Suffrage universel
Le suffrage universel, principe d'expression de la volonté populaire, est le vote de l'ensemble des citoyens. Il fonde la souveraineté du peuple dans un régime démocratique. La formule « suffrage universel » a été utilisée, par Diderot dès 1765, dans le sens de « vote à l'unanimité »[1] puis par Guizot en 1828, dans le sens de « droit de vote attribué à tous les citoyens »[1].
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Histoire[modifier]
Le droit de vote permet aux citoyens d'un État d'exprimer leur volonté, à l'occasion d'un scrutin, et ainsi d'élire leurs représentants et leurs gouvernants ou de répondre à la question posée par un plébiscite ou un référendum. C'est un des droits civiques fondamentaux dans une démocratie.
Le siècle des Lumières[modifier]
Dans l'Ancien Régime, la monarchie française était dite de droit divin et la personne du roi son représentant sur terre; le roi était donc sacré.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, cette conception est remise en cause par les philosophes des Lumières, qui contestent explicitement l'absolutisme. Ces nouvelles idées se diffusent dans l'opinion publique naissante, grâce notamment à l'imprimerie, et à la presse. C'est une des causes de la Révolution française.
Parmi les grands philosophes du siècle des Lumières, John Locke a, le premier[réf. nécessaire], imaginé une séparation des pouvoirs, n'identifiant, cependant, que deux pouvoirs: le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif.
Vers 1748, Montesquieu, qui critiquait la monarchie absolue, a étendu le principe de la séparation des pouvoirs à un troisième pouvoir, le pouvoir judiciaire [3]. Cependant, Montesquieu, qui était un aristocrate, n'était pas partisan du suffrage universel.
Jean-Jacques Rousseau a critiqué la société d'ordres au nom de l'égalité et des droits naturels des êtres humains. Il fut donc un grand partisan de la démocratie directe. Il a dit, à propos des anglais qui avaient institués le suffrage universel quelque temps avant, "c'est bien, les anglais sont libre, un jour tous les cinq ans…". La personnalité politique qui développa cette idée dans les débuts de la Révolution française fut Sieyès, grand défenseur d'un régime dirigeait par une élite élue.
Extensions du droit de vote vers le suffrage universel[modifier]
Le suffrage universel se définit généralement par opposition à d'autres types de suffrages restreints qui limitent le droit de vote à une partie de la population en raison de la fortune, de l'éducation, du sexe, de l'âge, de la religion, de l'origine, de l'ethnicité (y compris la « race »), de l'orientation sexuelle, de l'identité sexuelle, de la nationalité, des condamnations pénales, basé sur l'égalité devant la loi.
Suffrage universel direct et indirect[modifier]
Le suffrage universel peut s'exprimer de deux manières :
- suffrage direct lorsque le corps électoral désigne directement son ou ses représentants (par exemple le président de la République française ou l'Assemblée nationale française),
- suffrage indirect lorsque le corps électoral élit un collège restreint de « grands électeurs », qui à son tour désigne le ou les représentants du peuple. Par exemple, le président des États-Unis ou les membres du Sénat français sont désignés par un mode de scrutin indirect.
Les premières assemblées modernes élues au suffrage universel[modifier]
États-Unis[modifier]
Chaque État des États-Unis dispose de sa propre constitution et de sa propre législation en matière de droit de vote. Toutefois, un certain nombre de règles ont été imposées aux États par le Congrès fédéral. À l'indépendance, le suffrage était limité aux hommes blancs propriétaires, et souvent aux protestants. Le premier État à abolir la condition de propriété fut le New Hampshire en 1792, le dernier fut la Caroline du Nord en 1856. Les dernières restrictions discriminant l'accès au droit de vote des Afro-Américains et des autres minorités n'ont été abolies que par le Voting Rights Act en 1965. La première entité à accorder le droit de vote aux femmes aux États-Unis fut le Territoire du Wyoming en 1869, ce droit fut étendu en 1920 à toutes les élections par le XIXe amendement. Le droit de vote fut abaissé à 18 ans en 1971 par le XXVIe amendement.
France[modifier]
Chronologie[modifier]
Le suffrage universel a été prévu, en France dans les constitutions suivantes :
- Constitution de la Convention (1793-1795) : Cette constitution n'a jamais été appliquée mais prévoyait l'application du suffrage universel masculin aux élections législatives et mettait en place l'usage du référendum.
- Constitution du Consulat et du Premier Empire (1799-1815) : La constitution consulaire du 22 frimaire an VIII permettait le recours au plébiscite (référendum), dont Napoléon Bonaparte usa à plusieurs reprises, pour modifier la constitution et établir le régime impérial.
- Constitution de la Deuxième République (1848-1852) : Élection du Président de la République au suffrage universel masculin. Le suffrage « universel » est établi par la Deuxième République en 1848, mais il exclut quand même les femmes, les militaires, le clergé et les Algériens. Le corps électoral, jusque-là restreint par le suffrage censitaire, passe de néanmoins de 246 000 à plus de 9 millions[4].
- Constitution du Second Empire (1852-1870) : Permettait le recours au référendum, grâce à Napoléon III, dans la tradition du Premier Empire (Napoléon I) ; en outre, s'agissant du Corps législatif, l'article 36 de la Constitution de 1852 disposait que « les députés sont élus par le suffrage universel ».
- Constitution de la Troisième République (1875-1940) : Élections de l'Assemblée nationale, et, pour l'essentiel, du Sénat, au suffrage universel masculin.
- Constitution de la Quatrième République (1946-1958) : Élection du Parlement au suffrage universel masculin et féminin.
- Constitution de la Cinquième République (depuis 1958) : Élection du Président de la République (à partir de 1962) et du Parlement au suffrage universel et possibilité d'avoir recours au référendum.
Un suffrage qui exclut une partie de la population en raison de son sexe (les femmes) peut être interprété comme non universel, puisque réservé aux hommes, ce qui est une discrimination sexiste.
Lors du suffrage universel direct, on vote directement pour choisir son représentant.
Les limitations à l'exercice du suffrage universel en France[modifier]
Expression de la volonté populaire d'une nation, le suffrage universel est réputé n'avoir de sens que s'il est réservé aux citoyens de cette nation. La loi fixe les conditions censées garantir la représentativité du suffrage :
- l'inscription sur les listes électorales
- toute personne présente le jour du vote ne peut voter, l'inscription aux listes électorales rendue obligatoire par la loi du 10 novembre 1997 (inscription d'office des personnes de nationalité française lorsqu'elles atteignent l'âge de 18 ans) est la condition de l'exercice de ce droit. La souveraineté populaire est la possibilité de décision du peuple en dernier ressort. Il est universel car il se déroule sans avoir recours à ses représentants élus (souveraineté nationale) ni aux partis politiques. Le citoyen vote individuellement et à bulletin secret. Un électeur ne peut être inscrit que sur une seule liste électorale, dans la commune où se trouve son domicile réel.
- la nationalité
- expression fondatrice de la citoyenneté et de la souveraineté populaire, le suffrage est réservé aux citoyens. Chaque citoyen est réputé posséder une fraction de la souveraineté nationale :les étrangers ne peuvent pas voter (bien que ce point soit sujet à débat actuellement pour certains groupes politiques, concernant les étrangers résidant en France depuis longtemps et concernant les élections dites "locales"). Il existe également certains cas particuliers; en pratique, un Français déchu de sa nationalité entre le jour d'émission de la carte électorale, et le jour du vote peut voter, alors qu'il n'est plus français.
- l'âge
- il faut avoir atteint la majorité électorale (civile et politique). L'âge requis a été abaissé à 18 ans depuis 1974 (21 auparavant).
- l'aptitude morale
- certains condamnés n'ont pas le droit de vote, ne pas jouir de ses droits civiques, civils et de famille signifie être « indigne de la qualité d'électeur » ; jugés « moralement indignes ».
- majeurs en tutelle
- du fait qu'ils ne jouissent pas de toutes de leurs facultés mentales, ces citoyens sont « incapables de discernement politique » (excepté s'il y a l'autorisation du chef de tutelle).
Notes et références[modifier]
- Définition de suffrage - Nouvelle Langue Française, 22 septembre 2009
- Article satirique paru dans Le Trombinoscope de Touchatout en 1876.
- Montesquieu - De l'esprit des lois, 1748
- Le droit de vote, histoire mouvementée d'un geste simple - Pascale Diard, Le Monde, 6 mai 2007 [doc]