John Locke

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John Locke (Wrington, Somerset, 29 août 1632 - Oates, High Laver (en), Essex, 28 octobre 1704) est un philosophe anglais, l'un des principaux précurseurs des Lumières. Sa théorie de la connaissance était qualifiée d'empiriste car il considérait que l'expérience est l'origine de la connaissance. Sa théorie politique est l'une de celles qui fondèrent le libéralisme[1] et la notion d'« État de droit ». Son influence fut considérable dans ces deux courants de pensée.

Biographie[modifier | modifier le code]

John Locke naquit près de Bristol le dimanche 29 août 1632. Son père, avoué, puis capitaine au service du parlement en 1648, fut ruiné pendant la guerre civile. Locke apprit le latin et le grec, et la philosophie d’Aristote à l’école de Westminster (16461652).

Il entra à Oxford en 1652. Il y avait alors une rivalité entre les platoniciens de Cambridge et les aristotéliciens d’Oxford. Depuis quelque temps, la connaissance traditionnelle était mise en cause par des philosophes tels que Francis Bacon, Thomas Hobbes et René Descartes.

Ce fut par la lecture de Descartes que Locke s’intéressa véritablement à la philosophie, vers 1659[réf. nécessaire]. Il fut également influencé par des savants tels que Robert Boyle et Sydenham. Lui-même souhaitait devenir médecin.

Locke fut lié d’amitié avec Lord Ashley, comte de Shaftesbury et ministre de Charles II. Il fut secrétaire du Board of Trade de 1672 à 1675, et s'intéressa, à ce titre, à la colonisation de l'Amérique. En tant qu'actionnaire de la Royal African Company, il s'est beaucoup investi dans la Traite des Noirs[2]. Entre 1675 et 1679, il voyage en France (Montpellier, Paris), étudie Descartes et fréquente les esprits les plus brillants du moment. En 1682, à la suite de la réaction tory, Shaftesbury et Locke sont exilés d’Angleterre et se réfugient en Hollande[3]. Locke revint dans son pays en 1689.

Théorie de la connaissance[modifier | modifier le code]

Locke était attiré par certains aspects de la science nouvelle, notamment le rationalisme cartésien, et il ne voyait guère d'utilité aux discussions scolastiques qui prenaient beaucoup de place dans les études à l'université d'Oxford[4].

Le but de Locke et sa méthode[modifier | modifier le code]

C'est à l'occasion de problèmes moraux et religieux que Locke s'engage dans une analyse critique des pouvoirs de l'entendement, afin de déterminer l'étendue de la connaissance humaine. Locke va se donner pour but de déterminer l’origine, les degrés de certitude et l’étendue des connaissances humaines, leurs fondements et les degrés de foi qu'on peut leur accorder, les opinions et les assentiments que l'on peut avoir.

Cette démarche exclut d’emblée les spéculations cartésiennes sur la nature de l’âme et ses rapports avec les mouvements physiologiques. En effet, l’examen porte seulement sur les facultés de l’homme et sur les objets qui se présentent à son esprit. Cette méthode devrait ainsi permettre de comprendre comment l’entendement forme des idées des choses, et par là, de voir quelles sont les bornes de la connaissance humaine.

La méthode consistera à observer les faits de l’âme et à décrire l’expérience de l’intériorité. L’analyse psychologique lockéenne sera ainsi une étude des idées. Cette entreprise est la première formulation précise et rigoureuse du problème critique[pas clair][réf. nécessaire].

Les idées[modifier | modifier le code]

Toutes nos connaissances sont faites d’idées, i.e., en un sens large, « tout objet que l’esprit aperçoit immédiatement »[5], ou « quoi que ce puisse être qui occupe notre esprit lorsqu’il pense. », ce qui est une définition très proche de celle de Descartes[Laquelle ?].

On peut résumer en deux questions leur analyse dans l’Essai sur l’entendement humain :

  • comment se forment nos idées ?
  • quel rapport nos idées ont-elles avec les choses ?

Mais Locke procède d’abord à une longue critique de la théorie des idées innées.

La critique des idées innées[modifier | modifier le code]

Puisque Locke se propose de rechercher l’origine de nos idées, la théorie des idées innées se présente naturellement à l’esprit. Or, pour Locke, toutes nos idées dérivent en réalité de l’expérience de nos sens et de notre réflexion. La réfutation de l’innéisme va lui permettre de justifier sa thèse.

Tout d’abord, selon l’innéisme, il y a des idées qui sont universelles : le principe d’identité, le principe de contradiction, l’idée que nous avons de Dieu, etc. Mais l’expérience nous montre de manière évidente le contraire : les enfants n’ont pas conscience de ces idées, et dans d’autres civilisations que la nôtre des prétendues idées morales innées sont totalement absentes. Sur ce point, l’innéisme est donc insoutenable.

Mais une idée innée est également une idée qui se trouve dans l’entendement. Or, si elle est dans l’entendement, elle doit être perçue ; d’où il suit que tous les hommes devraient avoir conscience des idées innées dès leur naissance, que ces idées devraient être leurs toutes premières idées, l’objet premier de leur esprit, ce qui est manifestement absurde. En effet : ou bien une idée non perçue par l’entendement n’a jamais été dans l’entendement, ou bien elle a été perçue et elle doit donc être connue. Une idée ne peut donc être dans l’âme sans y être objet de l’entendement. Par définition, l’idée est ce qui est dans l’esprit ; soutenir qu’une idée est dans l’âme sans être conçue, c’est dire que cette idée n’est pas une idée.

Il faut donc que toute idée innée soit immédiatement aperçue. Deux objections apparaissent ici : celle, déjà évoquée, de l'ignorance des idées innées dans laquelle se trouve une grande partie de l’humanité, ainsi qu'une autre : si certains hommes ne connaissent pas les idées innées, ils ne les reconnaissent pas plus – lorsqu'on en présente à l’entendement et qu’elles ne sont pas comprises immédiatement (ce qui arrive dans l’apprentissage) alors ces idées montrent leur caractère non inné.

Ce qui est donc critiqué par Locke, c’est la théorie que notre âme contiendrait passivement des idées indépendamment de l’expérience. Cette théorie critiquée n’est pas celle de Descartes ; en effet, pour Descartes, les idées innées sont des idées qui résultent de l’activité de l’entendement. Au final, on ne sait guère à qui Locke adresse ses critiques, peut-être aux platoniciens de Cambridge.

Origine de nos idées[modifier | modifier le code]

S’il n’y a pas d’idée innée, comment donc formons-nous nos idées ? Locke formule sur ce point la métaphore de la tabula rasa (white paper) pour décrire l'esprit humain avant son contact avec le monde. L’esprit ne contient donc aucun caractère [Quoi ?], aucune idée. Il ne reste ainsi plus que l’expérience et l'envie [Quoi ?] : seule l’expérience peut être le fondement de nos connaissances. La matière première de notre esprit est donc soit les objets extérieurs, donnant les idées qui viennent des sens ; soit la perception elle-même sur laquelle portent les opérations de la pensée elle-même, donnant les idées qui viennent de la réflexion. Dans les deux cas, les idées proviennent de l’expérience, directement ou indirectement.

L'action du monde extérieur sur nos sens, nous donne des idées des objets extérieurs tels que leur couleur, leur son ou leur forme : ce sont des idées de sensation. La sensation, expérience externe, est à l'origine des idées simples.
Lorsque nous recevons les sensations par le monde extérieur, notre esprit intérieur réfléchit sur ce que nous recevons : par exemple nous doutons, nous imaginons. C'est la réflexion, source des idées complexes : nous percevons les opérations de notre esprit sur les idées simples (la sensation) reçues.

Les idées simples[modifier | modifier le code]

Selon Locke les idées simples sont indivisibles et complètes, mais elles ne sont pas toujours claires ; elles sont sans mélange, homogènes et inanalysables : on ne peut donc ni les définir ni les expliquer. On ne peut non plus les communiquer, ni les connaître sans expérience personnelle. Données immédiates de l’expérience, ces idées sont les seuls matériaux de notre pensée.

Locke distingue deux types d’idées simples : les idées simples de la sensation et les idées simples de la réflexion.

Les idées simples de la sensation entrent par les sens sans aucun mélange, et elles sont toutes bien distinctes. Certaines de ces idées sont fournies par un seul sens, comme le son, la saveur, etc. D’autres nous viennent de plusieurs sens à la fois : le mouvement, l’espace, l’étendue, etc. À propos des qualités que nous percevons ainsi, Locke fait trois distinctions :

Il y a des qualités premières, que nous ne pouvons séparer des corps : par exemple, la solidité, le mouvement, etc. Ces qualités sont réellement dans la matière.

Les qualités secondes sont la puissance qu’ont les corps de produire en nous des sensations par leurs qualités premières : la chaleur, la couleur, etc. Nous les percevons directement. Ces qualités ne sont pas réellement dans les corps, et leurs apparences varient avec la portée de nos sens. Bien que nous jugions naturellement que ces qualités soient dans les corps, quand elles ne sont pas perçues, ces qualités n’existent pas. Sans un corps et une âme pour les percevoir, la chaleur, la douleur, etc. n’existent nulle part dans le monde.

Locke distingue une troisième sorte de qualité : la puissance que possèdent les corps de produire ou de recevoir des effets ou des changements tels qu’il en résulte pour nous des altérations de nos perceptions. Le feu transforme par exemple la matière, que nous percevons alors différemment. Ces qualités sont perçues indirectement et nous ne les attribuons pas naturellement aux corps.

Les idées simples de la sensation et de la réflexion sont des idées qui résultent de ces deux modes d’expérience : pour Locke, ce sont : le plaisir et la douleur, joints l’un à l’autre dans presque toutes nos idées ; l’inquiétude (uneasiness) ; la puissance ; l’existence et l’unité que nous concevons dans toutes les perceptions d’objets et par toute idée.

Les idées de réflexion peuvent être divisées suivant deux types d’action ; il s’agit de voir si l’on peut découvrir dans chacun des idées simples :

  • l’entendement, qui comprend la perception (avoir une idée), la rétention (rappeler ses idées qui, en dehors de cet acte, ne sont nulle part) et la distinction (capacité de concevoir une idée, d’abstraire, d’où le caractère fictif des idées générales qui n’ont d’existence que dans notre esprit).
  • la volonté : dans ce cas, il ne semble pas y avoir d’idées simples.

Ainsi, en résumé, nos idées simples, i.e. indivisibles, sont fournies à notre esprit passif par un ou plusieurs sens à la fois, ou sont obtenues par l’impression d’une réflexion seule, ou enfin par une réflexion et une sensation.

Les idées complexes[modifier | modifier le code]

Les idées complexes sont une combinaison d’idées simples. Locke distingue trois types d’idées complexes.

Les modes sont des idées complexes qui ne subsistent pas par elles-mêmes, mais sont comme des affections des substances. Les modes se divisent à leur tour en plusieurs types :

  • les modes composés d’un seul type d’idées simples. Ce sont des modifications d’une idée simple : par exemple, deux est l’unité répétée. L’espace vient de l’idée simple d’étendue : c’est l’idée sensible élaborée de distance. La durée nous vient de l’idée de succession ; le nombre, qui comporte une unité strictement déterminée ; l’infini qui se forme par l’addition sans fin du fini
  • les modes de pensée : l’esprit perçoit une grande variété de ses propres modifications quand il réfléchit sur lui-même. On trouve la perception, la mémoire, l’attention, etc.
  • les modes de la volonté : la puissance, la liberté comme puissance de commencer ou de ne pas commencer une action, de la poursuivre ou non.
  • modes mixtes : ce sont des idées indépendantes que l’esprit joint sans que ces modes aient d’existence sensible réelle (ex : le mensonge).

Les substances sont des idées constamment réunies considérées comme appartenant à un objet. La substance est un tout existant par lui-même, mais nous n’avons pas d’idée précise de la substance en général.

La relation est une comparaison telle que l’examen d’une chose contient la considération d’une autre. Les principales relations sont la causalité, l’identité et la diversité.

La connaissance[modifier | modifier le code]

Locke a donc établi, par cette analyse des idées, que toutes nos connaissances portent sur nos idées, sur les rapports qu'elles ont entre elles et sur leurs modifications. La connaissance consiste donc dans la perception que nous avons de la convenance ou de la disconvenance que nos idées ont entre elles. Connaître, c'est comparer des idées, découvrir quelles sont leurs relations, et juger.

Il distingue quatre sortes de convenances et de disconvenances qui correspondent à peu près à des domaines de la connaissance humaine :

Il distingue également quatre sortes de connaissance : des deux premières suit la certitude ; de la troisième l'opinion et la probabilité ; de la quatrième la foi.

Connaissance intuitive[modifier | modifier le code]

La connaissance intuitive est la perception immédiate de la convenance ou de la disconvenance des idées entre elles, sans idée intermédiaire. Cette intuition est évidente, et elle produit la certitude. Ainsi, toutes les idées claires et distinctes, i.e. les idées abstraites, sont-elles évidentes ; l'esprit conçoit immédiatement que chaque idée convient avec elle-même et qu'elle disconvient avec toutes les autres. Néanmoins, ces idées ne sont pas des axiomes de la pensée et des sciences. En effet, ces axiomes sont inutiles pour saisir des propositions particulières, et ils peuvent nous induire en erreur. Les idées abstraites sont évidentes du fait qu'elles sont notre œuvre, elles n'ont pas besoin d'être démontrées. Par exemple :

« Pour ce qui est de notre existence, nous l'apercevons avec tant d'évidence et de certitude que la chose n'a pas besoin d'être démontrée par aucune preuve. Je pense, je raisonne, je sens du plaisir et de la douleur ; aucune de ces choses peut-elle m'être plus évidente que ma propre existence ? Si je doute de tout autre chose, ce doute même me convainc de ma propre existence et ne me permet pas d'en douter. [...] Dans chaque acte de sensation, de raisonnement ou de pensée, nous sommes intérieurement convaincus en nous-mêmes de notre propre être, et nous parvenons sur cela au plus haut degré de certitude qu'il est possible d'imaginer. »

Connaissance démonstrative[modifier | modifier le code]

La connaissance démonstrative consiste à comparer des idées et en percevoir la convenance ou la disconvenance par le moyen d'autres idées qui sont des preuves pour la démonstration. C'est la raison qui perçoit ces liens entre les idées, en suivant le fil de la déduction. La déduction comprend plusieurs degrés :

  • découvrir des preuves ;
  • ordonner les idées avec clarté et convenablement en sorte que les connexions apparaissent avec évidence ;
  • percevoir ces connexions ;
  • enfin, conclure.

Dans le domaine de démonstration, ce sont les mathématiques qui sont le plus haut degré de la certitude, car elle comporte ces quatre degrés. Nous concevons intuitivement les idées abstraites des mathématiques, et ces intuitions claires et distinctes permettent d'en déduire des propriétés. En revanche, le domaine de l'expérience ne fournit pas de telles idées, il ne s'y trouve rien de certain et d'universel, tout y est contingent. Dans le domaine de la démonstration, Locke place également la preuve de l'existence de Dieu ; c'est, selon lui, la seule existence qui puisse être prouvée et cela, avec une certitude égale à celle des mathématiques. En effet, si nous considérons notre existence, nous savons que quelque être réel existe ; or, si le non-être ne peut rien produire, alors il y a un être qui existe de toute éternité.

Connaissance sensitive[modifier | modifier le code]

Nous avons une connaissance intuitive de notre existence et une connaissance démonstrative de l'existence de Dieu. Toutes les autres existences nous sont connues par les sens. L'idée que nous avons d'une chose n'entretient aucune connexion nécessaire avec l'existence même de cette chose ; la déduction de l'idée à l'existence est donc impossible. Il faut la présence d'un objet pour que nous puissions en connaître l'existence.

Philosophie politique[modifier | modifier le code]

La philosophie politique de Locke est considérée comme une étape fondatrice de la pensée libérale. Cette modernité est parfois contestée ; les raisons de cette contestation seront exposées plus bas.

Dans un premier temps, on peut décrire cette philosophie politique en quatre parties :

La loi naturelle[modifier | modifier le code]

Locke décrit ainsi l'état de nature :

« un état dans lequel les hommes se trouvent en tant qu'homme et non pas en tant que membre d'une société. » (Traité du gouvernement civil, §14)

Dans cet état, les hommes sont libres et égaux. En effet, aucun homme n'est soumis par nature à quiconque, car on ne peut être assujetti à la volonté arbitraire d'un autre homme, ni être tenu d'obéir à des lois qu'un autre instituerait pour lui : dans l'état de nature, nul ne détient d'autorité législative. L'égalité est une conséquence de cette liberté, car s'il n'existe aucun rapport naturel de sujétion personnelle, c'est par l'absence de distinction manifeste entre les hommes : tous ont les mêmes facultés.

Néanmoins, la liberté de cet état n'est pas licencieuse ; chacun est tenu d'en faire le meilleur usage exigé par sa conservation (§4). L'état de nature comporte donc déjà certaines règles. S'il n'y a aucune loi humainement instituée, tous les hommes doivent pourtant obéir à la loi de nature, loi qui est découverte par la raison (ou par la révélation) et qui est d'origine divine. Cette loi interdit aux hommes de faire tout ce qu'ils désirent ; ils ont le devoir :

  • de conserver leur propre vie, qui est un don de Dieu (§6);
  • de respecter la vie, la liberté, les biens d'autrui, car il est nécessaire à leur conservation que chacun veille à la subsistance du genre humain une fois que la sienne propre est assurée ;
  • de s'efforcer de mener une vie paisible et harmonieuse avec les autres ; la violence est ainsi interdite, sauf pour se défendre ou défendre autrui (§7);
  • de respecter la parole donnée et d'exécuter les contrats (§14).

La liberté est dans le respect de ces obligations prescrites par les lois de la nature, car c'est en leur obéissant que l'homme est conduit à faire ce qui est conforme à sa nature et à ses intérêts. La liberté n'est donc pas une absence d'obstacle extérieur à la réalisation de son désir, mais dans l'obéissance aux prescriptions divines découvertes par la raison.

La propriété[modifier | modifier le code]

Le passage de la loi naturelle à la propriété (dans un sens large) se fait par le droit. En effet, c'est dans la mesure où l'homme a des devoirs naturels qu'il est également porteur de droit devant lui garantir la possibilité de réaliser ses devoirs. Ses droits sont donc naturels, liés à sa personne, car ils sont fondés sur sa nature humaine, sur ce qu'exige la réalisation de ce à quoi il est naturellement destiné et que lui a révélé la loi divine.

Locke énonce trois droits fondamentaux :

  • droit à la vie et à fonder une famille ;
  • droit à la liberté ;
  • droit à la jouissance de ses biens et surtout à l'échange.

Ces droits définissent un domaine d'inviolabilité de la personne humaine ; leur caractère naturel exclut qu'il soit légitime d'en faire échange, ou de ne pas les reconnaître selon des conventions.

Parmi ces droits qui précèdent toutes les institutions humaines, Locke place donc la jouissance des biens. En effet, la propriété privée est nécessaire pour la conservation de la vie et l'exercice de sa dignité humaine. Il y a donc un droit de posséder tout ce qui est nécessaire à la subsistance.

Néanmoins, puisque le monde a été donné en commun aux hommes par Dieu, il faut expliquer la légitimité de l'appropriation individuelle :

« Bien que la terre et toutes les créatures inférieures appartiennent en commun à tous les hommes, chaque homme est cependant propriétaire de sa propre personne. Aucun autre que lui-même ne possède un droit sur elle, le travail de son corps et l'ouvrage de ses mains lui appartiennent en propre. Il mêle son travail à tout ce qu'il fait sortir de l'état dans lequel la nature l'a laissé, et y joint quelque chose qui est sien. Par là, il en fait sa propriété. Cette chose étant extraite par lui de l'étant commun où la nature l'avait mise, son travail lui ajoute quelque chose, qui exclut le droit commun des autres hommes. » (§27)

C'est cette propriété fondée sur le travail qui permet à Locke de justifier l'accaparement des terres des Indiens d'Amérique par les colons. Puisque les Indiens ne travaillent pas leurs terres et ne respectent pas ce commandement de Dieu (Deuxième Traité du gouvernement civil, V, 32), celui qui les exploite en acquiert automatiquement la propriété. Et si un Indien s'oppose par la violence à cette spoliation par le travail, il est « tout à fait assimilable, comme tout criminel, aux "bêtes sauvages près de qui l'être humain ne connaît ni société ni sécurité" ; "on peut donc le détruire comme un lion, comme un tigre" »[6].

L'homme est donc l'unique propriétaire de sa personne et de son corps, et il jouit d'un droit de propriété exclusif. Il est également propriétaire de son travail : une chose œuvrée cesse d'être une propriété commune :

« Ainsi, l'herbe que mon cheval mange, les mottes de terre que mon valet a arrachées, et les creux que j'ai faits dans des lieux auxquels j'ai un droit commun avec d'autres, deviennent mon bien et mon héritage propre, sans le consentement de qui que ce soit. » (§28)

Il y a toutefois une limite à la légitimité de cette appropriation privée, c'est qu'il doit :

« en rester assez, d'une qualité aussi bonne, et même plus que ne pouvaient utiliser les individus qui n'étaient pas encore pourvus. » (§33)

Mais, une fois exposée l'idée de propriété par le travail, il faut encore expliquer comment l'homme est le propriétaire de sa personne ? Locke définit ainsi la personne :

« C'est, je pense, un être pensant et intelligent doué de raison et de réflexion, et qui peut se considérer soi-même comme une même chose pensante en différents temps et lieux. Ce qui provient uniquement de cette conscience (consciousness) qui est inséparable de la pensée, et qui lui est essentiel à ce qu'il me semble : car il est impossible à quelqu'un de percevoir sans aussi percevoir qu'il perçoit. » (Essai sur l'entendement humain, II, 27, 9).

L'identité personnelle est fondée sur la continuité de la conscience dans le temps, et cette conscience constitue l'identité qui, au moyen de la mémoire, se maintient dans le temps et nous permet de nous reconnaître nous-mêmes comme étant les mêmes.

Or, cette capacité de la conscience :

  • est fondamentalement appropriante, puisqu'elle permet de reconnaître des actions et des pensées pour siennes, i.e. qu'elle permet d'identifier un agent responsable vis-à-vis des hommes et du créateur.
  • fonde la propriété de soi, en particulier du corps qui est le corps de untel, et qui se présente ainsi à sa conscience (par ses actions et leurs résultats).

Pour résumer la pensée de Locke sur la propriété, on peut dire que la propriété des choses n'est pas seulement requise pour subsister ; la propriété est une extension de la propriété de la personne. En ce sens, la propriété des biens a le même caractère inviolable que la personne humaine. Cette personne est conçue comme un rapport de soi à soi en tant que propriété. Chaque homme est donc le seul propriétaire de sa personne, de sa vie, de sa liberté et de ses biens.

La légitimité de l'esclavage[modifier | modifier le code]

En cohérence avec ces conceptions de la propriété et de la loi naturelle révélée par le dieu chrétien, Locke « est le dernier grand philosophe qui ait cherché à justifier l'esclavage absolu et perpétuel »[7]. Ainsi :

« tout citoyen libre de la Caroline exerce un pouvoir et une autorité sans limites sur ses esclaves noirs, quelles que soient les opinions de ceux-ci ou leur religion. » (Constitutions fondamentales de la Caroline, art CX)[8]

Au plan théorique, c'est donc bien avec Locke que l'esclavage s'établit sur une base raciale[9]. La conversion de l'esclave reste subordonnée au droit de propriété et n'implique pas son affranchissement :

« La religion et la liberté chrétiennes n'ont absolument pas modifié la condition des hommes de la cité [et] les esclaves, tout soumis qu'ils soient au pacte du Christ, n'en restent pas moins civilement des esclaves, et ils doivent à leurs maîtres la même obéissance qu'auparavant. » (Le Magistrat civil)[10]

Le libéralisme[modifier | modifier le code]

La pensée de Locke peut être considérée comme une pensée fondatrice du libéralisme, et cela, tant sur le plan politique que sur le plan économique.

Le libéralisme, politique de Locke[modifier | modifier le code]

Sur le plan politique, la question qui se pose à Locke est de savoir si l'on peut penser le pouvoir politique sans que son institution n'entraîne la perte de la liberté des individus qui lui sont soumis.

Les hommes de l'état de nature étant pour Locke des propriétaires, ils sont engagés dans des relations économiques ; ce point tend déjà à faire concevoir un État qui se contenterait de garantir ce qui est acquis, sans qu'il intervienne dans la société. Le pouvoir politique n'est donc pas censé instituer l'ordre social par des lois, mais il est au service de la société pour corriger les éléments qui tendraient à lui nuire.

Il suit de là que le pouvoir politique :

  • trouve son origine dans le consentement de ceux sur lesquels s'exerce l'autorité ;
  • a sa fin dans la garantie du respect des droits naturels de tout homme, qu'il doit arbitrer les conflits et exercer un droit de punir.

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Dans Traité du gouvernement civil, chapitre VII, De la société politique ou civile; il écrit ainsi:

Les hommes donc sortent de l'état de nature, et entrent dans une société politique, lorsqu'ils créent et établissent des juges (pouvoir législatif) et des Souverains sur la terre, à qui ils communiquent l'autorité de terminer tous les différends (pouvoir exécutif), et de punir toutes les injures qui peuvent être faites à quelqu'un des membres de la société; et partout où l'on voit un certain nombre d'hommes, de quelque manière d'ailleurs qu'ils se soient associés, parmi lesquels ne se trouve pas un tel pouvoir décisif, auquel on puisse appeler, on doit regarder l'état où ils sont, comme étant toujours l'état de nature
Dans la société politique, “chacun des membres s'est dépouillé de son pouvoir naturel, et l'a remis entre les mains de la société

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Le pouvoir politique est ainsi amputé de ses dimensions éthique et religieuse ; il ne peut interdire les cultes, il ne s'occupe pas du salut des hommes ni de leur perfection morale. Ces affaires sont strictement personnelles. L'État est donc un instrument et son rôle est réduit aux intérêts civils et temporels des hommes dont il doit protéger la vie, la liberté et les biens.

Son étendue étant ainsi limitée, Locke propose une hiérarchisation des pouvoirs, une organisation institutionnelle permettant de contrôler leur exercice, et affirme en conséquence que le peuple a le droit (voire l'obligation) de résister quand le pouvoir dépasse les limites qui lui sont assignées par sa fonction.

La hiérarchisation du pouvoir[modifier | modifier le code]

Le contrat social crée une communauté seule détentrice de tous les pouvoirs. Mais, ne pouvant exercer elle-même ses pouvoirs, ceux-ci sont délégués à des magistrats. Dans toute organisation politique, il existe une partie qui définit ce que chaque pouvoir doit faire, et une partie qui désigne les titulaires de ces pouvoirs auxquels on obéit.

Tandis que le recours à la force concerne les pouvoirs exécutif et fédératif, le législatif appartient à la société elle-même. Le pouvoir législatif est pour Locke le pouvoir suprême : ce pouvoir ne peut donc être absolu et arbitraire :

  • le droit positif est subordonné aux lois de la nature ;
  • ce pouvoir est la mise en commun du pouvoir des individus : il ne peut y avoir de pouvoir supérieur ;
  • ce pouvoir est universel, il ne s'adresse pas aux particuliers en tant que tels ;
  • c'est un pouvoir stable et public, il instaure un ordre juridique régulier ;
  • il est impossible que le pouvoir législatif prive un homme de ses biens, car cette propriété est inviolable ;
  • le pouvoir législatif n'a que le pouvoir de faire des lois, et il est absolument dépendant de la communauté : seule cette dernière a le droit de désigner des instances législatives et le droit d'en contrôler l'exercice.

La hiérarchisation des pouvoirs consistera alors pour Locke à soumettre le pouvoir exécutif au pouvoir législatif puisque ce dernier est le pouvoir suprême et qu'il est l'expression de la volonté d'une communauté. La règle et le droit ont donc la primauté et personne n'est au-dessus de la loi. Le pouvoir exécutif est donc naturellement inférieur, car il exécute seulement les décisions du pouvoir législatif.

Pour éviter la concentration des pouvoirs, il faut les déléguer à des instances distinctes et même déléguer à plusieurs instances le même pouvoir ; par exemple, le législatif peut appartenir à une assemblée et au roi. Mais il est préférable de confier ce pouvoir totalement ou en partie à une assemblée élue et renouvelable, afin qu'aucun individu de la société ne soit privilégié.

Cette organisation comporte tout de même des risques d'abus, abus tant du pouvoir exécutif que du pouvoir législatif. Selon Locke, quoi qu'il arrive, et même si le pouvoir a été délégué, la communauté est toujours la seule véritable détentrice de ces pouvoirs. En conséquence, elle a le droit d'en contrôler l'exercice, et elle est seule juge en ce domaine. Si le pouvoir législatif est utilisé abusivement, la communauté déclare nulles les décisions de l'instance judiciaire, et celle-ci s'en trouve dissoute par le fait.

Droit de résistance[modifier | modifier le code]

Puisqu'il peut y avoir des abus, et puisque la communauté ne peut en aucun cas être privée de ses droits, il faut que la communauté ait aussi un droit de résistance.

Locke distingue trois cas où le droit de résistance s'applique :

  • trahison d'un magistrat (par exemple, exercice de la force en dehors du droit : usurpation, tyrannie);
  • quand un magistrat néglige sa fonction ;
  • sur preuves d'un projet de trahison.

C'est à la communauté que revient alors le droit de juger, et, lorsque quelqu'un veut exercer un pouvoir pour lequel il n'a pas été désigné (donc lorsque quelqu'un veut exercer un pouvoir qui n'existe pas), la désobéissance est légitime.

La justice sociale[modifier | modifier le code]

L'idée d'un état de nature n'est pas seulement pour Locke un moyen de fonder les droits individuels de la propriété ; en effet, ce droit de propriété, dans sa formulation même, comporte certaines restrictions qui définissent un devoir de charité qui se déduit du devoir de tout homme de préserver le genre humain. Il y a donc une limite à ce droit inviolable de la propriété individuelle : un propriétaire, même s'il est dans son droit, a le devoir de céder les biens inutiles à sa subsistance, dans la mesure où ces biens peuvent venir en aide à des individus démunis : ces personnes y ont droit, mais à la condition d'être réellement dans l'impossibilité de pourvoir à leurs propres besoins.

Ce devoir de charité introduit dans l'individualisme possessif de Locke une solidarité au moins minimale qui le limite. Cette charité est une prescription universelle qui rappelle l'individu propriétaire à la modestie, et qui vient tempérer le libéralisme individualiste de Locke : bien que chacun puisse revendiquer légitimement les droits qu'il possède sur ses biens, l'appropriation privée des biens de la Terre n'a en fin de compte sa véritable légitimité que si elle est au bénéfice de tous, car la Terre est commune, et tout homme y a droit. Ainsi, Locke pense-t-il que son système libéral peut augmenter les ressources de tous les hommes, et remplir ce devoir de charité :

  • ce système augmente les ressources disponibles ;
  • il réalise de lui-même une distribution des richesses ; le moins bien lotis d'une société se trouve alors dans une situation meilleure que si cette société n'avait pas existé.

La Lettre sur la tolérance[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lettre sur la tolérance.

L'argument central de la Lettre sur la tolérance est la distinction de l'État et des Églises, de par leurs différences quant à leurs fins temporelles ou spirituelles et les moyens employés (forces ou persuasion).

Pour Locke, il est bien clair que seul le magistrat a la charge du pouvoir temporel, qui consiste à maintenir par la loi un ordre public assurant le bien public et la paix civile. Le magistrat n'a aucun droit sur les intérêts spirituels des individus, car chacun est libre de choisir la manière de vivre dont il estime qu'elle lui assurera le salut. Chacun peut donc adhérer librement aux dogmes qui lui plaisent ; les sociétés religieuses doivent être libres et volontaires, mais n'ont aucune légitimité quant à l'usage de la force, pas plus qu'elles n'ont le droit d'influencer les décisions de l'action politique publique.

Le pouvoir politique doit donc tolérer les sectes du moment qu'elles respectent ces conditions ; la mission temporelle de l'État exige de lui qu'il protège les droits de tous les hommes quelles que soient leurs croyances, et précisément afin que chaque homme puisse mener sa vie selon les croyances qu'il juge les meilleures, et dont il est de droit le seul juge.

À cette tolérance politique et religieuse, Locke apporte néanmoins plusieurs restrictions. Ces restrictions découlent du fait qu'il ne conçoit pas la tolérance pour elle-même, mais dans le but de concilier la préservation de la liberté individuelle et la paix civile.

Locke formule quatre restrictions :

  • on ne peut tolérer aucun homme qui soit opposé à la société et aux bonnes mœurs indispensables au maintien de la société civile ;
  • on ne peut tolérer que certains s'arrogent des privilèges particuliers, pour eux ou pour leur secte, nuisibles à la société ;
  • on ne peut pas tolérer une Église soumise à une autorité différente de celle du magistrat (par exemple, au pape) ;
  • enfin, on ne peut pas tolérer les athées, car leur absence de foi ôte selon Locke le besoin de respecter les institutions du pays.

Locke combat ainsi à la fois l'autoritarisme dogmatique qui détruit les conditions de la liberté de conscience en imposant certaines conceptions du bien, et l'anomie individualiste qui construit les conditions de la vie sociale par la recherche sans restriction du bien collectif à partir de l'individu impliqué dans la société sans recours ni au pouvoir ni à la religion ni à la propriété. La liberté individuelle dans le domaine de la religion doit être aussi grande que possible, elle doit être garantie par des lois, mais elle doit toujours rester compatibles avec les conditions politiques qui lui permettent d'exister.

La pédagogie[modifier | modifier le code]

Locke expose ses idées sur la manière de former un gentleman dans ses Pensées sur l'éducation.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Introduction à l’Essai sur l’entendement humain de Locke, Marc Parmentier, PUF coll. Les grands livres de la philosophie, 1999
  • Le vocabulaire de Locke, Marc Parmentier, éditions Ellipses, Paris, 2001
  • Expérience et raison. Les fondements de la morale selon Locke, Jean-Michel Vienne, éditions Vrin, 1991
  • Locke, Idées, langage et connaissance, Geneviève Brykman, éditions Ellipses, Paris, 2001
  • Locke, Y. Michaud, éditions Bordas, Paris, 1986
  • Nouveaux Essais sur l’Entendement Humain, G.W. Leibniz
  • Lettres philosophiques, Voltaire
  • Locke, Jean Didier, 1911 (le présent article a été rédigé sur la base de ce livre)
  • Locke, Alexis Tadié, Les Belles Lettres, Paris, 2000.
  • L'influence de Montaigne sur les idées pédagogiques de Locke et de Rousseau, Pierre Villey, 270 p., Hachette, Paris, 1911 ; ouvrage en ligne sur Gallica
  • Leo Strauss, Joseph Cropsey (dir.), Histoire de la philosophie politique, PUF (Quadrige), 2010, entrée « John Locke » par Robert A. Goldwin.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Georges Burdeau, Libéralisme, éd. du Seuil ; selon Georges Burdeau, il fut l'un des premiers fondateurs de la doctrine libérale, même si le mot "libéralisme" apparaîtra bien plus tard, c'est-à-dire en 1823 dans le lexique de C. Boiste.
  2. Maurice Cranston, John Locke, Longmans, Londres, 1959, pp.114-115
  3. John Locke, Lettre sur la tolérance, présentation de Paul Vernière, éditions ressources, 1980, p.1
  4. Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, Unesco : Bureau international d’éducation), vol. XXIV, n° 1-2, 1994, p. 65-82, [lire en ligne]
  5. Essai sur l'entendement humain, liv. II, chap. VIII, § 8 ('Whatsoever the mind perceives in itself, or is the immediate object of perception, thought, or understanding, that I call idea')
  6. Domenico Losurdo, Contre-histoire du libéralisme, La Découverte, Paris, 2013, pp.35-36
  7. David B. Davis, The Problem of Slavery in the Age of Revolution, 1770-1823, Cornell University Press, Ithaca, 1975, p.45
  8. John Locke, Constitutions fondamentales de la Caroline, in Deuxième Traité du gouvernement civil, Librairie philosophique Vrin, Paris, 1967, p.245
  9. Domenico Losurdo, Contre-histoire du libéralisme, La Découverte, Paris, 2013, pp.54-55
  10. John Locke, Le Magistrat civil, Centre de philosophie politique et juridique de l'Université de Caen, 1984, p.13

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Culture populaire[modifier | modifier le code]

Le nom du personnage John Locke de la série télévisée Lost : les disparus, est une référence directe à John Locke.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Articles[modifier | modifier le code]