Mathilde de Toscane

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L'empereur Henri IV assis devant Mathilde de Toscane, en présence d'Hugues de Cluny (Vita Mathildis)

Mathilde de Toscane, aussi appelée comtesse Mathilde, Mathilde de Briey ou Mathilde de Canossa (née v. 1045/1046 à Mantoue et morte le à Bondeno di Roncore), est une princesse qui a joué un rôle très important pendant la querelle des Investitures.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et mariage[modifier | modifier le code]

Matilde est la fille de Boniface III, marquis de Toscane et de Béatrice de Bar, fille de Frédéric II, duc de Haute-Lotharingie et de Mathilde de Souabe. Elle nait vers 1045/1046 et son prénom est un hommage à sa grand-mère paternelle.

Son enfance est troublée par le meurtre de son père Boniface III († 1052) au cours d'une chasse et les morts mystérieuses de sa sœur ainée Béatrice († 1053) et de son frère Boniface IV († 1055)[1]. Mathilde demeure la seule héritière de sa famille et détient des possessions à la fois en Italie, avec en particulier le château de Canossa et le marquisat de Toscane et une partie de la Lombardie avec Modène, Reggio, Mantoue, Ferrare, Crémone et en Lorraine, avec le comté de Briey.

En 1054 Sa mère épouse en seconde noce, son cousin Godefroid II de Basse-Lotharingie († 1069). Cette union entre les maisons de Toscane et de Lorraine est réalisée sans l'approbation de l'empereur Henri III du Saint-Empire qui les considère pourtant comme ses vassales. Lors de sa descente en Italie de 1055 pendant que Godefroid II réussit à s'enfuir et se réfugie en Lorraine, Henri III entre en Toscane et emmène Béatrice et ses enfants avec lui en Allemagne. Mathilde et sa mère sont retenues à la cour impériale de Spire. Le deux princesses ne sont libérées qu'après la mort de l'empereur en 1056. En février 1057 Béatrice et Godefroid le Barbu retournent en Toscane, ils accompagnent le pape Victor II qui vient de célébrer les funérailles de l'empereur. Godefroid II obtient alors une fonction dévolue traditionnellement à la dynastie de Canossa, celle de paparum ducatus. Il fait ensuite élire comme Pape son propre frère Étienne IX préparant peut-être ainsi son élection comme « roi d'Italie ». Mais après la disparition de ce dernier malgré les intrigues entre Godefroid II et les Normands, l'empereur étant trop jeune pour intervenir les romains s'empressent d'élire leur propre candidat Benoit X[2].

Avant la mort de son beau-père en 1069 Mathilde épouse le fils né de sa première union, Godefroid III le Bossu († 1076), qui devient lui aussi duc de Basse-Lorraine. Une fille nait de ce mariage nommée Béatrice mais elle meurt dès janvier 1071. Mathilde réside en Basse-Lotharingie, mais les relations avec son époux, proche du parti impérial, se dégradent et elle retourne auprès de sa mère en Italie dès janvier 1072.

La querelle des Investitures[modifier | modifier le code]

En 1076 sa mère meurt et Godefroid le Bossu est assassiné à Verdun. Pendant la querelle des Investitures, Matilde soutient très fermement le parti du pape (guelfes) car « dévote, riche, puissante » elle est entièrement dévouée au Pape qui est son directeur de conscience[3]. Le 25 janvier 1077, c'est dans la cour du château de Canossa, que l'empereur Henri IV « fit amende honorable » lors d'une rencontre avec le pape Grégoire VII: c'est l'origine de l'expression « aller à Canossa ». En 1089 à l'incitation du Pape Urbain II II elle accepte de se remarier à 43 ans avec Welf II de Bavière un jeune garçon de 17 ans[4] Il s'agit d'une union politique destinée à renforcer les liens entre le Pape et les Welfs eux aussi en conflit avec l'empereur Henri IV du Saint-Empire. Les époux se séparent dès 1095. Par une donation de 1077 solennellement renouvelée en 1102, elle fait don après sa mort, de l'ensemble de ses États au Saint-Siège bien qu'une partie d'entre eux la Toscane notamment relève de la suzeraineté impériale. Cet acte est à l'origine d'un conflit d'un siècle entre le Pape et les empereurs[5].

En 1110 Henri V du Saint-Empire effectue une descente en Italie, Novare qui refuse d'accueillir ses troupes est châtiée et Mathilde reste sans réaction. Elle se déplace même à la diète impériale de Roncaglia pour rencontrer l'empereur[6]. La duchesse Mathilde meurt à Bondeno di Roncore le 24 juillet 1115. Elle est inhumée, selon ses souhaits, dans l'église abbatiale Saint-Benoit Polirone, où son corps repose jusqu'en 1632, lorsqu'il est cédé par l'abbé Andreasi au pape Urbain VIII qui le fait transférer dans un somptueux monument édifié dans la basilique Saint-Pierre au Vatican par Gian Lorenzo Bernini.

Comtesse de Briey[modifier | modifier le code]

Comtesse de Briey, elle est la fondatrice de l'abbaye d'Orval.

Il existe à ce propos une histoire ou légende à l'origine du blason de l'abbaye, devenu symbole de la bière d'Orval : une truite avec un anneau dans la bouche. Mathilde plongeant la main dans une source jaillissante, son anneau nuptial lui glissa du doigt. Une truite apparut à la surface de l'eau et rendit l'anneau à la comtesse. Elle s'écria : « Voici l'anneau d'or que je cherchais ! Heureuse vallée qui me l'a rendu ! Désormais et pour toujours, je voudrais qu'on l'appelle Val d'or »[7].


Vita Mathildis[modifier | modifier le code]

Sa vie a été écrite par l'abbé de l'abbaye bénédictine Saint-Apollinaire de Canossa au début du XIIe siècle, sous forme de poèmes hexamètres en latin, la Vita Mathildis, dont le manuscrit original est conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Joseph Calmette Le Reich allemand au moyen-âge, Payot, Paris 1951: p. 126 ce dernier n'aurait pas supporté les rigueurs du voyage lors de leur transfert en Allemagne avec leur mère par l'empereur
  2. {it}} Indro Montanelli & Roberto Gervaso Storia d'Italia Riezzoli Milan 1966 Volume VII « La contessa Matilda » p. 97.
  3. Joseph Calmette Op.cit p. 167
  4. Joseph Calmette Op.cit p. 177
  5. Joseph Calmette Op.cit p. 187.
  6. Joseph Calmette Op.cit p. 192.
  7. Site de l'abbaye d'Orval

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Donizone, Matilde e Canossa, Aedes Muratoriana,‎ 1970, 285 p.
  • (it) Edgarda Ferri, La Grancontessa. Vita, avventure e misteri di Matilde di Canossaa, Mondadori,‎ 2004, 252 p.
  • (it) Vito Fumagalli, Vita di Matilde di Canossa, Milan, Ingraf,‎ 2008 (ISBN 978-88-16-40823-4)

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