La Germanie

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La Germanie (ou en latin De Origine et Situ Germanorum) est un court traité de l'historien romain Tacite écrit aux alentours de l'an 98 et consacré aux peuplades germaniques vivant au-delà des frontières de l'Empire romain.

Carte de la Germanie antique dans un livre de Harper and Brothers (éditeur à New-York) en 1849.

Résumé[modifier | modifier le code]

Les traités d'ethnologie ont une longue histoire dans la littérature classique et La Germanie s'inscrit parfaitement dans cette tradition établie par des auteurs tels que Hérodote ou Jules César. Tacite lui-même s'était déjà essayé à ce style : il avait écrit un court essai sur le pays et les peuples de Bretagne[1] dans son ouvrage La vie d'Agricola (chapitres 10-13).

La Germanie commence avec une description du territoire, des lois et des coutumes des peuples germaniques (chapitres 1-27), enchaîne avec une description de chaque tribu (chapitres 28-46) en commençant par les plus proches de l'Empire romain et en terminant par les tribus les plus éloignées situées sur les rives de la Baltique tels que les Aesti qui ramassent l'ambre ou les primitifs et sauvages Fenni.

Tables des matières[modifier | modifier le code]

La Germanie est construite de cette façon :

  1. Partie principale: le pays et le peuple germain (1 – 27)
    1. Description du pays et origine des Germains (1 – 5)
      1. Histoire antérieure (2 – 4)
    2. Coutumes et institutions (6 – 27)
      1. La vie dans la tribu (6 – 15)
        1. Tactiques de guerre (6 – 8)
        2. Religion (9 – 10)
        3. Les réunions des tribus (11 – 13.1)
        4. Hiérarchie (13.2 - 15)
      2. La vie privée et la vie en communauté (16 – 27)
        1. Foyer et famille (16 – 21)
        2. Occupations
          1. Temps libre (22 – 24)
          2. Structure de la société (25 – 26)
        3. Les rituels funèbres (27.1)
    3. Transition (27.2)
  2. Partie spécifique : les différentes tribus germaniques (28 – 46)
    1. Tribus de la zone frontalière occidentale et méridionale (28 – 29)
    2. Les tribus non-suèves (30 – 37)
      1. Les tribus situées entre le Rhin et la Weser (30 – 34)
      2. Tribus situées entre la Weser, l'Elbe et la mer du Nord (35 - 37)
    3. Tribus suèves (38 – 45)
      1. Caractéristiques (38)
        1. Tribus de l'intérieur du pays et du nord situées entre l'Elbe et l'Oder (39 - 40)
        2. Tribus du sud et du sud-est près du Danube (41 – 43.1)
        3. Tribus de l'est situées entre l'Oder et la Vistule (43.2 – 4)
        4. Tribus situées sur la côte de la mer du Nord (44 – 45)
    4. Peuples non-germaniques aux frontières orientale et septentrionale (46)

Analyse du discours de Tacite[modifier | modifier le code]

La Germanie est un essai ethnographique mais il contient également des éléments typiques du traité de morale et du pamphlet politique car Tacite utilise la Germanie comme un miroir pour Rome. Cependant, son objectif principal est de mettre en évidence les dangers que les Germains représentent pour l'Empire romain. Il est particulièrement intéressé par la frontière avec les Germains parce qu'il est persuadé que ces peuples sont une menace et parce que la Région offre la possibilité d'étendre l'Empire.

La description du caractère germain par Tacite est très favorable par rapport à l'opinion des autres Romains de l'époque. Il trouve en effet que la monogamie stricte et la chasteté des coutumes maritales germaniques sont dignes de louange vis-à-vis de ce qu'il voit comme le vice et l'immoralité rampante de la société romaine (chapitre 18). Il admire également leur hospitalité, leur simplicité et leur bravoure au combat. Ces traits caractéristiques sont tous soulignés à cause de la similarité avec l'idéal des vertus romaines. Le portrait brossé par Tacite n'est cependant pas entièrement positif car il fustige les Germains pour ce qu'il voit comme leur habituelle ivrognerie, paresse et barbarie, entre autres choses.

Dans le même ordre d'idées, Tacite montre les Germains comme un ensemble presque homogène avec une unité géographique, culturelle et politique car il veut montrer ses craintes par rapport à ce qu'il considère comme la plus grande menace pour l'Empire mais aussi parce qu'il veut appeler les Romains à plus de vertus et à plus de combativité.

Utilisations et utilité de La Germanie[modifier | modifier le code]

Les louanges de Tacite quant aux qualités morales des Germains ont rendu l'ouvrage populaire en Allemagne - particulièrement chez les nationalistes et les romantiques allemands - dès le XVIe siècle.

Tacite nous renseigne sur les noms des tribus avec lesquelles Rome est entrée en contact même si des recherches actuelles ont montré que certaines de ses allégations sont fausses. De plus, les historiens se demandent si les tribus qu'il cite sont bien germaniques dans le sens où elles auraient parlé une langue germanique. Certaines de ces tribus, comme les Bataves, auraient été celtes.

Sa description de la déesse norvégienne Nerthus a été à l'origine de nombreuses spéculations parmi les chercheurs en mythologies nordique, germanique et indo-européenne. C'est en effet la seule source écrite sur la mythologie scandinave avant les Eddas qui datent du XIIIe siècle et les religions décrites par ces deux ouvrages ne se ressemblent guère.

Sources de l'auteur[modifier | modifier le code]

L'auteur n'étant jamais allé en Germanie, les informations dont il dispose sont au mieux de seconde main. L'historien Ronald Syme a émis l'hypothèse que Tacite aurait copié en grande partie l'ouvrage aujourd'hui disparu « Bella Germaniae » écrit par Pline l'Ancien. Syme justifie son hypothèse par un passage quelque peu périmé de Germanie où Tacite présente les tribus du Danube comme des alliés de l'Empire, alors que leur defection en 89 lors de la guerre contre les Daces avait fortement modifié la politique frontalière de l'Empire romain :

« they are loyal clients of the Empire. . . . Which is peculiar. The defection of these peoples in the year 89 during Domitian's war against the Dacians modified the whole frontier policy of the Empire[2]. »

Les spécialistes citent aussi d'autres sources possibles pour Tacite : César et ses « Commentaires sur la Guerre des Gaules », Strabon, Diodore de Sicile, Poseidonios et Aufidius Bassus. Il semble aussi que Tacite ait réussi à obtenir de précieux témoignages directs qui lui permirent de décrire le commerce alors florissant de l'ambre sur les rives de la Baltique. Sans doute des témoignages de marchands ou de soldats ayant traversé le Rhin. Pour sa part, Pierre Grimal estime possible, même s'il n'y a pas de certitude, que Tacite ait été sur le front du Rhin lors de son service comme tribun laticlave, jusqu'en 77, ce qui expliquerait son intérêt pour les peuples germains[3].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La province romaine Brittania ou Bretagne correspond à peu de choses près au territoire aujourd'hui constitué par l'Angleterre et le Pays de Galles.
  2. (en)SYME (Sir Ronald), Tacitus, volume 1, Clarendon Press, Oxford, 1958 (p.128)
  3. Tacite, traduction de Pierre Grimal, Œuvres complètes, Gallimard, La Pléiade, Paris, 1990, (ISBN 2070111768), introduction p XVIII