Bibliothèque de la Pléiade

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Quelques tomes de la bibliothèque de la Pléiade.

La bibliothèque de la Pléiade est une des collections majeures de l'édition française, publiée par les éditions Gallimard. Elle constitue une référence en matière de prestige, de qualité rédactionnelle et de reconnaissance littéraire des écrivains. Être publié dans « la Pléiade » représente une sorte de consécration pour les écrivains et seul un nombre réduit l'ont été de leur vivant[1]'[2]. Des volumes de Borges, Céline, Giono, Sartre et Claude Simon étaient en cours de réalisation avec leur collaboration au moment de leur mort. Actuellement, elle publie non seulement les œuvres majeures de la littérature française, mais également de la littérature mondiale.

Sa reliure en cuir pleine peau et dorée à l'or en fait une édition de luxe, mais pas végane. Imprimés sur papier bible, les exemplaires sont très compacts[3].

La bibliothèque de la Pléiade, dont cet article traite, est distincte des autres publications estampillées La Pléiade, telles que les albums de la Pléiade, l'Agenda, l'encyclopédie de la Pléiade alors que l'usage fait que, par métonymie, on parle d'une Pléiade pour désigner un ouvrage issu de cette collection.

Article détaillé : Albums de la Pléiade.
Article détaillé : Encyclopédie de la Pléiade.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1931, un jeune éditeur indépendant, Jacques Schiffrin des éditions La Pléiade/J. Schiffrin & Cie, crée une collection innovante : la bibliothèque de la Pléiade dont le nom évoque tout à la fois la constellation, le groupe des poètes du XVIe siècle[4] et un groupe de classiques russes[5]. Schiffrin père souhaitait offrir au public des œuvres complètes d'auteurs classiques en format poche compact. Le premier exemplaire paru est le premier tome de l'œuvre de Baudelaire, le 10 septembre 1931. André Gide et Jean Schlumberger, créateurs de la Nouvelle Revue française (NRF), s'intéressent au travail de ce nouvel éditeur et intègrent cette collection aux éditions Gallimard le 31 juillet 1933[6]. En 1939, André Gide est le premier à entrer de son vivant dans la collection avec la publication partielle de son journal[7]. En 1940, Jacques Schiffrin est licencié par Gaston Gallimard en raison des lois anti-juives et il s’exile aux États-Unis[8]. C'est alors Jean Paulhan qui prend la direction de la collection[8].

Rapidement, la Bibliothèque de la Pléiade développe l'appareil critique qui entoure le texte et offre une approche scientifique qui en fait une collection de référence. La parution, en 1953, des Œuvres d'Antoine de Saint-Exupéry fait entrer la Pléiade dans la cour des éditions à grand succès. Avec Les Portiques, le Club français du livre envisagea d'affronter Gallimard mais y renonça pour des raisons stratégiques. Au cours des années 1960, la collection s'étend à la littérature étrangère et explore des corpus nouveaux : textes sacrés, classiques asiatiques, textes philosophiques, etc. En 1999, Antoine Gallimard crée la Lettre de la Pléiade envoyées trimestriellement aux membres du Cercle de la Pléiade dont l'adhésion est libre et gratuite.

C'est aujourd'hui une collection à caractère encyclopédique, véritable référence dans le monde universitaire[4]. Caractérisée par la richesse de son contenu et la rigueur de sa forme, elle est considérée comme le « fleuron des éditions Gallimard »[4] et la « Rolls-Royce de l'édition »[8].

Directeurs littéraires depuis la création de la collection :

  • 1931-1940 : Jacques Schiffrin
  • 1960-1966 : Jean Ducourneau
  • 1966-1987 : Pierre Buge
  • 1988-1996 : Jacques Cotin
  • Depuis 1997 : Hugues Pradier

Les éditions Einaudi ont développé en 1992, en collaboration avec Gallimard, une édition identique en tout point à La Pléiade mais intégralement en italien dédiée principalement aux auteurs italiens (Tacite, Ovide, Machiavel, Ugo Foscolo, Cesare Pavese, Beppe Fenoglio...) et quelques auteurs étrangers (Blaise Pascal, Voltaire, Percy Bysshe Shelley, Alexandre Herzen, Rainer Maria Rilke, Samuel Beckett...). Intitulée Biblioteca della Pléiade cette collection possède actuellement une cinquantaine de volumes parus et des albums.

Le catalogue[modifier | modifier le code]

Au début 2014, la collection regroupe près de 800 ouvrages et plus 250 auteurs (hors ouvrages collectifs) :

Dans le catalogue, la mention « épuisé » signifie que le titre ne sera pas réimprimé (sauf exceptions). « Indisponible provisoirement » signifie que le titre sera réimprimé, mais à une date non fixée. Une « réimpression » est un retirage à l’identique, légèrement corrigé (correction des coquilles et des fautes qui ont pu se glisser dans le premier tirage) ; une « nouvelle édition » est une édition entièrement refaite, où tout est différent de la première édition (le plan, l’établissement du texte, l’appareil critique).

Les dix titres les plus vendus[modifier | modifier le code]

Les volumes les plus vendus dans La Pléiade. Il manque Apollinaire.

Selon le palmarès de la dernière mise à jour de mars 2007[9] :

  • Antoine de Saint-Exupéry : "Œuvres" (1953) : 340 000 exemplaires
  • Marcel Proust : "À la recherche du temps perdu", tome I (1954) : 250 000 exemplaires
  • Albert Camus : "Théâtre – Récits et Nouvelles" (1962) : 218 000 exemplaires
  • Marcel Proust : "À la recherche du temps perdu", tome II (1954) : 208 000 exemplaires
  • Paul Verlaine : "Œuvres poétiques complètes" (1938) : 207 000 exemplaires
  • Marcel Proust : "À la recherche du temps perdu", tome III (1957) : 198 000 exemplaires
  • André Malraux : "Romans" (1947) : 160 000 exemplaires
  • Guillaume Apollinaire : "Œuvre poétique" (1956) : 143 000 exemplaires
  • Blaise Pascal : "Œuvres complètes" (1936) : 135 000 exemplaires
  • Léon Tolstoï : "Guerre et paix" (1945) : 134 000 exemplaires

Domaines d'exploration[modifier | modifier le code]

  • 20 domaines linguistiques explorés (dont 22 auteurs anglais, 14 auteurs russes et 10 auteurs allemands)
  • Une prédominance d'auteurs du XXe siècle (75 auteurs) et du XIXe siècle (77 auteurs)
  • Plus de 30 anthologies, dont certaines bilingues (en allemand, anglais, italien, espagnol)
  • 11 nouveaux titres sont publiés par an en moyenne et 40 à 50 sont réimprimés[4]
  • 16 volumes pour la Correspondance et une partie de l'œuvre de Voltaire, qui possède donc le plus grand nombre de volume dans la collection. Il est suivi de Balzac avec 16 volumes actuellement, mais 18 à terme, quand les Œuvres diverses (trois volumes, dont deux déjà parus) et la Correspondance (trois volumes aussi, dont deux déjà parus) seront achevées. Saint-Simon et Dickens (9 volumes chacun). Gustave Flaubert comptera à terme 10 volumes : des Œuvres complètes en cinq volumes, dont trois déjà paru (il s'agit d'une nouvelle édition, qui remplace une ancienne édition d'Œuvres en deux volumes) et six volumes de Correspondance. Victor Hugo comptera aussi 10 volumes, quand les tomes IV et V des Œuvres poétiques seront publiés; toutefois ces 10 volumes ne couvriront pas l'ensemble des écrits hugoliens et on peut donc imaginer que ce nombre soit un jour dépassé. Le catalogue de la Pléiade compte 10 numéros attribués à Stendhal mais seulement sept correspondent à des volumes disponibles : les trois volumes de la Correspondance, parus dans les années 1960, sont non seulement épuisés, mais aussi rayés du catalogue, cas unique.

Esthétique de la collection[modifier | modifier le code]

Reliure d'un exemplaire avec son cordon marque-page couleur or.

Depuis sa création en 1931, la collection obéit à une charte de fabrication rigoureuse et extrêmement précise. Les dimensions de l'ouvrage sont de 11 × 17,5 cm. Les livres sont aujourd'hui imprimés sur papier bible opacifié couleur chamois (36 g) garanti plusieurs centaines d'années, cousus-collés, reliés sous couverture pleine peau souple et dorés à l'or fin (23 carats)[4]'[10]. Pendant la Seconde guerre mondiale, en raison des pénuries de cuir, la reliure est en toile à l'imitation du cuir. C'est le cas, par exemple, de Jeux et sapience du moyen âge (61e volume), paru en 1941. Si plusieurs imprimeurs se partagent les parutions, surtout Normandie Roto et Aubin, traditionnellement, la reliure est effectuée depuis 1931 par un unique prestataire, les ateliers Babouot[11] à Lagny-sur-Marne[4], qui réalisent environ 350 000 volumes par an[12]. La part de la reliure dans le coût total de fabrication du livre est de 50 %[4].

Charte intérieure[modifier | modifier le code]

Les livres de La Pléiade sont imprimés en caractères Garamond de chez monotype[13] de corps 9, une référence classique en matière de typographie adoptée en 1931[4]. La recherche de l'élégance esthétique est illustrée par les nombreuses ligatures qu'on retrouve au fil des pages. La finesse du papier impose un parfait calibrage de la mise en page et de l'impression : le moindre décalage de lignes entre un recto et un verso, mais aussi entre deux pages proches apparaît par transparence et pourrait gêner la lecture. Dans cette même optique de confort de lecture, le papier bible est d'ailleurs opacifié chimiquement.

Par ailleurs, l'utilisation du nombre d'or dans le calcul des blancs (dans les pages de titre, avant et après les titres et intertitres) a pour but de définir un parfait équilibre dans les pages de chaque ouvrage.

Aspect extérieur[modifier | modifier le code]

Quelques volumes de la Pléiade montrant le code couleur des siècles.

Depuis l'origine, l'extérieur des livres est vierge de toute inscription, sauf sur le dos qui ne présente que le nom de l'auteur et le contenu du volume (roman, œuvres complètes, théâtre, lettres...).

Depuis les tout débuts de la collection, la couleur de la reliure d'un volume dépend du siècle où a vécu son auteur. Le code des couleurs n'a jamais varié :

Trois exceptions à ce code, qui concernent des ouvrages d'un type particulier :

  • gris pour les textes de référence des principales religions monothéistes ;
  • rouge Churchill pour les anthologies ainsi que pour la première édition de la Comédie humaine de Balzac (l'édition actuelle respecte la couleur normale du XIXe siècle) ;
  • ponctuelles : noir pour la première édition des Mémoires de Saint-Simon (l'édition actuelle respecte la couleur normale du XVIIIe siècle), corinthe pour la deuxième édition de la Comédie humaine de Balzac (l'édition actuelle respecte la couleur normale du XIXe siècle) et crème pour la première édition des Œuvres poétiques complètes de Charles Péguy (l'édition actuelle respecte la couleur du XXe siècle).

Cette couleur est retrouvée sur la tranche supérieure des livres.

Le dos des livres de la Bibliothèque de la Pléiade est décoré par des filets dorés horizontaux (l'encyclopédie se différenciant par un dos décoré d'étoiles). La pièce de titre est écrasée pour améliorer sa visibilité. Particularité pour les œuvres du XXe siècle : la couleur havane étant trop proche de l'or, la pièce de titre est de couleur verte. Autre particularité pour les volumes de Jean-Jacques Rousseau, qui sont légèrement différents des autres du XVIIIe siècle : la pièce du titre, sur le dos, est noire au lieu d'être bleue comme le reste de la reliure.

Influences[modifier | modifier le code]

La Pléiade a inspiré la création en Italie d'un projet parfaitement similaire, I Meridiani, créé en 1969 par Vittorio Sereni pour l'éditeur Arnoldo Mondadori et dédié à la littérature italienne et mondiale, qui compte actuellement plus de 300 volumes. Dans les années 1970, le critique Edmund Wilson soutient le projet d'une collection similaire, intitulée Library of America, mais dédiée uniquement à la littérature américaine qui publie son premier volume en 1982[14]. Elle compte actuellement plus de 200 volumes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Parmi eux : René Char, Paul Claudel, André Gide, Julien Gracq, Julien Green, Eugène Ionesco, Milan Kundera, Claude Lévi-Strauss, André Malraux, Roger Martin du Gard, Henry de Montherlant, Nathalie Sarraute, Saint-John Perse, Marguerite Yourcenar et Philippe Jaccottet. Henri Michaux a décliné la proposition que lui avait faite Claude Gallimard; l'édition a été réalisée après sa mort.
  2. Entretien de Jérôme Dupuis avec Hugues Pradier, directeur éditorial de la collection (L'Express 7 février 2014.
  3. Cependant, selon les époques, la qualité du papier étant inférieure, l'épaisseur d'un même volume peut varier de quelques milimètres.
  4. a, b, c, d, e, f, g et h La Pléiade, une collection en or dans l'Express du 29 juillet 1999
  5. Avec la mort d'André Schiffrin, l'édition perd un « éditeur différent », Florence Noiville dans Le Monde du 2 décembre 2013.
  6. [PDF]L'histoire de la Pléiade « Mon ami Schiffrin » par André Gide sur le site de Gallimard
  7. Site officiel, catalogue par époque.
  8. a, b et c Mathieu Lindon, « La Pléiade, une histoire en 566 volumes », Libération,‎ 18 décembre 2010 (lire en ligne)
  9. D'après le site de la Bibliothèque de la Pléiade
  10. Les questions des lecteurs sur le site officiel.
  11. Cette entreprise est labellisée « Entreprise du patrimoine vivant » en 2013 pour son travail sur la Pléiade.
  12. La Pléiade bientôt labélisée par Valentine Ponsy sur le site de France 3 Paris Île-de-France le 8 janvier 2013.
  13. Fabrication d'une Pléiade : de la composition à l'impression dans La Lettre de la Pléiade no 4 de mars-avril 2000.
  14. (en) Books: A Library in the Hands dans Time du 3 mai 1982.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La Bibliothèque de la Pléiade - Travail éditorial et valeur littéraire, dir. Joëlle Gleize et Philippe Roussin, éditions des Archives contemporaines, 2009 (ISBN 978-2913000063).

Liens externes[modifier | modifier le code]