Premier concile de Lyon

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Innocent IV au concile de Lyon, miniature de 1278

Le premier concile de Lyon dirigé par le pape Innocent IV se tient entre le 26 juin et le 17 juillet 1245 à Lyon. Il a pour but principal la déposition de l'empereur Frédéric II dans le cadre de la lutte entre l'empereur du Saint empire et la papauté[n 1].

Préparation du concile[modifier | modifier le code]

La lutte entre deux visions du pouvoir universel bat alors son plein entre Rome et l'Empire. Le pape Innocent IV, élu en 1243, entreprend rapidement de lutter contre Frédéric II pour imposer son utilisation des « deux glaives » à celui qui prétend être une « loi vivante »[n 2]. Menacé dans la cité pontificale, il décide de réunir un concile général hors d'Italie. Il demande d'abord à Louis IX de le tenir à Reims, mais ce dernier refuse, ne voulant pas sortir de sa neutralité entre les deux puissances. Lyon, ville indépendante et à la frontière entre le roi de France et l'Empereur s'impose donc comme la meilleure solution[n 3]. Il s'y rend donc non sans peine (il est malade), quittant Rome en juin 1244, et devant échapper aux hommes de l'Empereur. Arrivant finalement dans la cité rhodanienne le 2 décembre, il y est accueilli, selon son chroniqueur Nicolas de Curbio, par une « foule énorme qui s'était portée au-devant de lui, massée sur les rives du fleuve ou entassée sur des bâteaux. Le clergé, les ordres religieux, la population tout entière lui rendirent de grands honneurs »[1]. C'est l'archevêque Aymeric Guerry qui est en place, un homme de confiance du pape Grégoire IX et réformateur engagé. Ne pouvant loger convenablement le pape et toute sa cour dans le château de Pierre Scize, ni dans le cloitre de Saint-Jean, l'évêque l'installe dans la collégiale Saint-Just[n 4].

Rapidement le 27 décembre, Innocent IV proclame la tenue d'un concile pour la fête de saint-Jean-Baptiste, le 24 juin 1245. Durant le printemps, les invités arrivent nombreux. Plus de cent cinquante évêques, de nombreux abbés, supérieurs généraux d'ordre et délégués des chapitres mitrés. Parmi ceux-ci se trouvent de futurs papes (Tedaldo Visconti et Octaviano Ubaldini). Les rois de France et d'Angleterre, ainsi que l'Empereur envoient de fortes délégations. Des représentants des cités maritimes de Gênes et de Venise sont également présents. Parmi les puissances laïques, le concile est aussi fréquenté par Baudouin II, empereur latin de Constantinople, Raimond VII, comte de Toulouse et Raimond Béranger, comte de Provence[n 5].

Le concile Lyon I[modifier | modifier le code]

Article détaillé : premier concile de Lyon.
entrevue de Louis IX et d'Innocent IV à Cluny.

Les trois sessions solennelles ont lieu les 28 juin, 5 et 17 juillet dans la cathédrale Saint-Jean, encore en construction. La décision la plus importante du concile est la déchéance de l'empereur. Des décrets sont également établis pour poursuivre la réforme de l'Église ; une ambassade est envoyée pour prendre contact avec le Khan des mongols[n 6].

La déposition de Frédéric II[modifier | modifier le code]

Au centre de ce concile se trouvait la déposition de Frédéric II du Saint-Empire de ses titres d'empereur et roi. Ce fut l'apogée dramatique de la lutte entre Frédéric II et la papauté. Après la seconde excommunication en 1239 par Grégoire IX, mort en 1243, l'empereur avait espéré que l'élection du nouveau pape Innocent IV viendrait modifier la position de l'Église. Mais le nouveau pape ne changea pas d'avis par rapport à son prédécesseur. Il est probable qu'Innocent IV ait décidé cette déposition au moins depuis sa fuite de Rome, le 29 juin 1244. Thaddée de Sesse, homme de confiance de l'empereur de longue date et son représentant au concile, profita de la première occasion pour délivrer une dernière proposition de paix. Innocent IV réagit avec circonspection : Frédéric II ne lui avait déjà que trop promis, et peu tenu, aurait-il dit. Il ne souhaitait pas changer la décision concilaire. Walter d'Ocre fut envoyé à Vérone auprès de Frédéric II et obtint du pape vingt jours pour revenir avec l'empereur en personne, ou avec ses directives.

Le pape essaya de démontrer que Frédéric II ne se battait pas uniquement contre lui, mais contre toute l'Église. Selon la bulle du pape Innocent IV du 17 juillet 1245, quatre offenses graves lui furent reprochées : abjuration de Dieu, rupture de la paix entre l'Église et le Saint-Empire, sacrilège en faisant emprisonner les cardinaux de la Sainte-Eglise qui s'étaient rendus au précédent Concile et hérésie.

Ainsi, pour tenter de convaincre Louis IX de l'aider contre l'empereur, Innocent IV quitte pour la seule fois de son séjour lyonnais la ville pour aller le rencontrer à Cluny, en novembre 1245. Cela ne donne rien et Innocent II continue seul son combat contre Frédéric II. Aux propositions impériales d'une rencontre destinée à démontrer l'orthodoxie de l'empereur, Innocent II exige qu'il vienne en petit équipage et sans arme. Car en effet, Frédéric II sollicite contre le pape des nobles de la région, tels les sires de Beaujeu ou de la Tour-du-Pin ; et même Amédée IV de Savoie. À l'inverse, Innocent II soutient financièrement tous ses alliés, et notamment les ville lombardes et les familles guelfes. Craignant un coup de force, le pape ne quitte pas Lyon durant six ans[n 7].

Premier contact avec le Khan mongol[modifier | modifier le code]

Soutien au royaume de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Autres décisions du concile[modifier | modifier le code]

Ce fut aussi dans ce concile qu'il fut décidé le port de la calotte rouge par les cardinaux.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gervais Dumeige, S. J. (dir.), Hans Wolter, S. J., Henri Holstein, S. J., Histoire des conciles œcuméniques, tome 7 : Lyon I et Lyon II, Paris, Éditions de l'Orante, 1966, 320 p.
  • Kaiser und Papst im Konflikt (Le conflit entre l'empereur et le pape), de Arnold Bülher et Jürgen Miethke, édité à Düsseldorf, 1988. Contient parmi d'autres documents la bulle de déposition et la réponse de la chancellerie impériale.
  • Wohlmuth, Josef (Hg.), Conciliorum oecumenicorum decreta, Bd. 2 : Konzilien des Mittelalters : vom ersten Laterankonzil (1123) bis zum fünften Laterankonzil (1512-1517), Paderborn, 2000.

Références[modifier | modifier le code]

Ouvrages utilisés[modifier | modifier le code]

  • René Fédou, Les papes du Moyen Âge à Lyon : De Urbain II à Jean XXII (1095-1316), Lyon, Éditions Lyonnaises d'Art et d'Histoire,‎ 2006, 2e éd. (1re éd. 1988), 124 p. (ISBN 2-84147-168-3, notice BnF no FRBNF40121461m)
  1. Fédou 2006, p. 51
  2. Fédou 2006, p. 47
  3. Fédou 2006, p. 49
  4. Fédou 2006, p. 50
  5. Fédou 2006, p. 51
  6. Fédou 2006, p. 54
  7. Fédou 2006, p. 56

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. Ph. Pouzet, « Le pape Innocent IV à Lyon », Revue d'Histoire de l'Église de France; 1929, p. 286-287

Articles connexes[modifier | modifier le code]