Jean-Jacques Pauvert

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Jean-Jacques Pauvert
Nom de naissance Jean-Albert Pauvert
Naissance
Paris (France)
Décès (à 88 ans)
Toulon (France)

Jean-Jacques Pauvert, né Jean-Albert Pauvert à Paris le et mort le à Toulon[1], est un éditeur et écrivain français, fondateur des éditions Pauvert.

Jean-Jacques Pauvert s'est surtout fait connaître par la réédition d'œuvres oubliées, proscrites ou considérées comme marginales. À près de vingt ans, il est le premier à publier Sade sous son propre nom d'éditeur[2], alors que jusqu'alors cette œuvre avait toujours été diffusée sous le manteau.

Par ailleurs, il a fait appel à des maquettistes de talent, comme Jacques Darche ou Pierre Faucheux, lequel, dans les années 1960, a conçu pour Les Éditions Jean-Jacques Pauvert l'identité graphique de la collection « Libertés » (format poche : 9 cm × 18 cm, couverture en papier kraft, gros caractères d'affiche noirs pour le titre, tranche noire)[3], offrant ainsi une présentation originale tout en réduisant les coûts de fabrication.

Il a révélé des auteurs qui ont connu de grands succès de librairie, tels Albertine Sarrazin, Michel Bernard, Jean Carrière, Hortense Dufour, Françoise Lefèvre, Brigitte Lozerec'h[4], Mario Mercier, etc.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Marcel Pauvert, journaliste, petit-neveu d'André Salmon par la branche maternelle, Jean-Jacques Pauvert passe son enfance à Sceaux et fait ses études primaires au lycée Lakanal, où il a pour professeur de français José Lupin, avant de passer brièvement par l'École alsacienne, où son grand-père paternel avait été professeur. Cancre incurable et chaque fois renvoyé de ses établissements scolaires, il se retrouve en 1942 vendeur à la librairie Gallimard, boulevard Raspail à Paris.

En 1945, sous le nom Éditions du Palimugre, il publie de courts textes de Sartre, Montherlant, Léautaud, Flaubert, puis, en 1947, une édition intégrale de l'Histoire de Juliette du marquis de Sade. Pour la première fois, Sade est officiellement publié sous une jaquette d'éditeur, Jean-Jacques Pauvert, ce qui lui vaudra plus de dix ans de poursuites judiciaires. Il sera défendu par le célèbre avocat Me Maurice Garçon. Le dernier des dix volumes sortira en juillet 1949, avec une couverture en carton dont la maquette est signée Mario Prassinos.

En 1949, il fonde la première Librairie du Palimugre, rue de Vaugirard. En 1953-1954, Jean Paulhan (qui en rédige la préface) lui confie le manuscrit d'Histoire d'O d'une certaine Pauline Réage (on apprendra trente ans plus tard qu'il s'agissait de Dominique Aury). Pauvert le publie en 1954. En 1955, il reprend la revue Bizarre, créée par Éric Losfeld. En 1956, il est surveillé par la police. Un procès lui est intenté du 15 décembre au 12 mars 1958 par le Ministère public concernant la publication de certaines œuvres de Sade. Défendu encore par Me Garçon, Pauvert gagne le procès.

Parmi les auteurs qu'il édite ou réédite figurent Georges Darien, Georges Bataille, Gilbert Lely, André Breton, Erckmann-Chatrian, Pierre Klossowski, Raymond Roussel, Charles Cros, Lewis Caroll, Albertine Sarrazin, la comtesse de Ségur, Oscar Panizza, Fulcanelli, Eugène Canseliet, Salvador Dalí, C. R. Maturin ou encore René de Solier. Il a également publié une édition des œuvres complètes de Victor Hugo en quatre volumes, ainsi que l’Histoire de l'art d'Élie Faure en trois tomes[5].

En 1967, il publie une biographie, rédigée par Jean Nohain, du pétomane Joseph Pujol, artiste phénomène qui donnait des spectacles de pets fort prisés au début du siècle. Il fonde plusieurs collections, dont la « Bibliothèque internationale d'érotologie ». Il édite Le Sexe de la femme du docteur Gérard Zwang.

« Camarades enragés, découpez ces étiquettes et collez-les partout !... Nous vous recommandons le dos des C.R.S. Si vous n'avez pas de colle, clouez-les ! », L’Enragé, n°1, 1er mai 1968.

Au début de Mai 1968, il fonde L'Enragé, journal satirique avec les dessinateurs Siné, Reiser, Cabu, Topor, Wolinski, Willem[6].

En 1968, il publie pour la première fois en français La Désobéissance civile de Henry David Thoreau, paru aux États-Unis en 1849 et qui a inspiré[citation nécessaire] Gandhi dans son action non-violente.

En 1972, l'un de ses auteurs, Jean Carrière, obtient le prix Goncourt pour son roman L'Épervier de Maheux. Il découvre Françoise Lefèvre, qu'il révèle en 1974 au public par son roman La Première Habitude (Grand prix des lectrices de Elle 1975). En 1976, il publie les Mémoires d'un fasciste de Lucien Rebatet[7].

Commence le temps où il mène de front son métier d'éditeur et celui d'auteur, car il a entamé l'immense travail de mise en perspective depuis les premiers signes de l'écriture jusqu'à nos jours d'une Anthologie historique des lectures érotiques, dont il fait précéder chaque extrait d'un texte de présentation historique. La publication des cinq volumes sera échelonnée de 1979 à 2001. Entre le pénultième et le dernier volume, il rédige la biographie du Marquis de Sade en trois volumes.

En 1982, il révèle Brigitte Lozerec'h en publiant son premier roman L'Intérimaire, en coédition avec Julliard. Ce livre connaît un immense succès et sera traduit en plusieurs langues. En fin d'année, il entame une riche collaboration avec Annie Le Brun en publiant son mémorable essai sur la fascination pour le roman noir : Les Châteaux de la subversion puis, plus tard, sous sa marque « Pauvert », une introduction d'Annie Le Brun aux œuvres complètes de Sade : Soudain un bloc d'abîme, Sade.

De 1981 à 1983, il publie deux romans de Françoise Sagan, Un orage immobile en coédition avec les Éditions Julliard, puis La Femme fardée en coédition avec Ramsay. Ce dernier demeure le plus fourni, le plus épais de toute l’œuvre de Sagan avec ses 500 pages.

En 1991, il dirige la réédition des œuvres de Guy Debord aux éditions Gallimard.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Jean-Jacques Pauvert est le père de quatre enfants : l'ainée, Anne-Marie, avec sa première épouse, Claude Marie Jeanne Habert, puis, avec Christiane Sauviat (morte en 2008)[1] une fille, Corinne et un fils, Mathias. Jean-Jacques Pauvert est le père de Camille Deforges, fille de Régine Deforges, qu'il a reconnue quand elle a eu quarante ans.

Il a épousé Brigitte Lozerec'h le 25 avril 2014 à la mairie du Rayol-Canadel-sur-Mer, comme l'a révélé le quotidien Var-Matin du 26 avril 2014.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Anthologie historique des lectures érotiques, 4 volumes aux éditions Stock, 1995, complétés par un tome 5 : De l'infini au zéro, 1985-2000, publié en 2001.
  • Sade vivant, 3 volumes, éd. Robert Laffont, 1986-1990. Prix des Deux Magots
  • Nouveaux (et moins nouveaux) visages de la censure, suivi de l'Affaire Sade, éd. Les Belles Lettres, 1994
  • L'Amour à la française, ou l'Exception étrange, éd. du Rocher, 1997
  • Apollinaire et Monaco, éd. du Rocher, 1999
  • La Littérature érotique, éd. Flammarion/Dominos, 2000
  • La Traversée du livre, Tome 1, éd. Viviane Hamy, 2004
  • Métamorphose du sentiment érotique, éd. Jean-Claude Lattès, 2011
  • Mes lectures amoureuses, éd. La Musardine, 2011
  • Sade vivant, réédition, revue et augmentée, en un seul volume (1204 p.), éd. Le Tripode, 2013

Correspondance[modifier | modifier le code]

  • Guy Debord, Correspondance, volume 7, Fayard, 2008
    Les lettres de Guy Debord à Jean-Jacques Pauvert sont regroupées dans ce volume.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Alain Beuve-Méry, « Jean-Jacques Pauvert, éditeur légendaire et atypique, est mort », sur Le Monde,‎ (consulté le 28 septembre 2014)
  2. Précision : les Éditions du Scorpion éditèrent Sade sous leur nom et de façon non clandestine en 1946.
  3. Jean-Jacques Pauvert, La Traversée du livre, Mémoires, Paris, Viviane Hamy, 2004, p. 390-392.
  4. Qui deviendra sa troisième et dernière épouse.
  5. OCLC 490862950.
  6. D'après l'article d'Acrimed : « La presse satirique (1) : De Siné Massacre à L’Enragé (avec vidéo) », avec l'interview de Siné à ce sujet.
  7. « Jacques Chardonne, Paul Morand, Lucien Rebatet, le retour des pestiféré »s, Jérôme Dupuis, lexpress.fr, 15 février 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Film[modifier | modifier le code]

  • Documentaire de Maria Pinto, Un sauvage honnête homme, 55 minutes, 2012

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]