Benoît de Nursie

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Benoît de Nursie
Image illustrative de l'article Benoît de Nursie
Saint Benoît de Nursie
Saint, fondateur d’ordre, abbé
Naissance vers 486-490
Nursie, en Italie (Empire d’Orient)
Actuelle Norcia, en Ombrie (Italie)
Décès 547 
Vénéré à Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire
Vénéré par Catholiques
Orthodoxes
Fête Le 11 juillet de nos jours
Au Moyen Âge, le 21 mars en Occident et le 14 mars en Orient
Attributs On représente généralement Saint Benoît avec l'habit bénédictin (coulle noire), une crosse d'abbé, ainsi qu'un livre
Saint patron Europe, Moines, Scouts d’Europe, agriculteurs, architectes, cavaliers, conducteurs de machines, des réfugiés, des spéléologues
Patriarche des moines d'Occident

Benoît de Nursie (né vers 480 ou 490 à Nursie – mort en 547 ; en latin Benedictus de Nursia), plus connu sous le nom de « saint Benoît » (en latin Sanctus Benedictus de Nursia) pour les catholiques et les orthodoxes, est le fondateur de l'ordre bénédictin et a largement inspiré le monachisme occidental ultérieur.

Il est considéré par les catholiques et les orthodoxes comme le patriarche des moines d'Occident, à cause de sa Règle qui a eu un impact majeur sur le monachisme occidental et même sur la civilisation européenne médiévale. Il est souvent représenté avec l'habit bénédictin (coulle noire), une crosse d'abbé, ainsi qu'un livre.

Saint Benoît est fêté le 11 juillet, date de la célébration de la translation de ses reliques à Saint-Benoît-sur-Loire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le christianisme de la fin du IVe siècle est marqué par des ruptures importantes dans l'Empire romain, et spécialement autour de Rome. L'Empire Romain est divisé en deux : l'Empire Romain d'Occident d'un côté, et l'Empire Romain d'Orient. De plus l'Empire Romain subit de nombreuses invasions barbares : Wisigoths, Barbares, Francs[A 1]. C'est dans ce contexte que commence la vie de Benoît de Nursie, à la fin du Ve siècle.

Enfance de Benoît de Nursie[modifier | modifier le code]

Benoît naît vers 480-490, issu d'une famille noble romaine de Nursie (Norcia, en italien), en Ombrie[B 1],[C 1]. Son père Eutrope, fils de Justinien Probus, de la gens Anicia, est consul et capitaine général des Romains dans la région de Nursie dans le centre de l'Italie et sa mère Abbondanza Claudia de' Reguardati di Norcia appartient à la famille Reguardati, des comtes de Nursie. Il a une sœur, Scholastique[Note 1]. Il naît dans une famille chrétienne qui le nomme Benoît, prénom chrétien signifiant bénédiction[C 1].

Son enfance se déroule à Nursie, où il vivait avec ses parents et va recevoir une éducation. À cette époque, les enfants de l'aristocratie sont placés sous la direction d'un esclave particulièrement instruit, ce qui fut sans doute le cas de Benoît[C 2]. Il grandit à Nursie, ville qui possède alors deux églises et où le culte de deux saints est déjà développé : saint Eutychius et saint Florentius[C 2]. Arrivé à l'âge de l'adolescence, Benoît quitte sa famille, comme la majorité des enfants de la noblesse italienne, pour faire des études plus élevées[C 3]. Il part pour Rome sans doute afin d'y étudier le droit et les lettres classiques, études permettant d'avoir des responsabilités administratives[A 2].

Benoît part avec une servante de la maison, du nom de Cyrilla, et arrive à Rome vers les années 495[C 3]. D'après la tradition, ils s'installent sur la rive droite du Tibre, près de l'Aventin, dans ce qui deviendra plus tard l'église Saint-Benoît[C 3].

Rome est une ville de plus d'un million d'habitants, l'absence de guerre et la politique de Théodoric le Grand favorise les artistes et les administrateurs romains[C 3]. L'empereur cherche à embellir et restaurer la ville, et la présence de fêtes nombreuses font de Rome une ville dynamique[C 4]. La vie romaine choque rapidement Benoît, qui décide de fuir avec Cyrilla afin de pouvoir se consacrer entièrement à la Bible. Le motif de son départ est la peur de « tomber dans l'abîme des vices » de l'ambition et de la sensualité[A 1]. C'est un motif religieux qui pousse Benoît à quitter Rome et la carrière qui lui était promise[B 1],[Note 2].

Ils quittent la ville par la Porte Tiburtine et marchent vers le sud. Ils s'arrêtent à Effide, où ils s'installent[C 4]. Effide est une ville située à près de 80 kilomètres à l'Est de Rome[B 2]. C'est dans cette ville qu'aurait eu lieu le premier miracle de Benoît : sa servante ayant malheureusement cassé en deux un ustensile, Benoît prie et l'ustensile se répare par miracle[A 3]. Ce miracle conduit à une soudaine popularité de Benoît, qui décide alors de fuir à l'insu de tout le monde et de sa nourrice pour aller dans le désert à Subiaco, et y mener une vie érémitique[A 3]. Dans le récit de Grégoire le Grand, Benoît ne part plus pour fuir le vice, mais « plus avide de souffrir les maux de ce monde que de jouir de ses louanges, d'endurer les travaux pour Dieu plutôt que de s'élever par les faveurs de la vie »[A 3]. Le départ pour la vie érémitique est une quête de Dieu[A 4].

Vie érémitique[modifier | modifier le code]

Représentation de Benoit de Nursie dans la grotte

Dans sa quête de solitude, qui ressemble au récit d'Antoine le Grand, Benoît rencontre à Subiaco un moine, nommé Romain, à qui il demande un lieu qui pourrait le rendre invisible et inaccessible aux yeux du monde[C 5]. Ce moine lui montre une grotte au pied d'une falaise où Benoît s'installe[C 5]. La grotte sera baptisée plus tard la Sacro Speco, la Sainte Grotte[A 4].

L'amitié entre le moine et Benoît se concrétise par une aide matérielle : le moine lui apporte régulièrement de la nourriture ainsi que des textes à l'aide d'un panier et d'une cloche[C 5]. C'est sans doute ce moine romain qui a donné à Benoît les habits religieux, recevant sans doute les ordres mineurs[C 6]. Benoît suit alors le style de vie anachorète inauguré par Paul de Thèbes et poursuivi par Antoine le Grand, Jérôme de Stridon, Basile de Césarée assez classique dans le monde romain depuis le IIIe siècle siècle[C 6].

La vie érémétique de Benoît s'arrête au bout de trois ans, quand le moine Romain ne vient plus le visiter, sans doute pour cause de décès[C 6]. C'est au cours de la nuit de Pâques, alors que Benoît a perdu toute notion de calendrier, qu'un curé de campagne fut visité d'un songe qui lui demande d'apporter de la nourriture à Benoît. Celui-ci s'exécute et très vite il parle de Benoît autour de lui. La renommé de Benoît se développe et de nombreuses personnes des alentours viennent le visiter[C 7].

Au printemps suivant, Benoît commence à penser à Rome ainsi qu'à une amie qu'il avait rencontrée lors de son séjour romain. Face à cette tentation de retourner dans le monde, Benoît décide de se jeter dans les ronces[C 8].

Peu de temps plus tard, des moines ayant perdu leur supérieur demandent à Benoît de devenir leur abbé[C 8]. Après avoir refusé leur demande, Benoît se laisse finalement convaincre et décide alors de quitter sa grotte pour Vicoaro[C 8].

Première communauté religieuse à Vicovaro[modifier | modifier le code]

C'est vers 510, à l'âge d'environ 30 ans, que Benoît devient pour la première fois abbé. Très vite il se rend compte que la communauté vit bien loin des principes de saint Pacôme qui avait organisé les premières communautés religieuses[C 9]. Benoît cherche à instaurer de l'ordre, en rétablissant l'autorité et les pénitences. Très vite les moines regrettent d'avoir appelé Benoît comme abbé[A 5]. Ils cherchent alors à l'empoisonner en mélangeant des herbes mortelles avec du vin[C 10]. Lors du bénédicité, Benoît fait un signe de croix. À ce signe, la coupe se brise[C 10],[A 5]. Sans s'énerver, Benoît décide de partir afin de retourner à la solitude de sa grotte[C 10],[A 6].

Benoît semble soulagé de retourner à sa retraite : « Il revint alors au lieu de sa chère solitude et, seul sous le regard de Celui qui voit d'en-haut, il habita avec lui-même. »[1].

Fondation des premiers monastères[modifier | modifier le code]

Alors qu'il vit retiré dans sa grotte, de nombreuses personnes décident de le suivre et veulent mener la même vie que lui[C 11]. Il quitte sa grotte et décide de s'installer à Subiaco avec ses disciples[C 12]. La fondation d'un monastère est régie depuis le concile de Chalcédoine par l'autorisation de l'évêque. Benoît a donc sans doute reçu l'approbation de l'évêque du lieu pour fonder cette communauté[C 12].

Il répartit les moines par maisons, qui ne peuvent pas avoir plus de douze habitants. Dès que ce nombre est atteint, une nouvelle maison est fondée. Chaque nouvelle maison, ou petit monastère, est confié au patronage d'un saint[C 13]. Benoît s'inspire en grande partie de l'exemple de Sabas le Sanctifié[C 13]. Mais il refuse les dérives des communautés cénobitiques d'Orient, marqué par leurs pénitences trop importantes. Benoît insiste sur la nécessité de l'humilité plutôt que sur les mortifications[C 14].

Sa piété et sa renommée attirent de plus en plus de personnes auprès de Benoît, au point qu'un des prêtres de la région, Florentius, jaloux de son influence, cherche à en diminuer l'éclat : il calomnie Benoît, puis interdit à ses paroissiens d'aller le voir. Afin de tenter de réduire son influence, il envoie des femmes païennes nues danser aux abords des monastères afin d'accuser les moines[C 15],[B 3]. Florentius envoie enfin un pain bénit empoisonné à Benoît, pratique traditionnelle appelé l'eulogie[C 15]. Benoît qui a apprivoisé un corbeau, propose le pain au corbeau, qui refuse de le prendre[C 15]. Après avoir évité la tentative d'empoisonnement par le vin, Benoît l'évite par le pain.

Devant l'hostilité de Florentius, Benoît décide de partir et de quitter Subiaco avec quelques moines, laissant au frère Maur la charge des moines restants[C 16]. Au moment de son départ, Benoît apprend le décès subit du père Florentius, et pleure pour son ennemi. Il ne change pas de décision et décide quand même de quitter les lieux[B 3].

Départ pour le Mont Cassin[modifier | modifier le code]

Représentation d'un miracle de Benoît lors de la construction du Mont-Cassin, Luca Giordano, 1680

Benoît et ses compagnons partent en direction du Sud, dans une région plus aride et alors moins chrétienne pour s'installer au lieu-dit Cassino, le Mont Cassin[C 17],[B 4]. Ce lieu avait été un camp de la légion romaine[C 18]. Dans un bois des environs se trouvait un moine ermite du prénom de Martin. Afin de lutter contre l'attrait du monde, il avait demandé qu'on l'attache à un arbre. En arrivant sur place, Benoît le convainc de détacher ses chaînes afin de vivre pour Dieu par amour, et non par crainte du monde[C 19]. L'ermite accepte et devient l'un des moines. Par ailleurs, les moines partent prêcher aux habitants des alentours afin de favoriser la diffusion du christianisme[C 20].

Le bois faisait l'objet de culte et dévotions aux anciens dieux, et lors de la construction de l'abbaye, des murs s'effondrèrent à plusieurs reprises. Les biographies allèguent l'actions de démons. Ce lieu avait été le lieu d'un ancien camp de la légion romaine mais il y avait aussi la présence d'un ancien temple d'Apollon et de Jupiter[B 4]. Des manifestations démoniaques se produisent, selon la biographie de saint Benoît, et c'est après la découverte et la destruction des idoles trouvées sur place que ces manifestations disparaissent[C 21],[B 5]. Le récit de la vie de Benoît le montre faisant face aux difficultés et aux manifestations démoniaques par la prière[B 6]. Avec les anciennes pierres des temples, les moines élèvent une chapelle dédié à saint Martin de Tours, et un oratoire est placé sous la protection de saint Jean le Baptiste[C 22].

Miracles et prophéties[modifier | modifier le code]

Au cours des années qui suivent, la vie de Benoît est marquée par des dons de prophéties, disent les récits. À deux reprises, Benoît a la connaissance mystérieuse d'une infraction aux règles. Un moine qui aurait conservé des dons, oubliant de ce fait la pauvreté, se voit réprimandé. Benoît reprend un autre moine qui avait manqué de jeûner [B 7].

Une autre fois, il reprend un frère qui porte une lampe, l'un des services au sein de la communauté. Ce moine d'origine aristocrate, qui aurait trouvé ce service indigne de son rang, est vivement réprimandé par Benoît qui y voit de l'orgueil[B 7]. La règle de saint Benoît prévoit ainsi de retirer à une personne son poste si cela conduisait à le rendre orgueilleux[B 7].

La réputation de prophète de Benoît conduit le roi ostrogoth Totila à vouloir le rencontrer. Il se déplace et rencontre Benoît, qui critique vivement sa cruauté lors de ses combats et prophétise sa mort[B 8]. Le récit décrit de nombreuses prophéties de Benoît notamment sur le Mont-Cassin et sa future destruction[B 9].

Règle bénédictine et vie religieuse[modifier | modifier le code]

Saint Benoît donnant sa Règle à son disciple saint Maur
Article détaillé : Règle de saint Benoît.

Benoît organise progressivement la vie des moines donnant naissance à la Règle bénédictine. Benoît insiste pour que la vie des moines soit tournée vers Dieu : « Qu'on ne mette rien, absolument rien, avant le Christ qui daigne nous conduire à la vie éternelle »[C 22].

C'est là qu'il entreprend la construction du futur berceau de l'ordre bénédictin . Vers 540, Saint Benoît établit, à l'intention des moines, une règle de vie, appelée ensuite la Règle bénédictine, dont l'expansion est immense et qui est par la suite reprise et codifiée par saint Benoît d'Aniane. Inspirée de l'Écriture sainte, elle recommande aux moines, qui vivent en communautés dirigées par un abbé, de respecter quatre principes essentiels :

  1. la modération,(discretio, en latin) qui est présente dans les usages quotidiens de la nourriture, de la boisson et du sommeil
  2. la gravité qui a pour corollaire le silence
  3. l'austérité qui implique l'éloignement du monde et le renoncement à la possession
  4. la douceur faite de bonté, d'amour évangélique, d'hospitalité exercée envers les humbles

Astreints à la lecture et au travail manuel, les moines doivent se consacrer au service de Dieu qui culmine dans l'office divin. La vie monastique est répartie d’une façon rigoureuse, tout en laissant place à l’indulgence envers les limites individuelles. Elle comprend des temps de prière, de lecture et de travail manuel. L’organisation de la vie cénobitique est rythmée par l'alternance de tâches régulières et quotidiennes et de célébration des offices. Ainsi les trois pôles de la vie monastique, la prière, le travail, et la lecture, deviennent un moyen pour se consacrer au service de Dieu. D'où la célèbre devise bénédictine, qui n'apparaît pourtant pas dans la Règle : Ora et labora (prie et travaille, en latin).

Benoît décède en 547.

Héritage spirituel[modifier | modifier le code]

Saint Benoît aux côté de Jean le Baptiste, Grégoire le Grand et saint Laurent, sur un détail du retable de San Zeno à Vérone

La vie monastique chrétienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Règle de saint Benoît.

Son influence est considérable sur le monachisme en Occident et dans le monde, ainsi que sur toute la vie intellectuelle du christianisme, surtout grâce à la règle de saint Benoît. Cette règle propose, en même temps qu'un cheminement vers Dieu, un idéal de vie en collectivité. Elle est parfois prise comme exemple pour l'organisation en entreprise[2].

La règle fut reprise par Benoît d'Aniane au IXe siècle, avant les invasions normandes : il la commente, et est à l'origine de son expansion dans toute l'Europe carolingienne, à travers notamment les ordres de Cluny et de Cîteaux. Chacun des Ordres qui suivent la Règle de saint Benoît en a sa propre interprétation: l’ordre de Cîteaux insistera sur le travail manuel, l’ordre de Cluny sur la liturgie, les Congrégations de saint Vanne et de saint Maur, sur le travail intellectuel. Aujourd'hui encore, la Règle de saint Benoît est vécue différemment par les héritiers de saint Benoît : mais ils sont probablement fidèles en cela à la pensée du fondateur qui dans sa Règle laissait une part prépondérante aux décisions de chaque abbé, en fonction de la situation de chaque communauté.

Après la suppression de l'Ordre en France à la Révolution, Dom Guéranger a fait renaître l'ordre bénédictin à Solesmes en 1833. L’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, quant à elle, a pu à nouveau accueillir une communauté en provenance de l’abbaye de la Pierre-Qui-Vire, fondée au XIXe siècle dans le Morvan.

Les psaumes et la liturgie des Heures[modifier | modifier le code]

Le Livre des Psaumes, que la tradition hébraïque attribue à David, a une place importante dans la liturgie et la prière des moines. En Orient, certains ermites se mettaient un point d'honneur à réciter les 150 psaumes tous les jours[C 23]. Face à ces excès, Benoît répartit la récitation des psaumes non pas dans la journée, mais dans la semaine. Les moines pourront en réciter plus s'ils le souhaitent mais sans l'imposer aux autres.

Cette réforme conduisant à la division du psautier a de nombreuses conséquences : elle permet de répartir la récitation des psaumes en fonction des différents moments de la journée. Les psaumes qui parlent de la résurrection sont récités le matin, et les psaumes concernant le sommeil ou la nuit, lors des complies (Psaume 4, Psaume 130)[C 24]. Par ailleurs, le fait de ne pas réciter tous les psaumes dans la journée mais au cours de la semaine permet de donner une place plus importante à la récitation de chaque psaume, et donc au développement des chants, notamment à travers les offices des moines et le développement du chant grégorien[C 24].

Cette division du psautier a inspiré la Liturgie des Heures, la prière commune de l'église catholique romaine.

Historiographie de Benoît[modifier | modifier le code]

Sources de la biographie[modifier | modifier le code]

La seule authentique biographie de saint Benoît qui nous soit parvenue est contenue dans le second livre des Dialogues de saint Grégoire le Grand[B 10],[A 7]. Grégoire le Grand, né en 506, a fondé différents monastères puis a pris l'habit monastique à son tour, qui ont été selon lui, les plus belles années de sa vie. Rappelé par le pape Pélage II, il fut nommé évêque et après une mission à Constantinople, il revint dans son monastère[B 11]. À la mort du pape Pélage II, en 590, il fut élu pape à son tour. Entre 593 et 594, il s'est consacré à l'écriture de la vie de saints italiens à travers les quatre livres que composent les Dialogues[B 12]. La rédaction des Dialogues s'est faite à partir de récits recueillis par les chrétiens sur la vie des saints. Grégoire le Grand a cherché à développer l'exemple des nombreux saints passés. Les livres I et III résument la vie de cinquante saints, mais le récit qu'il a développé de Saint Benoît est particulièrement important et long : le deuxième livre des Dialogues est entièrement consacré à sa vie[B 13].

Grégoire le Grand a écrit la vie de Benoît quarante ans après sa mort. Il disposait d'importants témoignages et sources pour sa biographie[C 25]. Grégoire s'appuya sur le témoignage de quatre abbés, dont deux furent ses successeurs : Constantin, qui lui a succédé comme abbé de Monte Cassino et Simplicius, troisième abbé du Cassin[C 25]. Valentinien était un ancien moine de Benoît de Nursie, puis abbé du Latran à Rome, et Honorat était abbé de Subiaco[B 14],[C 25].

L'unique biographie de Benoît de Nursie échappa cependant aux canons de l'historiographie actuelle : le récit de Grégoire le Grand a donné à la figure de Benoît de Nursie un aspect biblique, appuyant particulièrement le trait sur les miracles[B 15]. Il voulait à travers le récit biographique de Benoît faire un portrait plus spirituel qu'historique[C 26].

Les sources iconographiques elles aussi sont lacunaires, aucun portrait de Benoît de Nursie n'existant de son vivant. Les représentations postérieures ne donnent pas d'indication sur sa corpulence, ou sur les traits de son visage[C 26].

Miracles et figures bibliques[modifier | modifier le code]

Le récit de Grégoire le Grand sur Benoît de Nursie reprend à de nombreuses reprises des éléments qui rappellent des figures Bibliques tant de l'Ancien Testament que du Nouveau Testament.

Le départ de Benoît pour plaire à Dieu, rappelle le départ d'Abraham dans l'Ancien Testament, qui quitte sa terre et sa famille[B 15].

Le premier miracle mentionné dans la vie de Benoît concerne l'ustensile de la servante, Effide, qu'elle a emprunté et qui est détruit en morceaux. Elle rentre le trouver en larmes, et Benoît se met à prier avec une telle ardeur que les morceaux se rassemblent. Cet épisode rappelle le premier miracle de Jésus aux noces de Cana : Jésus commence ses premiers miracles par compassion pour une femme, sa mère. De même Benoît, dans cet épisode, commence ses miracles par compassion de celle qui est comme une mère pour lui, Effide. Benoît, à travers ce miracle, ressemble au Christ[B 16].

Au cours de la présence de Benoît à Subiaco sont mentionnés quatre épisodes ou prodiges qui rappellent des événements de la Bible.

Le premier miracle concerne le problème de l'éloignement des sources d'eau pour certains moines. Les moines viennent voir Benoît pour expliquer les difficultés d'approvisionnement et Benoît, après avoir prié près de la nouvelle installation des moines, casse une roche et en fait jaillir une source d'eau. Cet épisode semble très proche de l'histoire de Moïse dans le désert, lors de la fuite d'Égypte, dans lequel il fait jaillir de l'eau d'une roche[B 17],[Note 3].

Le deuxième épisode concerne la perte d'un outil dans un lac par un moine qui travaillait avec. Le fer de l'outil se détache et finit dans l'eau, attristant le moine qui s'en servait. Benoît prie au bord du lac et ramène miraculeusement l'outil du fond du lac, donnant au moine l'outil en lui disant « travaille et ne t'attriste pas ». Là encore cet épisode rappelle le prophète Elisée[B 18].

La tentative d'empoisonnement du prêtre par l'eulogie (don du pain) rappelle la trahison de Judas Iscariote[B 19] : le baiser, censé être un signe d'affection et d'amitié, est le moyen de la traîtrise de Judas dans l'Évangile[Note 4]. Dans le récit de la vie de Benoît, ce baiser est remplacé par l'eulogie, une pratique qui consistait à partager du pain béni entre membres de la même communauté chrétienne.

De même la présence du corbeau auprès de Benoît de Nursie, à qui il donne le pain empoisonné, rappelle la vie du prophète Élie, qui reçoit dans le désert le pain d'un corbeau[B 19].

Postérité[modifier | modifier le code]

Dévotion et patronage[modifier | modifier le code]

Son rôle dans la foi populaire[modifier | modifier le code]

Anne d'Autriche et ses fils priant devant saint Benoît et sainte Scolastique, par Philippe de Champaigne.

Saint Benoît est le patron des ingénieurs civils[3], des fermiers et des ouvriers agricoles, des spéléologues[3], des mourants[4], et des moines. Il a été proclamé par Paul VI patron de l'Europe[5] en 1964.

Il est invoqué traditionnellement par les catholiques contre les piqûres d'orties, le poison, l'érésipèle, la fièvre, les tentations, les maladies inflammatoires, la gravelle, et la maladie de la pierre[6].

Date de fête[modifier | modifier le code]

Jusqu'au Concile de Vatican II, saint Benoît était vénéré deux fois dans l'année en Occident : le 11 juillet (fête), date anniversaire de la translation de ses reliques à l'Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, et le 21 mars (mémoire), anniversaire de sa mort. Lorsque le calendrier romain fut remanié par le pape Paul VI dans la suite du concile, c'est la date du 11 juillet qui a été retenue. En Orient, saint Benoît est fêté le 14 mars.

Reliques[modifier | modifier le code]

Les reliques de saint Benoît sont conservées dans la crypte de l'Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, près d'Orléans, et de Germigny-des-Prés, où se trouve une église carolingienne, dans le centre de la France.

Médaille de saint Benoit[modifier | modifier le code]

Les deux faces de la Médaille de Saint Benoit
Article détaillé : Médaille de saint Benoît.

La médaille de saint Benoît est une médaille datant du Moyen Âge et faite pour assurer la protection du saint à qui la porte avec vénération. Elle porte sur un côté la figure de Benoît et sur l'autre une croix marquée d'initiales latines.

Représentation dans l'iconographie[modifier | modifier le code]

Saint Benoît porte le plus souvent l'habit noir des bénédictins, mais parfois la robe blanche d'autres ordres monastiques. Il a quelquefois en main un goupillon, mais porte le plus souvent sa Règle et une crosse d'abbé. Un corbeau tenant un morceau de pain de son bec, un calice avec des serpents, un bâton constituent d'autres attributs iconographiques du saint.

Hommages[modifier | modifier le code]

De nombreux papes choisiront le nom de règne de Benoît en hommage à Benoît de Nursie. Benoît XVI a choisi son nom de règne en s'inspirant de saint Benoît et de Benoît XV.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Œuvre de Benoît de Nursie[modifier | modifier le code]

  • la Règle de saint Benoît (latin / français), Desclee de Brouwer, 1997, (ISBN 9782220040868)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Adalbert de Vogüé, Autour de saint Benoît, Éditions Abbaye de Bellefontaine, coll. « Vie Monastique, n° 4 »,‎ 1975
  • Dom Ildefons Herwegen, Saint Benoît : pour le 1500e anniversaire de la naissance saint Benoît, Desclée de Brouwer,‎ 1980
  • Adalbert de Vogüé, Saint Benoît : Homme de Dieu, Paris, Les Éditions de l'atelier, coll. « Mémoire d'homme mémoire de foi »,‎ 1993, 63 p. (ISBN 2-7082-3023-9)
  • Bénédicte Demeulenaere, Saint Benoît, Paris, Editions du Rocher, coll. « Régine Pernoud »,‎ 1996, 150 p. (ISBN 2-268-02361-3)
  • Pierre Chavot, Saint Benoît, Paris, Flammation, coll. « les petits livres des Saints »,‎ 2001, 63 p. (ISBN 2080104160)
  • Claude Jean-Nesmy, Saint Benoît : et la vie monastique, Paris, Seuil, coll. « Point Sagesses »,‎ 2001, 170 p. (ISBN 2-02-040765-5)
  • Alain Boureau (sous la dir.), Jacques de Voragine, La Légende dorée, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 11 mars 2004, (ISBN 9782070114177)

Ouvrages spirituels sur saint Benoît[modifier | modifier le code]

  • Émilie Bonvin, Manuel des prières à Saint Benoît, Éditions Cristal, 2007, (ISBN 9782848950327)
  • Émilie Bonvin, Saint Benoît, prières et neuvaines, collection poche, Éditions Exclusif, 2011, (ISBN 9782848910918)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notice d'autorité de Benoît de Nursie

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. La tradition, et notamment les écrits de saint Bède, la décrit comme sa sœur jumelle
  2. « Dès le temps de sa jeunesse, il portait en lui un cœur digne de celui d’un vieillard : dépassant son âge par ses mœurs, il ne livra son âme à aucune jouissance, mais alors qu’il vivait encore sur cette terre et qu’il avait la possibilité d’en user librement pour un temps, il méprisa d’emblée le monde avec sa fleur comme un sol aride. Issu d’une très bonne famille libre de la province de Nursie, on l’envoya à Rome pour s’y livrer à l’étude libérale des lettres. Mais il s’aperçut que c’était l’occasion pour beaucoup de tomber dans l’abîme des vices : aussi – pour ainsi dire – à peine avait-il mis les pieds dans le monde qu’il les retira, de peur que, pour avoir pris quelque contact avec ladite science, il ne soit en contrepartie précipité tout entier dans l’abîme. Méprisant donc l’étude des lettres, il se mit en quête d’un genre de vie sainte. Aussi se retira-t-il, savamment ignorant et sagement inculte. »

    — ibid., Introd.

  3. Voir par exemple le Livre de l'Exode, ch. 17.
  4. Voir l'Évangile selon Matthieu, 26, 49, l'Évangile selon Marc, 14, 45, l'Évangile selon Luc, 22, 47.
Principales sources utilisées
  1. a et b p. 7
  2. a et b p. 17
  3. a, b, c et d p. 19
  4. a et b p. 20
  5. a, b et c p. 22
  6. a, b et c p. 23
  7. p. 24
  8. a, b et c p. 25
  9. p. 27
  10. a, b et c p. 28
  11. p. 31
  12. a et b p. 33
  13. a et b p. 34
  14. p. 35
  15. a, b et c p. 39
  16. p. 40
  17. p. 43
  18. p. 44
  19. p. 45
  20. p. 47
  21. p. 46
  22. a et b p. 51
  23. p. 54
  24. a et b p. 55
  25. a, b et c p. 15
  26. a et b p. 16
  1. a et b p. 43
  2. p. 45
  3. a et b p. 62
  4. a et b p. 65
  5. p. 67
  6. p. 68
  7. a, b et c p. 70
  8. p. 71
  9. p. 72
  10. p. 7
  11. p. 25
  12. p. 26
  13. p. 37
  14. p. 38
  15. a et b p. 39
  16. p. 46
  17. p. 59
  18. p. 60
  19. a et b p. 61
  • Claude Jean-Nesmy, Saint Benoît : et la vie monastique, Paris, Seuil, coll. « Point Sagesses », 2001, 170 p. (ISBN 2-02-040765-5)
  1. a et b p. 9
  2. p. 8
  3. a, b et c p. 11
  4. a et b p. 12
  5. a et b p. 20
  6. p. 21
  7. p. 7
Autres références
  1. Vie de saint Benoît, extrait sur le retour et l'échec de la réforme de Vicoaro
  2. Anselm Grün, Friedrich Assländer, Management et accompagnement spirituel à l'école de saint Benoît et de la Bible, Éditions Desclée de Brouwer, Paris, 2008.
  3. a et b présentation de saint Benoît sur le site Statue Religieuse
  4. Présentation de saint Benoît par le site de l'abbaye saint Benoît de Port-Valais
  5. Émission de CanalAcadémie sur saint Benoît
  6. saint Benoît, sur le site Neuvaines.com