Odon de Cluny

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Saint Odon
Naissance vers 879[1] ou 882[2]
lieu mal connu[1]
Décès 18 novembre 942  (64 ans)
Tours
Nationalité Français
Vénéré par Église catholique romaine
Fête 18 novembre

Odon de Cluny ou Eudes de Cluny, né vers 878/879[3],[1] ou 882 près de Tours[2] et mort à Tours le 18 novembre 942, était un moine bénédictin qui fut de 926 à 942 le second abbé de Cluny, successeur de Bernon, et joua ainsi un rôle éminent dans le développement de l'ordre de Cluny.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance miraculeuse et première éducation[modifier | modifier le code]

Il nait vers 882, fils d'un Abbon[2] et peut-être d'une certaine Ava ou Avigerne[4]. Il est issu d’une famille noble franque, très probablement aquitaine[5]. Quand il est conçu, sa mère est déjà d'un âge avancé, et considérée comme stérile (il est le premier enfant du couple). Sa mère meurt probablement en couches ou lorsqu'on Odon est encore en bas-âge[6]. Son père Abbon est un personnage de haut-rang, d'une culture juridique exceptionnelle pour l'époque (il lit les Novelles de Justinien dans le texte, ce qui même actuellement est tout à fait exceptionnel[7]).

Il est envoyé notamment à la cour du comte d’Anjou[8], puis à celle du duc d’Aquitaine Guillaume Ier le Pieux[2] pour y recevoir une éducation de chevalier en compagnie notamment de Ebles Manzer, il est à l'office de la vènerie et de l'oisellerie[9][réf. obsolète] ; il apprit la musique et la dialectique à Paris, où il fut l’élève de l’évêque d’Auxerre Rémi, qui y enseignait le trivium et le quadrivium[10]. Il entre comme chanoine à l'abbaye Saint-Martin de Tours en 899[2]. Il entreprend l'étude de la grammaire et les pieuses pratiques à Tours (près du tombeau de saint Martin[10][réf. obsolète]) où il devient grand-chantre, musicus[réf. nécessaire].

D'après la Vita sancti Odonis a Joanne monacho Italio, livre I, chapitres V, VI, VII, VIII, composée par un moine italien contemporain d'Odon, sa naissance et son enfance sont présentés de la sorte[11][réf. obsolète] : « Il (son père) lui vint à la pensée de demander à Dieu, au nom de l'Enfantement de la Vierge, de lui accorder un fils ; et, en effet, par la ferveur de ses prières, il obtint de rendre la vie au sein déjà stérile de ma mère. Tel fut ainsi que mon père le racontait souvent, la cause de ma naissance. Un jour, au temps de mon enfance... il m'éleva entre ses bras... « Perle des prêtres, ô Martin, s'écria-t-il, reçois cet enfant sous ta garde. » »

Plus tard son père lui fit donner une éducation par un prêtre ; celui-ci raconta : « Je vis de mes propres yeux les princes de l'Église venir me réclamer cet enfant avec instance...pour le conduire avec nous dans les contrées d'Orient » ; ils promirent de venir le rechercher plus tard en le laissant pour le moment.

Entrée dans les ordres[modifier | modifier le code]

En 899, Odon devint chanoine en présence de Foulque le Roux, qui lui donna une maison près l'abbaye et lui acheta une prébende canoniale[12][réf. obsolète]. Dans un sermon fait en 940 après la remise en état de la basilique, Odon fait mention d'un incendie de celle-ci en 903[13][travail inédit ?]. Certains ont lié cet incendie au siège de Tours par les Vikings.

Il écrit un abrégé des Morales de Grégoire le Grand. Ne trouvant pas la vie de chanoine suffisamment sévère, ayant lu la règle de saint Benoît à Saint-Martin, il entre dans les ordres en 912[2] et va à l’abbaye de Baume. Il reçut l'habit monastique des mains du premier abbé de Cluny Bernon.

L'abbé d'Aurillac[modifier | modifier le code]

Il succède comme troisième abbé d'Aurillac à Jean, qui était de la parenté de son fondateur, saint Géraud dont il a écrit la vie à la demande de Turpin d'Aubusson, évêque de Limoges, qui l'ordonnera prêtre en 925. Odon recueillit tous les documents et tous les témoignages de ceux qui avaient connu Géraud, et étudia soigneusement la fondation et les statuts de l'abbaye qui avait servi de modèle à Cluny. Avec la Vie de saint Géraud d'Aurillac, il propose le premier modèle du chevalier chrétien, celui d'un puissant seigneur qui met sa force et ses richesses au service de la justice et de la paix. On ignore combien de temps il fut abbé d'Aurillac où il eut un coadjuteur du nom d'Arnulphe qui lui succéda en 926.

L'abbé de Cluny[modifier | modifier le code]

Choisi dans son testament par Bernon pour lui succéder comme deuxième abbé de Cluny, il entre en fonctions à sa mort en 927[2].

En 931 il obtient du pape Jean XI, que l'abbaye de Cluny ait la même immunité que l'abbaye d'Aurillac, comme chef d'ordre dépendant directement du Saint-Siège. Il y fait construire une église dédiée à Saint-Pierre, dite église de Saint-Pierre-le-Vieux. Il veille à pourvoir l’abbaye d’une bonne bibliothèque, d'une école et obtient le droit de battre monnaie[14].

Sa réputation de sainteté attire de nombreux moines dans l'abbaye, et de nombreux ermites autour. Il est appelé pour réformer d’autres monastères, parmi lesquels ceux de Saint-Paul-hors-les-Murs à Rome, et de Saint-Augustin à Pavie.

Comme Bernon l’avait choisi pour lui succéder, il nomme son successeur, Aimar de Cluny.

Un lettré brillant[modifier | modifier le code]

C'est Odon qui rassembla les premiers manuscrits de la bibliothèque de Cluny en rapportant des livres provenant de Saint-Martin de Tours[15].

Doué d’une éducation musicale, il écrit plusieurs ouvrages, dans laquelle il est le premier à nommer les notes (avec des lettres : le A pour le la, le B pour le si, usage conservé dans les pays germaniques et anglo-saxons), classe les mélodies et les sons, évoque l’organistrum, ancêtre de la vielle.

Odon de Cluny a écrit :

  • des Collationes, on lui attribue également le Dialogue sur la musique, et parfois la Musica Enchiriadis, ouvrages sur la musique ;
  • une Occupatio, poésie épique sur le salut ;
  • une Vie de saint Géraud d'Aurillac, qui décrit la vie militaire et la vie sainte du personnage, à la demande de Turpin de Limoges ;
  • des épitomés, abrégés d'autres ouvrages religieux ;
  • des Sermons, où il insiste sur l’autorité de la hiérarchie ecclésiastique et sur la chasteté ;
  • une translatio, récit de la translation du corps de saint Martin de Tours en Bourgogne (cérémonie importante à l’époque).

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Isabelle Rosé, Construire une société seigneuriale : itinéraire et ecclésiologie de l'abbé Odon de Cluny (fin du IXe-milieu du Xe siècle), Turnhout, Brepols, 2008, 732 p. (ISBN 978-2-503-51835-0)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Jean Mabillon, Act. S. Ord. Bened. sæc. V, p. 212, Elogium Odonis, C. IV.
  2. a, b, c, d, e, f et g Christian Lauranson-Rosaz, « Les origines d'Odon de Cluny », Cahiers de civilisation médiévale. 37e année (n° 147), Juillet-septembre 1994. p. 255.
  3. Christian Lauranson-Rosaz,op. cit., p. 262
  4. Christian Lauranson-Rosaz,op. cit., p. 258 et 266
  5. Christian Lauranson-Rosaz,op. cit., p. 256-257
  6. Christian Lauranson-Rosaz,op. cit., p. 258
  7. Christian Lauranson-Rosaz,op. cit., p. 264
  8. J.-Henri Pignot, op. cit., p. 59
  9. J.-Henri Pignot, op. cit., p. 57
  10. a et b M.P. Lorain, Essai historique sur l'abbaye de Cluny, Popelain libraire, Dijon, 1839, page 27
  11. J.-Henri Pignot, Histoire de l'Ordre de Cluny depuis la fondation de l'abbaye jusqu'à la mort de Pierre le Vénérable - Tome 1 - Paris/Autun - 1868, p. 53-54
  12. J.-Henri Pignot, op. cit., p. 60
  13. Sermo de combustione Basilicæ S. Martini
  14. Agnès Gerhards, L'abbaye de Cluny, éditions Complexe, 1992, (ISBN 2-87027-456-4), p.18
  15. Robert Delort, La France de l’an Mil, Seuil, Paris, 1990, (ISBN 2-02-011524-7), p. 253

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]