Chanson de geste

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Roland jure sa fidélité à Charlemagne (enluminure d'un manuscrit de chanson de geste).
La mort de Roland à Roncevaux, sujet de chanson de geste.

Une chanson de geste est un récit versifié (un long poème) en décasyllabes ou, plus tardivement, en alexandrins, assonancés regroupés en laisses (longues strophes de taille variable), relatant des épopées légendaires héroïques mettant en scène les exploits guerriers des rois ou des chevaliers, remontant aux siècles antérieurs. Les chroniques médiévales prennent par la suite le relais des chansons de geste.

La « geste »[modifier | modifier le code]

La geste, du latin gesta, est une « action d'éclat accomplie » de caractère guerrier ou fantastique. Tous les modes d'expression sont utilisés  : la parole, le chant, le mime.

Pour Paulin Paris, médiéviste, les cantilènes sont très anciennes, et ont précédé et inspiré les gestes et chansons de geste, le mot « geste » « usurpe ordinairement, chez nos premiers poètes, le sens de race ou famille. Il y eut alors la geste des Loherains, la geste des pairs de Vermandois, des enfants d'Aimery, etc »[1] ; Paulin Paris pense que les grandes familles du haut Moyen Âge ont compilé en recueils les récits et cantilènes valorisant leur famille, en excluant plus ou moins les autres, ce qui n'était cependant pas l'intérêt des trouvères qui s'adressaient à la foule. Puis dans un second temps, l'invention s'est introduite et étendue dans ces récits, en mélangeant aussi des évènements d'époques et de portées différentes, réagencés en renommant les personnages pour la cohérence interne de la geste ou pour convenir à un commanditaire[1].

Ce type de récit apparaît à l'aube de la littérature française, vers la fin du XIe siècle (elles sont chantées entre 1050 et 1150). Les dernières ont été produites au cours du XVe siècle. Les chansons de geste sont caractéristiques de la littérature médiévale et prennent la suite des grandes épopées de l'Antiquité. Elles sont rédigées en ancien français et en ancien occitan. Elles diffèrent d'un autre grand genre littéraire médiéval : la poésie lyrique, dont la langue cette fois-ci est uniquement l'occitan.

Souvent anonyme, l'auteur de la geste est un troubadour (appelé aussi trouvère) qui la destinait à être chantée et accompagnée musicalement, devant un public large, populaire ou noble.

Classification[modifier | modifier le code]

Mariage de Girart, enluminure du XVe siècle, attribué au maître du Girart de Roussillon

Au XIXe siècle, Paulin Paris classe les gestes en trois types :

  • Les chansons de geste qui recueillent et suivent une « tradition orale établie ».
  • Celles qui continuent ou poursuivent les précédentes, plus libres et qui brodent sur la tradition primitive.
  • Celles qui sont des « récits de pure invention ».

Versification[modifier | modifier le code]

Elle correspond à des codes variant selon les époques, et devait aider les trouvères à mémoriser de longs textes, éventuellement chantés.
Le nombre de pieds est généralement de dix, mais il existe des textes, supposés plus anciens, où le nombre de pieds est de huit[1].

Sujets[modifier | modifier le code]

Écrites en langue d'oïl par les trouvères, et en langue d'Oc, par les troubadours, elles chantent la valeur martiale des chevaliers, héros de l'ère de Charles Martel et de Charlemagne, et leurs batailles contre les Maures.

À ces légendes historiques s'est ajoutée une forte touche de merveilleux : des géants, de la magie et des monstres apparaissent parmi les ennemis avec les Sarrasins. Avec le temps, les aspects historiques et militaires se sont affaiblis en faveur des aspects merveilleux.

Les thèmes des chansons de geste sont devenus notoires en tant que matière de France, qui s'oppose à la matière de Bretagne, traitant du roi Arthur et de ses chevaliers, et à la matière de Rome, qui mélange la mythologie grecque (Guerre de Troie en particulier), et les contes d'Alexandre le Grand, de Jules César, et d'autres figures de l'Antiquité présentées comme des exemples de chevalerie.

Lorsque les mœurs médiévales se sont adoucies et se sont tournées vers plus de subtilité, on a préféré à la chanson de geste les récits courtois qui en sont inspirés mais insistent plus sur les relations entre le chevalier et sa dame.

Le héros épique[modifier | modifier le code]

Dans les chansons de geste seule la classe féodale est mise en scène.

Le héros épique est un chevalier doué d'une force surhumaine, capable d'endurer toutes sortes de souffrances physiques ou morales. Exemplaire par sa fidélité à son seigneur, il est élu pour sa perfection et représente toujours une collectivité dont l'existence est en jeu. Avec Charlemagne, par exemple, c'est la « dulce France » et le monde chrétien qui luttent et souffrent pour vaincre à la fin. Les forces divines s'ajoutent presque toujours pour le secourir. La mort est le moment le plus émouvant du récit et recèle une leçon dictée par la vision religieuse et féodale de la société : la souffrance et la mort sont nobles lorsqu'elles sont subies pour Dieu et le suzerain. Ainsi le public, qu'il soit chevaleresque ou populaire, est appelé aux grandes émotions collectives et religieuses.

Les autres personnages ont des rôles définis : ami confident, traître, ennemi, lâche, etc. Ils figurent dans le récit pour souligner davantage l'héroïsme et les vertus du héros principal.

Principales gestes[modifier | modifier le code]

Il reste moins de cent chansons de geste. Les trouvères des XIIIe et XIVe siècles ont groupé les chansons de geste en trois grandes séries appelées des Cycles ou des Gestes. Chaque Cycle comprend des poèmes épiques qui se déroulent autour des exploits d'un même héros ou des membres de sa famille. On distingue le Cycle du roi (Charlemagne), le Cycle de Guillaume d'Orange et le Cycle de Doon de Mayence, également appelé cycle des barons révoltés.

Le Cycle de Charlemagne ou Cycle du roi[modifier | modifier le code]

Les sujets sont groupés autour de la famille des Rafanitus, notamment autour de la biographie légendaire de Charlemagne: ainsi les chansons constituent une transposition poétique des guerres contre les Lombards, Bretons, Saxons, Sarrasins. L´esprit et les articles de foi se résument en quelques points saillants : barons serviteurs du roi, service féodal dû au suzerain, honneur féodal, vaillance combative, intrépidité.

Le Cycle de Guillaume d'Orange[modifier | modifier le code]

L´esprit de cette geste est différent : fierté du lignage (parfois plus importante que la religion), indépendance de la famille, mais fidélité à Charlemagne et à ses descendants légitimes, service sans réserve, importance des figures féminines (cf. Guilbourc). Le ton en est parfois plus libre, souvent comique, les scènes de brutalité se mêlent aux scènes d´un tragique sublime (cf. la mort de Vivien).

Le Cycle de Doon de Mayence ou Cycle des barons révoltés[modifier | modifier le code]

Ce cycle comprend 60 chansons. L'idée principale est la lutte des féodaux contre la royauté. La plupart des poèmes de ce cycle sont isolés. Il n'y a pas de figure centrale.

Le cycle de la Croisade[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cycle de la croisade.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Autres gestes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Jean Rychner, La Chanson De Geste: Essai Sur L'art Epique Des Jongleurs, Droz, 1955.
  • André Moisan, Répertoire des noms propres de personnes et de lieux cité dans les chansons de geste françaises et les œuvres étrangères dérivées, Droz, 1986.
  • Jean-Pierre Martin, Les Motifs dans la chanson de geste. Définition et utilisation (Discours de l'épopée médiévale, I), Centre d'études médiévales et dialectales de l'université Lille-III, 1992
  • Norman Daniel, Héros et sarrasins. Une interprétation des chansons de geste, Éditions du Cerf, 2001
  • Jean-Pierre Martin, Orson de Beauvais, chanson de geste du XIIe siècle, Paris, Honoré Champion, « Classiques français du Moyen Âge », no 140, 2002 (ISBN 2-745-30613-8)
  • Orson de Beauvais et l'écriture épique à la fin du XIIe siècle : traditions et innovations, 480 pages, Paris, Honoré Champion, « Nouvelle bibliothèque du Moyen Âge », 2005 (ISBN 2-745-31186-7)
  • Dominique Boutet, « Chevalerie et chanson de geste au XIIe : essai d'une définition sociale », dans Revue des langues romanes, 110:1, 2006, p. 35-56.
  • Guillaume Issartel, La Geste de l'ours : L'épopée romane dans son contexte mythologique, XIIe-XIVe siècle, Honoré Champion,‎ 23 mars 2010 (ISBN 9782745318992)
  • Le cheval et l'épée, ou les 4 fils Aymon de l'auteur Jean Luc Duvivier de Fortemps et l'illustrateur Hervé Gourdet 2010 (ISBN 978-2-953-6281-0-4)
  • François Suard, Guide de la chanson de geste et de sa postérité littéraire (XIe-XVe siècle), Paris, Champion, 2011.

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Paulin Paris, Étude sur les Chansons de geste et sur le Garin le Loherain de Jean de Flagy page 15, dans l'introduction.