Gabriel Ier de Montgommery

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Gabriel Ier de Montgomery

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Gabriel de Lorges, comte de Montgomery (1530-1574).
Anonyme, XVIe siècle (Kunsthistorisches Museum, Vienne).

Nom de naissance Gabriel de Lorges
Alias
Montgomery, Montgomeri
Naissance 5 mai 1530
Ducey
Décès 26 juin 1574 (à 44 ans)
Paris
Nationalité Française
Pays de résidence Royal Standard of the King of France.svg Royaume de France
Ascendants
Jacques de Montgomery (1485-1562)
Claudine de la Boissière
Conjoint
Isabelle de La Touche
Descendants
Jacques II de Montgomery
Elisabeth de Montgomery
Gédéon de Montgomery
Gabriel II de Montgomery (1560-1635)[1]
Famille
Louis de Montgomery (1543-1574)
Jacques de Montgomery

Gabriel de Lorges, comte de Montgomery (Calvados), seigneur de Ducey (Manche), seigneur de Lorges, né à Ducey, Normandie en 1530 et exécuté à Paris en 1574, était un homme de guerre français, régicide involontaire d’Henri II. Il fut par la suite l'un des commandants les plus capables de l'amiral de Coligny durant les guerres de Religion.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le tournoi de la rue Saint-Antoine[modifier | modifier le code]

Le tournoi fatal entre Henri II et Montgommery ("Lorges").
Gravure allemande coloriée, XVIe siècle.
L'agonie d'Henri II à l'hotel des Tournelles

Fils de Jacques Ier de Lorges, comte de Montgommery, originaire d'Écosse, Gabriel de Lorges était le capitaine de la garde écossaise du roi Henri II.

Le 30 juin 1559, lors du tournoi organisé par Henri II pour célébrer le mariage de sa fille Élisabeth avec Philippe II d'Espagne, Montgommery affronta et blessa mortellement son souverain, lui transperçant accidentellement l'œil de sa lance. Le roi agonisa dix jours durant, et, malgré la présence de son chirurgien Ambroise Paré, mourut le 10 juillet 1559. En effet, Paré n’est encore que « simple chirurgien » et seuls les médecins ont le droit de soigner le roi. Paré, pendant ce temps, reproduira la blessure sur des têtes de suppliciés et annoncera le pronostic.

Jean-François Dreux du Radier en fait la relation suivante en 1759 :

« Henri, qui voulut voiler l’ignominie du traité de Câteau-Cambresis, par splendeur des fêtes et la magnificence des noces de sa fille Elisabeth de France, avec Philippe II Roi d’Espagne et celle de sa sœur Marguerite de France avec Emmanuel–Philibert, Duc de Savoye, ordonna un Tournoi Solemnel contre tous venans. Sa majesté, le Duc de Ferrare, le Duc de Guise, et M. de Nemours étaient les tenants.
Le Roi, l’un des meilleurs cavaliers de son royaume, fit admirer son adresse et sa valeur. Mais vers la fin du tournoi, voulant, dit-il, rompre encore une lance à l’honneur des dames, d’autres disent de la Reine son épouse, il en envoya une au jeune Gabriel de Montgommery. La Reine, le supplia inutilement de sortir du tournoi : Montgommery refusa d’entrer en lice autant qu’il le put, et jusqu’à un ordre exprès qu’il en reçut du Roi. Ils coururent enfin l’un contre l’autre, et si rudement que les lances se brisèrent et que Montgommery, emporté par son cheval, donna dans l’œil droit du Roi, qui avait la visière de son casque levée, du tronçon qui lui resta la main. Le coup pénétra si avant, que le crâne en fut enfoncé.
Le Roi chancela et aussitôt emporté à l'hôtel des Tournelles (aujourd’hui la Place Royale), près duquel le combat s’était déroulé. On épuisa inutilement tout ce que la chirurgie a d’art et d’industrie. Il se forma un abcès dans la tête du Roi, qui mourut le douzième jour, qui était le 10 juillet 1559. Il ordonna qu’on achevât le mariage de sa sœur avec le Duc de savoye, et déclara qu’il pardonnait à Montgommery… »

— Jean-François Dreux du Radier, Tablette anecdotes et historique de rois de France depuis Pharamond jusqu'à Louis XV[2].

Prophétie de Nostradamus[modifier | modifier le code]

On a voulu faire correspondre à cette mort accidentelle d’Henri II l'une des prophéties faites par Nostradamus :

« Le lion jeune le vieux surmontera ;
En champ bellique par singulier duel,
Dans cage d'or ses yeux lui crèvera,
Deux plaies une, puis mourir, mort cruelle. »

Celui qui tua a jouster le roy Henry[modifier | modifier le code]

Henri II exonère Montgommery de toute faute et l'eût absous de tout blâme sur son lit de mort: « — Ne vous souciez, répondit Henri d'une voix faible. Vous n'avez besoin de pardon, ayant obéi à votre roy et fait acte de bon chevalier et vaillant homme d'armes. ». Le jeune comte prit la fuite le jour même du drame. Il devint pour tous et partout en Europe: « CELUI QUI TUA A JOUSTER LE ROY HENRY » Dès la première séance du Conseil privé qui se tint le lendemain de l’avènement de François II, Il fut banni de la cour et cassé de son grade de capitaine de la garde écossaise[3], le régicide se réfugia un temps à Venise, puis revint sur ses terres de Normandie.

Choqué par le massacre de Vassy, Montgomery se convertit et adhére à la Réforme à Saint-Lô et installe un prêche en son château de Ducey. La nouvelle de son ralliement est vécu comme un soulagement et un espoir pour les protestants par delà la Normandie.

Guerres de religion[modifier | modifier le code]

Gabriel de Lorges, comte de Montgommery.
Anonyme, XVIe siècle

Le 27 mai 1562, lors de la première guerre de religion, il prit la ville de Bourges sans faire une seule victime, mais l'armée et la foule en rage saccageât les décorations, images et statues des églises de la ville. Il se distingua ensuite au siège très difficile de Rouen, soutenant plusieurs assauts des troupes royales, avant de s'enfuir in-extremis le 26 octobre pour Havre, que les protestants avaient ouvert aux Anglais. Il affronta le maréchal de Matignon en Normandie et fut, lors de la troisième guerre de Religion (1568-1570), un des grands capitaines du camp protestant dans les campagnes de Guyenne, Périgord, Quercy et Béarn.

  • Le libérateur de la Navarre et du Béarn

La reine de Navarre Jeanne d'Albret fit de Montgommery son lieutenant général pour reconquérir ses États. En trois semaines, il reconquit le Béarn, prenant Orthez et faisant exécuter systématiquement tous les prisonniers catholiques. Il ravagea Tarbes, prit Saint-Sever et Mont-de-Marsan et s'installa sur l'Adour. Durant la bataille de Jarnac, il tenta sans succès de dégager Condé. Chassé de Mont-de-Marsan par Blaise de Monluc le 20 septembre 1569, il dut fuir en abandonnant son artillerie. Non poursuivi en raison d'un désaccord entre Monluc et Damville, il reprit sa campagne en Gascogne. Les excès qu'il y commit furent immenses et frappèrent de terreur la population. Après la bataille de Moncontour, Montgommery rejoignit Coligny, et ils dirigèrent ensemble leurs forces sur Toulouse. La paix de Saint-Germain, en 1570, mit fin à cette campagne.

Le général des Huguenots[modifier | modifier le code]

Durant le massacre de la Saint-Barthélemy, il put échapper aux tueurs car il était logé avec d'autres protestants de l'autre côté de la Seine, dans le faubourg Saint-Germain. Après l'assassinat de l'Amiral de Coligny, un huguenot blessé traversa la Seine à la nage pour les avertir du danger. Montgommery et ses hommes prirent aussitôt la fuite à bride abattue, pourchassés par deux cents cavaliers menés par Henri de Guise, le duc d'Aumale, son oncle et le grand prieur de France, Henri, duc d'Angoulême, frère bâtard de Charles IX.

L'exil du dernier général des huguenots Gabriel trouva refuge avec sa famille sur l'île de Jersey. Sa tête fut aussitôt mise à prix par Charles IX furieux de le savoir vivant et en liberté. Des chasseurs de prime le pourchassèrent jusqu'en AngleterreCatherine de Médicis réclama à plusieurs reprises son extradition. La reine Élisabeth lui fit répondre :

« Vrai est, que de le renvoyer en France où l'on ne fait autre procès sinon savoir qu'un fût protestant pour incontinent le mettre à mort, ma conscience ne le pourroit permettre »

En 1573, le comte amena d'Angleterre une escadre de protestants français pour délivrer les Rochelais du siège entrepris par le duc Henri d'Anjou.

L'execution du comte de Montgommery[modifier | modifier le code]

Catherine de Médicis finit par obtenir satisfaction en 1574 lorsque, assiégé dans Domfront le 9 mai après l'échec d'une insurrection en Normandie, il se rendit le 27 mai au maréchal de Matignon.

Conduit à Paris à la prison de la Conciergerie, il fut condamné pour crime de lèse-majesté, puis torturé et décapité en place de Grève le 26 juin 1574, sous les yeux de Catherine de Médicis qui assistait au spectacle depuis une fenêtre de l'Hôtel de Ville. Il eût le temps de saluer son ami Fervacques avant de faire ses prières à la foule. Informé sur l’échafaud qu'un édit royal confisquait ses biens et privait ses enfants de leurs titres, il dit à ses bourreaux : « Dites à mes enfants que s’ils ne peuvent reprendre ce qui a été pris, je les maudis de ma tombe. »

Union et descendance[modifier | modifier le code]

Gabriel de Lorges, comte de Montgommery.
Huile sur toile d'Éloi Firmin Féron, XIXe siècle.

Le comte épousa Isabeau de La Touche (1550-1593), avec laquelle il eut quatre garçons et quatre filles :

  • Jacques II, (1551-1590)
  • Gédéon mort en 1596
  • Gilles (1558-1596)
  • Gabriel II, (1565-1635), bâtisseur du château de Ducey, père de 6 enfants :
    • Louise
    • Gabriel III (1560-1635)
    • Suzanne
    • Louis Ier (1601-1682)
    • Jean (1605-1664)
    • Jacques III (1609-1682).
  • Suzanne
  • Elisabeth
  • Claude
  • Roberte
  • Patrick
  • Rose
  • Morghane
  • Alexis

Avant le fils, le père…[modifier | modifier le code]

Le père de Gabriel de Montgommery, Jacques Ier de Lorges, serait à l'origine d'une blessure causée à François Ier le 6 janvier 1521, alors que la cour fêtait l'épiphanie à Romorantin. Ayant épuisé son stock de boules de neige, Jacques utilisa un tison enflammé comme projectile. Celui-ci atteignit accidentellement le roi en lui infligeant une brûlure[4] au visage et une importante hémorragie[réf. nécessaire], heureusement sans conséquence fatale.

L'existence de cet incident n'a jamais été prouvée. Il est possible que cette anecdote ait été fabriquée après l'accident fatal d'Henri II.

Dans les arts populaires[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Dumas a donné une version romancée de l’histoire de Montgomery dans son roman Les deux Dianes.

Hommage contemporain[modifier | modifier le code]

  • Un collège de la ville de Ducey porte le nom de Gabriel de Montgomery, orthographié avec un seul « m ».

Lorsque Roger II de Montgommery s'installa en Angleterre, son nom de famille a été « anglicisé » en perdant un M. Lorsque René de Montgommery revint en France dans les années 1480, son nom reprit les 2 M d'origine. Il est d'usage de conserver un seul M pour les Montgommery de la branche anglo-saxonne et 2 M pour les descendants de René de Montgommery qui sont rentrés en France.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Montgomery.pdf
  2. Jean-François Dreux du Radier, Tablette anecdotes et historique de rois de France depuis Pharamond jusqu'à Louis XV, Couturier, Lamy et Laporte, Paris, 1781, p. 189 et suivantes [lire en ligne].
  3. Léon Marlet, Le comte de Montgomery, p. 26.
  4. Le jeune roi fut atteint à la tête d'un tison enflammé qui le blessa au menton : cette anecdote est rapportée dans François Eudes de Mézeray, Abrégé chronologique, vol. VII, p. 286-287.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Léon Marlet, Le Comte de Montgomery, Paris, Picard, 1890.
  • Alain Landurant, Montgommery, le régicide, Paris, Tallandier, collection « Figures de proue », 1988. Réédition : Éditions Cheminements, 2008.
  • Étienne Dupont, Montgomery, Tours, Mame et Fils, (XIXe)
  • Sébastien Nadot, Rompez les lances ! Tournois et chevaliers au Moyen âge, ed. Autrement, Paris, 2010.
  • M. Cauvin, « Dernière expédition de Montgomery dans le Cotentin (1574) », Bulletin de l’histoire du protestantisme français, 1958, p. 201-207.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Les Montgommery ont donné leur nom aux villes de Sainte-Foy-de-Montgommery et Saint-Germain-de-Montgommery.