Franc-archer

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Franc-archer
La création des francs-archers par le roi Charles VII. Martial d'Auvergne, enluminure issue de l'ouvrage Vigiles de Charles VII, Paris, France, XVe siècle
La création des francs-archers par le roi Charles VII. Martial d'Auvergne, enluminure issue de l'ouvrage Vigiles de Charles VII, Paris, France, XVe siècle

Période 14481481
Pays Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Branche Infanterie

Dans la France du XVe siècle, le franc-archer est un roturier dispensé du paiement de la taille en échange de son engagement en tant qu'archer dans l'armée royale quand la situation militaire l'exige.

Origine[modifier | modifier le code]

Au cours de la guerre de Cent Ans, les batailles de Crécy et d'Azincourt avaient montré l'insuffisance de l'archerie française face aux arcs longs anglais.

Le modèle des « francs archiers » royaux fut probablement pris sur la milice d'archers que les ducs de Bretagne levaient, par paroisse, depuis 1425[1].

Pour corriger le problème d'archerie, le roi Charles VII de France promulgue la petite ordonnance (ordonnance du 28 avril 1448). Celle-ci dispose que chaque paroisse ou groupe de cinquante ou quatre-vingts feux doit pouvoir fournir un homme équipé (arc ou arbalète, épée, dague, jaque et salade) qui doit s'entraîner chaque dimanche au tir à l'arc [2]. La taille personnelle étant justifiée par la non-participation des roturiers à l'activité militaire, ces archers occasionnels en sont dispensés, ainsi que de toutes charges, d'où leur nom de francs-archers. Il reçoit, en outre, 4 francs de paye par mois de service effectif[3].

Ils étaient facilement et rapidement mobilisables et en principe, régulièrement entrainés et bien équipés.

Historique[modifier | modifier le code]

Cette milice est créée le 28 avril 1448 par Charles VII pour permettre au roi de France de mettre à sa disposition un plus grand nombre d'hommes. Chaque paroisse du royaume fournit un homme qui est exempt de toutes tailles et charges, et qui reçoit 4 francs de paye par mois de service actif[4]. Elle ne présentait pas une force comparable à celle des anciennes compagnies d'arbalétriers, qui étaient composées de soldats d'une même ville, habitués les uns aux autres et reconnaissant des chefs accoutumés à les commander et qui devaient entretenir leurs armes et s'exercer. Les Francs-archers avaient pour simple obligation de tenir en état leur arc et leur habillement et s'en revêtir les jours de fêtes[5]. Le Franc-archer, surtout celui des paroisses rurales, devait ressembler à certains gardes champêtres du XXe siècle[5]. On conçoit toute la difficulté qu'il devait y avoir, lorsque le Roi dressait une armée, à faire sortir tous ces francs-archers de leurs paroisse, de les rassembler au lieu du rendez-vous, de les former en compagnies, à les soumettre à la discipline, à un ordre quelconque, à trouver des chefs qui voulussent entreprendre de les commander. On imagine également, les vexations que celui qui s'était fait, étourdiment, homme du roi subissait des gens d'armes et des pages du seigneur sur les routes ainsi que les avanies qui l'attendaient une fois arrivé dans le camp.

À partir de 1451, ils sont encadrés par des capitaines permanents qui ont pour mission de les passer en revue deux ou trois fois par an en temps de paix et de les mener au combat en temps de guerre. C'est ainsi que les francs-archers participent et se comportent bien aux derniers combats de la guerre de Cent Ans, notamment à la bataille de Formigny en 1450 et à la bataille de Castillon en 1453. Mais après l'expulsion des Anglais, ils retombèrent sous l'influence des vices de leur organisation et des mauvaises plaisanteries des chevaliers. Un période de paix de quelques années et la ligue du Bien public achevèrent leur désorganisation. En effet durant cette guerre, les francs-archers ne lui furent d'aucune utilité. Qui d'entre eux eût osé quitté le clocher de sa paroisse pour affronter, non plus cette fois les quolibets des hommes d'armes, mais la pointe de leurs épées? Après la bataille de Montlhéry et le désastreux traité de Conflans, en 1465, le roi songea à réorganiser les francs-archers sur de nouvelles bases.

Vers 1469, Louis XI réforme cette institution en augmentant ses effectifs, qui forment une milice de 16 000 hommes par la constitution de compagnies de vougiers à côté des compagnies de gens de trait mais également en créant quatre circonscriptions pourvues chacune d'un capitaine général commandant 4 000 hommes.
Chacun de ces corps correspond à un quartier du royaume et se subdivise en 8 bandes de 500 hommes commandées par des capitaines. L'un de ces capitaines a autorité sur les sept autres et porte le titre de capitaine-général. Parmi les capitaines-généraux on peut citer[3] :

  • Aymar de Puysieu dit Cadorat, bailli de Mantes, capitaine-général des francs-archers du Nord-Ouest de la France.
  • Pierre Aubert de La Grange, bailli de Melun, capitaine-général des francs-archers du Nord-Est de la France.
  • Pierre Ruffec de Balzac, sénéchal de Beaucaire capitaine-général des francs-archers du Sud-Est de la France.
  • Pierre Comberel de Lisle, capitaine-général des francs-archers du Sud-Ouest de la France.

Les francs-archers sont « habillé de jacques, salade, gantelets, espée, dague et voulge où autre batton dont ils se sçauront aider. »

Malgré cette réorganisation, « les francs-archers étaient toujours des francs-archers, des rustres stupides et terrifiés à l'aspect d'un gendarme, des vilains qui ne pouvaient perdre de vue le clocher natal », et comme le dit Brantôme « ce n'estoit la plupart que marauts, belîtres, mal armèz, mal complexionnèz, fainéants, pilleurs et mangeurs de peuple »[5]. Louis XI n'en put tirer qu'un très faible parti durant les guerres contre les ducs de Bretagne et de Bourgogne durant lesquelles ils se montrent peu efficaces, comme aux sièges de Nesle, de Roye et de Beauvais en 1472. L'inefficacité des francs-archers apparut surtout à la bataille de Guinegatte [6] ; l'historien Philippe Contamine leur y fait porter l'essentiel de la responsabilité de la défaite française[7]. Anéanti après cette bataille, Louis XI ne chercha point à rétablir le corps, car il songeait à autre chose.

Suite à ces campagnes, l'institution des francs-archers fut abolie par Louis XI en 1481[8].
Ces hommes de pied du Moyen Âge avaient eu un grand nombre de sobriquets comme rustres[9], péons[10], ribauds[11], bidaux[12], pétaux[13], taupins[14], piquichins[15],[5]...

Ils furent remplacés par une infanterie permanente organisée sur le modèle suisse, connues sous le nom de Bandes françaises ou bandes de Picardie.


Les francs-archers seront toutefois rappelés dans les armées par François Ier, en 1523.
En 1534, il subissent une métamorphose et deviennent les légionnaires[3].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans l'univers des jeux de rôle, le terme de « franc archer » s'est imposé comme traduction de marksman ou sharpshooter pour les jeux situés dans un environnement médiéval-fantastique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gauvard, Claude (dir.), De Libera, Alain, Zink, Michel, Dictionnaire du Moyen Âge, Paris, Quadrige/PUF, 2002, p.560. Texte de cette ordonnance.
  2. Michel Mollat, « La reconstruction (1440-1515) » tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Bordas Larousse, 1999, p 346.
  3. a, b et c Histoire de l'ancienne infanterie française par le général Louis Susane
  4. Histoire de l'ancienne infanterie française T8 par Louis Suzanne
  5. a, b, c et d Histoire de l'ancienne infanterie française T1 par Louis Suzanne
  6. Michel Mollat, « La reconstruction (1440-1515) » tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Bordas Larousse, 1999, p 351.
  7. Philippe Contamine (directeur), Des origines à 1715, Presses universitaires de France, Paris, 1992, in André Corvisier (directeur), Histoire militaire de la France, ISBN 2-13-043872-5, p 213
  8. Certains auteurs pensent que la farce intitulée Le monologue du franc archier de Baignollet, retrouvée dans le Recueil de Copenhague, a joué un rôle non négligeable dans la disparition des francs-archers. Voir Le monologue du franc archier page XVII.
  9. De rusticus : Rural, rustique, campagnard.
  10. Traduction de pedones, pedites c'est-à-dire piétons mais on peut le voir dans le sens de péon aux colonies espagnole qui est un terme méprisant
  11. de l'italien ribaldo qui signifie un vaurien, un débauché
  12. Modification française de vié d'aze des Gascons
  13. Sobriquet rappelant des habitudes grossières et primitives comme pétaudière pour désigner un endroit ou chacun fait ce qu'il veut sans égard pour ses voisins
  14. Surnom donné au francs-archers qu'on voyait sortir de leur trous pour aller en guerre mais qui se dépêchaient d'y entrer au moindre bruit
  15. Piquichin ou piquinichin diminutif de l'espagnol pequino petit.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Contamine, Guerre, État et Société. Études sur les armées du roi de France, 1337-1494, Paris-La Haye, 1972.
  • Denis Diderot, Jean Le Rond d'Alembert, Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, etc.., vol. 15, p. 310 : article "Franc-Archer".

Voir aussi[modifier | modifier le code]