Benoît de Nursie
| Benoît de Nursie | |
Saint Benoît de Nursie |
|
| Saint, fondateur d’ordre, abbé | |
|---|---|
| Naissance | vers 486-490 Nursie, en Italie (Empire d’Orient) Actuelle Norcia, en Ombrie (Italie) |
| Décès | 547 |
| Vénéré à | Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire |
| Vénéré par | Catholiques Orthodoxes |
| Fête | Le 11 juillet de nos jours Au Moyen Âge, le 21 mars en Occident et le 14 mars en Orient |
| Attributs | On représente généralement Saint Benoît avec l'habit bénédictain (aube noire), une crosse d'abbé, ainsi qu'un livre |
| Saint patron | Europe, Moines, Scouts d’Europe, agriculteurs, architectes, cavaliers, conducteurs de machines, des réfugiés, des spéléologues Patriarche des moines d'Occident |
| modifier |
|
Benoît de Nursie (né vers 480 ou 490 à Nursie – mort en 547 ; en latin Benedictus de Nursia), plus connu sous le nom de « saint Benoît » (en latin Sanctus Benedictus de Nursia) pour les catholiques et les orthodoxes, est le fondateur de l'ordre bénédictin et a largement inspiré le monachisme occidental ultérieur.
Il est considéré par les catholiques et les orthodoxes comme le patriarche des moines d'Occident, à cause de sa Règle qui a eu un impact majeur sur le monachisme occidental et même sur la civilisation européenne médiévale.
Il est vénéré deux fois dans l'année en Occident, le 11 juillet (fête), date anniversaire de la translation de ses reliques à l'abbaye de Fleury, et le 21 mars (mémoire), anniversaire de sa mort, et le 14 mars en Orient.
Lorsque le calendrier romain fut fortement transformé par le pape Paul VI dans les années 1970, c'est la date du 11 juillet qui a été retenue.
Sommaire |
Biographie[modifier]
Contexte du christianisme aux IVe et Ve siècles[modifier]
La fin du IVe siècle marque un temps de rupture important dans l'Empire romain, et spécialement autour de Rome : c'est la division de l'Empire Romain en deux : L'Empire Romain d'Occident d'un côté, et l'Empire Romain d'Orient. De plus l'Empire Romain subit de nombreuses invasions barbares : Wisigoths, Barbares, Francs[1].
Enfance de Benoît de Nursie[modifier]
Benoît naît vers 480-490 issu d'une famille noble romaine de Nursie (Norcia), en Ombrie[2],[3],[4]. Son père Eutrope, fils de Justinien Probus, de la gens Anicia, est consul et capitaine général des Romains dans la région de Nursie dans le centre de l'Italie et sa mère appartient à la famille Reguardati, des comtes de Nursie. Il a une sœur Scolastique [Note 1]. Il naît dans une famille chrétienne en prenant le prénom de Benoît (prénom chrétien signifiant bénédiction)[4].
Son enfance se déroule à Nursie, où il vivait avec ses parents et va recevoir une éducation. À cette époque les enfants de l'aristocratie sont placés sous la direction d'un esclave particulièrement instruit, ce qui fut sans doute le cas de Benoît[5]. Il grandit à Nursie, ville qui possède alors deux églises et où le culte de deux saints est déjà développé : Saint Eutychius et Saint Florentius[5]. Arrivé à l'âge de l'adolescence, Benoît part, comme la majorité des enfants de la noblesse italienne, faire des études plus élevées[6]. Il part pour Rome sans doute afin d'y étudier le droit et les lettres classiques, études permettant d'avoir des responsabilités administratives[7].
Benoît part avec une servante de la maison, du nom de Cyrilla et arrive à Rome vers les années 495[6]. Ils s'installent d'après la tradition sur la rive droite du Tibre, près de l'Aventin, dans ce qui deviendra plus tard l'Église Saint-Benoît[6].
Rome est une ville de plus d'un million d'habitants, l'absence de guerre et la politique de Théodoric favorise les artistes et les administrateurs romains[8]. L'Empereur cherche à embellir et restaurer la ville, et la présence de fêtes nombreuses font de Rome une ville dynamique[9]. La vie romaine choque rapidement Benoît qui décide de fuir avec Cyrilla afin de pouvoir se consacrer entièrement à la Bible. Les motifs de son départ est la peur de "tomber das l'abîme des vices" de l'ambition et de la sensualité[1]. C'est un motif religieux qui pousse Benoît à quitter Rome et la carrière qui lui était promise[3],[Note 2].
Ils quittent la ville par la Porta Tiburtina et marche vers le sud. Ils s'arrêtent à Effide, où il s'installe avec Cyrilla[10]. Effide est une ville situé à près de 80 kilomètres à l'Est de Rome[11]. C'est dans cette ville qu'aurait eu lieu le premier miracle de Benoît : sa servante ayant malheureusement cassé en deux un ustensile, Benoît prie et l'ustensile se répare par miracle[12]. Ce miracle conduit à une soudaine popularité de Benoît, qui décide alors de fuir à l'insu de tout le monde et de sa nourrice pour aller dans le désert à Subiaco, pour y mener une vie érémitique[12]. Dans le récit de Grégoire, Benoît ne part plus pour fuir le vice, mais « plus avide de souffrir les maux de ce monde que de jouir de ses louanges, d'endurer les travaux pour Dieu plutôt que de s'élever par les faveurs de la vie »[12]. Le départ pour la vie érémitique est une quête de Dieu[13].
Vie érémitique[modifier]
Dans sa quête de solitude, qui ressemble au récit d'Antoine le Grand, Benoît rencontre à Subiaco un moine, nommé Romain, à qui il demande un lieu qui pourrait le rendre invisible et inaccessible aux yeux du monde[14]. Ce moine lui montre une grotte au pied d'une falaise où Benoît s'installe[14]. La grotte sera baptisée plus tard la « Sacro Speco » : Sainte Grotte[13]
L'amitié entre le moine et Benoît se concrétise par une aide matérielle : le moine lui apporte régulièrement de la nourriture ainsi que des textes à l'aide d'un panier et d'une cloche[14]. C'est sans doute ce moine romain qui a donné à Benoît les habits religieux, recevant sans doute les ordres mineurs[15]. Benoît suit alors le style de vie anachorète inauguré par Paul de Thèbes et poursuivit par Antoine le Grand, Jérôme de Stridon, Basile de Césarée assez classique dans le monde romain depuis le IIIe siècle[15].
La vie érémétique de Benoît s'arrête au bout de trois ans quand le moine romain ne vient plus le visiter, sans doute pour cause de décès[15]. C'est au cours de la nuit de Pâques, alors que Benoit a perdu toute notion de calendrier, qu'un curé de campagne fut visité d'un songe qui lui demande d'apporter de la nourriture à Benoît. Celui-ci s'exécute et très vite il parle de Benoît autour de lui. La renommé de Benoît se développe et de nombreuses personnes des alentours viennent le visiter[16].
Au printemps suivant, Benoît commence à penser à Rome ainsi qu'à une amie qu'il avait rencontrée lors de son séjour romain. Face à cette tentation de retourner dans le monde, Benoît décide de se jeter dans les ronces[17].
Peu de temps plus tard, des moines ayant perdu leur supérieur demandent à Benoît de devenir leur abbé[17]. Après avoir refusé la demande, Benoît se laisse convaincre et décide alors de quitter sa grotte pour Vicovaro[17].
Première communauté religieuse à Vicoaro[modifier]
C'est vers 510 à l'âge d'environ 30 ans que Benoît devient pour la première fois abbé. Très vite il se rend compte que la communauté vit bien loin des principes de Saint Pacôme qui avait organisé les premières communautés religieuses[18]. Benoît cherche à instaurer de l'ordre, en rétablissant l'autorité et les pénitences. Très vite les moines regrettent leurs choix d'avoir appelé Benoît comme abbé[19].
Les moines cherchent alors à empoisonner Benoît en mélangeant des herbes mortelles avec du vin[20]. Benoît, lors du bénédicité fait un signe de croix. À ce signe la coupe se brise[20],[19]. Benoit décide sans énervement de partir afin de retourner à la solitude de sa grotte[21],[22].
Benoît semble soulagé de retourner à sa retraite : « Il revint alors au lieu de sa chère solitude et, seul sous le regard de Celui qui voit d'en-haut, il habita avec lui-même. »[23].
Fondation des premiers monastères[modifier]
Retiré dans sa grotte, de nombreuses personnes décident de le suivre et veulent mener la même vie que Benoît[24]. Une nouvelle vie commence pour Benoît : il quitte sa grotte et décide de s'installer à Subiaco avec ses disciples[25]. La fondation de monastère est régie depuis le Concile de Chalcédoine par l'autorisation de l'évêque. Benoît a donc sans doute reçu l'approbation de l'évêque du lieu pour fonder ses nouvelles communautés[25].
Il répartit les moines par maison qui ne peuvent pas avoir plus de douze habitants. Dès que se nombre est atteint, une nouvelle maison est fondée. Chaque nouvelle maison, ou petit monastère, est confié au patronage d'un saint[26]. Benoît s'inspire en grande partie de l'exemple de Sabas le Sanctifié[26]. Benoît refuse les dérives des communautés cénobitiques d'Orient, marqué par leurs pénitences trop importantes. Benoît insiste sur la nécessité de l'humilité plutôt que sur les mortifications trop importantes[27].
La piété et la renommée attirent de plus en plus de personnes auprès de Benoît, au point qu'un des prêtres de la région, Florentius, jaloux de son influence cherche à en diminuer l'éclat : il calomnie Benoît, puis interdit ses paroissiens d'aller le voir. Afin de tenter de réduire l'influence, il envoie des femmes païennes nues danser aux abords des monastères afin d'accuser les moines[28],[29]. Florentius envoie enfin un pain béni empoisonné à Benoît, pratique traditionnelle appelé l'eulogie[28]. Benoît qui a apprivoisé un corbeau, propose le pain au corbeau, qui refuse de le prendre[28]. Après avoir évité la tentative d'empoisonnement par le vin, Benoît l'évite par le pain.
Devant cet opposition du fait de Florentius, Benoît décide de partir et de quitter Subico avec quelques moines, laissant au frère Maur la charge des moines restants[30].Interrompu dans son départ par l'annonce subite du père Florentius, Benoît apprend la nouvelle en pleurant pour son ennemi. Il ne change pas de décision et décide quand même de quitter les lieux[29].
Départ pour le Mont Cassin[modifier]
Benoît et ses compagnons partent en direction du sud, dans une région plus aride et alors moins chrétienne pour s'installer au lieu-dit Cassino, le Mont Cassin[31],[32]. Ce lieu avait été le lieu d'un ancien camp de la légion romaine[33]. Dans les environs, dans un bois se trouvait un moine ermite du prénom de Martin. Afin de lutter contre l'attrait du monde, il avait demandé qu'on l'attache à un arbre. Benoît en arrivant sur place le convainc de détacher ses chaines afin de vivre pour Dieu par Amour et non par crainte du monde[34]. L'ermite accepta est devint l'un des moines. Par ailleurs, les moines partent prêcher aux habitants des alentours afin de favoriser la diffusion du christianisme[35].
Le bois faisait l'objet de culte et dévotions aux anciens dieux et lors de la construction des murs de l'abbaye, celle-ci s'effondra à plusieurs reprises. Ce lieu avait été le lieu d'un ancien camp de la légion romaine mais il y avait aussi la présence d'un ancien temple d'Apollon et de Jupiter[32]. Des manifestations démoniaques se produisirent selon la biographie de Saint Benoît, et c'est après la découverte et la destructions des idoles trouvés sur place que ces manifestations disparaissent[36],[37]. Dans le récit de la vie de Benoît, celui-ci montre que Benoît priait et faisait face aux difficultés et aux manifestations démoniaques par la prière[38]. Les moines élèvent avec les anciennes pierre des temples une chapelle dédié à Saint Martin de Tours, et un oratoire est placé sous la protection de Saint Jean le Baptiste[39].
Miracles et prophéties[modifier]
Au cours des années qui suivent, le récit de la vie de Benoît et marqué par des dons de prophéties. À deux reprise Benoît reprend des moines qui ne respectent pas les règles : un moine qui aurait conservé des dons oubliant la pauvreté se voit réprimandé, et reprend un autre qui avait manqué de jeûner [40].
Une autre fois, il reprend un frère qui porte une lampe, l'un des services au sein de la communauté. Ce moine d'origine aristocrate aurait trouvé ce service indigne de son rang est vivement réprimandé par Benoît qui y voit de l'orgueil[40]. La règle de saint Benoît prévoit ainsi de retirer à une personne son poste si cela conduisait à le rendre orgueilleux[40].
La réputation de prophète de Benoît conduit le roi Totila (roi ostrogoth) à vouloir rencontrer Benoît. Il se déplace et aurait rencontré Benoît qui critique vivement sa cruauté lors de ses combats et prophétise sa mort[41]. Le récit décrit de nombreuses prophéties de Benoît notamment sur le Mont Cassin et sa future destruction[42].
Règle Bénédictine et vie religieuse[modifier]
Benoît organise progressivement la vie des moines donnant naissance à la Règle bénédictine. Benoît insiste pour que la vie des moines soit tournée vers Dieu : « Qu'on ne mette rien, absolument rien, avant le Christ qui daigne nous conduire à la vie éternelle »[39].
C'est là qu'il entreprend la construction du futur berceau de l'ordre bénédictin . Vers 540, Saint Benoît établit, à l'intention des moines, une règle de vie, appelée ensuite la Règle bénédictine, dont l'expansion fut immense et qui fut reprise et codifiée par saint Benoît d'Aniane. Inspirée de l'Écriture sainte, elle recommande aux moines, qui vivent en communauté dirigée par un abbé, de respecter quatre principes essentiels :
- la modération,(discretio) qui est présente dans les usages quotidiens de la nourriture, de la boisson et du sommeil
- la gravité qui a pour corollaire le silence
- l'austérité qui implique l'éloignement du monde et le renoncement à la possession ;
- la douceur faite de bonté, d'amour évangélique, d'hospitalité exercée envers les humbles.
Astreints à la lecture et au travail manuel, les moines doivent se consacrer au service de Dieu qui culmine dans l'office divin. La vie monastique est répartie d’une façon rigoureuse, tout en laissant place à l’indulgence envers les limites individuelles. Elle comprend des temps de prière, de lecture et de travail manuel. L’organisation de la vie cénobitique est rythmée par l'alternance de tâches régulières et quotidiennes et de célébration des offices. Ainsi les 3 pôles (prière, travail, lecture) deviennent un moyen pour se consacrer au service de Dieu. D'où la célèbre devise bénédictine (qui n'apparaît pourtant pas dans la Règle): Ora et labora, prie et travaille.
Il mourut en 547.
Héritage spirituel[modifier]
La vie monastique chrétienne[modifier]
Son influence est considérable sur le monachisme en Occident et dans le monde, ainsi que sur toute la vie intellectuelle du christianisme, surtout grâce à la règle de saint Benoît. Cette règle propose, en même temps qu'un cheminement vers Dieu, un idéal de vie en collectivité. Elle est parfois prise comme exemple pour l'organisation en entreprise[43].
La règle fut reprise par Benoît d'Aniane au IXe siècle, avant les invasions normandes : il la commente, et est à l'origine de son expansion dans toute l'Europe carolingienne, à travers notamment les ordres de Cluny et de Cîteaux. Chacun des Ordres qui suivent la Règle de saint Benoît en a sa propre interprétation: l’ordre de Cîteaux insistera sur le travail manuel, l’ordre de Cluny sur la liturgie, les Congrégations de Saint-Vanne et de Saint-Maur sur le travail intellectuel. Aujourd'hui encore, la Règle de saint Benoît est vécue différemment par les héritiers de saint Benoît : mais ils sont probablement fidèles en cela à la pensée du fondateur qui dans sa Règle laissait une part prépondérante aux décisions de chaque abbé, en fonction de la situation de chaque communauté.
Après la suppression de l'Ordre en France à la Révolution, Dom Guéranger a fait renaître l'ordre bénédictin à Solesmes en 1833. L’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire a pu à nouveau accueillir une communauté en provenance de l’abbaye de la Pierre-Qui-Vire, fondée au XIXe siècle dans le Morvan.
Psaume et Liturgie des Heures[modifier]
Le Livre des Psaumes, que la tradition hébraïque attribut à David, a une place importante dans la liturgie et la prière des moines. En Orient, chez certains ermites se mettaient un point d'honneur à réciter les 150 psaumes tous les jours[44]. Face à ces excès, Benoît répartit la récitation des psaumes non pas dans la journée, mais dans la semaine. Les moines pourront en réciter plus s'ils le souhaitent mais sans l'imposer aux autres.
Cette réforme conduit à la division du psautier, a de nombreuses conséquences : elle permet de répartir la récitation des psaumes en fonction des différents moments de la journée. Les psaumes qui parlent de la résurrection sont récités le matin, et les psaumes concernant le sommeil ou la nuit lors des complies (Psaume 4, Psaume 130)[45]. Par ailleurs, le fait de ne pas réciter tous les psaumes dans la journée mais au cours de la semaine permet de donner une place plus importante à la récitation de chaque psaume, et donc au développement des chants, notamment à travers les offices des moines et le développement du chant grégorien[45].
Cette division du psautier est celle qui inspire la Liturgie des Heures
Récits et historiographie de Benoît[modifier]
Sources de la biographie[modifier]
La seule authentique biographie de saint Benoît qui nous soit parvenue est contenue dans le second livre des Dialogues de saint Grégoire le Grand[46],[47]. Grégoire le Grand est évêque (506 - 604), il a fondé différents monastères puis a pris l'habit monastique à son tour, qui ont été selon lui, les plus belles années de sa vie. Rappelé par le pape Pélage II, il fut nommé évêque et après une mission à Constantinople, il revint dans son monastère[48]. À la mort du pape Pélage II, il est élu pape. Entre 593 et 594 il se consacre à l'écriture de la vie de saints italiens à travers les quatre livres que compose les « Dialogues »[49]. La rédaction des dialogues se fait à partir des récits recueillis par les chrétiens sur la vie des saints. Grégoire le Grand cherche à développer l'exemple des nombreux saints qui ont vécu. Les livres I et III résument la vie de 50 saints, mais le récit qu'il développe de Saint Benoît est particulièrement important et long : le deuxième livre des « Dialogues » est entièrement consacré à sa vie[50].
Grégoire le Grand écrit sa vie quarante ans après sa mort, il dispose d'importants témoignages et sources pour sa biographie[51]. Grégoire s'appuie sur le témoignage de quatre Abbés, dont deux furent ses successeurs : Constantin, qui lui a succédé comme abbé de Monte Cassino et Simplicius, troisième abbé du Cassin[52]. Valentinien est un ancien moine de Benoît de Nursie, puis abbé du Latran à Rome et Honorat abbé de Subiaco[53],[52].
L'unique biographie de Benoît de Nursie échappe cependant aux canons de l'historiographie actuelle : le récit de Grégoire le Grand donne à la figure de Benoît de Nursie un aspect biblique, appuyant particulièrement le trait sur les miracles[54]. Il veut à travers le récit biographique de Benoît faire un portrait plus spirituel qu'historique[55].
Les sources iconographiques elles aussi sont lacunaires, aucun portrait de Benoît de Nursie n'existe de son vivant. Les représentations postérieures ne donnent pas d'indication sur sa corpulence, ou sur les traits de son visages[55].
Miracles et Figures Bibliques[modifier]
Le récit de Grégoire le Grand sur Benoît de Nursie reprends à de nombreuses reprises des éléments qui rappellent des figures Bibliques tant de l'Ancien Testament que du Nouveau Testament.
Le départ de Benoît pour plaire à Dieu, rappelle le départ d'Abraham dans l'Ancien Testament qui quitte sa terre et sa famille[56].
Le premier miracle mentionné dans le vie de Benoît concerne l'ustensile de la servante, Effide, qu'elle a emprunté et qui est détruit en morceaux. Elle rentre le trouver en larmes, et Benoît se met à prier avec une telle ardeur que les morceaux se rassemblent. Cet épisode rappelle le premier miracle de Jésus aux noces de Cana : Jésus commence ses premiers miracles par compassion pour une femme, sa mère. De même Benoît, dans cet épisode, commence ses miracles par compassion de celle qui est comme une mère pour lui, Effide. Benoît, à travers ce miracle, ressemble au Christ[57].
Au cours de la présence de Benoît à Subiaco, sont mentionnés quatre épisodes ou prodiges qui rappellent des évènements de la Bible.
Le premier miracle concerne le problème de l'éloignement des sources d'eau pour certains moines. Les moines viennent voir Benoît pour expliquer les difficultés d'approvisionnement et Benoît, après avoir prié près de la nouvelle installation des moines, casse une roche et en fait jaillir une source d'eau. Cet épisode semble très proche de l'histoire de Moïse dans le désert, lors de la fuite en Égypte, dans lequel il fait jaillir de l'eau d'une roche[58].
Le deuxième épisode concerne la perte d'un outil dans un lac : un moine qui travaille avec un outil. Le fer de son outil se détache et fini dans l'eau, attristant le moine qui s'en servait. Benoît pria au bord du lac et ramène miraculeusement l'outil du fond du lac, donnant au moine l'outil en lui disant « travaille et ne t'attriste pas ». Là encore cet épisode rappelle le prophète Elisée[59].
La tentative d'empoisonnement du prêtre par l'eulogie (don du pain), rappelle la trahison de Judas Iscariote[60] : le baiser de Judas censé être un signe d'affectation et d'amitié est l'objet de la traitrise dans l'Evangile, dans le récit de la vie de Benoît, ce baiser est remplacé par l'eulogie, une pratique qui consistait à partager du pain béni entre membres de la même communauté chrétienne.
De même la présence du corbeau présent auprès de Benoît de Nursie, à qui il donne le pain empoisonné, rappelle la vie du prophète Élie qui reçoit dans le désert le pain d'un corbeau[61].
Postérité[modifier]
Dévotion et patronage[modifier]
Saint Patron[modifier]
Il est invoqué :
Contre les piqûres d'orties ; le poison ; l'érésipèle ; la fièvre ; les tentations.
Il est le patron :
de l'Europe (co-patron), des ouvriers agricoles ; des ingénieurs civils ; des chaudronniers (cuivre) ; des mourants ; des fermiers ; de la ville de Heerdt près de Düsseldorf, de l'Allemagne ; des maladies inflammatoires ; des architectes italiens ; des maladies des reins ; des moines ; de la ville de Nursie dont il est originaire, de l'Italie ; des gens des ordres religieux ; des domestiques qui ont cassé les affaires de leur maître ; des spéléologues.
Date de fête[modifier]
Saint Benoît est fêté le 11 juillet, date de la célébration de la translation des reliques à Fleury/Saint-Benoît-sur-Loire
Reliques[modifier]
Les reliques de saint Benoît sont conservées dans la crypte de l'Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire (anciennement Abbaye de Fleury), près d'Orléans et de Germigny-des-Prés où se trouve une église carolingienne), dans le centre de la France.
Médaille de saint Benoit[modifier]
Représentation dans l'iconographie[modifier]
Saint Benoît porte le plus souvent l'habit noir des bénédictins, mais parfois la robe blanche d'autres ordres monastiques. Il a quelquefois en main un goupillon, mais porte le plus souvent sa Règle et une crosse d'abbé. Un corbeau tenant un morceau de pain de son bec, un calice avec des serpents, un bâton constituent d'autres attributs iconographiques du saint.
- Pérugin, Saint Benoit, (1485-1498), Vatican;
- Lorenzo Monaco, Épisodes de la vie de saint Benoît (c.1407-1409), peinture sur bois, 30 x 65 cm, Musées du Vatican, Rome ;
- Hans Memling, Saint Benoît, (1487), Galerie des Offices, Florence ;
- Gentile da Fabriano et Niccolò di Pietro Gerini, Saint Benoît enfant répare le crible cassé (c.1415-1420), Galerie des Offices, Florence ;
- Fra Angelico, Saint Benoit (v.1440), Minneapolis Institute of Arts, Minneapolis ;
- Maestro di Meßkirch, Saint Benoît ermite (v.1540), Staatsgalerie, Stuttgart ;
- Filippo Lippi, Saint Benoît ordonne à saint Maur de secourir saint Placide (v.1445), National Gallery of Art, Washington ;
- Le Sodoma et Luca Signorelli, Scènes de la vie de saint Benoît (v.1503), Abbaye territoriale Santa Maria de Monte Oliveto Maggiore ;
- Lorenzo Monaco, Scènes de la vie de saint Benoît (v. 1407-1409), National Gallery, Londres.
Galerie[modifier]
-
saint Benoît et saint Ambroise, par le Maître de Serdoal
-
Une partie du retable de San Zeno, par Andrea Mantegna
-
Une scène de la vie de saint Benoît, d'Antonio Solario
-
icône portugaise
-
détail d'une fresque de Fra Angelico
Hommages[modifier]
De nombreux papes choisiront le nom de règne de Benoît en hommage à Benoît de Nursie. Benoît XVI a choisi son nom de règne en s'inspirant de saint Benoît de Nursie et de Benoît XV.
Voir aussi[modifier]
Œuvre de Benoît de Nursie[modifier]
- Émilie Bonvin, Saint Benoît, prières et neuvaines, collection poche, Ed Exclusif, 2011, (ISBN 9782848910918)
Bibliographie[modifier]
- Adalbert de Vogüé, Saint Benoît : Homme de Dieu, Paris, Les editions de l'atelier, coll. « Mémoire d'homme mémoire de foi », 1993, 63 p. (ISBN 2-7082-3023-9)
- Adalbert de Vogüé, osb, « Autour de saint Benoît », Éditions Abbaye de Bellefontaine, collection Vie Monastique no 4, 1975.
- Dom Ildefons Herwegen, osb, (abbé de Maria Laach), Saint Benoît / pour le 1500e anniversaire de la naissance saint Benoît, Desclée de Brouwer, 1980.
- Claude Jean-Nesmy, Saint Benoît : et la vie monastique, Paris, Seuil, coll. « Point Sagesses », 2001, 170 p. (ISBN 2-02-040765.5)
- Alain Boureau (sous la dir.), Jacques de Voragine, La Légende dorée, « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, 2004.
- Émilie Bonvin, Manuel des prières à Saint Benoît, Ed Cristal, 2007, (ISBN 9782848950327)
- Pierre Chavot, Saint Benoît, Paris, Flammation, coll. « les petits livres des Saints », 2001, 63 p. (ISBN 20800104160)
- Bénédicte Demeulenaere, Saint Benoît, Paris, Editions du Rocher, coll. « Régine Pernoud », 1996, 150 p. (ISBN 2-268-02361-3)
- Notice d'autorité de Benoît de Nursie
- Notices d’autorité : Système universitaire de documentation • Bibliothèque nationale de France • Fichier d’autorité international virtuel • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
Articles connexes[modifier]
- Règle de saint Benoît
- Ordre bénédictin
- Confédération bénédictine
- Benoît d'Aniane
- Liturgie | Prière
- Cluny
- Antiquité tardive
- Médaille de saint Benoît
Liens externes[modifier]
- De la vie et des miracles du saint abbé Benoît, Dialogues, livre second, par saint Grégoire le Grand
- « Saint Benoît de Nursie », catéchèse de Benoît XVI du 9 avril 2008
- « la vie de Saint Benoît de Nursie », site Nominis
Notes et références[modifier]
- Notes
- La tradition, et notamment les écrits de saint Bède la décrive comme sa sœur jumelle
-
« Dès le temps de sa jeunesse, il portait en lui un cœur digne de celui d’un vieillard : dépassant son âge par ses mœurs, il ne livra son âme à aucune jouissance, mais alors qu’il vivait encore sur cette terre et qu’il avait la possibilité d’en user librement pour un temps, il méprisa d’emblée le monde avec sa fleur comme un sol aride. Issu d’une très bonne famille libre de la province de Nursie, on l’envoya à Rome pour s’y livrer à l’étude libérale des lettres. Mais il s’aperçut que c’était l’occasion pour beaucoup de tomber dans l’abîme des vices : aussi – pour ainsi dire – à peine avait-il mis les pieds dans le monde qu’il les retira, de peur que, pour avoir pris quelque contact avec ladite science, il ne soit en contrepartie précipité tout entier dans l’abîme. Méprisant donc l’étude des lettres, il se mit en quête d’un genre de vie sainte. Aussi se retira-t-il, savamment ignorant et sagement inculte. »
— ibid., Introd.
- Références
- Claude Jean-Nesmy 2001, p. 9
- Pierre Chavot 2001, p. 22.
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 43.
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 7
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 17
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 19
- Claude Jean-Nesmy 2001, p. 8
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 19.
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 20.
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 20
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 45
- Claude Jean-Nesmy 2001, p. 11
- Claude Jean-Nesmy 2001, p. 12
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 22
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 23
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 24
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 25
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 27
- Claude Jean-Nesmy 2001, p. 20
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 28
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 29
- Claude Jean-Nesmy 2001, p. 21
- http://www.st-benoit-du-lac.com/benoit/viedestbenoit/viestbenoit03.html Vie de saint Benoît extrait sur le retour et l'échec de la réforme de Vicoaro
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 31
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 33
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 34
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 35
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 39
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 62
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 40
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 43
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 65
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 44
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 45
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 47
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 46
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 67
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 68
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 51
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 70
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 71
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 72
- Anselm Grün, Friedrich Assländer, Management et accompagnement spirituel à l'école de saint Benoît et de la Bible, Desclée de Brouwer, Paris, 2008.
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 54
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 55
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 7.
- Claude Jean-Nesmy 2001, p. 7
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 25.
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 26.
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 37
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 15.
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 15
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 38
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 39.
- Bénédicte Demeulenaere 1996, p. 16
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 39
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 46
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 59
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 60
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 61
- Adalbert de Vogüé 1993, p. 61.
- Naissance dans la province de Pérouse
- Personnalité italienne du VIe siècle
- Religieux du Moyen Âge
- Religieux catholique italien
- Fondateur d'ordre
- Abbé du Mont-Cassin
- Bénédictin italien
- Saint catholique et orthodoxe
- Saint catholique italien
- Saint de la Légende dorée
- Histoire du catholicisme en Europe
- Enseignement orthodoxe
- Date de naissance inconnue (Ve siècle)
- Décès en 547