. Il approfondit la connaissance de la communication par signes chez les sourds-muets.

Associé résident de la seconde classe de l'Institut national jusqu'en 1803, Gérando, par ses travaux sur Kant et sur les peuples sauvages, offre une synthèse des études ethnologiques et ethnographiques du dernier tiers du XVIIIe siècle. Il utilise ces éléments pour rédiger le mémoire, De la génération des connaissances humaines, qui remporte le prix de l'Académie de Berlin en 1802.

Attaché par Lucien Bonaparte au ministère de l'Intérieur, il est nommé en 1804 secrétaire général de ce ministère pendant 17 ans, accompagne en 1805 Napoléon en Italie, et introduit l'administration française en Toscane (1808) et dans les États romains (1809).

Nommé grand officier de la Légion d'honneur en 1810, il poursuit alors une importante carrière administrative, qui le conduit en 1811 aux fonctions de maître des requêtes au Conseil d'État, puis de conseiller d'État, et en 1812, à celles d'intendant de la Haute Catalogne. Il fut appelé en 1819 à la chaire de droit administratif nouvellement créée. Il sera également membre de la consulte d'état, à Rome[5].

En 1814, il est membre de la Société philosophique organisée autour de Maine de Biran et, en 1821, il est à l'origine de la création de l'École des chartes.

Soutenu par Lucien Bonaparte, Gérando devient membre du Bureau consultatif des arts et du commerce.

Membre de l'Académie des sciences morales et politiques depuis 1832 (section philosophie, fauteuil no 2), pair de France depuis 1837, il rédige en 1839 un Traité de la bienfaisance publique qui résume le sens de son action philosophique et politique. Il crée un ouvroir qui portera son nom.

Il est considéré par Jean Jamin comme le fondateur de l'anthropologie française[6].

Principales publications[modifier | modifier le code]

Les écrits de Gérando ont eu une certaine influence Outre-Atlantique, notamment sur des intellectuels tels que Henry David Thoreau, Margaret Fuller, et surtout Ralph Waldo Emerson, qui s'appuie sur le cadre conceptuel de Gérando pour développer ses idées dans son premier ouvrage Nature[7].

  • Des Signes et de l'Art de penser considérés dans leurs rapports mutuels, 4 vol., 1799-1800 Texte en ligne 1 2 3 4
  • De la Génération des connaissances humaines, mémoire qui a partagé le prix de l'Académie de Berlin sur la question suivante : Démontrer d'une manière incontestable l'origine de toutes nos connaissances..., 1802. Réédition in Corpus des œuvres de philosophie en langue française, Paris, Fayard, 1990
  • Considération sur les diverses méthodes à suivre dans l'observation des peuples sauvages, 1800
  • Le Visiteur du pauvre, 1824. Réédition : Jean-Michel Place, Paris, 1989. Texte en ligne
  • Histoire comparée des systèmes de philosophie, relativement aux principes des connaissances humaines, 4 vol., 1822 Texte en ligne 1 2 3 4
  • Du Perfectionnement moral, ou de l'Éducation de soi-même, 2 vol., 1824
  • De l'Éducation des sourds-muets de naissance, 2 vol., 1827 Texte en ligne 1 2
  • Institutes du droit administratif français, ou Éléments du code administratif, réunis et mis en ordre, 6 vol., 1829-1836 Texte en ligne : Supplément
  • De la Bienfaisance publique, 2 vol., 1839 Texte en ligne 1 2
  • Des Progrès de l'industrie, considérés dans leurs rapports avec la moralité de la classe ouvrière, 1841
  • Histoire de la philosophie moderne, à partir de la renaissance des lettres jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, 4 vol., 1847 Texte en ligne
  • Les Bons Exemples, nouvelle morale en action, avec Benjamin Delessert, 1858 Texte en ligne

Titres[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
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Blason Joseph-Marie de Gérando (1772-1842).svg
Armes du baron de Rathsamhausen et de l'Empire

Parti, au premier coupé d'azur et d'argent ; l'azur la bande d'or sénestrée d'une colombe d'argent, et adextrée d'une sphère du même ; l'argent à cinq branches nouées de sinople ; au deuxième d'argent chargée d'une fasce de sinople, à l'orle de gueules : franc-quartier des barons pris dans notre Conseil d'Etat brochant au neuvième de l'écu.[8]

  • Livrées : les couleurs de l'écu. Le verd en bordure seulement[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Encyclopédie Catholique
  2. a, b et c Chappey
  3. [1](en) Measure of Ideas, Rule of Language: Mathematics and Language in the 18th Century, p. 137
  4. François Péron et Louis-Claude Desaulse de Freycinet, Voyage de découvertes aux Terres Australes, sur les corvettes le Géographe, le Naturaliste, et la goelette le Casuarina pendant les années 1800, 1801, 1802, 1803 et 1804, Paris, 1807, Imprimerie Royale
  5. L'Almanach impérial pour l'année 1810
  6. Aux origines de l’anthropologie française
  7. Voir en:Joseph Marie Degerando
  8. a, b et c « BB/29/968 page 231. », Titre de baron accordé par décret du 15 août 1809, à Joseph, Marie, de Gérando. Paris (17 mars 1811)., sur chan.archivesnationales.culture.gouv.fr, PLEADE CHAN : Centre historique des Archives nationales (France) (consulté le 31 mai 2011)
  9. « Degérando (Joseph-Marie, baron) », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ 1889 [détail de l’édition]
  10. a et b « Gérando, Joseph Marie de, (1772-1842) », sur www.napoleonica.org (consulté le 31 mai 2011)
  11. « Notice no LH/1117/38 », base Léonore, ministère français de la Culture

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Berlia, Gérando, sa vie, son œuvre, Paris, 1942
  • Jean Copans et Jean Jamin, Aux origines de l’anthropologie française, Paris, Le Sycomore, 1978. Édition revue et augmentée, Paris, Jean-Michel Place, 1994.
  • Winfried Busse et Jürgen Trabant (éd.), Les Idéologues : sémiotique, théories et politiques linguistiques pendant la Révolution française : proceedings of the Conference held at Berlin, October 1983, Amsterdam & Philadelphia, J. Benjamins, 1986
  • Jean-Luc Chappey, La Société des observateurs de l'homme, 1799-1804 : des anthropologues au temps de Bonaparte, Paris, Société des études robespierristes, 2002 (ISBN 2908327457)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]