Commanderie

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Une commanderie est un établissement foncier appartenant à un ordre religieux et militaire. Apparues au XIIe siècle, les commanderies existeront aussi longtemps que ces ordres perdureront. Placées sous la responsabilité de commandeurs, c'étaient le lieu de vie de communautés de frères, de chevaliers et d'affiliés. Elles se trouvaient au centre d'un domaine foncier sur lequel étaient bâties des fermes appelées maisons (domus). Bien qu'étant le plus souvent rurales et situées sur des terres de rapport, les commanderies pouvaient aussi être urbaines et même portuaires, lorsque les chevaliers obtenaient le monopole ou bien des privilèges de commerce, ou de transport de pèlerins. Dans les terres de combat, les commanderies étaient des forteresses ou des commanderies rurales fortifiées. Suivant l'analyse d'Alain Demurger, les possessions de l'« arrière » (les terres de rapport) permettaient de subvenir aux besoins du « front » (les terres de combat).

Définition[modifier | modifier le code]

« Commanderie » est le terme français exact pour désigner la base de l'organisation territoriale des ordres religieux et militaires. Le mot commanderie a été utilisé par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem depuis la réforme de l'Ordre en 1267. Les historiens ont conservé cette appellation de préférence à « préceptorie » pour désigner tous ces établissements ayant appartenu à des ordres militaires. Il n'y a pas lieu de faire des différences entre ces deux dénominations[1].

« Préceptorie » est la francisation erronée du latin « Praeceptoria »[1], tout comme « praeceptor » ou précepteur désignait le commandeur de la maison.

Vue de l'intérieur de la Chapelle Notre-Dame. Ancienne Commanderie du Temple de Chanu, Eure.

Origine[modifier | modifier le code]

L'origine des commanderies est à rechercher dans le don fait en 1099 par Godefroy de Bouillon aux Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem en remerciements pour services rendus. Godefroy offre aux « moines noirs » de frère Gérard le casal (village fortifié) de Hessilia en Palestine et son fief de Montboon en Brabant ainsi que deux fours banaux[2]. Cette habitude de donation aux ordres militaires va permettre à ceux-ci de développer d'importants empires territoriaux en Europe, accompagnés de l'émergence de véritables pouvoirs comme pour les Hospitaliers, les Templiers (leur préceptorie et leur commanderie sont appelées dans les archives preceptorum domorum milicie Templi et domus Templi) et les Teutoniques.

Fonction[modifier | modifier le code]

Le terme de commanderie ne désigne pas uniquement une maison, mais au contraire une circonscription territoriale constituée d'une maison-mère et de plusieurs maisons et terrains. Sur les terres de rapport (dit aussi l'arrière) ces domaines étaient une source de financement pour les activités militaires, par opposition, terres de combat (dit aussi l'avant) comme la Terre sainte. Il s'agissait de grosses fermes, parfois fortifiées en terres de combat, qui comprenaient une chapelle, et tous les bâtiments nécessaires à la vie de ses habitants (logements, réfectoire, écuries, salle capitulaire, etc.). Les domi (généralement de un à trois par commanderie, cela pouvant monter jusqu'à une dizaine) se distinguent des granges cisterciennes, simple centres d'exploitations où ne vit personne[3].

Les commanderies servaient à rapporter de l'argent à l'ordre, grâce aux dîmes et autres taxes qu'elles percevaient, mais aussi, par les dons qu'elles pouvaient recevoir. Elles assuraient la production de biens alimentaires et l'élevage de chevaux nécessaires à la réussite des expéditions en Terre Sainte. En Occident, les commanderies jouaient un rôle économique non négligeable sur le marché des denrées alimentaires (à l'échelle de leur région), par la vente des surplus sur les foires et marchés. Les commanderies ont aussi permis la valorisation du territoire, par les travaux d'essartage ou d'assèchement de marais ou de création d'étangs de pisciculture. Chaque commanderie était spécialisée dans un type de production. Des familles des paysans, libres ou serfs, travaillaient ainsi pour le compte de l'ordre, et de nombreux artisans pouvaient être salariés par la commanderie.

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Fonction hospitalière[modifier | modifier le code]

Certains des ordres religieux et militaires étaient aussi des ordres hospitaliers ou uniquement hospitalier, ce qui explique la création conjointe ou pas de xenodochium, mi-hostellerie mi-hôpital, aux commanderies. Installés sur les routes de pèlerinage, les pèlerins pouvaient ainsi bénéficier d'une assistance hôtelière qui pouvait les accueillir et les réconforter. C'est le cas, par exemple, des commanderies situées sur les routes de Jérusalem ou sur le chemin de Compostelle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Demurger 2008, p. 153
  2. acte conservé à la Bibliothèque nationale de Malte, Galimard Flavigny, 2006, op. cit., p. 19
  3. Alain Demurger, « Les Templiers », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 29 août 2012

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]