Christian Bourgois

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Christian Bourgois
Naissance
Antibes
Décès (à 74 ans)
Paris
Formation

Christian Bourgois (Antibes, Paris, ) est un éditeur français, fondateur de la maison d'édition du même nom.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après ses études à l'Institut d'études politiques de Paris (1951-1954) dont il sort deuxième derrière Jean-Yves Haberer mais devant Jacques Chirac[1], il entre à l'École nationale d'administration, dont il démissionne en pour travailler, dans la maison d'édition de René Julliard en tant qu'adjoint de celui-ci ; il l'avait rencontré en 1954. Ce dernier l'aurait accueilli en lui disant : « Dans une maison d'édition, il n'y a qu'une place intéressante : la mienne. Et je n'ai aucune intention de vous la céder ».

À la mort de Julliard en juillet 1962, il prend la direction des éditions Julliard bientôt rachetées par les Presses de la Cité.

En 1964, il part chez Grasset, puis revient avec les pleins pouvoirs[pas clair].

En 1966, sous l'impulsion de Sven Nielsen[2], il fonde sa propre maison d'édition, Christian Bourgois éditeur. Il dirige la collection 10/18 entre 1968 et 1992. En 1989, à la suite de la publication des Versets sataniques de Salman Rushdie, il reçoit des menaces et doit être placé sous haute protection.

En 1992, Christian Bourgois quitte le groupe des Presses de la Cité et prend son indépendance. De 1995 à sa mort, il préside l'Institut mémoires de l'édition contemporaine (IMEC), ainsi que la commission de l'avance sur recettes du Centre national de la cinématographie ; il a également été membre du conseil d'administration du Centre Pompidou, du théâtre MC 93, outre des responsabilités au Syndicat national de l'édition, à la Bibliothèque nationale de France, au Centre national du livreetc.

Il contribue à faire découvrir de nombreux écrivains étrangers, notamment Jorge Luis Borges, Witold Gombrowicz, William S. Burroughs, Jaume Cabré, Jim Harrison, Ernst Jünger, Antonio Lobo Antunes, Gabriel Garcia Marquez, Toni Morrison, Fernando Pessoa, Alexandre Soljenitsyne, Antonio Tabucchi, Enrique Vila-Matas, Robert Van Gulik et J.R.R. Tolkien. Il est également l'éditeur de Boris Vian et d'Alain Robbe-Grillet, qu'il a fait publier notamment chez 10/18.

En novembre 2007, il reçoit le titre d'« éditeur de l'année » à la foire de Guadalajara au Mexique. Étant trop malade pour s'y rendre, c'est sa seconde épouse Dominique (née Kaszemacher) qui reçoit le prix pour lui[3].

L'éditeur français de Tolkien[modifier | modifier le code]

Jacques Bergier fait paraître en 1970 Admirations chez Christian Bourgois, un recueil d’articles consacré à dix auteurs alors méconnus du lectorat français : John Buchan, Abraham Merritt, Arthur Machen, Ivan Efremov, John W. Campbell, Stanislas Lem, Robert E. Howard, Talbot Mundy, mais aussi C. S. Lewis et J.R.R. Tolkien. Ce dernier est l'un des quatre (avec Buchan, Howard et Merritt[4]) et de Tolkien que Bergier retient à la demande de son éditeur pour faire paraître en priorité[5] Il signe un contrat Allen & Unwin pour 200 £ par volume[4].

Bourgois explique « J’ai donc essayé d’identifier les éditeurs et les ayant-droits. Mais les droits étaient déjà vendus, ou je n’ai pas eu de réponse... sauf pour Le Seigneur des Anneaux[4] » Il se tourne alors vers Francis Ledoux, qui avait traduit en français Le Hobbit quelques années plus tôt pour entreprendre celle du Seigneur des Anneaux, dont les deux premiers volumes paraissent en 1972 et le troisième en 1973[5]. Bourgois explique que cet ouvrage a sauvé son entreprise[4].

« Ce livre a joué un rôle crucial. J’étais un éditeur en crise avec son employeur et actionnaire, Sven Nielsen, des Presses de la Cité. Il m’avait dit début 1972 qu’il voulait que j’arrête les éditions Christian Bourgois et que je me replie sur 10/18. Il est difficile de publier des livres en cachette dans un grand groupe d’édition, mais j’ai quand même rusé et j’ai réussi à publier quelques titres dans le courant de 1972. Il me restait la possibilité de faire paraître un dernier titre, à l’automne, sans que je sache quand je recommencerais à republier des livres. » Après avoir hésité avec un ouvrage d'Ernst Jünger finalement laissé aux éditions de la Table ronde, il fait un choix décisif : « j’ai eu la bonne idée de publier Tolkien plutôt qu’un nouveau titre de Jünger. Paraît le premier du Seigneur des Anneaux. Je reçois le Prix du Meilleur livre étranger en 1973 ; j’ai donc dit à Nielsen qu’après avoir eu ce prix, je ne pouvais pas ne pas publier les tomes suivants. » L'ouvrage est publié en poche chez Hachette en 1974, puis chez Pocket en 1984. « En général, lorsqu’un livre est en édition de poche, l’édition normale ne se vend plus ; là, paradoxalement, j’ai eu raison, mais en même temps j’ai manqué de flair commercial. Le Seigneur des Anneaux est un cas de succès complètement atypique : les ventes de l’édition en quatre tomes n’ont fait que croître en même temps que celles du format poche »[4].

Si la traduction française du Seigneur des anneaux vient une dizaine d’années après les traductions hollandaise (1956), suédoise (1959) et polonaise (1961), le Silmarillion ou les Contes et légendes inachevés sont traduits un ou deux ans après leur parution en anglais[5]. De 1994 à 1999, Bourgois publie Peintures et Aquarelles, Roverandom et les deux premiers volumes du Livre des Contes Perdus, mais la relance des publications vient à partir de 2001 et la sortie des films de Peter Jackson[6]. Bourgois explique « Quand je décide de publier un auteur, j’aime l’éditer de manière assez systématique[4]. » ; « J’ai dû vendre 30 000 exemplaires de l’édition reliée dans les trois premières années de sa parution (en 1992), puis 3 à 4 000 par an, mais 50 000 à l’automne 2001 et 50 000 sur l’année 2002 - 50 000 de chacune des éditions, sans compter la relance des ventes du Hobbit, du Silmarillion, etc. »[4]. 2003 voit la sortie de Faërie par Elen Riot et Les Aventures de Tom Bombadil par Céline Leroy. La révision des Lettres du Père Noël suit en 2004, également par Céline Leroy. Le Silmarillion est augmenté d'une préface, traduite par Vincent Ferré et Delphine Martin en 2004. Les tomes 3 et 4 de l'Histoire de la Terre du Milieu, traduits par Daniel Lauzon et par Elen Riot paraissent en 2006 et 2007, témoignant d'une volonté de rattraper le retard de traduction en français de certains ouvrages. Delphine Martin publie Les Enfants de Húrin peu après sa sortie anglaise, tout comme La Légende de Sigurd et Gudrún puis La Chute d'Arthur, par Christine Laferrière en 2010 et 2013, ce qui montre la réactivité de l'éditeur pour publier les inédits nouvellement édités en anglais. L'éditeur charge Lauzon du travail considérable d'une nouvelle traduction du Hobbit puis du Seigneur des anneaux[6].

Remarques[modifier | modifier le code]

Le « b. » de la marque agnès b. vient du nom de Christian Bourgois, qui a été marié à Agnès Troublé, la créatrice de la marque[7]. Leur fils, Étienne Bourgois dirige la marque, agnès b.

Dominique Bourgois assure depuis 2008 la direction des éditions.

Jean-Manuel Bourgois est le frère de Christian : il a assuré dans les années 1970-90 d'importantes responsabilités au sein de l'ancien Groupe de la Cité / CEP Communications.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. France Culture, émission "Affinités électives" du 5 mai 2005 : entretien avec Christian Bourgois.
  2. M.-G. Slama, in Dictionnaire encyclopédique du Livre, Cercle de la Librairie, 2002, T.1, p. 377 & Jean-Yves Mollier, op. cit., T. 3, p. 369.
  3. « Homenaje al mérito editorial »
  4. a, b, c, d, e, f et g Vincent Ferré, « Christian Bourgois : entretien avec l’éditeur français de J.R.R. Tolkien », modernitesmedievales.org,‎ (consulté le 26 décembre 2015)
  5. a, b et c Vincent Ferré, « La réception de J.R.R. Tolkien en France, 1973-2003 », hal.archives-ouvertes.fr,‎ 28 janvier 2012 (première publication 2004) (consulté le 26 décembre 2015)
  6. a et b Vivien Stocker, « Historique des traductions françaises », tolkiendil.com (consulté le 26 décembre 2015)
  7. « Christian Bourgois, mort d'un "passeur" de livres » - rue89, .

Liens externes[modifier | modifier le code]