Charles Martel

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Charles Martel
Charles Martel par Jean-Baptiste Joseph Debay (1802-1862).  Galerie du château de Versailles.
Charles Martel par Jean-Baptiste Joseph Debay (1802-1862). Galerie du château de Versailles.

Naissance Vers 690
Décès 22 octobre 741 (à 51 ans)
Faits d'armes Bataille de Poitiers
Famille père de Pépin le Bref, fils de Pépin II Herstal et d'Alpaïde (deuxième épouse de Pépin II Herstal)

Charles Martel (né vers 690[1] et mort le 16 ou le 22 octobre 741[2] à Quierzy-sur-Oise[3]) fut le duc d'Austrasie, maire du palais de 717 à 741 et le souverain de facto du royaume des Francs (dux et princeps Francorum, duc et prince des Francs). Il est le fils de Pépin de Herstal, maire du palais d'Austrasie contrôlant les royaumes de Neustrie et de Bourgogne. Il est également le grand-père paternel de Charlemagne. Selon une certaine légende, il serait peut-être né à Andenne, ville située à proximité de Namur, en Belgique[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Prise du pouvoir difficile[modifier | modifier le code]

Évolution du royaume franc de 481 jusqu'à l'Empire franc en 814.

À la mort en 714 de Pépin de Herstal dit « Pépin le Jeune », son fils Charles (appelé Charles Martel plus tard) fut tout désigné pour reprendre la charge de maire du palais qu'occupait le défunt, ses deux demi-frères Drogon de Champagne et Grimoald II étant eux aussi morts. Mais aux yeux de Plectrude, la première épouse de Pépin de Herstal, Charles était considéré comme un enfant illégitime parce que né d'Alpaïde, une autre uxor nobilis et elegans (épouse noble et élégante) que Pépin avait prise bien qu'étant déjà marié. Plectrude fit donc tout pour l'écarter du pouvoir et préserver l'avenir de son petit-fils Théodebald (ou Thibaut, Thiaud), le fils de Grimoald II, âgé de six ans à peine, et l'héritier légitime. Elle fit donc enfermer Charles[5].

Mais c'était compter sans l'opinion des différentes provinces du royaume, qui n'acceptèrent pas de voir une femme les diriger ; les révoltes commencèrent alors à éclater, d'abord en Neustrie en 715, lorsque Rainfroi (Rainfroy ou Ragenfred), maire du palais de Neustrie, battit l'armée de Plectrude en forêt de Cuise, et mena ses troupes jusqu'aux abords de la Meuse. Ce fut ensuite le peuple du Nord de l'Italie qui se souleva et se rallia à la Neustrie. Puis ce fut au tour des Saxons et des Austrasiens[6]

C'est à ce moment que Charles parvint à s'évader (715), et à prendre la tête des révoltés d'Austrasie. Il dut tout d'abord affronter les Neustriens de Chilpéric II et de Rainfroi : après deux batailles victorieuses (Amblève - 716, Vinchy - 21 mars 717), il les repoussa jusqu'à Paris. Puis il se dirigea vers Cologne, que Plectrude avait choisie pour s'installer avec son petit-fils. Celle-ci n'eut d'autre option que de reconnaître sa défaite et de livrer la mairie d'Austrasie à Charles[5],[7].

Pacification du royaume franc[modifier | modifier le code]

Aussitôt au pouvoir, Charles opéra de grands changements dans son entourage, installant sur le trône d'Austrasie Clotaire IV, et renvoyant Rigobert, l'évêque de Reims favorable à Plectrude. Puis, petit à petit, il essaya de reprendre le contrôle de tout le royaume franc, mais il dut à nouveau affronter la Neustrie. Il réussit à vaincre Rainfroi qui s'était pourtant allié avec le duc Eudes de Gascogne. Le 14 octobre 719, il remporta sur eux une première victoire à Néry, entre Senlis et Soissons, puis à Orléans[8].

Il entreprit également de repousser la frontière de l'est du royaume : de 720 à 738, il conquit ainsi l'Autriche et le sud de l'Allemagne. En 734, à la bataille de la Boarn (Boorne), les Frisons commandés par le roi Poppo (674-734) furent mis en défaite par les Francs, qui conquirent la partie occidentale des Pays-Bas jusqu'à la Lauwers[9].

À la mort de Clotaire IV en 719, il fut tout de même obligé de remettre sur le trône Chilpéric II. Mais celui-ci mourut en 721. Charles appela alors le fils de Dagobert III, Thierry IV, retiré à l'abbaye de Chelles, et l'installa sur le trône[10].

Arrêt de la conquête musulmane[modifier | modifier le code]

Charles Martel à la Bataille de Poitiers, en octobre 732, représentation par Charles de Steuben, musée d'histoire de France de Versailles.

En 732, lors de la Bataille de Poitiers, il affronta les armées omeyyades du gouverneur d'Al-Andalus, l'émir Abd el Rahman. En effet, depuis 711, les musulmans occupaient la péninsule Ibérique, et poursuivaient progressivement leur avancée vers le Nord, au-delà des Pyrénées, si bien qu'à partir de 725, ayant déjà conquis le Languedoc, ils s'emparèrent de la vallée du Rhône, mettant à sac la ville d'Autun (le 22 août 725), et assiégeant sans succès, en territoire franc, la ville de Sens[11],[12].

À la suite de l'intervention du duc d'Aquitaine, Eudes, qui les arrêta une première fois à Toulouse, en 721, les premières tentatives furent repoussées. Fort de sa victoire, le duc d'Aquitaine voulut prévenir le retour des musulmans d'Espagne en s'alliant à Munuza, gouverneur berbère et musulman de la Septimanie. Munuza était en révolte contre ses coreligionnaires d'Espagne. Eudes lui donna sa fille en mariage. Mais Munuza fut tué en affrontant le gouverneur d'al-Andalus Abd el-Rahman qui, dans la foulée, lança une expédition punitive contre les Aquitains. Il engagea donc en 732 une double offensive en Aquitaine, du côté de la Gascogne, et dans la vallée du Rhône[12].

Cette fois, le duc Eudes ne put les arrêter seul, et demanda à Charles de venir à son aide. Le 19 octobre 732, les armées de Charles et du duc réunies faisaient face à la razzia à Moussais, sur l'actuelle commune de Vouneuil-sur-Vienne, au sud de Châtellerault. Charles fit tout pour éviter l'affrontement mais encouragea le pillage aux alentours, ce qui eut pour double effet de saturer de butin les Sarrasins et de les rendre moins mobiles. Après six jours d'observation, la bataille s'engagea le 25 octobre et fut assez brève. Charles tua leur chef Abd el-Rahman, ce qui décida les troupes sarrasines à prendre le chemin du retour. Selon d'autres sources, Abd el-Rahman n'aurait pas été tué à la bataille de Poitiers mais aurait simplement reflué vers ses bases arrières de Narbonne. Poursuivi par les troupes franques de Charles Martel, il aurait été tué et son armée exterminée à Loupchat au pied de la falaise du Sangou, dans le Lot, en 733[12].

Selon certains auteurs, c'est à la suite de cette victoire que Charles fut surnommé Martel (en ancien français et en occitan signifie « marteau »), puisqu'il avait violemment écrasé les troupes musulmanes, tel un marteau[13] — le « marteau d'armes » étant aussi une arme de combat. En tout état de cause, il est certain que ce surnom a surtout « frappé » les esprits, ce qui a contribué à la création du mythe de Charles Martel. Ainsi, selon l'historien allemand Karl Ferdinand Werner, la Provence fut si bouleversée par les exactions de Charles Martel que le surnom « Martel-Marteau » pourrait venir de là et non de la victoire contre les musulmans[14]. L'historien Mohammed Arkoun remarque que les écrits contemporains sont muets sur des pillages faits par les Francs en Aquitaine peu après la bataille, parce que leur existence est contestée[15].

Les troupes musulmanes ne sont pas, pour autant, battues sur tous les fronts. Elles prennent Avignon et Arles en 735, puis attaquent la Bourgogne. Beaucoup de seigneurs bourguignons, dont le duc Mauronte, « pactisent » alors avec les musulmans, mais Charles Martel parvint à les refouler dans le sud de la vallée du Rhône en 736. La Provence s'était déjà soulevée contre l'autorité de Pépin de Herstal et de Charles Martel dans les années 714-716 avec le patrice Antenor[12],[14].

En 737, Charles Martel reprend Avignon avec son frère Childebrand, mais n'arrive pas à faire de même avec Narbonne. Il remporte une importante victoire (bataille de la Berre) près de l'étang de Bages-Sigean, à l'embouchure de la rivière Berre, dans l'Aude, contre les troupes musulmanes d'Espagne d'Omar ben Chaled. Cette victoire permit d'arrêter les incursions des musulmans au sud de la France et de réduire la présence musulmane à Narbonne et à certaines forteresses de Provence[12],[14],[16].

En 739, il s'allie aux Lombards pour reprendre la Provence. Tous ceux qui avaient alors collaboré avec les Sarrasins sont châtiés et leurs biens donnés aux guerriers francs. Les musulmans ne possèdent alors plus que Narbonne, prise en 759 par Pépin le Bref. Ces batailles ont grandement contribué à unifier le royaume franc autour de Charles Martel[12],[14],[16].

Réforme militaire[modifier | modifier le code]

Le triomphe de Poitiers acheva de faire de Charles Martel le maître du royaume. Il en profita pour lui donner une solide organisation militaire. Jusqu'à lui, l'armée ne s'était composée que des hommes libres, levés dans les comtés en temps de guerre. C'était une simple milice de fantassins, s'équipant à leurs frais, difficile à réunir, lente dans ses mouvements. Après Poitiers, Charles résolut de créer, à l'exemple des Arabes, une cavalerie qui put se porter rapidement au-devant de l'ennemi et remplacer l'avantage du nombre par celui de la mobilité. Une telle nouveauté supposait une transformation radicale des usages antérieurs. On ne pouvait imposer aux hommes libres ni l'entretien d'un cheval de guerre, ni l'acquisition du coûteux équipement de cavalier, ni le long et difficile apprentissage du combat à cheval.

Pour atteindre ce but, il fallait donc créer une classe de guerriers possédant les ressources correspondant au rôle qu'on attendait d'eux. Une large distribution des terres fut faite aux vassaux les plus robustes du maire du palais, qui n'hésita pas à séculariser, à cette fin, bon nombre de biens d'Église. Chaque homme d'armes gratifié d'une tenure ou, pour employer le terme technique, d'un bénéfice, fut tenu d'y élever un cheval de guerre et de fournir le service militaire à toute réquisition. Un serment de fidélité renforça encore ces obligations. Le vassal qui n'était au départ qu'un serviteur devint ainsi un soldat dont l'existence fut assurée par la possession d'un lopin de terre. L'institution se répandit très rapidement dans tout le royaume. Les immenses domaines de l'aristocratie permettaient à chacun de ses membres de se constituer une troupe de cavaliers, et ils n'y manquèrent pas. Le nom primitif de bénéfice disparut un peu plus tard, remplacé par celui de fief. Mais l'organisation féodale elle-même, pour l'essentiel, se trouve dans les mesures prises par Charles Martel. Ce fut la plus grande réforme militaire que l'Europe ait connue avant l'apparition des armées permanentes. Elle devait d'ailleurs exercer une répercussion profonde sur la société et sur l'État. Dans son fond, elle n'était qu'une adaptation de l'armée à une époque où le grand domaine dominait toute la vie économique et elle eut pour conséquence de donner à l'aristocratie foncière la puissance militaire avec la puissance politique. La vieille armée des hommes libres ne disparut pas, mais elle ne constitua plus qu'une réserve à laquelle on recourut de moins en moins[17].

Création de la lignée carolingienne[modifier | modifier le code]

Charles Martel divise le royaume entre Pépin et Carloman (BNF).

À la mort du roi Thierry IV (737), Charles, fort de son très grand pouvoir, décida de ne pas lui choisir de successeur, le rôle des monarques mérovingiens étant devenu totalement insignifiant. Il prit donc réellement le pouvoir du royaume franc, et régna donc ainsi en toute illégalité jusqu'à sa mort[18],[19],[20].

À sa mort, son pouvoir fut partagé entre ses deux fils[21] :

Bien qu'il n'obtînt jamais le titre de roi, il eut malgré tout plus de pouvoir que les souverains francs de l'époque, la dynastie mérovingienne était déjà à ce moment en pleine décadence. Son pouvoir marque les prémices de la lignée carolingienne, confirmée par le sacre de Pépin le Bref le 28 juillet 754.

Tombeau de Charles Martel[modifier | modifier le code]

Gisant de Charles Martel dans la basilique Saint-Denis.

Charles obtint le privilège de reposer après sa mort en 741 à Saint-Denis, dans un imposant sarcophage en marbre au nord du maître-autel de l’abbatiale. Les liens entre la lignée carolingienne et l’abbaye existaient déjà à l'époque de Charles Martel. Charles avait en effet confié l’éducation de ses deux fils aux moines dionysiens et choisi Saint-Denis comme lieu de sépulture. On ne sait exactement où se trouvait celle-ci.

Au XIIIe siècle, les restes supposés de Charles et de son fils Pépin le Bref furent ramenés sous la croisée du nouveau transept pour y recevoir les gisants qui existent encore. Entre la translation des cendres royales, ordonnée par Louis IX et effectuée en deux campagnes durant l’année 1264, et la dédicace des nouveaux tombeaux en 1267, trois ans s’étaient écoulés permettant la commande et la réalisation des monuments funéraires.

Ces effigies n’étaient évidemment pas réalistes. Les gisants étaient conçus comme des figures en pied malgré leur position horizontale. Le gisant de Charles Martel le représente comme s'il avait été roi, avec une couronne et un sceptre.

Mariages et enfants[modifier | modifier le code]

Charles Martel a épousé en premières noces Rotrude († 724), probablement robertienne, qui donne naissance à[22] :

Il épouse ensuite Chrotais, probable cousine de la précédente, sans que l'on sache si elle est une épouse principale morte peu de temps après ou une épouse secondaire[Note 2]. Chrotais donne le jour à un seul fils[Note 3],[22] :

Il épouse ensuite en 725 Swanahilde, issue de la maison bavaroise des Agilolfinges, qui donne naissance à[22] :

Enfin, une concubine inconnue donne naissance à[22] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La question de la filiation de Landrade et d'Alda est développée dans l'article Aude de France.
  2. La polygamie était encore possible pour les princes. Ce fut le cas de Pépin de Herstal, marié simultanément à Plectrude et à Alpaïde. La qualité d'épouse pour Chrotais ne fait aucun doute, au vu de la documentation contemporaine.
  3. La Genealogia Arnulfi comitis qualifie Bernard d'« issu d'une reine » et Rémi et Jérôme, « issus d'une concubine ». Il est donc évident que ces trois fils sont nés de mères différentes.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Settipani 1993, p. 165
  2. (en) Généalogie de Charles Martel sur le site Medieval Lands
  3. Halphen 1949, p. 17.
  4. Rousseau 1971, p. 39.
  5. a et b Riché 1983, p. 43-5.
  6. Riché 1983, p. 44.
  7. Riché 1983, p. 44-5.
  8. Riché 1983, p. 45-9.
  9. Riché 1983, p. 49-53.
  10. Riché 1983, p. 45-6.
  11. Moeller 1837, p. 335
  12. a, b, c, d, e et f Riché 1983, p. 53-5.
  13. (en) Edward Gibbon, J. B. Bury, The Decline and Fall of the Roman Empire, Wildside Press LLC, 2004, [lire en ligne], p. 17
  14. a, b, c et d Werner 1984, p. 390-3
  15. Arkoun 2006, p. 11-13
  16. a et b Arkoun 2006, p. 10-11
  17. H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des invasions au XVIe siècle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 40-42
  18. Riché 1983, p. 55-58.
  19. Werner 1984, p. 393
  20. Settipani 1993, p. 167.
  21. Riché 1983, p. 58-60.
  22. a, b, c et d Settipani 1993, p. 167-179.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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