Crémation

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Procession de crémation à Bali en Indonésie.
A Balinese Hindu Cremation in Bali
Tour de crémation rituelle balinaise (Wadah) de Goesti Djilantik régent de Karangasem (Indonésie), en 1926.

La crémation est une technique funéraire visant à brûler et réduire en cendres le corps d’un être humain mort. Les cendres peuvent ensuite faire l’objet d’un rituel, comme être conservées dans une urne ou dispersées dans un lieu, qui est parfois symbolique comme dans l’océan pour des marins.

La crémation a été institutionnalisée en Asie par le bouddhisme et l’hindouisme, étant avec l’enterrement l’une des techniques les plus communément utilisées par l’Homme. L’embaumement ou la thanatopraxie sont plus rarement utilisés, mais peuvent parfois précéder une crémation.

Sommaire

Étymologie [modifier]

Le terme que l’on retrouve dans le Trésor de la langue française informatisé est « crémation » qui est l’action de « crémer », autrement dit « de brûler un cadavre ».

Le Petit Larousse indique le mot « cramer » (ancien provençal « cramar », « brûler », du latin « cremare », « brûler ») mais il paraît impossible d’utiliser ce mot aujourd’hui.

Le terme d’incinération (issu du substantif latin « cinis », « cineris » qui veut dire « cendre ») est utilisé préférentiellement à celui de crémation jusqu'au XIXe siècle mais notre civilisation « moderne » fait la distinction depuis qu'elle a rattaché le terme incinération à « déchets »[1]. Crémer est un terme existant dans la langue française depuis le XIIe siècle[2] et crémation depuis le XIIIe siècle[3], mais ils sont peu usités jusqu’au XIXe siècle.

On retrouve dans divers documents des termes comme « crématoriser », « crématiser » et « crématiste », mais ils restent marginaux et sont à l’heure actuelle des néologismes.

On peut cependant constater que, face à l’utilisation courante mais fausse de l’expression « incinérer un corps », l’introduction d’un de ces termes dans la langue française permettrait de faire une différenciation nette entre « incinération des ordures » et « crémation des corps ».

Crématoriums [modifier]

Depuis quelques décennies en occident et dans les pays occidentalisés, la crémation se réalise dans un crématorium. Le corps est placé dans un cercueil et celui-ci dans un four chauffé à 850 °C. C’est la chaleur et non les flammes qui réduit en cendres le cercueil et le corps. La crémation dure environ h 30.

En Israël, l’usage des crématoriums est très mal vu car cela rappelle les fours des camps d’extermination utilisés lors de la Shoah[4].

Position des différentes religions [modifier]

Christianisme [modifier]

Le verset de la Genèse (3, 19) « Homme, souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » (en latin, Memento, homo, quod pulvis es, et in pulverem reverteris), laisse supposer que l'homme doit être inhumé, la poussière étant assimilée à la glaise à partir de laquelle a été façonné Adam, mais la poussière peut aussi bien être interprétée comme de la poussière « de terre » ou de la poussière « de feu » (c.à.d. les cendres)[5].

Les Israélites de l'Ancien Testament ne brûlent pas leurs morts, la crémation étant uniquement un acte de justice divine : punition individuelle comme dans le Lévitique (20, 14) « Si un homme prend pour femmes la fille et la mère, c'est un crime : on les brûlera au feu, lui et elles, afin que ce crime n'existe pas au milieu de vous », punition collective comme dans la Genèse (1, 24) « Alors l'Eternel fit pleuvoir du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu, de par l'Eternel »[6].

L'inhumation des corps s'impose progressivement dès le début du christianisme, s'appuyant sur les principaux personnages du Nouveau Testament qui ont une sépulture afin de conserver l'intégrité du corps en attente du Jugement Dernier[7]. Néanmoins crémation et inhumation cohabitent encore pendant les premiers siècles du christianisme, les empereurs romains privilégiant la crémation[8]. La crémation s'oppose ainsi au dogme de la résurrection des corps et est condamnée par l'Église jusqu'au XIXe siècle, le décret du 19 mai 1886 de la Congrégation Suprême du Saint-Office refusant les funérailles religieuses à celui qui demande la crémation mais ce décret s'attaque plus aux sociétés crématistes qu'au rite même de la crémation et s'impose alors que plusieurs prêtres ont choisi spectaculairement la crémation pour leurs propres funérailles, tel Savi Scarpone à Rome ou Giovanni Sartorio à Milan[9]. Alors que se développent les enterrements civils dans l'occident chrétien, ce décret s'inscrit dans le prolongement de Humanum Genus, encyclique du pape Léon XIII donnée le 20 avril 1884 qui condamne le relativisme philosophique de la franc-maçonnerie favorable à l'incinération[10].

L’Église catholique romaine tolère la crémation depuis le décret De cadaverum crematione du 5 juillet 1963 et la publication du Saint-Office « Instructio de cadaverum crematione » parue le 24 octobre 1964, mais la déconseille : ce décret précise que « l’incinération du corps ne touche pas à l’âme et n’empêche pas la toute puissance de Dieu de rétablir le corps, de même elle ne contient pas en soi une négation objective de ces dogmes », aussi l'Église « n’est pas opposée et ne s’oppose pas à l’incinération » mais « a toujours voulu encourager la pieuse et constante coutume d’ensevelir les corps des fidèles », concluant que « l’esprit de l’Église est étranger à la crémation »[11].

La logique des funérailles chrétiennes repose sur trois principes : le corps, l’imitation du Christ et le deuil.

La brutalité de la crémation met en cause le processus d’acceptation progressive, nécessaire au deuil, rendu plus difficile en l’absence de traces concrètes. C’est pour cela que l’Église catholique romaine, si elle ne refuse pas la crémation, demande qu’elle soit précédée par la célébration des funérailles, avec le cercueil, à l’église[12].

Cette vision n'est pas valable pour les Catholiques traditionnalistes, à l'image de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X qui estime l'acte de crémation comme « gravement peccamineux, comparable au péché public, à l’apostasie, à l’excommunication et au suicide[13] ».

Les protestants ne voient aucune objection à caractère biblique contre la crémation, exception faite de certains qui y voient une forme d’insoumission au processus naturel de putréfaction voulu par Dieu.

L'Église orthodoxe condamne la crémation volontaire pour plusieurs raisons :

  • La crémation est étrangère à la tradition de l'Église [14] ;
  • L'insistance sur l'enterrement est fondée sur le respect du corps humain comme œuvre de Dieu, à quoi s'oppose la violence de la crémation et le traitement subi par le corps[15] ;
  • Certaines motivations de la crémation comme le mépris du corps, la volonté d'effacer la mémoire du défunt, la destruction totale d'une personne, sont considérées comme incompatibles avec la foi chrétienne.

L'Église de Grèce a publié en 2006 un texte qui déclare que « l'Église ne s'oppose pas et n'a pas le droit de s'opposer à la crémation des défunts appartenant à d'autres religions ou d'autres confessions chrétiennes. Pour les fidèles Orthodoxes, cependant, elle recommande selon la longue tradition ecclésiale l'ensevelissement comme seule voie de décomposition du corps humain décédé ». Un fidèle Orthodoxe voulant subir la crémation ne peut pas recevoir d'obsèques religieuses, sauf si la crémation est faite contre sa volonté[16].

Islam [modifier]

La crémation n'est pas tolérée par l’islam, cette religion possède ses propres rites funéraires.

Judaïsme [modifier]

Traditionnellement, la crémation est interdite par le judaïsme. Les Juifs refusent le procédé de la crémation. Un crématorium dont le lieu était tenu secret a néanmoins existé en Israël entre 2005 et 2007 mais il n’a pas servi car un incendie volontaire par des ultra orthodoxes l’a rendu définitivement hors service[8].

Les versets 12 et 13 du chapitre 31 du Premier livre de Samuel[17] est l'unique référence dans l'Ancien Testament sur une crémation volontaire décidée par l'homme mais elle pose problème aux exégètes et aux historiens de la religion, le verbe hébraïque pouvant aussi bien se traduire par « incinérer » que par « embaumer »[18].

Cendres [modifier]

Les cendres résultant de la crémation sont la partie calcaire des os. Dans la pratique, la crémation se déroule à une température de 850 °C dans un appareil soumis à un fort apport d’air frais permettant la combustion. Le bois du cercueil, les vêtements, les chairs, tout est transformé en gaz ou en poussières évacués avec les fumées. Pour les adultes, ce que l’on retrouve dans l’appareil est constitué des restes calcinés des os qui se présentent sous forme de fragments plus ou moins importants mais reconnaissables : on peut ainsi bien distinguer les différents os. Ce sont ces derniers qui étaient disposés dans des urnes cinéraires dans la tradition grecque ou latine et même à l’époque moderne au début du XXe siècle.

Pour faciliter la dispersion, la réglementation française prévoit le broyage des os. Il ne se justifie pas lorsque l’on pratique l’inhumation des cendres ou le dépôt en cases de columbarium. Elle est même pénalisante pour les populations issues du Sud-est asiatique qui souhaitent pouvoir garder certains os intacts.

La calcination des os aboutit non pas à du calcaire (carbonate de calcium) mais à un mélange de phosphates de calcium.

En France [modifier]

L’usage de la crémation en France est autorisé depuis la loi du 15 novembre 1887 (parue au Journal officiel le 18 novembre, le décret d’application étant publié le 27 avril 1889) sur la liberté des funérailles :

« Tout majeur ou mineur émancipé, en état de tester, de régler les conditions de ses funérailles, notamment en ce qui concerne le caractère civil ou religieux à leur donner et le mode de sa sépulture . »

— Article 3 de la loi sur la liberté des funérailles


L'Église catholique française ne refuse pas la crémation « à condition que celle-ci ne soit pas envisagée par opposition et provocation à la foi catholique ». Le document français officiel qui gère cette situation est la "Note de Mgr Feidt" du 4 juin 1986 publiée dans le Directoire canonique et pastoral pour les actes administratifs des sacrements[19].

Depuis les années 1990, la crémation est de plus en plus pratiquée. En 1980, cette technique n’était utilisée que pour 0,9 % des obsèques, en 1994 pour 10,5 % et en 2004 pour 24,95 % selon les crématistes.
En 2010 selon l’Association française d’information funéraire (AFIF), la France et les DOM TOM comptent 141 crématoriums. Le taux de crémation approcherait 30 %.

En 2005, une crémation coûte environ 400 €, hors des différentes prestations supplémentaires (urne, personnel, convoi, etc.). Au total, des obsèques avec crémation sont facturées de 1 400 € à 2 200 €, soit 30 à 40 % moins cher qu’une inhumation. Ceci sans compter les frais liés à la conservation des restes de la personne disparue (concession dans le cimetière, tombe, case de columbarium, etc.).

Les cendres résultant d’une crémation sont remises à la famille. Avant avril 2007, la famille pouvait en faire presque ce que bon lui semblait, comme les inhumer, les disperser, les répartir ou les conserver au domicile. La dispersion des cendres a cependant quelques limites : interdiction de les mettre sur la voie publique, dans une rivière, ou dans la mer lorsque l’on est à moins de 300 mètres du rivage. Selon l’AFIF, 21 % des urnes sont placées dans un columbarium ou dans un caveau familial, 8 % sont dispersés dans un Jardin du souvenir et 71 % sont remis à la famille. Depuis décembre 2008, la législation n’autorise plus la conservation dans le temps d’une urne cinéraire au domicile d’un particulier. Dans le cas d’une dispersion ou d’immersion de cendres, hors un cimetière, une déclaration de dispersion doit être envoyée à la mairie du lieu de naissance pour des raisons de traçabilité. Certaines de ces urnes auraient été retrouvées dans des endroits insolites : « L’urne est d’abord déposée sur la cheminée du salon, puis on déménage, on divorce ou on décède sans héritier. On la retrouverait alors à la braderie, dans des consignes de gare, parfois même dans le métro… » déclare Xavier Labbée, avocat et professeur d’éthique à l’Université de Lille II.

Statut juridique des cendres en France [modifier]

Des décrets de 1976 autorisent la dispersion des cendres dans l’enceinte du cimetière (caveaux de famille, columbariums, cavurnes, jardins du souvenir, rosiers, caveaux collectifs de cendres mais également en pleine nature, à l’exclusion des voies publiques), tandis que l’urne peut être conservée dans une propriété privée[20].

La personne habilitée pour les obsèques doit faire une demande d’autorisation de crémation à la mairie du lieu de décès ou de crémation.
Loi du 19 décembre 2008 : cette loi a listé de façon exhaustive les lieux de destination des cendres (Art. L. 2223-18-2 CGCT modifié) :

  • soit dans leur urne, inhumée dans une sépulture de famille, ou scellée sur celle-ci, ou déposée dans une case de columbarium ;
  • soit dispersées dans un espace aménagé à cet effet d’un cimetière ou d’un site cinéraire ;
  • soit dispersées en pleine nature (sauf sur les voies publiques) en déclarant en mairie l’identité du défunt, la date et le lieu de dispersion (art. L.2223-18-3 du CGCT modifié).

Dans le monde [modifier]

La crémation est très pratiquée au Japon (99,8 % des décès) ainsi qu’à Hong Kong (86 %). Aux États-Unis, la proportion est de 32 %.

Dans plusieurs pays européens, le taux est très élevé :

  • Suisse (78,8 % en 2005, 89 % en 2010).
  • Royaume Uni (70 % en 2010).
  • République tchèque (78,4 %).
  • Danemark (73,8 %).

Dans les pays catholiques, elle est plus rare :

  • Italie (8,5 %).
  • Espagne (19,3 %)
  • mais elle gagne du terrain en Belgique (42,2 %).

Dans les pays confessionnellement partagés, elle oscille autour de 50 % (Pays-Bas 51,7 %). En Norvège, ce taux est de 34 % et en Finlande de 33,7 %[21]. Dans les villes, ce taux est plus élevé que dans les campagnes (50 % à Paris, 70 % à Bruxelles, 95 % à Copenhague)[22].

Historique [modifier]

On distingue historiquement la « crémation primaire » (défunt brûlé dans une fosse creusée à même le sol naturel et qui constitue sa tombe) de la « crémation secondaire » (corps brûlé sur un bûcher à distance de la tombe, les cendres étant recueillies dans une urne qui est par la suite déposée avec le mobilier funéraire dans la tombe).

Antiquité [modifier]

La plus ancienne crémation connue semble être celle, vieille de plus de 22 000 ans, de la femme de Mungo, en Australie. On a trouvé "les restes d'une jeune femme partiellement incinérée dont les os, brisés, ont été ensuite mis en terre avec les résidus du foyer utilisé pour sa crémation" [23].

"Les plus anciennes sépultures attestées avec certitude datent du Paléolithique moyen (de 275 000 à 35 000 av. J.-C.), localisées au Proche-Orient. Le traitement des morts gagne en complexité au Mésolithique (de 10 000 à 6 500 en Europe) : à côté des inhumations individuelles ou simultanées apparaissent plusieurs nouveautés : les crémations, attestées dès 9 000 av. J.-C., les sépultures collectives" [24].

La crémation apparaît en Asie dès le IVe millénaire av. J.-C.

En Inde, la première crémation connue date de 1900 av. J.-C. "La pratique hindoue de la crémation des veuves sur le bûcher funéraire de leur mari est attestée depuis le IVe siècle av. J.-C. par les témoignages des historiographes d'Alexandre le Grand" [25].

Les Grecs n'ont commencé à pratiquer la crémation que vers le XIIe siècle av. J.-C..

La crémation disparaît dans la Rome antique avec la généralisation de la pratique de l'inhumation chez les empereurs romains qui se réalise à partir de celle d'Antonin le Pieux au IIe siècle puis se diffuse dans les autres couches de la société[8].

Moyen Âge [modifier]

L'inhumation est la pratique courante dans l'occident chrétien mais le mercredi des Cendres familiarise le chrétien avec les cendres puisqu'au cours de cette cérémonie, le prêtre trace une croix sur le front des fidèles avec de la cendre habituellement fabriquée en brûlant les rameaux de buis desséchés de l'année précédente[26].

Il existe cependant peu de textes radicalement hostiles à la crémation, à l'exception du concile de Paderborn en 785 selon lequel « Quiconque fait brûler un corps suivant la coutume païenne sera puni de mort », peine confirmée par l'article 7 du capitulaire saxon de Charlemagne, publié en 789 dans un contexte de lutte contre les saxons qui pratiquent la crémation[27]. Ainsi, lorsque le pape Boniface VIII fulmine une bulle interdisant de profaner les cadavres, cela concerne le fait de les dépecer ou les bouillir, mais la crémation n'est pas évoquée[8].

Les médecins Ambroise Paré et Thomas Bartholin admettent au XVIe siècle et XVIIe siècle la crémation comme mesure d'hygiène lors d'épidémies[28].

Période moderne [modifier]

Premier four crématoire à Paris en 1873, à Milan en 1876, à Zürich en 1889

Sous l'Ancien Régime, les nobles se faisaient enterrer dans la chapelle de leurs châteaux et manoirs, les pauvres étant mis à la fosse commune. À la Révolution française, le principe d'égalité soutenu fait émerger l'idée de cimetières pour tous ou de la crémation, cette dernière technique funéraire étant défendue au XVIIIe siècle par la franc-maçonnerie et les Protestants. L'Europe au XIXe siècle connaît de grandes épidémies mortelles de typhus et choléra. Le manque de cimetières et de salubrité incitent les municipalités, sous l'influence du mouvement hygiéniste qui donne alors ses recommandations lors de rencontres scientifiques internationales, à développer toute une réglementation au sujet de l'inhumation (cimetières urbains déplacés à la périphérie mais cimetières ruraux restant au sein du village, épaisseur minimum du cercueil, profondeur d'enterrement) ou favoriser la création de Sociétés de crémation[22].

La première crémation moderne a lieu à Milan, dans un contexte de guerres de réunification de l'Italie avec leur lot de cadavres qui gisaient sur le champ de bataille et de la crémation du maharadjah de Kolhapur Rajaram Chuttraputti sur un bûcher dressé sur une place de Florence où il est mort le 30 novembre 1870 : la réflexion avance chez les pharmaciens, médecins italiens qui favorisent la mise en place du premier four moderne destiné à la crémation, mis en service à Milan en 1876[11].
En France, la première crémation (un enfant de 11 ans, fils d'un médecin) a lieu à Paris, le 30 janvier 1889, au crématoire du Père-Lachaise récemment inauguré, quelques mois avant que paraisse enfin le décret d'application de la loi votée deux ans plus tôt qui, historiquement, autorisait la crémation dans ce pays (Loi du 15 novembre 1887 sur la liberté des funérailles[29] suite à un amendement que fait adopter Jean-Baptiste Antoine Blatin, grand maître du Grand Orient de France). Cette évolution a été favorisée par la création le 4 novembre 1880 de « La société pour la propagation de la crémation ». Les crématoriums suivants apparaissent à Rouen en 1899, Reims en 1903, Marseille en 1907, Lyon en 1913, Strasbourg en 1922, puis seulement Cornebarrieu en 1972[30].

La pratique de la crémation se répand depuis la Seconde Guerre mondiale pour des raisons de coût, de multiplication de crématoriums et de sécularisation des sociétés. Parallèlement, la baisse de l'inhumation s'explique par la diffusion de la photographie qui permet de garder une trace du défunt, les conséquences de la révolution sexuelle marquées par le déclin du poids moral des Églises et l'évolution du rapport au corps qui n'est plus sacralisé[22].

Aspects socio-psychologiques [modifier]

L’Homme contemporain, plus « technicisé », mobile et à la famille plus éclatée, pourrait trouver dans la quasi élimination physique du corps mort que permet la crémation (des cendres et fragments d’os sont les seuls restes visibles) une solution psychiquement plus satisfaisante, que de vivre avec la présence durable et fixée dans un cimetière d’un proche défunt. Outre qu’il n’est plus nécessaire d’entretenir une tombe et une concession, l’urne peut être facilement transportée.

Des cérémonies de dispersion des cendres (dans le vent, dans la mer, et peut-être bientôt dans l’espace circumterrestre, moyennant finances) éliminent toute trace physique du mort, ce qui semble une autre manière d’en faire le deuil.

Selon Eugène Peru[31] « l’appartenance à l’association est une volonté généreuse et humaniste pour garder la Terre aux vivants », « garder la terre au vivant », est-ce la refuser aux morts, ou une autre manière de refuser la mort ?…[32] la mort que la technique médicale n’a pas pu repousser autant qu’on l’aurait souhaité… Comme s’il fallait refuser le cycle immémorial du Vivant qui passe naturellement par la décomposition de la nécromasse, comme d’ailleurs on refuse de voir mourir le bétail, les chevaux, les volailles ou les arbres de leur mort naturelle. C’est encore un lieu et des outils techniques (abattoir, sylviculture…) qui ici devancent la mort. Il semble que la société technique et commerciale veuille cacher le cadavre, qu’elle vit comme un aveu d’échec face à la mort et au vieillissement. Après avoir éloigné et parfois caché les personnes âgées dans les maisons de retraite, les vivants voudraient en faire disparaître les cadavres.

Les services funéraires ont une utilité sociale incontestable, mais la publicité commerciale qui cible la préparation à la mort montre que des aspects commerciaux sont également en jeu. Le traditionnel croque-mort cède la place à des entreprises commerciales opérant parfois sur plusieurs régions et pays.

Dans les cultures où la crémation est traditionnelle, elle est parfois un moyen d’envoyer le mort au ciel (littéralement et symboliquement).

Certaines tribus amérindiennes mangeaient les cendres du mort, ce qui semblait être un moyen de réintégrer l’esprit et les qualités du mort ou trouver une source de calcium dans un environnement en manquant.

Disposer des cendres [modifier]

Sépulture au pied d’un arbre dans le cimetière municipal de Pankow, un quartier de Berlin.

Crémation d'un bébé [modifier]

Lors de la crémation d’un bébé, les cendres, s’il y en a, ne sont pas les siennes, car son corps est alors composé à plus de 90 % d’eau, la calcification n’est pas complète, il n’y a donc pas de résidus. Les cendres peuvent alors être celles du cercueil.

Lieu de recueillement [modifier]

Se rendre sur la tombe d’un défunt pour s’y recueillir semble une tradition moins répandue de nos jours, elle reste néanmoins très suivie, certaines personnes éprouvant le besoin, pour faire leur deuil, d’associer un endroit précis à la mémoire de la personne disparue. Aussi, l’absence de lieu de recueillement qu’implique la crémation quand les cendres sont dispersées est-elle parfois psychologiquement mal supportée.

Avec l’augmentation du nombre des crémations en France ces dernières années, les cimetières ont dû faire face à une forte augmentation des demandes d’accueil d’urnes cinéraires et construire de nouveaux columbariums. Depuis, de nouveaux types de sépultures, adaptés à la pratique de la crémation, ont vu le jour. Outre les columbariums, les cimetières possèdent parfois des jardins du souvenir où les cendres sont dispersées. Une entreprise propose également l’enterrement des cendres dans un jardin de mémoire où l’on plante un arbre en souvenir du défunt, le cimetière devenant ici une forêt. En Allemagne, cette idée a été développée depuis 1993 et le nom de « Friedwald » (« forêt de paix ») constitue une marque déposée.

Crémation et environnement [modifier]

Four crématoire.

Les crématoriums sont souvent présentés comme des solutions écologiques en ce sens qu’ils permettent d’économiser de la place, et limiteraient les problèmes de pathogènes, ou de contamination de nappes ou d’occupation de l’espace… Ces arguments sont recevables, mais le crématisme pose encore quelques problèmes importants :

  • la crémation consomme des quantités non négligeables de carburant (gaz naturel, fioul, ou bois dans les pays où le bois est utilisé), ce qui contribue à une production de dioxyde de carbone et d’autres gaz ou particules dont les impacts n’ont pas été mesurés. Le dioxyde de carbone est un gaz à effet de serre moins puissant, mais bien plus durable que le méthane issu de la décomposition naturelle des corps.
  • certains cercueils peuvent être traités avec des produits toxiques (vernis, teintures, peintures biocides, plomb…). Qu’advient-il de ces toxiques lorsqu’ils brûlent ?

Les sédiments des Grands Lacs en Amérique du Nord contiennent du mercure sous forme d’éthyl-mercure, particulièrement toxique et bioassimilable, dont une bonne part proviendrait de la crémation des morts et de leurs dents « plombées » en particulier.

En France, un rapport[33] présenté par le sénateur Gérard Miquel a porté sur plomb/cadmium/mercure, insistant sur le problème des plombages, mais sans évoquer le fait que via la crémation, ils pouvaient continuer à polluer longtemps après la mort. En effet le mercure est sublimé à relativement basse température, et les crématoriums ne sont pas équipés de filtres appropriés au mercure très volatil ni d’ailleurs au plomb ou à certains autres toxiques potentiellement présents dans les vapeurs (⇒ volatilisation dans l’atmosphère, pollution des pluies et de l’air, retombées au sol et concentration dans les sédiments et la chaîne alimentaire). Début 2009, en France, sur 140 incinérateurs crémateurs ; 135 n’étaient toujours pas pas aux normes en termes d’équipements pour filtrer le mercure issu d’amalgame dentaire (cinq à dix par personne incinérée), d’autres métaux toxiques ou les dioxines et furanes qui peuvent se former par combinaison des molécules de chlore issues des sels (chlorure de sodium, chlorure de magnésium, acide chlorhydrique de la bile naturellement contenus dans nos corps)[34]etc.

Un certain nombre de personnes ont été exposées durant leur vie au plomb (de l’essence, des usines type Metaleurop). Elles sont souvent victimes d’un saturnisme chronique discret. Autour des sites très pollués par le plomb, il est probable que la totalité de la population résidente ait des quantités significatives de plomb stocké dans les os, en particulier les hommes qui en accumulent plus que les femmes (un rapport rédigé pour le ministère de Brice Lalonde estimait que les os d’un Français des années 1980 contiennent environ 80 fois plus de plomb que ceux des hommes préhistoriques). 80 % du plomb absorbé et stocké dans le corps l’est dans les os, et le reste essentiellement dans le foie et les reins. Lorsqu’il est chauffé à 900 °C, ce plomb passe directement dans l’air en vapeur de plomb. Les teneurs en plomb et autres métaux (les victimes les plus graves de Tchernobyl ont été enterrés dans des cercueils plombés et sous un béton spécial enrichi en plomb en raison du fait que les radionucléides bioaccumulés pourraient repartir dans l’air).

En cas de nécessité, les techniques d’analyse isotopique permettent de qualifier et tracer l’origine de certains polluants comme le plomb (ex pour faire la différence entre le plomb de chasse et issu des batteries ou des carburants), mais pas utilisée à ce jour pour le mercure issu des plombages (il y a quelques années[Quand ?], le Français moyen, au moment de sa mort avait plus de 7 plombages dans la bouche).

Certains appareils de radiographie ou scanners peuvent être programmés pour mesurer la teneur en plomb des os. Ils peuvent être utilisés sur des morts en nécessitant un temps d’exposition plus long. Des analyses faites lors des autopsies permettraient de tracer un profil moyen de la population et d’estimer les risques liés au plomb dans les os à l’heure de la mort.

En Inde, on estime à 8,5 millions le nombre de crémations par an ce qui libérerait 8 millions de tonnes de CO2 par an.

Solutions et alternatives à la crémation [modifier]

Pour reduire le problème écologique générés par la crémation :

  • il conviendrait idéalement d’inciter les testamentaires et les familles à demander lors de l’embaumement ou de la préparation des corps que l’on ôte les plombages (que les dentistes ne doivent plus jeter à la poubelle), et/ou que les crématoriums soient équipés de filtres adaptés, performants et entretenus. En effet, un nombre croissant de gens meurent l’organisme fortement chargé de médicaments, ayant des propriétés toxiques ou antibiotiques éventuellement susceptibles de poser problème pour l’environnement et la santé humaine (soit via les fumées et vapeur, soit via la décomposition des corps ou la contribution de résistances aux antibiotiques ;
  • les bois de cercueils ne devraient pas être traités par des vernis ou pesticides ou produits dangereux pour l’environnement. Il existe par ailleurs des cercueils écologiques réalisés à partir de papier, carton, fibres multicouche recyclés, des couches résistant à l’eau ainsi que des couches de renforcement.

Remarque : étant donné les tabous liés à la mort, ces questions ne sont que rarement abordées, y compris par le législateur.

Pour pallier les problèmes écologiques, deux nouveaux procédés existent :

  • la promession, le corps est congelé dans de l’azote liquide, puis réduit en poudre et les restes sont enterrés dans des urnes biodégradables ;
  • l' Aquamation (ou hydrolyse alcaline), le corps est dissout dans un bain, et produit un liquide riche en éléments organiques utilisables comme fertilisant, et des résidus osseux réduits en poudre remise aux parents comme des cendres.

Recherche et développement [modifier]

En 2007, la société Mokshda Green Cremation (MGC) propose des bûchers de crémation ayant une consommation de bois divisée par quatre (voir environnement). Ce procédé réduirait les émissions de 60 % par an.

Notes et références [modifier]

  1. Annick Barrau, Quelle mort pour demain ? Essai d'anthropologie prospective, Editions L'Harmattan, 1992 [lire en ligne], p. 45 
  2. (fr) Trésor de la langue française informatisé, « Crémer - Trésor de la langue française », Centre national de ressources textuelles et lexicales. Consulté le 16 avril 2009.
  3. (fr) Trésor de la langue française informatisé, « Crémation - Trésor de la langue française », Centre national de ressources textuelles et lexicales. Consulté le 16 avril 2009.
  4. (en) Israel’s first crematorium opens, BBC, 9 juin 2005. Consulté le 22 décembre 2007.
  5. Annick Barrau, op. cité, p.54
  6. Mourane, Bible & Phoenicia Code, 2006 [lire en ligne], p. 120 
  7. Annick Barrau, op. cité, p.50
  8. a, b, c et d Piotr Kuberski, Le Christianisme et la crémation, Cerf, 2012, 512 p. 
  9. Mémoire et actualité
  10. Annick Barrau, op. cité, p.55
  11. a et b Marco Novarino, « La crémation en Italie entre développement et changements législatifs », Revue Études sur la mort de la Société de Thanatologie, no 132, février 2007, p. 117-124 
  12. (fr) Que ferons-nous des cendres ?, Service National de la Pastorale Liturgique et Sacramentelle. Consulté le 22 décembre 2007.
  13. http://www.laportelatine.org/communication/lectures/jailupourvous/incineration/incineration.php
  14. http://www.pravoslavie.ru/answers/q_bogosluzh.htm
  15. http://orthodoxologie.blogspot.com/search?q=cr%C3%A9mation
  16. « Une fin de vie paisible sans douleur, sans honte, - Un éclairage orthodoxe sur les questions éthiques liées à la fin de la vie », Jean-Claude Larchet, éditions du CERF,2010, p. 225
  17. « Tous les plus vaillants sortirent, marchèrent toute la nuit, et ayant enlevé les corps de Saül et de ses fils du mur de Bethsan, ils revinrent à Jabès de Galaad, où ils les brûlèrent.
    Ils prirent leurs os et les ensevelirent dans le bois de Jabès ; et ils jeûnèrent pendant sept jours. »
  18. Piotr Kuberski, « La crémation dans la Bible », Revue des sciences religieuses, vol. 83, no 2, 2009, p. 185-200 
  19. Église catholique française et crémation
  20. Destinées des urnes et des cendres cinéraires
  21. Chiffres 2005 publiés sur le site de l’Union Suisse de Crémation.
  22. a, b et c Arnaud Esquerre, Les os : les cendres et l’État, Fayard, 2011, 328 p. (ISBN 978-2-2136-6227-5) [lire en ligne] 
  23. André Leroi-Gourhan, Dictionnaire de la préhistoire, PUF, 1988, p. 726
  24. Marie-Amélie Carpio, « Il y a 11 000 ans apparaissent les crémations », in Les Cahiers de Science et Vie, août-septembre 2011
  25. Dictionnaire de la mort, Larousse, 2010, p. 275
  26. Philippe Levillain, « Crémation et grandes civilisations », émission sur Canal Académie, 28 octobre 2012
  27. Jean-Louis Angué, « Incinération et rituel des funérailles », Etudes, vol. 363, no 6, 1985, p. 669 à 671 
  28. Hélène Popu, La dépouille mortelle, chose sacrée : à la redécouverte d'une catégorie juridique oubliée, Editions L'Harmattan, 2009 [lire en ligne], p. 329 
  29. Loi du 15 novembre 1887 sur la liberté des funérailles
  30. La crémation : quels lieux pour les cendres ?
  31. Délégué régional de l’Association des crématistes du Pas-de-Calais
  32. interview par le journal La Voix du Nord du 27 mars 2001
  33. (fr) Effet des métaux lourds sur l’environnement et la santé, rapport parlementaire français sur les effets négatifs du plomb, du mercure et du cadmium.
  34. Source : le toxicologue André Picot, s’exprimant lors de l’émission de radio « Terre à terre » sur France-Culture, intitulée « Fuyant métal lourd », le 4 avril 2009 [1].

Voir aussi [modifier]

Bibliographie [modifier]

Articles connexes [modifier]