Le Déserteur (chanson)

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Le Déserteur
Single
Enregistré 14 mai 1954
Durée 3min31
Genre Variété française
Auteur Boris Vian
Compositeur Harold B. Berg / Boris Vian

Le Déserteur est une chanson écrite par Boris Vian en février 1954[1], co-composée avec Harold B. Berg et enregistrée dans sa forme définitive l'année suivante. Son antimilitarisme a provoqué beaucoup de polémiques.

Contenu[modifier | modifier le code]

Le texte est composé de 12 quatrains en hexasyllabe (six syllabes)[2].

Il s’agit d’une lettre adressée à « Monsieur le Président » par un homme ayant reçu un ordre de mobilisation en raison d’un conflit armé. L’homme y explique qu’il ne souhaite pas partir à la guerre, et justifie sa décision par les décès survenus dans sa famille proche à cause de la guerre, et par le fait qu'il ne veut pas tuer de pauvres gens. Il révèle son intention de déserter pour vivre de mendicité tout en incitant les passants à suivre son exemple.

Interprétations[modifier | modifier le code]

À l'origine, il s'agit d'un poème dont la première interprétation a été diffusée en mai 1954, par Mouloudji dans la version pacifiste[3].

À l'exception de Mouloudji, tous les artistes sollicités s'étant désistés lors de sa première édition. Mouloudji a d'abord demandé à Boris Vian de modifier certaines paroles, parce qu'il souhaitait un propos plus large. Ainsi, « Monsieur le Président » est remplacé par « Messieurs qu'on nomme grands » ; « ma décision est prise, je m'en vais déserter » est remplacé par « les guerres sont des bêtises, le monde en a assez », etc. De plus, Mouloudji n'imagine pas un pacifiste ayant un fusil[4]. En effet, la chute initiale prévoyait que « Si vous me poursuivez, prévenez les gendarmes Que j'emporte des armes et que je sais tirer ».

« Il est gêné par cette chute, par cet homme qui s'apprête à tuer pour ne pas aller à la guerre. La fin est contradictoire. Ensemble, Boris et Mouloudji composent le dernier quatrain : Si vous me poursuivez, Prévenez vos gendarmes, Que je n'aurai pas d'armes, Et qu'ils pourront tirer[4]. »

La chanson a été interprétée ensuite par Serge Reggiani, Juliette Gréco, Richard Anthony, Johnny Hallyday, Dan Bigras, Maxime Le Forestier[5], Ferhat Imazighen Imoula, Leny Escudero, Dédé Fortin, Joan Baez, Hugues Aufray, Marc Lavoine, Peter, Paul and Mary, Luigi Tenco, Ornella Vanoni, Marc Robine, Ivano Fossati (it) et Renzo Gallo (it)[6], ainsi que Les Sunlights. En 1964, l'artiste néerlandais Peter Blanker enregistre une version néerlandophone, De deserteur. En 1983, Renaud en fait une adaptation, sous le titre Déserteur. En 2013 pour son album Ĉiamen plu, le groupe La Perdita Generacio adapte cette chanson en espéranto sous l'intitulé : « La dizertanto ».

Peter, Paul and Mary la chanteront, aux États-Unis, au début de la guerre du Viêt Nam[1]. Chanter Le Déserteur en France, en 1963-64 était beaucoup moins problématique qu'en 1954 (voir à ce sujet la chanson Pauvre Boris de Jean Ferrat).

Diffusion[modifier | modifier le code]

Le 14 mai 1954 Mouloudji enregistre la version pacifiste de la chanson sur un disque 78 tours de marque Philips[7].

En avril 1955, la chanson est enregistrée par Boris Vian au format 45 tours avec ses paroles définitives sur un disque intitulé Chansons impossibles, avec Les Joyeux Bouchers, Le petit Commerce et La Java des bombes atomiques[8]. Quelques semaines plus tard, ce 45 T est réuni avec celui intitulé Chansons possibles pour former un 33 tours, signe d'une certaine reconnaissance. Toutefois les ventes de ces disques ne sont estimées initialement qu'à moins de 500 exemplaires. Philips ne procède par la suite à aucun retirage, sans doute en raison de la réputation sulfureuse de Boris Vian liée à sa chanson Le Déserteur. Des copies illégales circulent donc rapidement[9].

Contexte[modifier | modifier le code]

Contextes militaire et politique[modifier | modifier le code]

Boris Vian a publié sa chanson en 1954[3] à la fin de la guerre d'Indochine (1946-1954) alors que la contre-offensive française face aux troupes du général Võ Nguyên Giáp conduit à la défaite française de Diên Biên Phu où 1 500 soldats français sont tués. Pierre Mendès France doit ouvrir des négociations qui conduisent aux accords de Genève, signés le 21 juillet 1954. Le Vietnam, le Laos et le Cambodge deviennent indépendants. Puis en novembre 1954, la Toussaint rouge marque le début de la guerre d'Algérie (1954-1962)[10].

Contexte de la censure[modifier | modifier le code]

En 1953, la chanson Quand un soldat, datée de 1952, chantée par Yves Montand et écrite par Francis Lemarque est interdite[11]. Les affaires Henri Martin et Raymonde Dien font scandale[12].

Censure[modifier | modifier le code]

Peu après sa sortie, la chanson est interdite de diffusion à la radio pour « antipatriotisme », notamment à cause de son dernier couplet[5]. Paul Faber, conseiller municipal de la Seine, avait été choqué par le passage à la radio de cette chanson, et avait demandé à ce qu'elle soit censurée en janvier 1955[13]. En guise de réponse, Boris Vian écrit une mémorable « Lettre ouverte à Monsieur Paul Faber » qu'il adresse pour diffusion à France-Dimanche ; toutefois cette lettre n'est publiée qu'à titre posthume[14],[15]. En 1958, la radiodiffusion et la vente de ce chant antimilitariste furent interdites, Boris Vian se voyant, de plus, refuser par son éditeur la partition de la première version de la chanson[13]. L'interdiction fut levée en 1962 après la guerre d'Algérie[2].

Dans les années 1965-1970, pendant la guerre du Viêt Nam, la chanson a été utilisée pendant des marches pacifistes et interprétée par Joan Baez et Peter, Paul and Mary. En 1991, elle a également été utilisée durant des manifestations contre l’intervention occidentale dans la guerre du Golfe. Renaud a adapté la chanson qu'il a publiée dans L'Idiot international le 9 janvier 1991. En conséquence, la chanson pacifiste a été inscrite sur la liste de proscription des radios.

Mais le sujet reste brûlant : une directrice des écoles à Montluçon, Mme Pinon, fut suspendue à vie de toute direction d’établissement[16] pour l'avoir fait chanter à deux élèves le 8 mai 1999 pour commémorer la capitulation allemande du 8 mai 1945.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le Déserteur de Boris Vian Le Figaro, 11 août 2011
  2. a et b Le Déserteur de Vian : le destin exceptionnel d'un hymne pacifiste France Télévision Culturebox, 9 février 2014.
    Avec la version "Ecolo"
  3. a et b Vian et al. 2003, p. 275-278
  4. a et b Boggio, p. 405
  5. a et b Catherine Golliau, « Vive la censure ! Le Déserteur : danger permanent », sur Le point,‎ (consulté le 8 décembre 2014)
  6. Le disque de Gallo avec Le Déserteur en piémontais
  7. (n° de catalogue N 72222 H)
  8. « Chansons impossibles, Boris Vian, 1956. », sur expositions.bnf.fr (consulté le 19 mai 2015) Fiche informative sur le 45 tours.
  9. Nicole Bertolt et Georges Unglik dans Vian et al. 2003, p. 24
  10. Boris Vian Académie de Lille
  11. Biographie de Francis Lemarque Universalis
  12. Alain Ruscio, INDOCHINE. Il y a 60 ans, Raymonde Dien et Henri Martin L'Humanité,
  13. a et b Stéphane Ollivier, « Le Déserteur : par Maxime Le Forestier », sur INA (consulté le 8 décembre 2014)
  14. Noël Arnaud, Les Vies parallèles de Boris Vian, Paris, Le Livre de poche - Christian Bourgois,‎ , 510 p. (ISBN 2-253-14521-1), p. 505
  15. « Lettre ouverte à Monsieur Paul Faber » (consulté le 8 décembre 2014)
  16. L'Humanité, « Une directrice suspendue à Montluçon »,‎ (consulté le 16 décembre 2014).

Liens externes[modifier | modifier le code]